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[Bilan] Emmanuel Macron : 2017 - 2027

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C'est cadeau, j'étais sur le coup pour un autre article qui va suivre

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Affaire Alexis Kohler : le grand ménage

Dans le cadre d’une nouvelle enquête pour « trafic d’influence » et « prise illégale d’intérêts », la justice a découvert des documents dérangeants pour le secrétaire général de l’Élysée. Non seulement il a été beaucoup plus impliqué qu’on ne l’imaginait dans tous les dossiers concernant de près ou de loin l’armateur MSC, mais des documents ont disparu à certains endroits – mais été retrouvés dans d’autres – afin d’effacer les traces de ses interventions.

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Ils savaient par avance que l’affaire serait délicate : perquisitionner le domicile d’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, numéro deux du pouvoir, est un moment compliqué. Mais ils ne pensaient pas qu’ils rencontreraient autant d’obstacles. Le 6 octobre 2020, quand les membres de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) se présentent dès 6 heures et demie du matin aux grilles du Quai Branly, une annexe de l’Élysée à Paris, ils se heurtent à un refus net.

Le responsable de l’armée qui assure la sécurité de l’immeuble leur en refuse l’accès, bien que ce dernier ne bénéficie d’aucune protection juridique particulière. La justice a été priée de se soumettre et d’attendre. Il leur faudra patienter plus d’une heure et demie et l’arrivée de l’avocat d’Alexis Kohler, Me Éric Dezeuze, pour qu’ils soient enfin autorisés à entrer. Une heure et demie, cela donne le temps de se préparer.

Cet épisode n’est qu’un des nombreux faits inhabituels qui émaillent l’affaire Kohler. Une affaire hors norme par bien des aspects. Depuis plusieurs années maintenant, une ombre grandissante pèse sur Alexis Kohler. Pendant plus d’une décennie, il n’a pas rendu public le fait qu’il était un proche cousin de la famille Aponte, principal actionnaire de l’armateur Mediterranean Shipping Company (MSC).

Cachant ses liens familiaux, il s’est trouvé à maintes reprises, et à différents postes, en position de mettre les moyens de l’État à disposition du groupe de transport maritime. Ainsi celui-ci a-t-il bénéficié de plus de 3 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (c’est-à-dire à des conditions financières ultra-favorables) pour financer la construction de ses paquebots de croisière par les Chantiers de l’Atlantique.

La situation d’Alexis Kohler est impossible selon la loi : un agent public ne peut passer des contrats avec une entreprise, la contrôler, traiter des dossiers qui la concernent alors qu’il a des liens familiaux ou des rapports de proximité avec elle. Enfreindre cette règle qui est « de nature à compromettre son impartialité, son indépendance ou son objectivité dans une entreprise », c’est risquer d’être accusé de prise illégale d’intérêts, punie par une sanction pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison, selon le Code pénal. Alexis Kohler est présumé innocent.

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© Illustration Simon Toupet / Mediapart avec Ludovic Marin / AFP

Depuis les premières révélations de Mediapart en mai 2018, et malgré celles qui ont suivi, la défense du secrétaire général de l’Élysée est restée immuable : « Alexis Kohler a toujours respecté et respecte toujours l’ensemble des règles légales et réglementaires qui encadrent l’exercice des activités et des responsabilités qui s’appliquent aux fonctionnaires. Il a notamment toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts, s’est toujours déporté pour éviter lesdites situations et a toujours respecté les avis de la commission de déontologie. »

En juin 2018, le parquet national financier (PNF) avait ouvert une enquête préliminaire à la suite de la plainte déposée par Anticor pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence » contre le secrétaire général de l’Élysée. Le dossier avait été classé sans suite par le PNF en août 2019, après une intervention directe d’Emmanuel Macron.

Une deuxième plainte avec constitution de partie civile pour « prise illégale d'intérêts », « trafic d'influence » et « défaut de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique » a été déposée par Anticor et a donné lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire le 24 juin 2020. C’est dans ce cadre que les juges d’instruction chargés de l’enquête ont ordonné une perquisition au domicile d’Alexis Kohler.

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La première enquête, classée sans suite, avait déjà mis à mal la ligne de défense adoptée par Alexis Kohler. Nombre de manquements y étaient pointés : celui-ci n’avait mis qu’une poignée de personnes au courant de sa situation et, contrairement à ce qu’il affirmait, ne s’était pas déporté à nombreuses reprises sur des dossiers où MSC pouvait être concerné.

