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SuperCaddy

Dublin et des jeux : de l'autre côté du WPO

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Dublin et des jeux : le WPO sans mettre les pieds dans la salle de tournoi

 

Tout commence par un échange de sms un soir de juillet.

 

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Ces quelques mots ravivent le souvenir de mon unique coverage à ce jour : celui du FPS Lille en juillet 2017. Contre toute attente je m'étais bien marré, et l'idée de remettre le couvert m'enchante. Mais inutile de ménager le suspense plus longtemps : le projet n'ira pas à son terme. Quelques jours avant le départ pour Dublin, la légendaire mémoire de Laurent Dumont aka Webmaster fait des siennes : "Mais tu vas faire quoi là-bas toi en fait ? Une interview peut-être ?".

Soyons honnête : son amnésie n'est pas seule en cause. S'y ajoutent deux autres facteurs importants : des péripéties de voyage avec une arrivée à Dublin beaucoup plus tardive que prévu, et mon goût pour les jeux proposés par Wina en marge du tournoi. D'ailleurs, c'est précisément ça que j'ai choisi de vous raconter ici dans les prochains jours, en léger différé et sans la moindre pression éditoriale ni holothurique (enfin, je me réserve quand même la possibilité d'arrêter en cours de route si ça n'intéresse personne).

Tempête de boulettes géantes

 

22h30 mardi soir. Je prépare mes bagages pour le départ à destination de l'Irlande, prévu dès le lendemain matin. Mon téléphone sonne. C'est Laurent Dumont aka le roi du sandwich.

 

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"Je leur donne du crédit". Trois jours plus tard, ces mots résonnent encore dans ma tête.

J'ai déjà un billet de train pour le lendemain matin, et même s'il est acquis que le vol de 9h30 ne partira pas, je suis alors convaincu qu'un second nous sera affecté dans la journée. Et je me dis qu'avec un bouquin et un ordi, je devrais survivre à l'attente à Roissy. Hors de question, donc, de ne pas prendre mon train.

6h30 mercredi matin. Le réveil sonne. Une heure plus tard je prends la direction de la gare de mon patelin, où m'attend un premier train en direction de Lille. Une fois sur place, je dois sauter dans un second pour Roissy. C'est à peu près à cet instant que la sonnerie de mon téléphone retentit une nouvelle fois. C'est Laurent Dumont aka Lolo, aka Dudu, aka le maniaque du huhu (car cet homme n'utilise que cette onomatopée en lieu et place des lol, rofl, mdr ou encore ahah).

Laurent m'informe que notre vol ne partira finalement pas aujourd'hui, mais demain à la première heure. Coup dur. Deux options s'offrent à moi : me la jouer Tom Hanks dans The Terminal et camper à l'aéroport en attendant du renfort, ou rentrer chez moi et prendre un nouveau train dans la soirée. Faute de Catherine Zeta-Jones à Roissy, ce sera la réponse B Jean-Pierre.

Début de soirée. Il est l'heure de prendre un nouveau train. Le dernier j'espère. Et étonnamment, le voyage se déroule sans encombre. C'est donc plein d'entrain qu'aux alentours de 20h45, je monte dans le métro pour gagner le studio du CP en 15 minutes chrono. Une petite voix sort alors des enceintes pour tempérer mon enthousiasme : "Trafic fortement perturbé sur la ligne 4 suite à une panne de signalisation". Mon téléphone sonne à nouveau. C'est Laurent Dumont, aka le patron, aka le taulier, aka le Johnny Hallyday du CP.

- Le code d'entrée de l'appartement a changé. C'est 142238.

- Ok merci, c'est noté. Pour info y'a des problèmes au niveau du métro. Je risque de ne pas être là tout de suite

- Tranquillou.

Bizarre ce "tranquillou"... Il est déjà 21h, il doit être affamé à cette heure-ci. Le contraindre à patienter 30 minutes de plus relève du supplice. Sa décontraction me laisse donc pantois. Mais 50 minutes et une dizaine d'arrêts intempestifs plus tard, le naturel de notre karadoc à nous revient au galop lors d'un appel moins courtois : "Bon qu'est-ce que tu branles ? On a faim bordel !".

 

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6h jeudi matin. Réveil un poil compliqué dans le même lit que Comanche. Si j'étais une bombasse et que je chaussais du 95C, j'aurais évidemment le réflexe GHB. Mais ce n'est pas le cas et je me souviens parfaitement des événements de la veille, dont ce petit tartare dégusté en compagnie de Monsieur CP Radio, olivierp et ce diable de Laurent Dumont. Bref je saute du lit, me prépare en 4e vitesse et rejoins la bande à l'étage du dessous pour charger le matos de la radio dans le taxi.

Sur la route, j'apprends que ce n'est pas une gastro du pilote mais une tempête assez violente à Dublin qui nous a privés de notre vol de la veille.

 

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J'aimerais vous dire que cette fois, le trajet s'est déroulé sans accroc. Oui mais voilà, notre vol a rapidement été annoncé avec 30 puis finalement 50 minutes de retard. Une nouvelle déconvenue accueillie avec dépit par l'équipe.

 

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On pourrait penser que 50 minutes de retard ce n'est pas grand chose. Mais quand votre avion a pour mission de vous emmener à Amsterdam pour une escale d'une heure avant de repartir, autant vous dire que la correspondance s'annonce sportive. Alors une fois à bon port on a couru, couru, couru et couru encore pour rejoindre notre porte d'embarquement. Et comme les choses sont bien faites, elle se situait très exactement à l'autre bout de l'aéroport.

