mardi 13 avril 2021 à 12:59

Triche ou pas triche : où se situe la frontière ? Le Harvard Journal of Sports & Entertainment Law pose la question dans un article qui se penche sur le litige qui a opposé Phil Ivey au Borgata devant les tribunaux. Dans le même temps, la justice britannique condamne le bookmaker Betfred à payer à un joueur de blackjack sur mobile un magot de 1,7 million de livres qu'il avait amassé grâce à un défaut du logiciel. Le moment semble donc bien choisi pour revenir sur une affaire ancienne mais bien plus rocambolesque : United States vs Kane, évoquée brièvement sur Club Poker en mai 2013 avec en guise d'héroïne une capricieuse machine de video poker.

Game King John Kane Andre Nestor
À gauche Andre Nestor, à droite John Kane.

Le film finira-t-il vraiment par voir le jour ? Six ans après le rachat des droits de l'article de Wired par Andy Mogel et Jarrad Paul, le projet semble au point mort. La dernière trace que l'on en trouve sur la Toile est cette fiche IMDB faisant référence à un "Untitled Las Vegas Project". Et bien sûr les interviews accordées à l'époque par le duo de réalisateurs. Dans l'une d'elles, Andrew expliquait que Jonah Hill produirait le film via sa société 75 Year Plan. "C'est vraiment une histoire formidable", renchérissait Paul.

 

Cette histoire justement, Club Poker vous la contait très brièvement il y a huit ans. Le récit qu'en a livré Kevin Poulsen un an plus tard a toutefois fait entrer cette curieuse affaire dans une autre dimension, et ce ne sont pas les équipes de Darknet Diaries qui diront le contraire. Le podcast a en effet consacré l'un de ses meilleurs épisodes au parcours de John Kane et Andre Nestor, les deux principaux protagonistes de ce délit de triche qui n'en était pas vraiment un. À moins que... Eh bien disons que vous vous forgerez votre propre avis après avoir lu ce qui suit. Prenez votre temps : ça vaut le détour !

L'homme qui pianotait sur des machines de video poker

Boulder Station Casino
Le Boulder Station Casino, 2e maison de John Kane

C'est une bonne situation ça, pianiste ? Pour un virtuose comme John Kane, la réponse est probablement oui. Durant près de quarante ans, cet Américain a joué dans des grandes salles, donné des leçons, vendu des disques... Ajoutez-y une florissante entreprise de conseil en management, et vous comprenez comment en 2005 notre homme coulait des jours heureux dans une vaste propriété au nord-est de Las Vegas. Avec trois grands pianos Steinway éparpillés dans différentes pièces de la maison, et une autre spécifiquement dédiée à sa seconde lubie : les trains électriques.

 

Si John Kane s'était contenté d'avoir pour loisirs le piano et les trains, sa vie ne lui aurait sans doute pas valu de susciter l'intérêt d'Hollywood. C'est une troisième passion, dévorante, qui l'a fait sortir du lot : celle des jeux d'argent, et en particulier son goût immodéré pour les machines de video poker qui essaiment aux quatre coins du Strip et de Downtown. Il en fut un très bon client pendant des années, mais c'est en 2006 que son addiction a pris une autre envergure. Lors de cette seule année, il a dilapidé plus de 500 000 $ en appuyant frénétiquement sur les touches des machines, le plus souvent au Boulder Station Casino.

 

Les machines Game King produites par IGT étaient alors ses favorites. Comme leurs concurrentes, elles proposaient toute une série de variantes : Deuces Wild, Jacks Are Better, Triple Play, Bonus Poker... John leur consacrait des heures, hypnotisé par ces cartes qui de temps à autre se combinaient harmonieusement pour déclencher un tintamarre de jetons... et ainsi inciter le pianiste à rester assis une ou deux heures de plus.

 

Ce rituel réglé comme du papier à musique, toutefois, a fini par être interrompu par une fausse note en avril 2009. John tentait de corriger le montant de ses mises quand, en se trompant de bouton, il a eu la surprise de voir la machine s'emballer : il venait de remporter 1 000 $ sans même avoir eu le temps de miser.

