mardi 18 février 2014 à 10:59

Albert Upton, l'un des professeurs du jeune Richard Nixon, s'est fendu un jour de cette phrase : "Un homme qui n'est pas capable de jouer correctement une main de poker n'a pas la carrure pour être président des États-Unis". Nombreux furent les pensionnaires de la Maison Blanche à prendre cet aphorisme au pied de la lettre.

 

"Le poker illustre mieux que tout les pires aspects du capitalisme

qui ont fait la grandeur de notre pays." (Walter Matthau, 1920-2000)

 

 

En 2007, alors en pleine campagne pour l'investiture démocrate à l'élection présidentielle, Barack Obama est interrogé par un journaliste de l'Associated Press à propos d'un éventuel talent caché. "Je suis un très bon joueur de poker", répond-il dans un sourire. La réplique est en dépit des apparences très sincère. Jeune sénateur de l'Illinois, le futur président américain participait régulièrement à des parties de stud ou de draw entre élus, aussi appréciées de ses amis démocrates que républicains. Quelques centaines de dollars, tout au plus, y passaient à l'époque de main en main. Mais une fois élu, ce petit rituel a pris fin et Barack Obama n'a plus jamais évoqué publiquement son goût pour les cartes¹.

 

Le président en exercice n'est pourtant pas le premier locataire de la Maison Blanche à se passionner pour le poker. Il est même le dernier d'une très longue lignée. Inspiré par l'ouvrage Cowboys Full : The Story Of Poker de James McManus², le New York Times a eu l'occasion d'évoquer l'intérêt pour le jeu de plusieurs de ses prédécesseurs : Abraham Lincoln, Ulysses Grant, Theodore puis Franklin Roosevelt, Harry Truman... La plupart ont pratiqué le poker de manière purement récréative, comme Lyndon Johnson ou les Roosevelt. Certains y ont joué plus sérieusement, autour de véritables enjeux financiers et avec un certain talent. Ce fut le cas de Richard Nixon et Dwight Eisenhower. Et dans un cas ou deux, il est même arrivé que le poker ait une influence — directe ou indirecte — sur le déroulement de leur carrière politique voire les destinées du pays.

Présidents américains
Même Abraham Lincoln !

Depuis 1933 et le début du premier mandat de Franklin Delano Roosevelt, les présidents américains qui n'ont pas eu le poker pour loisir se comptent sur les doigts d'une main. L'instigateur du New Deal en personne jouait régulièrement en Stud à de petits enjeux. Ses proches évoquent un joueur décent. De ceux qui maîtrisent les concepts de base tels que l'importance de la position. Le principal intéressé, lui, y voyait surtout un bon moyen d'évacuer le stress inhérent à sa fonction.

 

Les anecdotes à son sujet ne manquent pas. Certaines sont douteuses, à l'instar de ces bruits de jetons que l'on distinguerait à l'arrière-plan de certains de ses grands discours radiophoniques. D'autres sont en revanche tout à fait sérieuses, à l'image de la partie qu'il organisait chaque année lors de la nuit de l'ultime session du Congrès. La désignation du grand gagnant y était un peu particulière : il fallait en effet détenir un maximum de jetons au moment de l'ajournement de la séance. Une spécificité dont Roosevelt aurait occasionnellement tiré avantage. Lors d'une de ces parties, la légende veut ainsi qu'il ait reçu un appel téléphonique le prévenant de la fin de la séance. Mais contrairement à l'usage, il aurait alors dissimulé l'information à ses adversaires de sorte à prolonger la soirée. Ce n'est que quelques heures plus tard, une fois la hiérarchie inversée, qu'il se serait à nouveau fait apporter le téléphone pour s'adjuger la victoire à l'insu de ses partenaires. Lesquels n'auraient pris connaissance du subterfuge que le lendemain.

En 1944, malgré un état de santé particulièrement déclinant³, Roosevelt obtient pour la quatrième fois la confiance des électeurs américains. Un record puisqu'aucun de ses prédécesseurs ni de ses successeurs n'a jamais exercé le pouvoir plus de huit ans. Ce quatrième mandat n'ira toutefois pas à son terme : quelques semaines plus tard, le 29 mars 1945 en début d'après-midi, le président est victime d'une hémorragie cérébrale dont il ne se relèvera pas.