 

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Avant / Après

 

Quand on run sous l'EV un peu trop à notre goût, on attend fébrilement un signe du destin qui inverserait la tendance. Les spécialistes appellent ce phénomène le renversement de chatte. Et dans notre cas, ce renversement de chatte s'est manifesté sous la forme d'un retard d'une trentaine de minutes de ce second avion que l'on pensait rater. Avec en prime une invitation d'une hôtesse à couper la file du contrôle des passeports.

- Vous avez vu les gars, c'est un renversement de chatte. Il faut surfer dessus maintenant. N'hésitez pas à vous inscrire à un maximum de tournois en arrivant !

- Ne parle pas trop vite, tu vas nous jinxer.

L'excès de confiance, voilà le principal défaut du poissard repenti. Alors quand une charmante jeune femme nous a poliment demandé si on pouvait la laisser passer parce que son vol était juste avant le nôtre, personne dans le groupe n'a songé à l'envoyer paître. Et personne n'a vu le piège se refermer quand le douanier a demandé à Alex, notre ingé-son, de l'accompagner dans son bureau pour un contrôle prolongé.

À cet instant du récit, je vous connais, vous espérez que cette ultime péripétie nous a obligé à nous rabattre sur la vol suivant pour Dublin, aux alentours de 19h soit très exactement sept heures plus tard. Il aurait suffi pour cela que les autorités découvrent la sombre vérité cachée derrière le profil de gendre idéal d'Alex : celle d'un immigrant illégal soudanais parvenu à tromper son monde depuis de longues années en se travestissant sous une longue tignasse, une barbe hirsute, des lunettes noires et une large collection de T-shirts à la gloire du death metal.

Heureusement, Alex pousse le mimétisme à un point tel que même les plus grands professionnels continuent de s'y tromper. C'est aussi le cas de ce douanier pointilleux qui, en guise de prétexte pour nous mettre des bâtons dans les roues, n'a rien trouvé de mieux qu'une amende impayée datant de sa dernière visite aux Pays-Bas. Car allez savoir pourquoi, notre Soudanais préféré se rend régulièrement à Amsterdam (sans doute y a-t-il des attaches familiales), et par dessus le marché traîne une ou deux casseroles dans la plupart des pays qu'il a visités.

Pour cette fois, nous nous en tirons sans encombre. Après dix minutes de suspense seulement, nous reprenons notre course effrénée vers cette put**n de porte 48, et finissons même par l'atteindre à temps sans nous retourner vers les quelques poumons abandonnés en cours de route. Le soulagement se lit entre les cernes de chacun de mes compères : c'est officiel, nous serons à Dublin tout à l'heure. Très exactement 33 heures après le départ de Comanche hier matin depuis Besançon.

 

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Next : le traumatisme du concombre allemand

 

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Banzaï über alles : la digression germanique

 

Première soirée sur place et première animation d'envergure : le Winamax Beer Pong Open. L'an dernier j'avais participé avec veunstyle et notre beau parcours s'était conclu sur une élimination honorable dès le premier tour. Ne nous voilons pas la face : ni lui ni moi ne sommes particulièrement doués dans cet exercice, et il n'y a bien que Webmaster et son shoot à deux mains pour nous donner confiance en notre propre style. Le véritable artiste du groupe avec une petite boule à la main, c'est incontestablement ShiShi. Et cette année, le petit supporter de poche du Barça s'est vu attribuer un partenaire qui a eu la mauvaise idée d'engloutir 8 litres de bière avant même le début de la compétition. Peut-être aurons-nous l'occasion d'y revenir.

Qui dit Winamax Beer Pong Open dit aussi charmantes animatrices recrutées par la room pour remplir les gobelets et encourager les gladiateurs. Chaque année, c'est la même bande britannique qui s'y colle dans l'une de ses tenues emblématiques : celle de la petite bavaroise délurée. Et comme chaque année, toute l'assemblée s'égosille avec satisfaction devant ce spectacle bon enfant. Toute ? Non, car un irréductible gaulois traîne dans son coin en prenant bien soin de ne jamais croiser le regard de l'une de ces hôtesses. C'est comme ça : certains ont la phobie des clowns, moi je suis traumatisé par les tenues traditionnelles allemandes. Rien à voir avec les années 40 ou avec une partie de jambes en l'air qui aurait mal tourné. Non, j'ai juste connu l'une des pires mésaventures de ma vie de l'autre côté du Rhin.

 

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Cette photo de Caroline Darcourt aurait toute sa place dans la section AccidentalRenaissance de Reddit.

Et en plus une des fameuses bavaroises s'y cache.

 

Les fidèles lecteurs du Fail Thread gardent peut-être en mémoire les circonstances dans lesquelles le chanteur d'un groupe célèbre m'a insulté copieusement devant 80 000 personnes (si vous ne voyez pas de quoi je parle, je vous recommande de lire ce post avant de passer à la suite). C'était lors d'un festival en Belgique. Mais six ans plus tôt, il m'était déjà arrivé bien pire lors d'un autre festival, cette fois en Allemagne.