 

John, évidemment, devait son bonheur à un dysfonctionnement de la machine. Un peu comme si un piano désaccordé se mettait subitement à produire une douce mélodie. Il le savait et il n'avait pas l'intention de s'en cacher. Alors quand il est allé récupérer son gain à la caisse du casino, il a précisé à l'employé qui lui faisait face qu'il y avait sans doute une anomalie dans le fonctionnement de la machine. L'employé a souri à cette plaisanterie qui n'en était pas une, puis il a procédé au paiement sans sourciller.

 

John, lui, s'en est retourné à ses machines favorites pour essayer de reproduire le dysfonctionnement. Durant des heures, il a tapoté sur les touches au hasard, tenté diverses combinaisons, appuyé plus ou moins vite ou dans un ordre différent... Mais rien n'y a fait : en dépit de ses efforts, le pactole se refusait à lui comme par le passé. L'apprenti brigandeau est donc rentré chez lui, déçu mais pas abattu, et une idée a germé dans son esprit de perdant revanchard : en toucher un mot à son ami Andre Nestor.

L'entrée en scène du complice

John et Andre s'étaient rencontrés plusieurs années plus tôt dans un chat AOL réservé aux résidents de Las Vegas. Leur goût du jeu les avait très vite rapprochés, et il n'était pas rare qu'ils déambulent ensemble de casino en casino pour s'adonner à leur passion commune. Andre était plus jeune d'une bonne décennie et en terme de revenus, son statut de petit employé de banque ne lui permettait pas de jouer dans la même catégorie. Imaginez donc toute l'abnégation et l'endurance qu'il lui a fallu déployer pour parvenir à se délester, durant ses six années à Sin City et avec la régularité d'un métronome, de la bagatelle de 20 000 $ par an.

 

La sixième année a été celle de trop, et Andre a décidé de déménager dans une petite ville calme de Pennsylvanie pour limiter la tentation du jeu aux quelques loteries et parties de bingo organisées par les associations locales. C'est là, où il était installé depuis deux ans, qu'il a un jour reçu un appel de son vieil ami John. Celui-ci l'a alors informé de sa bonne fortune et, évidemment, s'est attardé sur ce bug qui semble-t-il était susceptible d'être reproduit avec un peu de doigté. Il n'en fallait pas davantage plus sortir ce brave Andre de la monotonie dans laquelle il se morfondait. Le soir-même, il embarquait pour une nouvelle aventure à Las Vegas.

 

Les deux amis se sont retrouvés à l'aéroport McCarran, et après un petit déjeuner rapide pour discuter plus en détail de leur projet, ils ont mis le cap sur l'un des casinos de la ville. Une fois installés côte-à-côte devant deux machines de video poker, ils ont repris leurs tests là où John les avait laissés en se mettant à expérimenter une kyrielle de combinaisons de touches. Pendant des heures et sans interruption, à l'exception de ces quelques minutes de concertation qui succédaient à chaque gain significatif. Et puis leur patience a fini par payer.

Le bug qui se faisait désirer

Game King Video Poker

Le bug avait toujours été là. Dès 2002, une série de petites erreurs passées à travers les mailles du filet des testeurs avaient rendu les machines Game King vulnérables. Personne ne s'en était néanmoins rendu compte, ou n'en avait profité, durant sept longues années. Jusqu'à cet improbable concours de circonstances en faveur de John Kane.

 

Imaginez-vous face à une machine de video poker. Vous y glissez un peu d'argent, choisissez un montant de mise — disons un centime seulement — puis une fois que votre main apparaît à l'écran vous sélectionnez les cartes que vous gardez et celles dont vous vous débarrassez. Jusque-là tout va bien. Tout va même encore mieux quand vous touchez le jackpot avec un carré ou une quinte flush. Et bien dites-vous qu'en pareille situation, grâce à une succession complexe de manipulations, John Kane et Andre Nestor avaient la possibilité de remplacer a posteriori leur mise initiale — jusqu'à cinquante centimes — pour multiplier d'autant leur butin sans que personne ne s'en rende compte.