 

Son dernier vice-président, Harry Truman, est en poste depuis 82 jours seulement lorsque son mentor tire sa révérence. En ce 29 mars, il vient de quitter le Sénat et s'apprête à rejoindre le bureau du Président de la Chambre des Représentants pour boire un verre entre confrères et — affirment certaines sources — disputer une partie de poker. Les réjouissances seront finalement remises à plus tard : un message urgent lui intime de se rendre à la Maison Blanche. Une fois sur place, Madame Roosevelt l'informe du trépas de son défunt mari. "Fâcheux pléonasme !", se dit Truman avant de juger le moment inopportun pour corriger la première dame.

Harry Truman poker
Truman en pleine partie

Peu après, l'ancien sénateur du Missouri prête serment et devient le nouveau passionné de poker de la Maison Blanche. Quelques historiens rapportent que c'est une guerre mondiale plus tôt, lors de parties entre soldats, qu'il a appris les rudiments du jeu. Cette expérience l'a manifestement marqué puisqu'il ne cessera par la suite jamais de jouer. Pas même — fait rare — durant son mandat de président. Comme pour Roosevelt, les anecdotes ne manquent pas. Une première porte sur une partie disputée à bord du U.S.S. Augusta, en plein conflit et en présence de journalistes. Les faits se déroulent au début du mois d'août 1945, soit dans les jours précédant le lancement de la bombe atomique sur Hiroshima puis Nagasaki. Certains commentateurs y verront une futilité malvenue, à l'aube de l'une des dates les plus tragiques de l'Histoire moderne. D'autres comme David Spanier, journaliste au New York Times, réfuteront vigoureusement cette hypothèse en assimilant ces parties à un moyen d'évacuer la pression, plutôt qu'à "une preuve de la légèreté de Truman face à ce terrible événement".

 

Ce même argument de la soupape anti-stress a également été retenu par les biographes d'un autre grand passionné de poker et de jeux d'argent en général : Winston Churchill. Grand admirateur de Roosevelt, avec lequel il entretenait depuis plusieurs années une correspondance régulière, le Bouledogue fut en 1945 très triste du décès de son alter ego. Mais aussi très inquiet de ses conséquences pour la suite du conflit mondial et les relations avec la Grande-Bretagne. Il fut toutefois vite rassuré par les bonnes dispositions affichées par Truman, manifestement attaché à s'inscrire dans la continuité de son prédécesseur. Les deux hommes ont donc appris à se connaître dans un contexte de fin de conflit et de préparation de l'après. Au fil des mois, ils ont même tissé des liens au point de se retrouver occasionnellement autour d'une même table de poker. Lorsqu'en mars 1946, Sir Winston se rend en ami⁴ dans le Missouri pour délivrer face à une assemblée de 40 000 personnes l'un des plus fameux discours d'après-guerre⁵, il partage le même train que Truman. Et que font les deux personnages les plus puissants de leur époque pour vaincre l'ennui durant le trajet ? Eh oui : ils disputent une partie de poker !

Aussi fantasque à la table que rigoureux à la ville, Harry Truman était friand de vrais "coups de poker". Il en disputait donc un maximum, sur la base d'un style que l'on qualifierait aujourd'hui de "loose agressif". Un profil en parfaite adéquation avec son statut de joueur récréatif. De ceux qui privilégient le divertissement et l'aspect social du jeu plutôt que les gains financiers qu'il permet d'obtenir. Autre illustration de sa passion sincère : il conservait précieusement une collection de jetons customisés aux couleurs de la présidence. Mieux, à l'avant de son bureau était disposée une plaque gravée de la formule "The Buck Stops Here" ("La responsabilité commence ici"), laquelle lui avait été offerte par un directeur de prison lui-même féru de poker. Cette phrase, il avait contribué à la populariser en la glissant dans ses discours — d'une manière aussi récurrente que le fameux "Yes we can" de 2008 — en référence à l'expression "Pass the buck" dont les origines "pokeriennes" ont par la suite ressurgi. En effet, il était jadis fréquent qu'un couteau (buck knife) soit utilisé pour désigner à la table le joueur responsable de la distribution (soit l'équivalent du bouton). Après chaque coup, le joueur en question devait en conséquence passer le couteau ("pass the buck") à son voisin.