Avec les nouvelles investigations, de nouveaux éléments ont surgi. Peut-être encore plus accablants pour Alexis Kohler. Non seulement il a été beaucoup plus impliqué qu’on ne l’imaginait dans tous les dossiers concernant de près ou de loin MSC, mais des documents et des courriels ont disparu, ont été supprimés afin d’effacer toutes les traces qui auraient pu mettre en lumière son rôle et ses interventions lorsqu’il était au ministère des finances, afin d’empêcher les enquêteurs judiciaires de pousser plus loin leurs investigations.

Car c’est un grand ménage qui a été entrepris pour faire disparaître tous les documents susceptibles d’être compromettants pour Alexis Kohler. Selon nos informations, la Sfil, l’institution financière qui a accordé les crédits à MSC, a lancé cette opération de nettoyage tout de suite après la parution de nos premières révélations. Des procédures identiques semblent avoir été menées au sein des Chantiers de l’Atlantique (ex-STX France) en première ligne. Nombre de documents semblent aussi s’être volatilisés au ministère des finances.

Interrogé pour savoir quelles sont les règles de conservation des documents et des courriels et sur la disparition de certains documents, le secrétariat général du ministère des finances nous a répondu après la publication de cet article (voir la Boîte noire).  Il indique que la « doctrine d'archivage a été formalisée fin 2017» pour les  ministères des finances et de l'économie. Dans sa charte, le ministère des finances rappelle que « tous les documents produits et reçus,  papier ou numérique (...) sont des archives publiques. (...) Les archives publiques sont ainsi imprescriptibles  et inaliénables et ne peuvent donc être détruites sans autorisation». De son côté, Laurent Castaing, directeur général des Chantiers de l’Atlantique, nous a répondu : « Comme beaucoup, je ne conserve que les courriels les plus importants et les plus intéressants. »

L’ennui est que ce grand ménage, mené dans la précipitation, sans méthode, a laissé des traces. Des documents disparus chez les uns ont resurgi chez les autres. Des courriels, dont les protagonistes étaient soit expéditeurs soit destinataires, et dans lesquels Alexis Kohler était associé d’une façon ou d’une autre, qui étaient censés ne pas exister chez les uns ont été retrouvés chez les autres, ce qui ne peut que nourrir le soupçon.

Une implication quotidienne chez STX France

En présentant son dossier pour aller travailler chez MSC en juin 2014 à la commission de déontologie de la fonction publique, Alexis Kohler – qui travaillait alors comme directeur adjoint à l’Agence des participations de l’État (APE) - s’était bien gardé de mentionner ses liens familiaux avec la famille Aponte, insinuant juste qu’il connaissait la famille « de longue date ».

Mais il avait également été tout aussi formel sur son rôle dans le dossier STX France, dans lequel il siégeait au conseil d’administration en tant que représentant de l’État. Il n’avait voté que deux fois sur des projets en faveur de MSC et encore sur ordre de la direction de l’APE. Dans le premier rapport rédigé dans le cadre de l’enquête préliminaire diligentée par le PNF, les enquêteurs avaient relevé qu’Alexis Kohler avait « pris part à cinq votes favorables à des opérations en lien avec MSC ».

Mais de nouveaux documents ont été exhumés, mettant en lumière une implication quasi quotidienne d’Alexis Kohler dans le dossier STX France à partir de l’été 2011. À l’époque, chez STX, l’actionnaire sud-coréen veut déjà se débarrasser du dirigeant des chantiers navals de Saint-Nazaire, Jacques Hardelay, pour cause de mauvais résultats. Mais en vertu du pacte d’actionnaires signé avec l’État, ce dernier doit être associé au choix du successeur. Et c’est Alexis Kohler, au sein de l’APE, qui supervise tout le processus. Un rôle resté parfaitement inconnu jusqu’alors.

Aujourd’hui, Laurent Castaing minimise le rôle de l’APE en général, d’Alexis Kohler en particulier dans son recrutement à la direction générale des Chantiers de l’Atlantique : « C’était à l’actionnaire majoritaire du moment, STX, de faire le choix. C’est bien avec son représentant M. K.S. Rhee (président du conseil d’administration des Chantiers de l’Atlantique) que j’ai participé à un entretien d’embauche, puis à la mise au point de mon contrat, sans soutien de l’APE. Selon les dires de M. K.S. Rhee au cours de cet entretien, il y avait alors un autre candidat en lice », explique-t-il.

Un cabinet privé de recrutement, Process, a bien été désigné pour sélectionner les futures candidatures. Mais c’est Alexis Kohler qui établit lui-même la liste des candidats, comme le relève l’enquête. Et il a déjà une préférence : Laurent Castaing, alors directeur du grand port maritime du Havre, où Alexis Kohler siège également au conseil de surveillance comme représentant de l’État.

