vendredi 18 février 2011 à 10:45

Pour des raisons évidentes, la bonne santé du circuit international est intimement liée à celle du marché américain du poker en ligne. Or à ce jour, l'échec des Démocrates à adopter une loi de régulation avant les élections de mi-mandat a conduit au statu quo et au maintien de l'Unlawful Internet Gambling Enforcement Act (UIGEA), qui depuis 2006 met des bâtons dans les roues de l'industrie. Le salut des joueurs en ligne américains semble maintenant passer par des règlementations propres à chaque Etat fédéré.

Congrès US
Le Congrès américain a aujourd'hui les cartes en main.

Le week-end dernier, à Washington :

 

"Je joue au poker pour vivre. Je suis bon à ce jeu, j'y prends du plaisir et il me permet de subvenir avantageusement aux besoins de ma famille. Je suis venu à Washington aujourd'hui avec un message simple à l'adresse de mes amis républicains : réduisez les dépenses et créez des emplois. Ils devraient apprécier ce message, car c'est celui qu'ils pronent depuis que le Président Obama a été élu voilà deux ans.

 

Je dispose d'une excellente solution pour y parvenir : ils peuvent arrêter de dépenser de l'argent pour appliquer une loi qui va dans le mauvais sens, c'est-à-dire à l'encontre du poker en ligne. Et s'ils reviennent sur cette loi pour autoriser les sites et réguler le marché, ils créeront des emplois pour les Américains. Je ne saurais dire combien exactement, mais ce que je peux dire en revanche c'est que ces emplois existent dans d'autres pays. En réalité, selon des études récentes, plus de 30 000 emplois auraient même été créés en Europe grâce aux pays qui ont choisi de réguler cette industrie porteuse."

 

Ces propos sont à mettre au crédit de Greg Raymer (suite du discours disponible ici), le vainqueur du main event WSOP 2004 et membre de la team pro PokerStars jusqu'il y a quelques semaines encore. Fossilman est de longue date un membre de la Poker Players Alliance, une association extrêmement influente qui regroupe plusieurs centaines de milliers de joueurs américains et vise à porter leur voix devant les élus fédéraux.

 

Malgré tout son poids, cette association au lobbying très actif n'est pas parvenue à appuyer efficacement une proposition de loi du Démocrate Barney Frank. Son Internet Gambling Regulation Consumer Protection & Enforcement Act visait à réguler le marché américain des jeux en ligne, mais la défaite du camp de son instigateur aux élections de novembre dernier a quasiment tué le texte dans l'oeuf. Et avec lui les espoirs de nombreux joueurs en ligne américains.

 

Car depuis l'Unlawful Internet Gambling Enforcement Act (UIGEA), une loi promulguée en 2006, le tableau est loin d'être rose pour la communauté des joueurs et parieurs étatsuniens. En un mot, le texte empêche les établissements bancaires d'alimenter des comptes sur des sociétés de jeux en ligne implantées en dehors du territoire national. Les alternatives proposées par des sites comme Neteller permettent le plus souvent aux joueurs aguerris de contourner l'obstacle, mais le réservoir de fishs tend en revanche à décroître inexorablement.

 

Quant aux opérateurs, ils ont suite à cette loi emprunté des chemins divergents. Certains comme PokerStars ou FullTilt ont pris le parti d'accepter les joueurs américains s'ils parvenaient à déposer sur leurs plateformes, malgré les restrictions imposées par l'UIGEA. D'autres, comme PartyPoker, n'ont en revanche eu d'autre choix que de déserter le marché.

 

Jusqu'en 2006, PartyPoker occupait confortablement le fauteuil de leader mondial, avec 40 % des joueurs du marché dont 88 % d'Américains. Son retrait forcé a bien évidemment porté un coup très dur à l'opérateur, la justice réclamant même à ses fondateurs des sommes astronomiques pour avoir pu capitaliser entre 1997 et 2006. Finalement, en avril 2009, ces derniers versaient à l'Etat américain 105 millions de dollars en échange de l'abandon des poursuites. Sans doute avec la volonté de rester "dans les petits papiers du futur régulateur", comme écrit ici même voilà deux ans.

 

Pourquoi ce "futur régulateur" est-il alors resté inactif ces deux dernières années ? Entré en fonction en janvier 2009, Barack Obama n'a jamais exprimé clairement son opinion sur le sujet, somme toute secondaire au rayon des préoccupations exprimées par la population américaine. En revanche, des élus de son camp ont eu l'occasion ces derniers mois de prendre fait et cause pour la communauté des joueurs en ligne.

