mardi 24 juillet 2018 à 8:40

Dans un arrêt du 27 juin à l'intérêt juridique relativement limité, la Cour de cassation dévoile moult détails sur les coulisses de parties privées parisiennes datant du printemps 2012. À l'époque, leur démantèlement avait fait grand bruit.

Cour de cassation

Juin 2012. Au terme d'une enquête de plusieurs mois, la brigade de répression du banditisme frappe fort avec une série d'interpellations en lien avec l'univers des parties de poker clandestines de la capitale. Cinq personnes sont d'abord arrêtées à leur sortie d'un luxueux appartement du XVIIIe arrondissement. Selon la police, ce logement est le théâtre de parties qui réunissent des joueurs professionnels et des hommes d'affaires fortunés une ou deux fois par mois, et qui garantissent à leurs organisateurs des bénéfices de 5 000 à 12 000 euros par soirée. Deux mois plus tard, une autre personnalité est interpellée dans le XVe arrondissement. Soupçonnée d'orchestrer des parties mettant en jeu plusieurs centaines de milliers d'euros, elle est elle aussi mise en examen pour tenue d'une maison de jeux de hasard en bande organisée.

 

L'affaire fait rapidement les gros titres de la presse généraliste pour une raison simple : le nom de Patrick Bruel est dans un premier temps évoqué. Mais le chanteur n'est finalement entendu qu'en qualité de simple témoin. Lors de son audition, il déclare alors : "J'y ai joué occasionnellement avec des copains avant que cela ne dérive vers des pratiques contestables. Dès lors que des éléments extérieurs, qui ne m'ont pas plu, ont rejoint la table, je n'y suis plus allé. Je suis donc parfaitement hors de cause."

 

Le travail des enquêteurs se focalise d'emblée sur les principaux organisateurs de ces différentes parties. Parmi eux revient souvent le nom de Jean-Jacques G., à qui Le Parisien prête alors "des liens avec le milieu du banditisme", mais aussi un statut de personnalité "incontournable depuis plusieurs années dans l'organisation de parties clandestines de poker à très gros enjeu", et enfin lors de ces fameuses parties un rôle de banquier qui "se porte garant du paiement des gains et du remboursement des dettes".

 

La presse se fait les choux gras de ces soirées qui auraient coûté à certains de leurs protagonistes des montants de 500 000 ou 700 000 euros, ainsi que de ces appartements aux allures de caverne d'Ali Baba où sont retrouvées de grosses sommes en liquide et diverses armes à feu. La procédure judiciaire, néanmoins, ne fera pas tout à fait l'objet du même intérêt médiatique. Jusqu'à ce jugement de la Cour de cassation rendu le 27 juin 2018 dans une relative indifférence en dépit des détails dont il regorge sur les coulisses de l'organisation de ces parties.

 

C'est le fameux Jean-Jacques G., que la cour d'appel de Paris a condamné en mai 2017 à 40 000 euros d'amende, qui est à l'origine du pourvoi. Confondu par des interceptions téléphoniques multiples, il a comme ses complices été reconnu coupable de tenue d'une maison de jeux de hasard. Soucieuse de ne laisser aucun détail de côté, la cour livre dans le corps de son arrêt les enseignements clés des écoutes réalisées.

 

À l'origine les parties se déroulent chez Monsieur D, mais comme Monsieur C ne les apprécie guère, Monsieur A accepte la demande de Monsieur B de les organiser à son domicile. Vous suivez toujours ? Monsieur A est d'abord un peu gêné vis-à-vis de Monsieur D, mais ce dernier accepte finalement le déménagement de la partie. Par la suite, d'autres joueurs viendront même s'y greffer.

Pierre Bellemare

Dans un premier temps, Monsieur A fait confiance à un certain Michel pour gérer les aspects logistiques de la partie : convocation des joueurs et des croupiers, gestion de la caisse... Mais un jour le dénommé Armand, surnommé Le Croc, essuie de lourdes pertes et s'en acquitte via des chèques sans provision. Monsieur A fait alors appel à Jean-Jacques G. pour "assainir" la partie. Ce dernier succède donc à ce cher Michel dans sa mission de gestion de la caisse et de convocation des intervenants, et tire immédiatement avantage de sa promotion puisque les écoutes mettent en exergue des "tailles tellement conséquentes qu'elles alertent les joueurs".