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Les deux hommes semblent bien se connaître et se tutoient. Plus tard, après la publication de nos révélations sur le rôle d’Alexis Kohler au port du Havre, Laurent Castaing écrira fin août 2018 au président du port du Havre : « J’étais au courant de la situation personnelle d’Alexis, je le savais de la famille Aponte et il me l’avait confirmé. Je l’avais donc à l’œil. Je ne sais pas si vous l’étiez mais je crois vous l’avoir dit. »

Lorsqu’il a été au port du Havre, Laurent Castaing a gardé un total silence sur la situation « anormale » d’Alexis Kohler. Il s’en explique ainsi aujourd’hui : « En tant que directeur général, puis président du directoire du port du Havre, je ne fus ni membre du conseil d’administration, ni membre du conseil de surveillance, je devais me contenter d’assister aux réunions de ces deux instances successives pour y présenter mes dossiers et donner mon avis, si on me le demandait. »

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Le directeur général des Chantiers de l’Atlantique Laurent Castaing, à Saint-Nazaire, le 6 avril 2022. © Photo Loïc Venance / AFP

À l’époque, Laurent Castaing n’est guère chaud pour quitter le port du Havre pour revenir aux chantiers de Saint-Nazaire. Il estime la situation trop fragile et trop compliquée. Il faudra toute l’insistance d’Alexis Kohler pour le convaincre d’accepter. Pendant six mois, les deux hommes se voient, se parlent, échangent, Laurent Castaing ne manque pas de lui rapporter fidèlement ses conversations avec le président sud-coréen de STX France. Mais il hésite toujours.

« Si la situation est trop inextricable avec K.S. Rhee [le responsable sud-coréen de STX France – ndlr], et que l’APE a besoin que j’y aille “sur ordre”, je veux bien », finit-il par écrire fin décembre 2011 à Alexis Kohler. Il sera nommé directeur général de STX France en février 2012. « Nous pensions que tu serais l’interlocuteur le plus crédible, spécialement pour MSC d’abord, pour RCC (Royal Carribbean) ensuite », le félicite l’un des membres de l’équipe dirigeante qui soutient sa candidature, au moment de sa nomination.

Comment expliquer que nulle trace du rôle joué par Alexis Kohler dans le choix du dirigeant des Chantiers de l’Atlantique, des conversations qu’il a eues, n’ait été retrouvée dans les archives de l’APE ou du ministère des finances ? Mais il est vrai que n’ont été retrouvé ni les instructions de déport lorsque Alexis Kohler était directeur adjoint de cabinet de Pierre Moscovici, ni la lettre expliquant ses liens familiaux avec la famille Aponte adressée à Emmanuel Macron quand il a pris ses fonctions comme directeur de cabinet du ministre de l’économie. Pas plus que nombre d’éléments de son dossier administratif.

Comme l’avait déclaré en 2018 Astrid Milsan, alors directrice adjointe de l’APE (aujourd’hui à l’Autorité des marchés financiers), ces absences étaient dues à « un mauvais état de conservation des archives de l’APE ».

Disparitions de courriels en cascade

Rémy Rioux, un de ses proches alors directeur de cabinet de Pierre Moscovici, Julien Denormandie chargé du dossier STX dans le même cabinet, et même Pierre Moscovici l’ont tous assuré dans leur témoignage : Alexis Kohler s’est toujours déporté sur tous les dossiers liés de près ou de loin à MSC.

Une version déjà contredite dans le premier rapport d’enquête rédigé en juin 2019. Bien que « sa connaissance de son conflit d’intérêts [soit] avérée » par plusieurs courriels, Alexis Kohler « ne prend aucune mesure pour organiser un déport formalisé sur toutes les questions visant MSC. Au contraire, il est destinataire des notes APE et du Trésor sur les contrats de paquebots passés par MSC et sur les problèmes de garantie de financement tant pour l’acheteur STX que pour l’acheteur MSC », précisent alors les enquêteurs. « Le conseiller de cabinet plus spécialement chargé de STX [Julien Denormandie – ndlr] le met en discussion de tous les mails échangés », poursuivent-ils.

Comment Alexis Kohler aurait-il pu être tenu à l’écart si aucune règle précise de déport n’avait été fixée ? À l’époque, les dossiers de STX et de MSC sont en haut de la pile du ministère des finances et du ministère de l’industrie. L’actionnaire principal des chantiers navals, le sud-coréen STX, est au plus mal. Il faut assurer la survie de Saint-Nazaire, penser à une recapitalisation, l’aider à obtenir des commandes en assurant grandement le financement et les garanties. Des dizaines de courriels et de notes sont échangés alors entre l’APE, la direction du Trésor et les cabinets ministériels sur ces sujets pendant cette période.