Troisième et dernier jour du festival en question. System of a Down est la tête d'affiche du jour, et le groupe passe le lendemain à Paris. On a aussi des billets pour ce concert. L'enchaînement des deux promet d'être sympa. Mais quand je me réveille ce matin là, un détail en apparence anodin va tout faire basculer : ma main gauche a doublé de volume durant la nuit.

Mes doigts ressemblent à des Knacki. Ma peau est très dure sur tout le bras. Mon alliance donne à mon annulaire un petit côté nœud papillon du plus bel effet. Nom de Dieu, qu'est-ce qui m'arrive ? Une allergie ? Rien de connu au bataillon. Une piqûre de moustique ? Mon corps sculpté à la fonte est vierge de toute trace. Une intoxication ? J'ai mangé du concombre allemand la veille en pleine psychose autour du produit, mais le fait de se transformer en bibendum Michelin ne fait pas partie des effets secondaires potentiels. Non, je n'ai aucune idée de ce qui se passe. À moins peut-être que... Oui, c'est vrai que j'ai passé toute la journée d'hier sous 35 degrés, sans crème solaire et en ne buvant probablement pas assez d'eau, en mode badass, et mon côté gauche était particulièrement exposé à ce soleil de plomb. Mais à vrai dire ça ne ressemble pas à un coup soleil. On dirait plutôt que... Que j'ai cuit. Comme un put**n de pintadeau rôti à la broche.

Un coup d'œil dans le miroir. m**de. On dirait que mon visage a pris cher aussi. Mon front a l'air d'avancer de 2 ou 3 centimètres devant mes yeux. Encore quinze comme ça et je deviendrai le premier mec avec une visière de casquette naturelle. Mais hors de question d'attendre jusque-là. J'enfile un sweat à capuche et des lunettes histoire de masquer un peu ma gueule de pastèque, monte dans ma voiture, quitte le camping et prend la direction de l'infirmerie du festival en quatrième vitesse. L'accès aux voitures est barré évidemment, et le mec de la sécurité qui est posté là ne se prive pas de me le faire savoir d'un geste un brin agressif. Je baisse ma vitre, le regarde sans dire un mot et lui montre cette main gauche qui, au fil des minutes, ressemble de plus en plus à un melon. Le mec fait un pas de recul en écarquillant les yeux et court immédiatement lever le cordon de sécurité. Je me sens aussi important qu'un gars qui amène cinq bombasses à l'entrée d'une boîte de nuit. Sauf que mes bombasses à moi, ce sont des fricadelles à la place des doigts.

Un infirmier me prend en charge immédiatement et me pose plein de questions sur ce que j'ai fait la veille. On m'allonge sur un lit, puis on me fait une piqûre, une perfusion, je ne sais plus trop. Toujours est-il qu'après une petite heure allongé là, le processus de gonflement semble endigué. Il me faudra probablement plus de 24 heures pour retrouver forme humaine, mais le reste de ma journée de festoche n'est pas compromise et à cet instant rien d'autre ne compte. D'ailleurs, quelques heures plus tard, je profite l'esprit serein de mes premiers concerts du jour.

 

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En milieu d'après-midi on fait un petit break pour s'allonger loin de la scène. Une sieste censée être réparatrice avant les gros morceaux qui nous attendent ce soir. Sauf qu'à mon réveil une heure plus tard, je ressens une vive douleur à l'annulaire de la main gauche. Je jette un œil. Bordel ! Ma main est plus grosse que ce matin. Je me relève et tapote sur l'épaule de ma femme. Avec ma main droite histoire de ne pas l'assommer. Elle les ouvre les yeux mais trop grands, trop vite et avec en prime un cri mêlé de surprise et d'effroi. À son expression, je comprends immédiatement que j'ai chopé la gueule de Coluche dans Banzai.

 

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Ni une ni deux, je cours à l'infirmerie. En arrivant devant ce grand chapiteau puis en en poussant les rideaux, j'ai l'impression de pénétrer un hôpital improvisé dans les rues de Bagdad en pleine guerre du Golfe. Les blessés ont certes leurs deux jambes et leurs deux bras, mais manifestement pas tous en état de fonctionnement. Jamais je n'aurais pas imaginé que quelques pogos pouvaient faire autant de ravages. C'est la face cachée de ces festivals de barbus, et il est grand temps que Bernard de la Villardière se penche sur le sujet avec toute l'honnêteté journalistique qui le caractérise.

Même si certains patients ne sont plus en état de marcher, on me fait passer en priorité et on me dirige vers une infirmière dont le physique se situe à mi-chemin entre Nicole Eggert et Erika Eleniak (oui je suis vieux et je vous emm**de). J'aimerais vous dire que cette vision me réconforte, mais je suis boursouflé comme jamais et à la vitesse où vont les choses il est évident que je vais exploser d'ici une heure ou deux.

Avant de songer à un éventuel traitement, mon infirmière m'explique que retirer mon alliance est une urgence absolue. J'opine du chef. Ça me fait mal au cœur d'avoir à couper la bague, mais après tout ce n'est qu'un symbole matériel. Je me tourne vers ma femme pour lui dire que j'en achèterai une nouvelle dès que mon doigt sera repassé sous les 8 centimètres de diamètre. Elle me répond que je n'ai pas très bien compris le discours de la bombasse teutonne (pas sûr qu'elle la décrive en ces termes ceci dit) : il n'est pas question de couper la bague, mais de me l'ôter de manière classique. J'éclate de rire tant ce qu'elle me dit me semble idiot : à cet instant, l'alliance est presque totalement engloutie par la chair de ce doigt difforme. Et pourtant, c'est bien elle qui a raison. Je manque d'ailleurs de défaillir en voyant l'assistant de l'infirmière lui tendre du fil de fer, ainsi qu'un lubrifiant qui en d'autres circonstances aurait été parfaitement approprié à cette charmante rencontre.