 

Les deux larrons ne se sont pas faits prier et se sont mis à jouer, durant de longues heures, sur la base de mises d'un centime. Tout en usant systématiquement du même procédé à chaque fois que la chance leur souriait. Leur première nuit au Fremont s'est bien entendu conclue sur un joli bénéfice, et le duo s'est mis d'accord pour continuer d'écumer les casinos de Vegas les semaines suivantes. Leur chance ? Des machines Game King les attendaient à peu près partout en ville, que ce soit dans les bars, les stations-services ou encore à l'aéroport.

 

Mais à leur grand désarroi, le plan ne s'est pas déroulé tout à fait comme prévu. Alors qu'au Fremont leur modus operandi fonctionnait à merveille, il n'en allait pas de même dans leurs autres points de chute. Hilton, Luxor, Tropicana, Stratosphere... Aucune des machines testées ne se montrait aussi généreuse avec le tandem. Les vieux amis sont donc retournés sur les lieux de leurs exploits et s'en sont mis plein les poches avant de se séparer. Quand Andre a repris la direction de l'aéroport le lendemain, il avait plus de 8 000 $ sur lui. Suffisant pour reperdre sans émoi quelques centaines de dollars sur les machines du McCarran.

 

Désormais seul, John ne s'est pas reposé sur ses lauriers mais a choisi de retourner au Fremont. Il a joué, il a gagné, et ce petit manège a continué suffisamment longtemps pour attirer l'attention du responsable des machines à sous. Il faut dire que lors de ce seul mois de mai, les quatre mêmes machines du casino étaient passées d'une moyenne mensuelle de 14 500 $ dans le vert à... un trou d'air de 75 000 $. Flairant l'entourloupe, l'employé a donc pris une décision en apparence anodine : désactiver l'option Double Up sur chacune des machines concernées.

 

Sur le coup, John n'y a pas vu ombrage. Le pianiste avait la conviction que cette option était sans effet sur son stratagème. Il avait tort, mais ce malheur n'en était finalement pas un. Quand il s'est rendu compte qu'il ne parvenait plus à gagner, il a passé un coup de fil à son ami Andre qui a très vite découvert le pot aux roses : l'option Double Up était indispensable à la réussite de leurs manipulations, et c'est précisément parce qu'elle était désactivée par défaut dans les autres casinos de la ville que toutes leurs machines se refusaient à régurgiter leur trésor.

Double Up : tout s'éclaire

Ni une ni deux, Andre remontait dans l'avion avec un plan limpide en tête : reprendre la tournée des casinos là où ils l'avaient laissée, mais en prenant soin au préalable de demander à des employés l'activation de l'option Double Up. La demande n'avait rien d'incongru, alors tous se sont tous exécutés et le petit manège s'est remis à tourner sur un rythme plus soutenu.

 

Avec un peu de patience, chaque machine finissait par dévoiler une grosse combinaison synonyme d'un butin de 500 $. Il suffisait alors d'enchaîner avec précision la fameuse série de manipulations pour transformer ce pécule en un magot de 10 000 $. Un peu comme si, en recevant votre avis d'imposition, il vous suffisait de vider deux bouteilles de rouge, de vous enfoncer la tête dans un sombrero et d'entonner joyeusement Tata Yoyo pour avoir la possibilité de gommer un ou deux zéros sans que personne ne s'en aperçoive.

 

Vous voilà peut-être doté d'un beau projet pour votre prochain samedi soir. John et Andre, eux, n'ont pas eu besoin d'en arriver là. Des dizaines de milliers de machines les attendaient à tous les coins de rue, avec pour chacune la certitude de repartir les poches pleines. Alors ils ne s'en sont pas privés et ont entamé leur tournée. Mieux, ils se sont vite rendu compte qu'ils n'avaient pas exploité une ultime possibilité offerte par le bug : déclencher le paiement du jackpot à deux reprises avec la même main, et même l'activer de manière illimitée sans être contraint de changer ses cartes !