Mais les nouvelles investigations ont permis d’exhumer de nouveaux courriels, notamment avec Laurent Castaing. Ils confirment qu’Alexis Kohler est informé de tout ce qui a trait à MSC bien au-delà de ce qui arrive au ministère des finances. Le directeur général de STX France ne manque pas de lui livrer régulièrement tous les rebondissements du dossier. À de nombreuses reprises, il se fait le fidèle porte-parole des positions de MSC, son principal client, qui a le projet d’entrer au capital du chantier naval aux côtés de son concurrent Royal Caribbean, de l’opposition de MSC à voir entrer l’italien Fincantieri au capital.

« Le statu quo sur l’actionnariat de STX n’est plus souhaitable [...] Seul MSC dispose du levier suffisant pour obtenir un mouvement ordonné de KDB [la banque sud-coréenne créancière du groupe STX alors en faillite – ndlr », insiste-t-il dans un courriel adressé à Alexis Kohler et Martin Vial, directeur de l’APE. Un échange qui semble n’avoir jamais existé à Bercy.

Dans un courriel plus personnel adressé à Alexis Kohler en juin 2016, alors qu’il sait que ce dernier veut rejoindre MSC assez rapidement, il lui écrit : « MSC est très actif en ce moment pour avancer sur son plan de reprise. MSC se fonde sur le demi-feu vert verbal donné par votre ministre à M. Aponte lors de leur rencontre en février. S’il y a une opposition à cette idée je me permets de vous conseiller de le dire maintenant et rapidement. »

Laurent Castaing juge ce courriel si important qu’il se le réexpédie avec la mention « à conserver ». Ce courriel, comme d’autres, n’a pas été retrouvé au ministère des finances lorsque les enquêteurs ont mené leurs investigations. Mais à l’inverse, de nombreux courriels (une bonne quinzaine) qui ont été saisis dans le cadre de la première enquête ont disparu des archives des Chantiers de l’Atlantique. Dont un de 2014 dans lequel Laurent Castaing envoie un message à Alexis Kohler au moment où il quitte le cabinet de Pierre Moscovici : « Merci aussi au superviseur discret que tu as été. »

« À l’exception de courriel sur les éléments comptables de STX France, aucun courriel avec l’APE n’apparaît après le 25 juillet 2015 [...] L’absence de courriel interroge », notent les enquêteurs en relevant le nombre d’événements (lancement de paquebots, signature de nouvelles commandes, discussion actionnariale) qui auraient justifié des échanges entre les chantiers navals et l’État actionnaire.

Le ménage a d’ailleurs été fait à fond. À partir des mêmes dates, toutes les références comportant l’adresse du cabinet du ministère des finances, les adresses MSC ou Aponte disparaissent jusqu’en 2019 dans les archives du chantier naval. Le croisiériste a pourtant alors quelque 3 milliards d’euros de commandes pour la construction de nouveaux paquebots à cette époque. 

« Contact » à l’Élysée

Cependant, les échanges ne s’arrêtent pas quand Alexis Kohler part en novembre 2016 travailler chez MSC. À peine est-il arrivé à Genève que Laurent Castaing s’empresse de lui écrire pour le féliciter de sa nomination. Celui-ci lui répond très rapidement pour le remercier : « Je n’abandonne pas Emmanuel Macron. Je continue de piloter en parallèle le programme pour sa campagne », lui précise-t-il. Puis de conclure : « Je compte sur toi pour me dire ce qui va être (sic) et ne va pas ici. »

Les deux hommes continueront d’échanger régulièrement sur le sujet, d’autant que la question de l’avenir des chantiers navals de Saint-Nazaire devient brûlante. Le groupe sud-coréen STX a fait faillite, sa participation dans STX France doit être mise aux enchères à Séoul.

L’Élysée et une majorité du gouvernement, déterminés à régler cette question avant la fin du mandat, penchent pour une cession à Fincantieri. MSC et Royal Caribbean, les deux principaux clients des chantiers, ont publiquement pris position contre cette solution. Ils proposent un autre tour de table dans lequel ils prendraient 20 % du capital. Laurent Castaing s’active de son côté pour tenter de compléter le tour de table en invitant des industriels locaux et en imaginant des solutions pour permettre aux salariés de prendre une participation dans le capital.

Bien que chez MSC, Alexis Kohler continue d’avoir ses entrées dans l’appareil d’État, il participe à une réunion à Bercy sur le plan de reprise de STX, comme Mediapart l’a révélé. Mais comme l’atteste un courriel, il discute aussi directement avec Martin Vial, directeur général de l’APE, sur les solutions, comme si de rien n’était.

En mai 2017, Laurent Castaing ne manque pas de se féliciter avec l’équipe dirigeante des chantiers de la victoire d’Emmanuel Macron. Il parle très vite « d’un contact » qu’il a à l’Élysée auprès duquel il peut avoir des informations. Dès le 15 mai 2017, il partage avec les autres responsables du chantier son analyse de la situation, à partir d’informations qui semblent puiser aux meilleures sources.