Bon, il faut que je reprenne mes esprits. Il y a du monde autour de nous et il est hors de question que je pousse le moindre cri en dépit de cette vive douleur à laquelle je n'échapperai pas. Un peu de lubrifiant des deux côtés de l'objet, et l'infirmière se lance dans une entreprise ambitieuse : glisser le fil de fer sous l'anneau pour ensuite faciliter son extraction. Après plusieurs tentatives et grâce à un doigté certain, elle y parvient puis se lance dans une série de petits mouvements de va et vient qui, en d'autres circonstances, aurait sans doute fait gonfler le plus gros de mes onze doigts.

 

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Je ne fais pas vraiment le malin. Chaque petit mouvement supplémentaire se fait plus agressif, et donc plus douloureux. J'ai mal. J'ai très mal. Mais je ne crie pas. Je reste impassible. Je suis fier, même, de me montrer aussi stoïque face à une assemblée qui s'attend à chaque instant à ce que je craque. Je me prends à m'imaginer soldat capturé, résistant vaillamment à la torture de l'ennemi. Je me suis souvent demandé comment je réagirais en pareille circonstance. Eh bien je le sais désormais, je resterais parfaitement... OH put**n DE SA MERE LA p*te !!! Elle vient de m'arracher une phalange. Ou en tout cas c'est le sentiment que j'ai quand je lui balance un flot ininterrompu d'injures en pleine gueule. C'est immonde. J'ai honte mais ça sort tout seul. Et le pire, c'est que ça ne tempère même pas ses ardeurs ! Elle y va de plus en plus fort nom de Dieu ! Chaque nouveau mouvement est un coup de poignard. Chaque millimètre gagné donne lieu à un cri bien trop strident pour mon amour-propre. Autour de moi tout s'arrête. Les docteurs à la blouse tâchée de sang, les estropiés dont les vêtements ont été découpés pour soigner les plaies... Plus personne ne bouge. Tout le monde me fixe en se demandant qui est ce Quasimodo qui glousse.

Et puis enfin la résistance cède. L'infirmière relève la tête et me montre la bague avec un air satisfait. Je me confonds en excuse pour tous ces jurons, et la remercie même d'avoir insisté en dépit de mes suppliques. Mon calvaire est enfin terminé. Ou en tout cas c'est ce que je crois durant trois bonnes secondes. Et puis je me souviens que j'ai la gueule d'un mec qui sort de trois rounds dans l'octogone, que cette extraction n'était qu'une mesure d'urgence et que mon voyage au bout de l'enfer ne fait que commencer.

- Est-ce que vous êtes d'accord pour monter dans une ambulance à destination de l'hôpital le plus proche ?

- Euh… C'est vraiment la seule solution ?

- Je n'en vois pas d'autre.

- Bon ben allons y alors.

Une fois dans l'ambulance, allongé sur un brancard comme un couillon, je pense à tous ces concerts que je suis en train de louper. J'ai probablement touché le fond. Ah ben non, pas tout à fait finalement. L'infirmière me fait savoir qu'il va falloir régler tout de suite ce trajet de 30 bornes à peine. Bon ben ok, rien à battre à ce stade.

- Ce sera 1 500 euros monsieur.

- Pardon ?

- Je suis désolée. Malheureusement nous sommes dimanche et nos tarifs sont doublés.

- Bordel mais tu pouvais pas le dire avant sale p*te ?

Ça, c'est ce que je lui aurais répondu si j'avais su qu'aucun centime déboursé ne me serait remboursé à mon retour en France. Mais je ne le savais pas, et je l'avais déjà copieusement insultée pendant qu'elle me charcutait la main. Alors j'ai fait le mec balla. Je n'ai pas bronché et j'ai sorti la carte bleue comme si je réglais une ardoise de 20 balles. Avec la poker face d'un mauvais sosie de Greg Raymer.

Une fois arrivé à bon port, je me suis rendu compte que je me faisais une image erronée du fameux "hôpital le plus proche". Je l'imaginais grand et bien équipé. Il était en réalité ridiculement petit, perdu au milieu de nulle part dans une forêt lugubre, et géré par un savant fou ressemblant à s'y méprendre au personnage de Hammond dans Jurassic Park. Le tout avec la dégaine de Depardieu, ainsi qu'un teint rubicond trahissant son goût pour la bouteille même durant les heures de boulot.

 

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Il faut juste l'imaginer un poil moins jovial, un peu plus abîmé par la vie, et surtout complètement ravagé du ciboulot.

 

Après avoir patienté une petite heure dans le couloir, à discuter avec un mec qui ne sentait plus sa jambe à cause d'un circle pit un tantinet trop enjoué, je me retrouve enfin seul avec ce médecin à la déontologie douteuse. Et autant vous le dire tout de suite, ma rencontre avec Hammond reste à ce jour l'un des épisodes les plus déconcertants et surréalistes de ma vie.