 

Les deux hommes n'étaient pas suffisamment idiots pour prendre ce risque. Ou en tout cas pas en s'exposant de façon si flagrante. À chaque fois que l'un d'eux gagnait, ils échangeaient leurs places afin que l'employé en charge du paiement n'y voit que du feu. Quand chacun avait obtenu sa récompense, ils pouvaient tranquillement prendre la poudre d'escampette en direction d'un nouveau point de chute. Le mode opératoire était à chaque fois parfaitement identique :

  • trouver une machine Game King autorisant différents niveaux de mise ;
  • solliciter poliment un employé pour activer l'option Double Up ;
  • glisser quelques billets dans la machine et sélectionner le plus bas niveau de mise ;
  • jouer jusqu'à l'apparition d'un carré ou d'une quinte flush ;
  • ne surtout pas retirer son gain mais appuyer sur le bouton More Games et sélectionner un autre format ;
  • jouer jusqu'à l'apparition d'une combinaison gagnante, quelle qu'elle soit, afin de bénéficier de l'option Double Up ;
  • ajouter de l'argent dans la machine et de nouveau appuyer sur le bouton More Games ;
  • sélectionner le montant de mise maximum et retourner au format initial qui vous avait permis de toucher un carré ou une quinte flush ;
  • et enfin, à cet instant seulement, appuyer sur la touche Cash Out pour gagner dix fois plus que ce qui était prévu initialement.

 

Il y avait derrière cette méthode une forme de virtuosité. John et Andre, toutefois, y voyaient surtout une source intarissable d'argent gratuit. Les estimations d'Andre lui laissaient penser qu'il était possible d'empocher jusqu'à 500 000 $ par jour. Bien entendu, il n'irait jamais aussi loin afin de ne pas attirer les soupçons. John, lui, avait d'autres soucis. Étant à l'origine de la combine, il considérait qu'Andre lui devait un pourcentage de ses gains. Et si celui-ci avait d'abord été d'accord sur le principe, il commençait à changer son fusil d'épaule. Avec en tête un argument plutôt recevable : chaque jackpot était signalé aux services fiscaux, et ses gains des dernières semaines suffisaient déjà à le faire passer dans la tranche supérieure.

 

Un jour, en rentrant dans leur petite chambre du Bill's Gamblin' Hall, les deux compères en ont discuté de façon plus approfondie. Andre a proposé de conserver l'intégralité de ses gains jusqu'au paiement des impôts, puis de s'acquitter de sa dette envers John dans un second temps. Ce dernier n'étant pas très emballé à l'idée de patienter un an avant de récupérer son dû, ils se sont finalement mis d'accord sur une ponction réduite à un tiers sur les derniers gains d'Andre. Mais l'accalmie a été de courte durée et dès le lendemain, le duo s'est à nouveau écharpé en pleine session sur les machines du Wynn. Inévitablement le ton est monté. Et inévitablement les deux complices ont fini par se séparer.

What happens in Pennsylvania...

Andre a mis à profit ses dernières journées à Vegas pour aller faire un tour au Wynn et au Rio, et du même coup ajouter 152 000 $ à son compteur personnel. Tandis qu'il rentrait en Pennsylvanie, John continuait lui de se promener de casino en casino pour accumuler 500 000 $ de gains. Il jouait et il gagnait, sans jubilation ni adrénaline mais avec la régularité et l'efficacité d'un cryptotrader en plein bull run.

 

En Pennsylvanie, Andre n'avait pas laissé ses rêves de fortune derrière lui. Près de chez lui, un petit casino comptait lui aussi quelques machines Game King. Il n'en fallait pas plus pour que notre homme y élise domicile en compagnie de deux complices : un premier en guise de garde du corps, et un second pour encaisser les gains à sa place et ainsi les déclarer au fisc. Sa petite entreprise ne connaissait pas la crise.