« Sur l’actionnariat, écrit-il à l’un des membres de l’équipe dirigeante, c’est maintenant que l’on peut éventuellement changer les choses. Car l’État peut préempter [la participation de STX – ndlr]. Mais le fera-t-il ? Je n’y crois guère avec un gouvernement pro-européen avec, qui plus est, un proche de MSC chez lui. Ceci dit, c’est le dernier moment pour contre-attaquer. »

Le 26 juillet 2017, le ministre des finances, Bruno Le Maire, annonçait la nationalisation « temporaire » de STX France, renommé Chantiers de l’Atlantique.

Martine Orange


Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez passer par SecureDrop de Mediapart, la marche à suivre est explicitée dans cette page.

Boîte noire

Dans le cadre de cette enquête, j’ai interrogé Laurent Castaing, directeur général des Chantiers de l’Atlantique, et le secrétariat général du ministère des finances. Les réponses de Laurent Castaing figurent dans l’article.  J'ai actualisé cet article après avoir reçu la réponse du secrétariat général du ministère des finances qui m'est parvenue après publication.

 

article_1036132.pdf

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Merci à Ellen Salvi de coucher sur papier ce qu'on est nombreux à penser

Emmanuel Macron, l'idiot utile de l'extrême droite

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Emmanuel Macron, l’idiot utile de l’extrême droite

En jouant les apprentis sorciers de la triangulation, le président de la République a permis au RN d’entrer en force à l’Assemblée nationale. Plutôt que de lutter contre les idées racistes et xénophobes du parti de Marine Le Pen, il leur a fait la courte échelle par pur cynisme politique.

Ellen Salvi

20 juin 2022 à 00h22

L’extrême droite peut remercier Emmanuel Macron. Grâce au chef de l’État, le Rassemblement national (RN), arrivé au second tour de l’élection présidentielle pour la deuxième fois consécutive, remporte aujourd’hui des dizaines de sièges – 89 très exactement – à l’Assemblée nationale. Face à la coalition Ensemble et à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), il devient l’un des principaux groupes d’opposition au Palais-Bourbon, sans même avoir eu besoin de mener campagne. Et en se contentant de profiter du cynisme présidentiel.

C’est le résultat de cinq années de craquage d’allumettes, durant lesquelles Emmanuel Macron aura joué avec tous les feux politiques afin de réinstaller un nouveau duel avec Marine Le Pen. « Je ferai tout, durant les cinq années qui viennent, pour que [celles et ceux qui ont choisi le RN] n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes », avait assuré l’intéressé au soir de sa première victoire, en mai 2017. Pour reprendre la pirouette qu’il avait utilisée sur un autre sujet : « Je ne dirais pas que c’est un échec : ça n’a pas marché. »

20220619-img-macron-rn-1.jpgAgrandir l’image
Emmanuel Macron et Marine Le Pen au palais de l’Élysée, le 21 novembre 2017. © Photo Denis Allard / REA

Sous prétexte de « dépasser les clivages et les tabous », le chef de l’État a en réalité très vite sombré dans les mêmes obsessions identitaires que Nicolas Sarkozy. Comme son prédécesseur, il a fait siennes les marottes de l’extrême droite et laissé ses ministres utiliser son vocabulaire ou recycler ses idées. Bien loin du « progressisme » et de « la pensée complexe » qu’ils promettaient d’incarner, les macronistes ont passé leur temps, au cours des cinq dernières années, à agiter le chiffon de l’« islamo-gauchisme » avec l’aplomb des convaincus et à jouer avec « le bon sens du boucher charcutier de Tourcoing » au mépris des règles de base d’un débat public décent.

Cyril Hanouna est devenu leur meilleur relais médiatique. Marlène Schiappa a donné des leçons de citoyenneté à la terre entière. Jean-Michel Blanquer a nagé dans les eaux troubles de l’anti-wokisme. Sarah El Haïry – c’est une ancienne ministre – a décrit les frissons d’horreur que lui inspiraient « les discours intersectionnels du moment », plus effrayants, à l’en croire, que ceux d’Éric Zemmour. Amélie de Montchalin a promis le « chaos », le « désordre », l’« anarchie » et quelques pluies de grenouilles. Manuel Valls est resté Manuel Valls.

Du rempart au marchepied

Plutôt que de prendre au sérieux le mouvement social des « gilets jaunes », en permettant un nouveau souffle institutionnel, Emmanuel Macron s’est enfermé dans une présidence de plus en plus solitaire et indifférente aux aspirations citoyennes. Sur les violences policières comme sur la réforme des retraites ou la question de l’urgence climatique, il a opposé un déni constant aux revendications de la société. Les mots ont été vidés de leur sens. Les coups de menton ont pris le pas sur les convictions. Et les repères ont été brouillés au gaz lacrymogène.