 

Tel fut notamment le cas d'Harry Reid, le Sénateur du Nevada. Un Etat connu pour ses casinos plus que toute autre caractéristique. Par la rédaction d'un amendement législatif, Reid a cristallisé les espoirs de la Poker Players Alliance. Il y a plusieurs semaines, l'intéressé déclarait à propos de son projet : "Il est bon pour le pays et pour le Nevada. En l'état, le poker en ligne a des millions d'adeptes aux Etats-Unis chaque jour. Ils jouent dans un environnement qui pour l'essentiel est complètement dérégulé, ce qui signifie : pas de protection des mineurs, irrespect des lois étatiques, aucune assurance que les jeux sont organisés de façon honnête et, surtout, aucun interlocuteur vers qui se retourner en cas de problème. Enfin, ni le Gouvernement fédéral ni les Etats ne récoltent un centime de l'industrie génératrice de milliards qu'est le poker en ligne".

 

Nombre de ces arguments doivent sonner aux oreilles des joueurs français comme un écho aux propos par les responsables politiques hexagonaux voilà maintenant un an, lorsque la loi sur l'ouverture du marché des jeux en ligne n'en était encore qu'au stade du projet. Le parallèle est encore plus aisé lorsque l'on évoque la défunte proposition de loi que défendait Barney Frank. Celle-ci partageait en effet plusieurs similitudes avec le texte adopté en France.

 

Dans les grandes lignes, le projet prévoyait de mettre en place un système de licences. Le Secrétaire au Commerce aurait ainsi été chargé d'établir un Bureau de surveillance du poker en ligne, organisme entre autres chargé de délivrer les fameuses licences aux opérateurs répondant aux impératifs fixés. Toute ressemblance avec des personnages ou organismes existant ou ayant existé dans le pays du roquefort et du vin rouge serait bien entendu purement fortuite.

 

Une autre disposition cruciale du projet avait en revanche de quoi faire frémir. En effet, le texte prévoyait une sorte d'embargo à l'égard des sociétés internationales comme PokerStars ou Full Tilt Poker. Celles-ci auraient donc été contraintes de patienter durant deux longues années avant de pouvoir opérer sous licence américaine. Les sociétés US "pure souche", comme les casinos locaux, auraient en revanche pu développer leur marché librement durant ce laps de temps, les Etats et réserves indiennes préservant par ailleurs leur droit à s'exempter du régime fédéral.

 

Autant dire que le texte avait donc ses avantages, mais également ses inconvénients, tant pour les joueurs professionnels d'outre-Atlantique que pour le circuit live par voie de conséquence. Inutile toutefois d'imaginer plus en détail les conséquences potentielles de ces différents projets, aucun n'ayant pas survécu à la fin d'année 2010. Barney Frank et Harry Reid sont naturellement loin d'être les responsables de cet échec, auquel ont peu ou prou contribué tous les acteurs impliqués : les Républicains, farouchement opposés au projet ; les Démocrates, trop lents dans leur prise de conscience du problème et dans leur réaction ; l'industrie des casinotiers, massivement opposés au développement du jeu en ligne jusqu'à ce qu'ils prennent conscience du déclin de la demande live ; les loteries nationales voyant d'un mauvais oeil l'arrivée d'une potentielle concurrence ; et même les principaux sites de poker en ligne, trop peu actifs ou en tout cas trop peu visibles dans leur action, la faute à une mobilisation de moyens clairement insuffisante.

 

Quant aux joueurs, enfin, ils se sont montrés particulièrement dynamiques via la Poker Player Alliance, mais leur action de lobbying aurait de leur propre aveu souffert de dissensions internes. Aussi, et même si certains observateurs prêtent à Harry Reid de songer à remonter au créneau pour remettre son projet sur les rails courant 2011, c'est clairement sur le terrain des réglementations propres à chaque Etat fédéré qu'il faut s'attendre à de nouveaux soubresauts. Avec toute la diversité que l'on peut imaginer.

 

L'Etat de Washington a par exemple été le premier à sortir du bois. En 2006, une loi faisait du poker en ligne un délit punissable d'emprisonnement. Des relents de Prohibition qu'a eu l'occasion de confirmer récemment la Cour Suprême de l'Etat. En septembre dernier, PokerStars annonçait donc sa décision de fermer sa porte aux joueurs frappés de cette interdiction. En novembre, Full Tilt lui emboitait le pas.

 

Autre Etat, autres moeurs : le New Jersey est, le 10 janvier dernier, le premier à avoir instauré une loi intra-étatique ouvrant son propre marché des jeux en ligne. La contrée d'Atlantic City a ainsi fait le choix d'autoriser les casinos à proposer une offre de jeux en ligne, sous le contrôle d'une Commission. Une petite révolution qui prendra officiellement effet le 4 juillet prochain, jour de la fête nationale américaine. Comme un pied de nez au reste du pays.