 

Le 1er juin 2012, Monsieur D appelle Monsieur A et lui fait part de son sentiment à l'égard de ce sacré tailleur de Jean-Jacques : "Il faudra quand même qu'on mette les pieds dans le plat et qu'on en parle avec lui parce que ça fait trois parties qu'il taille et qu'il taille beaucoup. Quand il dit qu'il a taillé 3000, tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas la vérité. Il taille entre 100 et 300 par coup, et on n'a pas fait que dix coups dans la soirée ! On a joué six heures !".

 

Monsieur A se fait-il manipuler par Jean-Jacques, comme le pense Monsieur C ? Il ressort du dossier que ses prélèvements importants avaient autant pour but de générer des revenus confortables que pour se prémunir d'éventuels défauts de paiement. Quant à la partie, est-elle publique ou réservée à une poignée d'habitués ? Les juges penchent pour la première option au regard de propos tenus par Jean-Jacques à l'attention de Monsieur A : "Il faut organiser la partie au moins une fois par semaine à jour fixe. Comme ça les gens ils savent. Parce que sinon après ils s'organisent d'eux-mêmes. Tu vas voir que les clients, ils arrivent et ils passent. Il y a des Libanais qui jouent à Dakar. Y'en a tout le temps, toute l'année. Tu as deux ou trois joueurs qui vont venir régulièrement, qui sont des gens propres, des amis, qui travaillent... Ce sera un plaisir de jouer avec des amis."

 

De tous les éléments dont ils disposent, les juges déduisent que la partie était bien publique et visait à attirer en nombre les joueurs de la capitale. Certes, il fallait être coopté par l'un des participants et accepté par les autres pour y avoir ses entrées. Cette circonstance n'est néanmoins pas jugée suffisante pour en faire au sens strict une partie privée qui se contenterait de réunir un cercle d'amis.

 

Quant aux croupiers, rémunérés 500 euros par soirée, leurs situations sont examinées au cas par cas par les juges. Amandine H bénéficie ainsi d'une relaxe au motif qu'à l'arrivée de Jean-Jacques aux manettes, elle a décidé de rendre son tablier pour marquer son désaccord avec la nouvelle pratique de la taille. Ce n'est pas le cas de son collègue Richard I, qui lui n'y a vu aucun souci d'éthique.

 

Et l'ami Jean-Jacques dans tout ça ? Alors que le tribunal correctionnel l'avait dans un premier temps condamné à quatre mois de prison et 30 000 euros d'amende, la cour d'appel a par la suite pris en compte la durée réduite de l'infraction (un mois) pour ramener cette peine à une simple amende de 40 000 euros. La Cour de cassation confirme aujourd'hui la sentence et estime que le montant de l'amende est pertinent au regard du faisceau d'éléments dont elle dispose. La juridiction précise au passage que l'intéressé, depuis l'intervention de la police à son domicile devant sa compagne et ses trois enfants, a "mis un terme à son addiction au jeu" et occupe un emploi rémunéré à hauteur de 2 500 euros brut mensuels. Le Molly Bloom français serait donc rentré dans le rang.

Les news à la Une
dimanche 16 décembre 2018 à 1:11
Télex

Après 3 jours de combat intense, le GP Germany approche de son dénouement. Sur les 1 934 partcipants, 249 ont déjà décroché leur place pour le Day 2, en attendant le résulat des derniers flights, dont le dernier se jouera demain matin à 10h00.