On aurait pu imaginer, l’espace d’un instant, que les résultats de Marine Le Pen à la présidentielle et les taux croissants d’abstention calment un peu l’ardeur de ce petit monde de pyromanes. Après tout, une lumière aurait pu s’allumer quelque part, chez celles et ceux qui ont réellement craint de voir l’extrême droite arriver au pouvoir au mois d’avril. Mais plutôt que de remercier cet électorat de gauche qui, une nouvelle fois, a pris sur lui pour faire barrage au projet néofasciste du RN, la majorité sortante s’est empressée de le mépriser de plus belle.

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En renvoyant dos à dos l’extrême droite et la gauche unie, les macronistes ont balayé les valeurs républicaines dans lesquelles ils se drapaient jusqu’alors. Ils ont dépolitisé la campagne, affaibli la démocratie et banalisé les candidat·es du RN. L’éviction des figures qui ont marqué le précédent quinquennat – Jean-Michel Blanquer au premier tour des législatives, Richard Ferrand, Christophe Castaner et Amélie de Montchalin au second – et l’absence de majorité absolue sont les signes patents de leur échec.

Il n’y aurait sans doute rien à ajouter si Emmanuel Macron et ses soutiens étaient les seuls à pâtir de cette stratégie néfaste. Mais en observant le nombre inédit d’élus RN qui s’apprêtent à s’asseoir sur les bancs de l’Assemblée, on ne peut qu’être amers. Le confusionnisme, le nivellement par le bas et la malhonnêteté intellectuelle du président de la République et de ses soutiens ont servi de passerelle vers l’hémicycle aux idées racistes et xénophobes qu’ils prétendaient combattre. C’est leur responsabilité. Et notre catastrophe.

Ellen Salvi

 

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il y a 2 minutes, loorent a écrit :

non !

si le RN est rentrée a l4AN, c'est parce qu'il y a + de monde qui ont voté pour eux. point barre.

T’as pensé à faire un livre en partant de cette base ? Tu tiens un truc je pense, n’hésite pas à nous informer si l’eau mouille dans les prochains jours.

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il y a 17 minutes, loorent a écrit :

non !

si le RN est rentrée a l4AN, c'est parce qu'il y a + de monde qui ont voté pour eux. point barre.

Dont 18 % d'électeurs Renaissance au 1er tour lors des duels RN/NUPES. Quand 72% préféraient ne pas prendre partie entre la gauche et l'extrême droite. 

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il y a 2 minutes, Lazydad a écrit :

Dont 18 % d'électeurs Renaissance au 1er tour lors des duels RN/NUPES. Quand 72% préféraient ne pas prendre partie entre la gauche et l'extrême droite. 

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Posted (edited)

Et hop... 1ier parachutage.

Ca risque pas d'être un peu trop woke pour lui le monde universitaire ?

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/210622/apres-sa-deroute-electorale-blanquer-beneficie-de-la-creation-express-d-un-poste-l-universite-assas

Spoiler

 

Après sa déroute électorale, Blanquer bénéficie de la création express d’un poste à l’université Assas

Le président de l’université Panthéon-Assas a été saisi d’une demande « exceptionnelle » : ouvrir un poste sur mesure pour accueillir l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, défait aux législatives.

Sarah Brethes et Antton Rouget

21 juin 2022 à 12h28

 

L’enseignement supérieur ne manque visiblement pas toujours de moyens. L’université Paris 2 (Panthéon-Assas) a exceptionnellement décidé d’ouvrir un poste sur mesure au sein de son département de droit public pour accueillir l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, tout juste défait aux élections législatives, selon des informations de Mediapart.

La possibilité de créer ce poste ad hoc, à l’heure où les universités affrontent depuis des années une lourde pénurie de personnels, s’est concrétisée vendredi 17 juin, cinq jours après le premier tour des élections. Elle doit être finalisée prochainement, à l’occasion d’une réunion du département de droit public.

Première incongruité : elle a été annoncée par le président de l’université Stéphane Braconnier lui-même, et non par le directeur du département. Deuxième source de questionnement : le calendrier de l’annonce, intervenue quelques jours seulement après l’élimination, le dimanche 12 juin, de Jean-Michel Blanquer au 1er tour dans la 4circonscription du Loiret et alors qu’aucun poste n’avait été envisagé jusque-là. Troisième interrogation : les raisons de ce recrutement express.