 

En 1953, Harry Truman cède son fauteuil au profit d'un ancien poulain passé à l'ennemi : Dwight Eisenhower, pressenti en 1951 pour une candidature démocrate, mais finalement porte-étendard du camp républicain à la suite d'un "coming-out" politique. Mais en dépit de divergences de vue avec son prédécesseur sur des dossiers importants comme la situation en Corée ou le communisme, l'ancien homme fort de l'opération Overlord va faire perdurer la tradition du président passionné de poker. Familier du jeu depuis son plus jeune âge, il met régulièrement à profit sa petite expérience durant sa (très longue) carrière militaire. Au fil du temps, il devient même un fin connaisseur des subtilités techniques et des concepts avancés. Promu colonel puis général durant la seconde guerre mondiale, il affronte semble-t-il à la table un autre haut gradé célèbre : le général Patton. Le conditionnel reste cependant de mise, de même que pour cette anecdote que ses alliés politiques et admirateurs vont par la suite faire vivre : suite à une partie qui aurait très mal tourné pour l'un de ses soldats, Eisenhower en aurait le lendemain organisé une nouvelle — truquée à son insu — afin de l'aider à se renflouer.

Quand en 1961 vient enfin le temps de passer la main⁶, il apporte son soutien à celui qui assure depuis huit ans sa vice-présidence : Richard Nixon. Mais au terme d'une campagne parfois mal négociée⁷, c'est finalement Kennedy qui l'emporte avec un avantage de 120 000 votes (soit 0,2 % des voix). Une très courte tête qui repousse aux calendes grecques l'avènement de Nixon. Huit ans plus tard toutefois, alors que le camp démocrate est plus que jamais empêtré dans une guerre du Viêt Nam qui s'éternise, celui-ci sent la roue tourner et son heure venir. Il orchestre alors avec brio les conditions de son retour au premier plan. Sans sous-estimer l'importance de certains rebondissements fortuits (le retrait de la course du président Johnson, suite à une primaire désastreuse dans le New Hampshire ; et surtout l'assassinat de Robert Kennedy, qui faisait figure de favori dans les rangs démocrates), la suite des événements lui donne raison. Le 20 janvier 1969, le plus joueur des présidents américains prête serment sur la Bible.

 

Ce qui vaut à Nixon ce qualificatif tient autant à sa passion pour le poker qu'à l'importance que le jeu a pu avoir dans son parcours, directement ou indirectement. S'il n'avait pas joué au poker durant sa carrière militaire, le Quaker⁸ californien n'aurait sans doute pas connu pareil destin. Et s'il n'avait pas développé certaines facultés cartes en main, son approche de certains événements ou rapports de force politiques en aurait probablement été affectée. Le principal intéressé en a du reste lui-même convenu, en 1983, lors de sa célèbre série d'interviews avec le journaliste Frank Gannon (voir la vidéo ci-dessous).

L'histoire commence avec Pearl Harbor, ou plus exactement huit mois après l'attaque surprise de l'aéronavale japonaise. Juriste diplômé de la Duke University, Nixon rejoint alors la Navy en tant que lieutenant-commandant (l'équivalent américain du grade de capitaine de corvette). En service sur un navire de ravitaillement dans le sud-ouest de l'Océan Pacifique, au large des Îles Salomon, il ne verra pourtant jamais l'ombre d'une bataille ou de la moindre passe d'armes. En revanche, le poker lui offrira la possibilité d'occuper son temps. Et du temps, le trentenaire en a justement à revendre. Des années plus tard, il confiera à des journalistes : "Le stress causé par la guerre et l'oppressante monotonie de mon quotidien avaient fait du poker un divertissement irrésistible. Je trouvais ça aussi instructif que divertissant et profitable".

 

C'est son ami officier James Stewart qui, le premier, lui parle de 5-Card Stud : "Il m'a demandé : est-ce que tu penses qu'il existe un moyen de gagner à tous les coups ? Et je lui ai répondu avec un conseil, en lui disant que s'il ne pensait pas avoir la meilleure main, le mieux était de ne pas la jouer du tout. Puis j'ai ajouté que s'il faisait ça, il coucherait sans doute trois ou quatre mains sur cinq et s'ennuierait un peu. Et que moi je n'avais pas la patience de faire ça". Mais contrairement à Stewart, Nixon est un jeune homme studieux et appliqué. "Il faisait partie de ces personnes qui n'ont jamais à travailler dur pour apprendre", indiquera plus tard l'une de ses anciennes maîtresses d'école. "On lui disait quelque chose et il n'oubliait jamais". Alors celui que les autres officiers surnomment "Nick" écoute religieusement les conseils de son ami. Immédiatement piqué par le démon du jeu, il les applique même au pied de la lettre comme le confirme Stewart : "À ma grande surprise, il a fait tout ce que je lui ai dit. Et il a gagné bien plus que ce que lui-même aurait pu imaginer".