8 français ont déjà validé leur ticket et retourneront donc dans l'arène demain à 14h00, pour la suite de ce marathon. Si le GP Germany était à priori réservé au petite bankroll, quelques joeurs de renom sont venus garnir les rangs des 8 flights qui se sont déroulés depuis jeudi. Parmi eux, un de High Roller, une star des échecs, un bracelet WSOP... Et nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. Fausto est toujours à Rozvadov pour vous faire vivre l'évènement. Rendez vous demain à partir de 14h00 pour la suite du coverage de ce Grand Prix Germany !

vendredi 14 décembre 2018 à 9:52
Fisc et poker : la justice se penche sur les cas d'Antoine Saout et Nicolas Babel

Ouest France rapporte que le Trésor public réclame près de 1,5 million d'euros à Antoine Saout, dont le sort sera tranché par la Cour administrative d'appel de Nantes la semaine prochaine. Parallèlement, Nicolas Babel vient lui d'obtenir devant la Cour administrative d'appel de Versailles la décharge des pénalités pour activité occulte.

jeudi 13 décembre 2018 à 8:53
Pari d'isolement : Rich Alati est sorti de sa salle de bains

Le 21 novembre dernier, Rich Alati s'est laissé convaincre par son ami Rory Young de s'isoler pour une durée d'un mois dans une salle de bains, le tout dans le noir le plus complet. Le pari vient toutefois de prendre fin dix jours avant l'échéance prévue, les deux hommes s'accordant sur un montant inférieur à l'enjeu initial de 100 000 $.

mercredi 12 décembre 2018 à 10:06
Télex

C'est une tradition que xkaiizerx n'a pas l'intention d'abandonner : chaque année, notre CPiste établit un calendrier des principaux tournois programmés en France et dans les environs. Les rendez-vous de nos pays voisins sont évidemment inclus, au même titre que ceux de Marrakech ou Malte, et le tout sera mis à jour de façon régulière au gré des annonces des organisateurs.

mardi 11 décembre 2018 à 13:59
Télex

La ville du pêché peut faire tourner les têtes les plus pieuses. En témoigne l'histoire de ces deux religieuses de Los Angeles, qui durant plus de dix ans ont détourné des chèques destinés à une école pour financer leurs séjours dans les casinos de Las Vegas. Un manège pas très catholique, et dont le butin pourrait dépasser 500 000 $.

mardi 11 décembre 2018 à 13:27
Trash Talk, épisode 4 : Pokersphère, le duel Hairabedian/Guyon...

Le quatrième épisode de Trash Talk est en ligne. Dans cette nouvelle émission, Loïc Xans s'entoure d'Alexis Laipsker, Adrien Guyon, David Boivert et Yann Roudaut. Les thèmes traités sont une fois de plus divers et variés : le duel Roger Hairabedian / Adrien Guyon, l'affaire Pokersphère ou encore la place des people dans l'industrie du poker.

mardi 11 décembre 2018 à 10:54
Télex

Amarillo Slim est-il le plus grand tricheur de tous les temps ? C'est en tout cas l'angle choisi par Jérôme Schmidt dans un portrait fleuve pour le dernier numéro de Poker52. Live Poker, de son côté, donne la parole à Romain Lewis mais aussi à ShiShi qui signe un article sur sa vision du poker en 2027.

mardi 11 décembre 2018 à 9:52
Télex

Le King's Casino de Rozvadov, ce n'est pas seulement l'antre des WSOP Europe ou de tournois aux enjeux élevés. C'est aussi le théâtre de rendez-vous plus accessibles tout au long de l'année. En témoigne ce 200 € Grand Prix Germany dont Fausto assurera la couverture pour Club Poker à partir de jeudi. Bonne nouvelle pour notre reporter : il aura aussi droit à un 1 100 € PLO Birthday Party en l'honneur de Tony G ce week-end.

lundi 10 décembre 2018 à 15:58
EPT Prague : le 10 300 € High Roller pour Akin Tuna

C'est traditionnellement l'un des derniers grands rendez-vous de l'année poker : l'EPT Prague animera toute la semaine à venir avec plusieurs beaux tournois. Le festival tchèque de PokerStars s'est ouvert ce week-end sur une victoire turque : celle d'Akin Tuna au terme du 10 300 € High Roller. Davidi Kitai se signale de son côté par une belle troisième place.

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