 

Celle de John non plus. Installé devant une machine du Silverton Casino, il enchaînait les jackpots : 4 300 $, 2 800 $, 4 100 $... À chaque fois, un employé venait lui attribuer son gain tout en remplissant une fiche à destination du fisc. Par paresse ou par imprudence, John est resté là au lieu de partir explorer d'autres contrées. Il se sentait bien. Un 7e jackpot de 10 400 $ venait de lui tomber dans l'escarcelle, et même un 8e de 8 200 $ ! Seule nuance par rapport à ses précédents gains, et elle était de taille : son généreux donateur tardait à venir s'acquitter de sa tâche. John commençait à trépigner sur son siège quand l'employé de service a enfin fait son apparition. Il avait toutefois les mains vides et souhaitait simplement appeler son client à faire preuve d'un peu plus de patience. John s'est plaint sans succès, et sans suspecter à ce stade que l'équipe de surveillance se penchait enfin sur son cas.

Un grain de sable dans la belle mécanique

John était-il incroyablement chanceux ? Avait-il au contraire décelé une faille dans le fonctionnement de la machine ? Le responsable de la sécurité penchait plutôt pour cette seconde option, mais sans être en mesure d'en apporter la démonstration. Alors dans le doute, c'est en compagnie de deux agents armés qu'il est retourné voir John. Ce dernier a été invité à troquer les 27 000 $ qu'il avait en poche contre une paire de menottes, avec en guise de bonus une nuit dans un centre de détention.

 

Libéré dès le lendemain, John ne savait pas que ses machines favorites avaient toutes été placées sous scellé pour être soumises à un examen en profondeur de la part de dizaines de spécialistes. Il n'avait cependant pas besoin de le savoir pour décider d'appeler Andre immédiatement. "Ne mets plus jamais les pieds dans un casino !", lui a-t-il intimé. Mais le lien de confiance qui unissait les deux hommes avait été rongé par la cupidité, alors Andre s'est dit que son ancien acolyte essayait peut-être de le berner pour profiter seul de la poule aux œufs d'or. Quelques jours plus tard, il avait de nouveau les yeux vissés sur l'écran cathodique de sa machine fétiche.

 

Pendant ce temps-là, la commission de contrôle des jeux du Nevada envoyait ses émissaires au Silverton Casino avec un objectif simple : déceler une éventuelle faille de la machine Game King. Examen des vidéos de surveillance, interrogatoire des employés, analyse de la mémoire interne du jeu... Après de longues heures de manipulations, tout s'éclairait soudain : ils étaient parvenus à reproduire le bug exploité par John et Andre. L'heure était venue de prévenir IGT, mais sans ébruiter l'affaire.

 

Le fabricant de la machine s'est à son tour penché sur le bug et, constatant qu'il était bien réel et par dessus le marché présent depuis sept ans, il s'est employé à prévenir dans les meilleurs délais tous les établissements propriétaires d'une ou plusieurs machines affectées. La première consigne qui leur était donnée était de désactiver immédiatement l'option Double Up. La seconde prendrait quelques jours de plus : il s'agissait tout simplement d'attendre le déploiement d'un patch correctif.

 

Pas inquiet pour un sou, Andre a continué son petit bonhomme de chemin. "Juste une derrière danse, une dernière ambiance, juste un regard même s'il est trop tard", chantait en son temps Lesly Mess. Étalée sur tout le mois de juillet et une partie du mois d'août, la dernière danse d'Andre lui a offert 480 000 $ supplémentaires mais éphémères. Quand le casino a fini par refuser de lui payer son dernier jackpot, il n'en a pas pris ombrage. Après quelques protestations pour la forme, il a feint la sérénité en quittant tranquillement la salle de jeux... avant d'accélérer le pas à proximité de sa voiture une fois certain qu'aucun regard ne l'avait suivi.