Nixon et le poker

Joueur discipliné, Nixon se forge un style serré et "small ball" qui fait merveille auprès de ses compagnons. Et quand les cartes elles-mêmes lui sont moins favorables, il fait preuve d'un soupçon d'opportunisme et tire avantage de la consommation d'alcool de ses comparses. Nuit après nuit, il enregistre de petits bénéfices. Tantôt 30 $, tantôt 60... Jamais le plus gros gain de la soirée, mais presque systématiquement un petit pécule indique son vieil ami Lester Wroble : "Dick ne perdait jamais. Sans être toujours le grand vainqueur, il finissait souvent parmi les gagnants. Quelques dizaines de dollars ça n'avait pas l'air de grand chose, mais il multipliait ça jour après jour". Il faut dire que contrairement aux autres membres de la tablée, sa motivation passe davantage par le profit que par le seul plaisir. "Il a fini par envoyer un joli magot en Californie⁹", commente Stewart. "Je ne sais pas combien exactement, mais quelque chose comme 6 000 ou 7 000 $". D'autres sources évoquent des gains de 3 000 à 10 000 $ sur une période de deux ans dans la Navy. Des sommes qui peuvent prêter à sourire, mais qui pour l'époque s'avèrent conséquentes¹°.

 

Mais quel était le réel niveau de jeu du futur président ? Plusieurs documents compilés par la Nixon Foundation apportent un début de réponse à cette question, même si les avis divergent. Certains le disent brillant, d'autres estiment les louanges grandement exagérées. Un ami de l'époque, le lieutenant James Udall, appartient à la première catégorie : "Nick était un bon joueur de poker. Peut-être le meilleur que nous ayions vu à l'époque. Il jouait avec prudence mais n'hésitait pas à prendre quelques risques quand c'était nécessaire. Je me souviens l'avoir vu bluffer un autre officier avec une paire de deux pour un montant de 1 500 $". Un avis plus tard contrebalancé par Tip O'Neill, l'un de ses adversaires de jeu dans les années 50 : "Il se voyait comme un excellent joueur, mais il parlait trop et ne jouait pas toujours de manière adaptée à ses cartes. Et surtout, il savait utiliser son rang plus élevé (NDLR : il est alors vice-président) à son avantage à la table".

Quoiqu'il en soit, il est durant la guerre hors de question de plaisanter avec la partie de poker rituelle ! Et quand en avril 1944, il assiste au milieu de milliers de soldats à l'atterrissage de Charles Lindbergh, venu booster le moral des troupes, son esprit est ailleurs. Ses pensées ne vont pas, comme celles de ses amis, vers la superbe infirmière qui accompagne l'aviateur : "Personne ne faisait attention à lui [...] Il faut dire que nous n'avions pas vu une femme depuis une éternité". Non, Nixon a déjà la tête tournée vers la partie du soir. Quelques officiers triés sur le volet vont bien se voir proposer de prendre leur repas en compagnie de Lindbergh, mais lui déclinera poliment l'invitation¹¹ : "Ca peut sembler incroyable a posteriori de refuser une opportunité de rencontrer Lindbergh à cause d'un jeu de cartes. Mais nos parties étaient bien plus qu'un passe-temps. À la longue on prenait ça très au sérieux".

 

À son retour aux États-Unis, Nixon joue moins souvent mais garde le poker comme passion (cependant sans commune mesure avec sa lubie du football américain). Mais surtout — et c'est précisément ce qui le démarque des autres présidents américains dans leurs rapports avec le poker — il va mettre à profit les gains accumulés durant la guerre pour mettre sa carrière politique sur les rails. "Le poker a donné à Nixon les moyens financiers de lancer sa carrière", confirme son biographe Stephen Ambrose. De fait, sa première campagne électorale en Californie est en bonne partie financée par les profits tirés du jeu. Et l'investissement porte ses fruits : en 1946, il bat le démocrate Jerry Voorhis et entre au Congrès. La première étape de son long chemin vers la Maison Blanche. À l'époque, il clame d'ailleurs à qui veut l'entendre qu'il lui est "indispensable de construire une image de vainqueur" et que, pour cela, il lui faut "battre quelqu'un". Autant dire que le jeune loup¹² a les dents longues et voit déjà plus loin.