 

L'Etat y trouve son compte en relançant, espère-t-il, l'économie déclinante d'Atlantic City, mais surtout en ponctionnant 20 % du revenu brut annuel généré par ces nouvelles activités. Par ailleurs, une récente étude de l'Interactive Media Entertainment & Gaming Association (iMEGA) chiffre à 57 000 le nombre d'emplois susceptibles d'être créés à terme par le seul effet de l'entrée en vigueur de la loi. Quant aux taxes, elles pourraient représenter plusieurs dizaines voire centaines de millions d'euros au profit de l'Etat.

 

Le procédé a cependant une limite naturelle : les joueurs résidant hors New Jersey ne sont pas autorisés à prendre part aux festivités. Un cloisonnement qui suscite aujourd'hui de nombreuses interrogations : l'Etat va-t-il à terme concentrer une part substantielle du marché américain ? PokerStars ou Full Tilt vont-ils quitter l'Etat comme ce fut le cas avec Washington ?

 

La réponse à la première question semble relativement claire, à la lumière des développements législatifs ayant cours dans d'autres Etats américains. Alors qu'un projet de texte est d'ores et déjà en cours de préparation en Floride, la Californie devrait être la première à marcher dans les pas du New Jersey. Le Golden State travaille en effet sur la question depuis plusieurs mois, mais a vu ses ardeurs freinées par l'opposition des tribus indiennes locales, dont le rôle sur l'échiquier des jeux s'avère loin d'être négligeable. Ce dernier obstacle levé récemment, le processus législatif pourrait s'accélérer en 2011.

 

Si la mise en place de telles réglementations Etat par Etat ne constitue pas la panacée pour les joueurs, elle s'avère en revanche un palliatif appréciable face à l'apathie fédérale. Aujourd'hui encore, la seule forme de poker en ligne explicitement autorisée aux Etats-Unis se trouve aux tables de play money. Dans cet univers, les géants se nomment PurePlay (autoproclamé plus grande salle de poker américaine légale avec près de 2,5 millions de membres) ou Zynga Poker, la plateforme liée à Facebook.

 

Affichant près de 40 millions d'utilisateurs actifs, Zynga ne manque pas d'ambition sur le sol américain et reste à l'affût d'une future régulation. Les 18 et 19 mars prochain, il tiendra même sa première convention au Palms de Las Vegas. Un signal fort qui s'incrit dans une stratégie globale. En janvier dernier, alors qu'il quittait UltimateBet et qu'on le questionnait sur un prochain partenariat, Phil Hellmuth mettait d'ailleurs le nom du groupe sur le tapis : "Si la loi vient à évoluer, Zynga se retrouverait subitement à la tête d'un site de poker de 5 milliards de dollars. Etre l'un de ses représentants me placerait alors dans une excellente situation".

 

Une preuve de plus, s'il en fallait, que si les élus américains ne semblent pas tous prêts à franchir le pas de l'ouverture, les acteurs, eux, sont dans les starting-blocks depuis plusieurs mois déjà.

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Le poker en ligne aux Etats-Unis : état des lieux législatif et perspectives
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Pour des raisons évidentes, la bonne santé du circuit international est intimement liée à celle du marché américain du poker en ligne. Or à ce jour, l'échec des Démocrates à adopter une loi de régulation avant les élections de mi-mandat a conduit au statu quo et au maintien de l'Unlawful Internet Gambling Enforcement Act (UIGEA), qui depuis 2006 met des bâtons dans les roues de l'industrie. Le salut des joueurs en ligne américains semble maintenant passer par des règlementations propres à chaque Etat fédéré.

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Le Congrès américain a aujourd'hui les cartes en main.

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Quelques nouveaux éléments

Le Gouverneur du New Jersey a finalement usé de son droit de veto pour enterrer temporairement le projet de loi visant à l'instauration d'un marché régulé des jeux en ligne au sein de l'Etat.

Le processus législatif évolue plus favorablement du côté de l'Iowa, qui pourrait en cas de succès devenir le premier Etat américain à ouvrir son marché du poker en ligne. Les débats n'ont cependant pas encore atteint un stade particulièrement avancé (voir cet article du Chicago Tribune).

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Alors que l'ouverture du marché états-unien du poker en ligne est encore loin d'être acquise, le leader mondial du secteur a annoncé hier son alliance avec Wynn Resorts, le puissant casinotier propriétaire des principaux établissements de Las Vegas et Macao.

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Steve Wynn

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