Pamela Rose

Une fois chez lui, le malfrat du dimanche s'est dit qu'on ne l'y reprendrait plus, bien décidé qu'il était à savourer les fruits de sa récolte. Il n'en a finalement pas eu le temps. Une nuit d'octobre, aux alentours d'1h30 du matin, une armada a défoncé sa porte d'entrée à coups de bélier. C'était le 6 octobre 2009 pour être exact, et l'intéressé s'en souvient comme si c'était hier. Il faut dire que se retrouver nez à nez avec un fusil d'assaut quand on essaie de prendre la poudre d'escampette dans l'escalier, ça vous marque un homme.

 

Pendant deux heures, menotté à une chaise et sans machine de video poker pour tuer le temps, Andre s'est contenté d'observer les enquêteurs retourner toute sa maison. Et quand ce petit manège nocturne a enfin pris fin, il a échangé les liasses de billets rangées dans les tiroirs contre 698 chefs d'accusation. Pas un de moins. Avec en guise de bonus dix nuits de détention en Pennsylvanie, puis une extradition pour rejoindre John à Las Vegas. Mauvaise nouvelle pour les deux hommes : le FBI était désormais sur le coup.

Andre Nestor

Je me retrouve arrêté pour avoir gagné sur des machines à sous. Qu'ils montrent à tout le monde les machines à sous. J'ai juste tapoté sur des boutons. C'est tout ce que j'ai fait. Mais apparemment, gagner est illégal. C'est absolument incroyable. […] Vous voulez mon avis ? Si un casino vous met sous le nez une machine à sous qui vous fait gagner plus que ce qui est prévu, et si vous en tirez avantage sans avoir recours à du matériel ou de l'argent sale, alors il n'y a rien d'illégal là-dedans. C'est un problème entre le casino et le fabricant de la machine.

Les poursuites s'appuyaient notamment sur un texte datant de 1986 : le Computer Fraud and Abuse Act (CFAA). Cette loi avait à l'époque un objectif clair : sanctionner les hackers qui s'en prenaient aux banques ou aux organisations gouvernementales. L'avocat de la défense, lui, soutenait que les deux hommes n'avaient fait qu'appuyer sur des boutons dans un ordre précis et que rien ne s'y opposait.

 

Au début les médias s'en sont donné à cœur joie, allant même jusqu'à présenter ce brave Andre comme le digne héritier de Danny Ocean. Mais l'intérêt du public a fini par se tasser, et surtout l'affaire n'a pas connu d'avancée notable devant les tribunaux durant un an et demi. Pire, pendant ce temps d'autres dossiers de poursuite articulés autour du même texte de loi sont tombés à l'eau faute de fondement juridique solide : aucun des deux complices ne présentait un profil de hacker.

 

Alors un beau jour de décembre 2013, parfaitement consciente que son dossier était bancal, l'accusation a décidé de jouer son va-tout en formulant la même proposition à John et Andre : le premier des deux qui accepterait de témoigner contre le second s'en sortirait sans peine de prison. Et bien évidemment, les deux larrons ne disposaient d'aucun moyen de communiquer entre eux avant de prendre leur décision.

 

43 ans plus tôt, Albert W. Tucker avait théorisé ce dilemme du prisonnier autour d'un principe simple : les deux individus ont intérêt de se soutenir mutuellement, mais en l'absence de communication chacun choisira le plus souvent de trahir l'autre. Et pour cause puisque si l'un d'eux fait preuve d'honnêteté à l'égard de son ami, il sera assujetti à la sanction la plus lourde.

 

Oui mais voilà, de la théorie à la pratique il y a parfois des nuances. Peut-être subsistait-il véritable lien affectif entre les deux hommes. Peut-être que leurs tempéraments respectifs les poussaient au mutisme. Peut-être aussi qu'ils décelaient dans cette manœuvre une forme de faiblesse de la part du camp adverse. Toujours est-il qu'au mépris des fondamentaux du dilemme de Tucker, aucun n'a pipé mot.