Quand 23 ans plus tard, Nixon se voit enfin confier les rênes du pays, son avènement perpétue donc une lignée de quarante années qui n'aura été mise entre parenthèses que durant le mandat de Kennedy¹³. Officiellement, il ne jouera plus une fois endossé le costume de président. Officieusement, sa passion perdurera et donnera lieu de temps à autre à des parties avec des membres du Congrès. Mais surtout, il mettra régulièrement à profit son expérience de joueur dans ses rapports avec d'autres dirigeants. "Le poker lui a donné certaines leçons qui, par la suit,e se sont avérées précieuses et parfois déterminantes dans son parcours", commente son biographe. "Il a appris à prendre la mesure de ses adversaires, à choisir le bon moment pour frapper, à simuler des faiblesses pour engendrer la bonne réaction, à jeter l'éponge au bon moment..." Une analyse partagée par James McManus, qui confirme que son passé de joueur a "parfois eu un rôle dans l'histoire politique ou diplomatique" du pays.

 

Le principal intéressé ne s'en cache d'ailleurs pas. Dans quelques interviews, il va même plus loin dans la voie du parallélisme entre poker et politique : "Le poker peut aider. Les Russes, eux, sont plutôt des joueurs d'échecs. Je n'ai jamais rien compris aux échecs. C'est un jeu qui est beaucoup plus complexe. Mais pas mal de trucs que vous faites à une table de poker peuvent s'avérer utiles en politique, et encore plus utiles en diplomatie. L'un des problèmes qu'on rencontre souvent dans les relations diplomatiques, en particulier dans les rapports avec les autres grands dirigeants, c'est par exemple la tendance très marquée des politiciens américains à tout mettre sur la table. Ils ne savent pas quand bluffer, quand suivre, et par dessus tout quand se montrer imprévisibles. L'imprévisibilité est pourtant la plus grande arme que le dirigeant d'un pays puissant doit avoir à son arsenal. Si on peut lire en lui comme dans un livre ouvert, alors il perd une grande partie de son pouvoir".

Ces propos dignes du Frank Underwood de la série House Of Cards viennent directement en écho d'une autre phrase signée Nixon, sept ans avant son arrivée au pouvoir. Alors qu'États-Unis et bloc soviétique s'opposent avec véhémence dans l'une de leurs plus inquiétantes passes d'armes diplomatiques, la fameuse "crise des missiles de Cuba", Nixon laisse entrevoir une forme d'admiration pour le charismatique leader du camp adverse : "Il n'y a aucun doute, Khrouchtchev aurait fait un joueur de poker fantastique". Les cinéphiles avertis ne manqueront pas de dresser un parallèle entre cet aveu et le film Docteur Folamour, dont la dramaturgie a en partie été inspirée à Stanley Kubrick par le poker et la théorie des jeux¹⁴.

 

Mais face aux grands de ce monde, par quelles attitudes exactement se traduisait l'expérience de joueur de Nixon ? De son propre aveu, le président s'efforçait par exemple, lors de négociations avec les dirigeants russes ou chinois, de réguler sa respiration et d'adopter une vraie "poker face" : "Quand un homme a traversé une crise, même mineure, il apprend à ne pas s'inquiéter lorsque ses muscles se raidissent, quand sa respiration accélère, quand son estomac se noue... Il identifie ces symptômes comme des signes naturels de la préparation de son organisme pour la bataille". Cette déclaration trouve un complément dans ses mémoires : "J'ai par exemple appris au poker que ceux qui détiennent de bonnes cartes parlent généralement moins et de manière moins audible, alors que ceux qui bluffent parlent à la fois davantage et plus fort".

 

Au-delà de ces petites astuces et autres artifices, Richard Nixon était connu pour être un très fin négociateur. Il abordait généralement les pourparlers en retrait afin de prendre le temps d'étudier ses interlocuteurs. Mais lorsqu'il entrait enfin dans la danse, le Californien prenait souvent le contrôle pour de bon. A l'image de certains joueurs qui veulent remporter tous les pots, il se refusait à laisser filer la moindre négociation, le moindre débat, la moindre passe d'armes politique. D'aucuns voient d'ailleurs dans sa soif permanente de victoire l'un des traits de caractère qui, en 1974, l'ont mené à sa perte. Et à se figer aux yeux de l'Histoire comme l'homme du Watergate, plutôt que comme le Phil Ivey du Bureau ovale.