Quand j'entre dans son cabinet, il est attablé avec un de ses collègues en train de boire un verre de rouge. Dans un anglais encore plus approximatif que le mien, il me demande la raison de ma visite. Son ton est suffisamment sec pour me faire comprendre que je dérange. Manifestement, il aurait bien continué de profiter de son breuvage sans avoir à s'occuper d'un morveux. Il est évident que plus de 300 jours par an, personne ne franchit les portes de l'établissement.

- La raison de ma visite... Vous avez vu ma tête ?

- Eh bien ?

- Elle n'est pas comme ça d'habitude. Je vous assure.

- Vous allez passer la nuit ici et on en reparlera demain.

- Non c'est impossible. On m'a demandé de venir ici en urgence. Et demain je dois être en France.

Il s'approche, jette un œil à ma main et pousse un gros soupir en voyant la trace laissée par mon alliance. Il m'attrape le bras sans prévenir, me tire vers son collègue et lui montre mon doigt en m'adressant un regard dédaigneux. Puis d'un ton bien gras il prononce une tirade en allemand et les deux éclatent de rire. Je sens qu'on ne va pas être copains.

Finalement il me demande de m'allonger, puis me fait une piqûre avant de m'inviter à retourner dans le couloir. Le début d'une longue attente. Une demi-heure, puis une autre, puis encore une autre. À cette heure de la nuit ça ne bouscule pas au portillon chez Hammond. Et comme je suis toujours aussi gonflé, et que bien sûr je ne compte pas patienter jusqu'à 4h du mat' pour en savoir plus, je m'en vais signifier à son assistante que j'ai l'intention de prendre congé. Elle désapprouve. J'insiste. Et elle va finalement chercher Hammond, dont je note qu'il revient avec quelques nuances de rouge supplémentaires et une mine encore plus antipathique.

- Vous ne pouvez pas partir.

- Je n'ai aucune raison de rester. Vous ne m'avez toujours rien dit. Ni ce que j'ai, ni ce que vous pouvez faire, ni combien de temps je vais devoir rester.

- Si vous sortez vous devez signer une décharge.

- Dites moi au moins ce que vous pensez de mon état. Vous pensez pouvoir faire quelque chose ?

Il m'attrape de nouveau par le bras pour retourner dans son cabinet. Une bouteille de rouge largement entamée traîne toujours sur son bureau. Je m'assieds. Il me scrute, regarde un peu ma main, mon visage... Il semble contrarié mais ne dit plus un mot. Après trois minutes de silence ininterrompu durant lesquelles j'ignore s'il m'ausculte par télépathie ou songe au prochain cru bordelais qu'il va s'envoyer dans le gosier, je prends l'initiative de relancer la conversation.

- Vous avez une idée ?

- …

- Vous pensez pouvoir faire quelque chose ?

- …

- J'ai juste besoin d'un début d'information, vous savez. Est-ce que mon état de santé nécessite que je reste ou est-ce je peux repartir sans crainte ?

- I'm not a wizard.

- Oui j'ai bien compris que vous n'étiez pas un sorcier mais…

- I'M NOT A WIZARD !!! I'M NOT A WIZARD !!!

Dans une éruption de colère que je n'avais pas vu venir, il se lève comme une furie et m'agrippe le bras en me poussant en arrière. Décontenancé, je bredouille quelques mots et tente de résister, mais assis sur le brancard avec les jambes qui pendouillent, l'entreprise est vaine. Il continue de grommeler tout en me postillonnant au visage. Le dos désormais plaqué au brancard, j'essaie de me dégager avec mon bras libre tout en hurlant "WHAT ARE YOU DOING?!!! WHAT ARE YOU DOING ???!!". Mais il n'y a rien à faire : je ne fais pas le poids face à ce poivrot qui a la carrure d'Harvey Weinstein. D'ailleurs, à cet instant précis, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il a décidé de se taper Elephant Man sans son consentement.

Heureusement je me trompe. Pour autant, cette scène qui dure à peine quelques secondes ne va pas en s'améliorant. Il sort une seringue, me la plante dans le bras, je lui gueule qu'il n'a pas le droit, que je ne suis pas d'accord, que je veux savoir ce qu'on m'injecte... Je me dégage, son assistante rapplique terrorisée, j'en profite pour sortir sans attendre le moindre Entschuldigung. Puis tout y allant de mes insultes les plus créatives, je promet à la réincarnation de Josef Mengele qu'il entendra parler de moi si d'aventure je survis aux prochaines 24 heures.

Quand je croise enfin le regard décontenancé de ma femme dans le couloir, je n'ai pas le réflexe de prendre l'accent de George Marchais pour lui lancer "Fais les valises, on rentre à Paris", mais le cœur y est. On sort de cet hôpital digne d'American Horror Story en craignant de nous faire rattraper à la dernière minute, mais miraculeusement un taxi est déjà là pour embarquer le fameux estropié avec lequel j'ai longuement conversé tout à l'heure. On s'engouffre dedans sans demander notre reste : "Amenez nous sur le site du festival s'il vous plaît".

Sur le trajet ma femme a peine à croire tout ce que je lui raconte. J'en viens même à me demander si la première injection n'était pas composée de GHB. Toujours est-il qu'en arrivant sur place System a évidemment déjà terminé son set. Quant à moi je suis toujours aussi gonflé et dur de partout que l'ami Greg le Millionnaire face à Marjolaine. On convient néanmoins de laisser passer la nuit et de consulter un médecin français sur le chemin de Paris, le lendemain à la première heure.