 

L'accusation a finalement abandonné les poursuites et chacun est rentré chez lui libre : l'un en Pennsylvanie, et l'autre dans le Nevada pour retrouver son piano. John aurait gardé l'intégralité de ses gains, tandis qu'Andre a lui fait les frais du témoignage de l'un de ses deux complices en Pennsylvanie. Ses gains ont été saisis, et par dessus le marché les services fiscaux ont continué de lui réclamer le paiement de plus de 200 000 $ de taxes, intérêts et pénalités.

 

Pour autant, ce n'est pas ce souvenir qui lui inspire le plus de regrets après coup. Avec John, ils se sont depuis perdus de vue pour de bon. "Je ne voulais pas que ça aille si loin", assure-t-il a posteriori. "J'étais convaincu que nos liens étaient suffisamment anciens pour nous préserver de ce type de litige". Il n'en fut rien et leur amitié a bien volé en éclats. À cause de l'argent, ou en tout cas de l'appât du gain, et surtout de cette fichue machine de video poker qui un beau jour n'a plus réussi à garder son secret pour elle.

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United States vs Kane ou le bug à un million de dollars
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Triche ou pas triche : où se situe la frontière ? Le Harvard Journal of Sports & Entertainment Law pose la question dans un article qui se penche sur le litige qui a opposé Phil Ivey au Borgata devant les tribunaux. Dans le même temps, la justice britannique condamne le bookmaker Betfred à payer à un joueur de blackjack sur mobile un magot de 1,7 million de livres qu'il avait amassé grâce à un défaut du logiciel. Le moment semble donc bien choisi pour revenir sur une affaire ancienne mais bien plus rocambolesque : United States vs Kane, évoquée brièvement sur Club Poker en mai 2013 avec en guise d'héroïne une capricieuse machine de video poker.

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À gauche Andre Nestor, à droite John Kane.

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Ça ferait clairement un bon film (surtout si Kad et O font les mecs du FBI comme suggèré par le choix de l’illustration :D  )

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Posted (edited)

très très  bon, merci @SuperCaddy !!

(je me demande si un des codeurs/testeurs de chez IGT n'a pas été malheureux quand ils sont tombés ces 2 la...)

 

Y'avait aussi un bug sur les machines de limit HE, jeu résolu donc la machine était censé jouer parfaitement, mais suite a un pb de codage , un joueur avait reussi a exploiter la machine :D

 

ça m'a aussi rappelé un truc un peu (je dis bien un peu) similaire qui m'est arrivé quand j'etais mome:

 

On avait une borne de jeux dans le petit café de campagne, le fameux jeu "Rygar".

Comme c’était vraiment un petit café familial, les patrons nous laissait allumer nous meme la machine qui était dans la salle de billard français, juste a coté du bar en lui même.

un jour, en voulant allumer la machine par l’interrupteur du dessus, j'ai par hasard fait une fausse manip et j'ai basculé l'interrupteur plusieurs fois très rapidement (allumé, éteint, puis de nouveau allumé): la machine nous a mis pas mal de credits...

on a répété la manip pendant des mois, on disait au patron de pas la changer, on l'aimait bien, et surtout qu'on étaient très forts et qu'on arrivait a jouer longtemps dessus...pour le coup, on est devenus vraiment super forts !

 

c'est seulement bien plus tard que j'avais compris le rapport entre ce truc et une technique pour mettre des credits :  en utilisant un générateur Electricité piezzoelectrique issu d'un briquet , et en claquant des étincelles sur la machine, (moneyeur/rivet support manettes/...) ça marchait aussi...ça , ça doit parler a certains ?....

l'inter de notre borne devait faire claquer des etincelles au bon endroit.

 

 

  

 

 

Edited by loorent

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pour 1 gars qui se fait attraper combien sont repartis sans se faire attraper.

 

on essaye tous de se mettre dans la peau du gars qui tombe sur la fameuse combinaison qui gagne à tous les coups. Qu'aurais-je fait à sa place? 8^

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