 

 

¹ Son adversaire défait, John McCain, a quelques années plus tard repris le flambeau avec l'écho médiatique que l'on connait.

² L'auteur a eu l'occasion de rencontrer le président en exercice et de s'entretenir avec lui au sujet du poker. Dans une interview, il s'est par la suite fendu de la phrase suivante (directement à l'origine de cet article) : "J'ai parlé de poker avec Barack Obama. Il est très intéressé par l'histoire de ce jeu, que des présidents ont aimé et qui a parfois eu un rôle dans l'histoire politique ou diplomatique."

³ État de santé qu'il serait parvenu à dissimuler au public grâce au Bureau de la Censure, créé trois ans plus tôt.

⁴ Défait lors des dernières élections, Churchill n'est alors déjà plus Premier Ministre.

⁵ Son Iron Curtain Speech est considéré par certains historiens comme marquant le début de la Guerre Froide.

⁶ Depuis l'adoption d'un amendement à la Constitution en 1951, il est proscrit de concourir en vue d'un troisième mandat. Dwight Eisenhower, 70 ans, est donc le premier président contraint de respecter cette règle qui perdure aujourd'hui.

⁷ Nixon a perdu de très nombreuses voix à l'occasion du débat télévisé l'opposant à Kennedy, principalement en raison d'une scénographie peu à son avantage. Mais Eisenhower a également fourni par maladresse quelques cartouches au camp adverse, en particulier en sous-entendant qu'il n'avait retenu aucune proposition de Nixon lors de ses deux mandats.

⁸ Un enseignement religieux qui, théoriquement, aurait dû s'opposer à la pratique des jeux d'argent.

⁹ Régulièrement, il envoie une partie de ses gains à sa famille. Dans une lettre adressée à sa femme le 4 juillet 1943, il écrit : "Tu m'as demandé combien des 675 $ venaient du poker. Tout en réalité. À ce jour j'ai gagné plus de 1 000 $".

¹° À titre de comparaison, son grade d'officier lui assurait alors des revenus de 150 $ par mois.

¹¹ Des années plus tard, une fois devenu président, il saisira l'occasion de corriger le tir en conviant Lindbergh à la Maison Blanche.

¹² Il est alors âgé de 33 ans.

¹³ Plusieurs témoignages font état de l'intérêt de Lyndon Johnson pour le poker, qu'il aurait lui-même occasionnellement pratiqué.

¹⁴ L'influence du poker dans la réflexion de Kubrick et dans la réalisation de ce film fera probablement l'objet d'un prochain numéro de la rubrique Histoire de poker.

Vos commentaires sur cette news dans le forum :
Histoire de poker : Richard Nixon et les présidents américains
Cette news a suscité 18 commentaires, et seuls les 15 derniers sont affichés.

Une petite anecdote qui illustre encore la place du poker dans le quotidien des soldats américains, et ses conséquences parfois inattendues :

 

Le Figaro : Il rend des tableaux gagnés au poker pendant la guerre de 39-45

 

NY Times : Returning the Spoils of World War II, Taken by Americans

 

Business Insider : US 'Monuments Men' group returns art taken after WWII

 

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News

Chaque année, la Blue Ribbon Foundation organise une vente aux enchères destinée à financer la plus grande fête foraine de l'Iowa. Cette année, l'événement a battu ses records de bénéfice grâce à un objet réalisé par deux artisans locaux : une copie de la table de poker préférée de l'ancien président Harry Truman.

[...] Lire la suite…



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Intégrer un rack conçu de cette façon pour chaque seat c'est quand même vraiment WTF et contraire à l'essence du jeux. Je bet sur l'artisan qui s'est dit, je vais leur faire une table top luxe et pour ça je vais mettre un rack à chaque seat monsieur !

Edited by fudge11
#iwannabelikejoueur

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Du Fivebet Festival, on connaissait déjà presque tout : le concept et les destinations, le programme de la première étape à Deauville ou encore l'état d'esprit des deux fondateurs. S'ajoutent aujourd'hui au tableau les satellites en ligne organisés par Winamax : rendez-vous chaque jeudi à 21h15 pour un 10 € rebuys garantissant un package d'une valeur de 1 000 € pour une étape au choix du gagnant.

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