À notre réveil, on constate avec bonheur que ma main a quasiment retrouvé forme humaine et que mon visage a pas mal désenflé. C'est à cet instant qu'un brin soulagé, je songe enfin à prendre la seule photo qui subsiste en mémoire de cet incident :

 

 

 

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Le docteur à qui on s'adresse en Lorraine est beaucoup plus courtois que Mengele la veille. Malheureusement il reste circonspect devant mon état et nous incite à nous rendre au plus vite aux urgences. S'il m'avait vu hier soir celui-là... En patient modèle, je ne suivrai bien entendu pas son conseil. Je sens bien que je dégonfle et il y a une séance de rattrapage immanquable qui m'attend le soir même : un nouveau concert de System, suivi avec la capuche sur la tête pour ne pas effrayer les ados des premiers rangs.

Dans les jours qui suivront, je continuerai bien de dégonfler progressivement. Et sept ans plus tard, je n'ai toujours pas la certitude de ce qui a pu causer cette étrange réaction physique. Les échanges que j'ai pu avoir ici ou là m'incitent cependant à penser que ce jour-là, j'ai bel et bien rôti comme un pintadeau. Et si je n'en garde aucune séquelle physique, il m'arrive parfois de me réveiller en sursaut avec des gouttes de sueur sur le front, et avec dans la tête une voix lointaine hurlant "I'M NOT A WIZARD, I'M NOT A WIZARD !!!".

 

Next : retour à Dublin pour le Winamax Beer Pong Open et le blind-test

 

Edited by SuperCaddy

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Winamax Beer Pong Open : voyage au bout de l'enfer

 

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Jeudi soir, 19h, lancement du Winamax Beer Pong Open. La simple évocation de cette compétition m'inspire la vision de paires de fesses (dont celles de guignol) présentées en offrande à l'adversaire. Mais j'ai aussi en tête les pitoyables échecs des tandems du CP par le passé. Comme je le disais dans le message précédent, notre niveau ne vole pas bien haut. Seul ShiShi surnage, mais son incapacité à se trouver des partenaires dignes de ce nom lui joue des tours. Cette année encore, il quitte la scène prématurément en pestant contre son alcoolique d'acolyte.

 

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Bye bye ShiShi !

 

De mon côté, j'ai deux participations à mon actif pour autant d'éliminations dès le premier tour. Il y a deux ans, j'étais associé à Webmaster qui découvrait en direct le concept du beer pong. Quant à l'an dernier, c'est veunstyle qui m'avait accompagné parce que de toute évidence personne d'autre ne voulait ni de lui ni de moi. Autant dire que nous avions vite compris que si on avait l'intention de picoler, il vaudrait mieux passer à la caisse au bar plutôt que de miser sur notre adresse.

Cette année, c'est à nouveau Webmaster qui m'enrôle pour l'accompagner. Nous prenons ensemble connaissance du tableau de l'épreuve, puis allons soutenir nos compères Steven et Grégoire en attendant d'entrer en lice à notre tour. Près de 100 équipes figurent en effet sur la ligne de départ, et le tirage au sort nous a été favorable puisque nous sommes dispensés de premier tour. C'est la première fois que nous allons aussi loin dans la compétition.

 

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Steven et Grégoire dans leurs œuvres

 

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Bientôt sur vos écrans : Dans la tête d'un beerpongiste avec veunstyle et toutes ses astuces.

 

Quand vient enfin l'heure de nous frotter à des concurrents, les regards qui se posent sur nous sont plutôt goguenards. Notre réputation de losers nous précède, et nous en jouons en n'hésitant pas à narrer à nos adversaires nos états de service. Absolument personne ne s'attend au spectacle qui va suivre. Ni eux, ni nous, ni même nos familles et nos proches qui vont bientôt recevoir des dizaines de messages exaltés.

Sur son premier shoot à deux mains de la soirée, Laurent est parfaitement fidèle à lui-même en voyant valser la balle deux bons mètres derrière la table. Le tandem qui nous fait face éclate de rire et se réjouit déjà de la qualification confortable qui leur tend les bras. Mais contre toute attente, votre Webmaster préféré ne l'entend pas de cette oreille. Sa seconde balle entre directement dans l'un des gobelets. La chance du débutant, pense-t-on alors. Mais Laurent est galvanisé, métamorphosé, transfiguré... Il enchaîne avec un second tir gagnant, puis un troisième, puis un quatrième. Les rires gras de nos adversaires s'étouffent pour laisser place à des regards incrédules.

De mon côté j'assure le service minimum, mais Laurent est de toute façon inarrêtable. Dans cet état de transe quasi mystique, il pourrait faire rentrer une boule de pétanque dans une poche de billard. En quelques minutes à peine nous écrasons nos rivaux, et je pars avec humilité annoncer à la table de marque la qualification du CP pour le tour suivant.