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Jean-Michel Blanquer au lycée Louis-de-Broglie à Marly-le-Roi, le 11 mai 2022. © Photo Mathilde Mazars / REA

Dans un message adressé à ses équipes, le président Stéphane Braconnier n’a pas caché le « caractère inhabituel, voire exceptionnel, de la demande », dont il dit avoir été « saisi ». « Il m’a été demandé, en effet, d’envisager la possibilité d’accueillir au sein de notre université l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, agrégé de droit public en 1996 et spécialiste de droit constitutionnel et de droit public comparé », poursuit Stéphane Braconnier, lui-même professeur en droit public.

Interrogé, le président de l’université n’a pas répondu à nos questions sur l’origine de cette sollicitation. « L’université n’a aucun commentaire à faire sur une question académique qui, à ce stade, demeure strictement interne, puisque les instances de l’université sont en cours de consultation », nous a-t-il déclaré.

Habituellement, les recrutements, décidés par les enseignants du département concerné en fonction des besoins, sont soumis à une mise en concurrence des candidatures. Qu’en est-il ici ? « Si le processus de recrutement devait se poursuivre, les procédures réglementaires en vigueur seront évidemment mises en œuvre et suivies », évacue Stéphane Braconnier. Également questionné, Jean-Michel Blanquer n’a pas répondu à notre demande d’entretien.

Au lendemain de sa défaite aux législatives, l’ancien ministre avait déclaré, lundi 13 juin sur BFMTV, qu’il était devenu « l’ennemi public numéro un ». « Regardez ce que des journaux comme Mediapart font avec moi... », ajoutait-il alors, faisant implicitement référence à nos révélations sur l’affaire Avenir Lycéen, sur son vrai-faux colloque sur le « wokisme » , ou encore sur son protocole sanitaire annoncé depuis Ibiza.

 

" La présidence pourrait bénéficier des contacts et de l’expertise institutionnelle de M. Blanquer. "

Le président d’Assas Stéphane Braconnier, à ses équipes

 

Dans son message, Stéphane Braconnier développe ensuite les raisons pour lesquelles le recrutement de Jean-Michel Blanquer, auquel il se dit « favorable », représenterait une bonne nouvelle pour l’université.

D’abord, « son arrivée éventuelle » se ferait sur un « emploi dédié et nouvellement créé », qui resterait donc « acquis de manière définitive à notre université », se félicite le président. Avant d’insister sur ce point : « Cette mutation, si elle devait se réaliser, permettrait à notre département d’obtenir de manière pérenne un poste supplémentaire de professeur, ce qui nous donnerait les moyens d’envisager des réductions d’effectifs [d’étudiants – ndlr] dans des cours ou séminaires pour lesquels cela peut s’avérer utile. »

Ensuite, estime le président de l’université, « l’arrivée d’un ancien ministre dans nos effectifs [de professeurs ndlr] contribue, de manière générale, au prestige et donc à l’attractivité de notre établissement ». « Même si cela n’est pas déterminant, ajoute Stéphane Braconnier, nous ne pouvons y être indifférents à un moment où la concurrence entre les établissements d’enseignement supérieur devient plus vive que jamais. » Et de considérer que sa « présidence pourrait bénéficier des contacts et de l’expertise institutionnelle de M. Blanquer » : « Cela serait particulièrement précieux dans une période où plusieurs projets d’envergure sont lancés, qui nécessitent, pour certains, de nombreux appuis. »

Vient ensuite un argument scientifique : « M. Blanquer pourrait apporter une contribution importante à la consolidation du droit public comparé, notamment dans sa dimension sud-américaine », mesure le président de l’université. Ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) de l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, à laquelle il est toujours rattaché à ce jour, Jean-Michel Blanquer a un temps enseigné le droit constitutionnel et le droit communautaire, avant de développer sa carrière loin des bancs de l’université à partir de 2004, année où il est nommé recteur de l’académie de Guyane.

L’universitaire grimpe ensuite un à un les échelons du ministère : cabinet du ministre Gilles de Robien en 2006, recteur de l’académie de Créteil en 2007, directeur de l’enseignement scolaire (Dgesco) en 2009. Il devient ministre en 2017, après une parenthèse à la direction de l’Essec (École supérieure des sciences économiques et commerciales), pendant le quinquennat de François Hollande.

 

Le retour – contraint par sa défaite électorale – de Jean-Michel Blanquer à ses premières amours universitaires devrait permettre de « participer au développement d’un des champs disciplinaires de référence de l’université », se réjouit dans son message Stéphane Braconnier.

Les conditions du recrutement de Jean-Michel Blanquer ne manqueront pas de surprendre tous les acteurs qui vivent, ces dernières années, la dégradation des conditions d’enseignement et de recherche au sein des universités françaises. En janvier 2022, les syndicats de l’enseignement supérieur étaient en grève pour dénoncer le sous-financement de l’université et le recours excessif aux vacataires et contractuels, faute de crédits pour ouvrir des postes.