 

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C'est la première fois de l'histoire du WPO que nous gagnons un match. Nous nous présentons donc au tour suivant, face à Flegmatic notamment, avec le sentiment du devoir accompli. Mais les dieux du houblon n'en ont pas fini avec nous. Alors que Laurent faiblit un peu, je prends le relais en réussissant à mon tour une série spectaculaire. Mon partenaire ne chôme pas pour autant, mais dans un autre registre. Conscient de ses facultés physiologiques hors norme, nous établissons une stratégie audacieuse : c'est lui qui aura dorénavant la responsabilité de vider 75 % des verres gagnés par nos adversaires. Car si ma maladresse est proportionnelle à mon taux d'alcool dans le sang, force est de constater que c'est le contraire pour le nouveau Lebron James du beer pong. Une véritable force de la nature.

Une fois de plus, nous faisons partie des premières équipes qualifiées pour le tour suivant. Ce match face à La Poissonnerie, un tandem d'habitués des championnats par équipe du CP, s'annonce plutôt compliqué. Notre stratégie continue néanmoins de faire des miracles, et nous franchissons l'obstacle sans trembler. Avec à chaque fois le même rituel de conclusion : une déambulation le torse bombé au milieu de l'assistance en direction de la table de marque.

 

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Rebelote au tour suivant. Laurent montre de petits signes de fatigue, mais la brioche de l'un de nos adversaires fait la différence : alors que deux tirs du taulier survolent les gobelets d'une bonne vingtaine de centimètres, la balle rebondit à chaque fois sur ce ventre béni pour retomber dans l'une de nos cibles. Nous sommes touchés par la grâce. Il est écrit que personne ne nous arrêtera.

 

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Et pourtant, à quelques mètres de notre démonstration de force, une autre équipe fait des merveilles. Il s'agit du tandem Harper-Gaëlle, passé tout près de la correctionnelle au tour précédent mais toujours en lice grâce à une force mentale sans équivalent. Dans le dernier carré, c'est eux que le tirage au sort nous a réservés. Et si vous avez déjà survolé la story Instagram de génie pondue par @veunstyle, vous savez que la suite du récit ne réserve pas que de bonnes nouvelles.

Le début de cette demi-finale ne nous est pas favorable. Le couple au W rouge fait preuve d'une réussite insolente avec un rebond primé venu d'une autre galaxie. De notre côté c'est la débandade. Laurent semble accuser le coup. Peut-être les 12 litres de bière ingurgités en l'espace de 45 minutes commencent-ils à faire effet ? Les failles de notre stratégie nous explosent à la figure. Pour ne rien arranger, je passe totalement à côté de mon sujet. Trop de pression ? C'est la théorie affichée par la vingtaine de supporters positionnés derrière Harper et Gaëlle qui, à chaque fois que je prends position devant la table, entonnent invariablement une chanson épinglant mon manque de mental.

Alors que le match approche peu à peu de son terme, ces supporters se font de plus en plus nombreux et de plus en plus bruyants. Désabusé, je finis même par rejoindre leurs rangs pour scander l'un de leurs slogans rituels à la gloire de Laurent : "Il va faire air ball, il va faire air ball !". Comme lors des trois coups précédents, la prophétie s'avère prémonitoire.

Et pourtant, nos adversaires affichent à leur tour des signes de faiblesse. Aucun d'eux ne semble enclin à engloutir le dernier gobelet que nous venons d'atteindre. La scène ne m'a pas échappé, et je reprends enfin ma marche en avant. Un tir gagnant ! Puis un autre ! Les voix du kop adverses se font moins enthousiastes. Il ne reste plus qu'un gobelet de chaque côté de la table. Gaëlle manque, puis Harper à son tour. Je m'empare d'une balle, plonge effrontément mes yeux dans ceux de Kool Shen qui se fout de ma gueule depuis cinq minutes, et amorce un magnifique lancer en cloche qui dans un silence de cathédrale prend la direction de l'ultime gobelet... POTEAU ! La balle rebondit sur la tranche et sort. Les chants adverses reprennent de plus belle. Je m'accroupis quelques instants, tel Maxime Bossis après son penalty raté de 82.

Le coup est dur à encaisser. Avons-nous laissé passer notre chance ? Non. Le lancer d'Harper est complètement manqué. Quant à Gaëlle, elle n'a plus entré une balle depuis dix bonnes minutes. Aucune chance qu'elle parvienne à porter l'estocade. C'est d'ailleurs ce que je signifie à voix haute tandis que veunstyle immortalise la séquence : "T'imagines si elle la mettait là. Ce serait vraiment horrible". Encore perdu une occasion de fermer ma gueule. La balle part et me transperce le cœur en même temps qu'elle plonge dans les 12 centimètres de bière. Le public saute, le public crie, le public chante. Et moi je reste là. Silencieux, hagard, pétrifié... mais digne.

 

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Mû par un masochisme que ne laisserait pas soupçonner mon historique de recherche sur Pornhub, je reste dans la salle pour assister à la finale (durant laquelle nos bourreaux s'imposent haut la main) puis à la cérémonie réservée aux champions par l'organisation. Interviews, pose devant les photographes... Et ce splendide trophée que j'observe avec le même regard désabusé que Luka Modric il y a deux mois...

Est-ce que je reviendrai l'an prochain pour prendre ma revanche ? Pour l'instant, la seule chose que j'ai en tête ce sont les incantations de ce public hostile. Peut-être aussi parce que trois poivrots ont décidé de jouer les prolongations en me suivant partout pour chanter : "Il a pas de mental, il a pas de mental !". "Tu préfères avoir des jambes en mousse ou toute ta vie 40 canards qui te suivent partout ?", a un jour demandé Pierre Palmade dans l'un de ses célèbres dilemmes. Aucune idée de ce que ça peut donner avec des canards, mais à cet instant je suis prêt à accepter des jambes en mousse pour que ce trio d'alcoolos mettent les voiles.

Le lendemain, les yeux rougis par une nuit de regrets, je croise Gaëlle sur la route du petit-déjeuner. Je lui lance que je ne peux plus la voir, que je ne veux plus la voir... Elle se tourne vers moi, ne dit pas un mot et se contente d'ouvrir sa veste pour laisser apparaître un T-shirt dont la vue me glace le sang : "Winamax Beer Pong Champion". Ce T-shirt aux lettres d'or, c'est moi qui aurais dû le porter ce matin-là. Ce matin-là, et tous les autres ensuite.

 

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Ce n'est pas encore cette année que @WebMaster me prendra dans ses bras comme ça (crédit : Caroline Darcourt)

 

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FX Buckley : le temple du carnivore

 

Vendredi 13h. Pour nous réconforter de notre déconvenue de la veille, Webmaster prononce les seuls mots susceptibles de me réchauffer le cœur : "Les mecs, on se fait le steakhouse ?". Avec Comanche, ShiShi et Alex, on le garde tous avec des yeux qui brillent, comme des gamins devant le Père Noël. Car ce steakhouse, ce n'est pas n'importe quel steakhouse. C'est le meilleur de notre vie, et sans doute de la vôtre aussi.

C'est en 2016, alors que nous marchions sans but depuis une bonne heure aux alentours de Temple Bar, que Laurent nous avait déniché cette adresse estampillée FX Buckley. Deux heures plus tard, nous en étions sortis le corps plus lourd de trois kilos de barbaque, mais le cœur plus léger que jamais. Et nous avions juré de concert, croix de bois croix de fer ou je vais en enfer, que nous y reviendrions ensemble l'année suivante.

Mais les mois ont passé et nous avons tous pris des trajectoires différentes. Enfin, pas tout à fait. On est tous restés chez Club Poker, mais Comanche n'est pas revenu à Dublin en 2017. Alors on aurait pu y aller sans lui. Après tout, notre amitié ne vaut probablement pas la sensation unique procurée par la dégustation de ces tranches de Chateaubriand cuites à la perfection, ou le parfum unique de ces frites baignées dans l'huile de truffe. Mais le destin s'en est mêlé en mettant Marie sur notre route.

Marie, c'est la première et dernière stagiaire de l'histoire de Club Poker. Une fille au top dont je pourrais chanter les louanges pendant des heures. Marie c'est un sourire, un professionnalisme, un sens de l'écoute... Mais puisque personne n'est parfait, c'est aussi un petit défaut qui n'en est pas vraiment un le reste de l'année : le véganisme. Pour faire court, il était hors de question que nous emmenions notre petite Marie, qui a versé sur nos vies des milliers de roses, dans ce temple du T-bone steak où un couteau de boucher fait office de poignée de porte, et où la première vision qui vous attend une fois la porte franchie est celle de pièces de bœuf exposées comme un tableau de Magritte.

 

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"Ceci n'est pas une pièce de bœuf", pourrait-on presque lire sous ce tableau. Ceci est une ode à la vachette, un hommage à la chair animale, un vestige d'une tradition séculaire, et par dessus tout, permettez-moi de le dire sans une once de culpabilité, une invitation à la communion entre paires de gonades.

En franchissant la porte, je me laisse donc aller sans même m'en rendre compte à un sourire carnassier. Et quand je me retourne vers Alex, je constate que son visage en dit plus long que la carte du resto.

 

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Une fois assis et face au serveur qui lui tend la carte des vins, Comanche perd son latin et bredouille un "What do you conseil us ?" qui en dit long sur son état de fébrilité. La suite est un moment de vie dont la retranscription par des mots constituerait une vaine entreprise. Quant aux photos, elles ne rendent pas grâce à cette viande d'une qualité divine, à ce savoir-faire exceptionnel en terme de cuisson, et de manière plus générale à tout ce qui s'est passé durant ces deux heures d'expérience extrasensorielle.

 

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On sortira de là avec l'impression pour les uns de planer, pour les autres de se faire caresser les parois de l'estomac par des anges. Sur le trajet du retour, notre chauffeur de taxi ne s'y trompera d'ailleurs pas et en fin psychologue, ne tentera à aucun moment de briser le silence. Face à pareille volupté, les mots n'ont plus de sens. Ces cotes de bœuf font partie de nous désormais, et mes compagnons de fortune et moi-même sommes liés par quelque chose de plus fort encore qu'Armstrong et Aldrin.

 

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L'amitié, c'est aussi savoir faire preuve de tact à l'égard de Steven qui pendant ce temps-là doit se contenter d'un panini.

 

 

Next : suite et fin, la malédiction des demi-finales

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Il y a 6 heures, SuperCaddy a écrit :

Laurent montre de petits signes de fatigue, mais la brioche de l'un de nos adversaires fait la différence : alors que deux tirs du taulier survolent les gobelets d'une bonne vingtaine de centimètres, la balle rebondit à chaque fois sur ce ventre béni pour retomber dans l'une de nos cibles.

 

J'ai du mal à imaginer ça, vous avez joué contre Roger ou quoi ?

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