« Comment peut-on imaginer que les deux tiers des cours d’une année soient faits par des gens qui ne sont pas titulaires ? », interrogeait alors, dans les colonnes de Libération, Anne Roger, secrétaire générale du syndicat SNESUP-FSU. « Ce n’est pas possible, c’est ingérable… » Impossible, sauf quand le candidat pour un nouveau poste est un ancien ministre. 

 

Sarah Brethes et Antton Rouget

 

 

 

 

Edited by survival66

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il y a 23 minutes, AmIlya a écrit :

Pas un fin connaisseur du monde universitaire mais il me semble qu'Assas c'est largment moins woke que n'importe quelle autre université française :)

Ca fait bien longtemps que le Gud a disparu mais effectivement, peu de chance de voir à Assas des ateliers non mixtes, de l'ecriture inclusive ou toute autre connerie de ce genre.

Et c'est pas plus mal.

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Posted (edited)

Entre les déclarations de Larcher sur les élus RN et la Commission des Finances qui doit leur revenir et la magnifique "Les Insoumis ont visiblement en tête de faire du contrôle fiscal. Ce que je n'ai pas entendu au Rassemblement National." de Woerth, vous le voyez venir le bloc bourgeois qui va essayer de donner la Commission des Finances au RN.

 

Faut faire barrage !!!!

 

En réalité plutôt s'associer au RN que de possibles contrôles fiscaux et une part juste d'imposition.

 

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Il y a 6 heures, survival66 a écrit :

Et hop... 1ier parachutage.

Ca risque pas d'être un peu trop woke pour lui le monde universitaire ?

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/210622/apres-sa-deroute-electorale-blanquer-beneficie-de-la-creation-express-d-un-poste-l-universite-assas

  Révéler le texte masqué

 

Après sa déroute électorale, Blanquer bénéficie de la création express d’un poste à l’université Assas

Le président de l’université Panthéon-Assas a été saisi d’une demande « exceptionnelle » : ouvrir un poste sur mesure pour accueillir l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, défait aux législatives.

Sarah Brethes et Antton Rouget

21 juin 2022 à 12h28

 

L’enseignement supérieur ne manque visiblement pas toujours de moyens. L’université Paris 2 (Panthéon-Assas) a exceptionnellement décidé d’ouvrir un poste sur mesure au sein de son département de droit public pour accueillir l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, tout juste défait aux élections législatives, selon des informations de Mediapart.

La possibilité de créer ce poste ad hoc, à l’heure où les universités affrontent depuis des années une lourde pénurie de personnels, s’est concrétisée vendredi 17 juin, cinq jours après le premier tour des élections. Elle doit être finalisée prochainement, à l’occasion d’une réunion du département de droit public.

Première incongruité : elle a été annoncée par le président de l’université Stéphane Braconnier lui-même, et non par le directeur du département. Deuxième source de questionnement : le calendrier de l’annonce, intervenue quelques jours seulement après l’élimination, le dimanche 12 juin, de Jean-Michel Blanquer au 1er tour dans la 4circonscription du Loiret et alors qu’aucun poste n’avait été envisagé jusque-là. Troisième interrogation : les raisons de ce recrutement express.

20220621-img-apres-sa-deroute-electorale
Jean-Michel Blanquer au lycée Louis-de-Broglie à Marly-le-Roi, le 11 mai 2022. © Photo Mathilde Mazars / REA

Dans un message adressé à ses équipes, le président Stéphane Braconnier n’a pas caché le « caractère inhabituel, voire exceptionnel, de la demande », dont il dit avoir été « saisi ». « Il m’a été demandé, en effet, d’envisager la possibilité d’accueillir au sein de notre université l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, agrégé de droit public en 1996 et spécialiste de droit constitutionnel et de droit public comparé », poursuit Stéphane Braconnier, lui-même professeur en droit public.

Interrogé, le président de l’université n’a pas répondu à nos questions sur l’origine de cette sollicitation. « L’université n’a aucun commentaire à faire sur une question académique qui, à ce stade, demeure strictement interne, puisque les instances de l’université sont en cours de consultation », nous a-t-il déclaré.

Habituellement, les recrutements, décidés par les enseignants du département concerné en fonction des besoins, sont soumis à une mise en concurrence des candidatures. Qu’en est-il ici ? « Si le processus de recrutement devait se poursuivre, les procédures réglementaires en vigueur seront évidemment mises en œuvre et suivies », évacue Stéphane Braconnier. Également questionné, Jean-Michel Blanquer n’a pas répondu à notre demande d’entretien.

Au lendemain de sa défaite aux législatives, l’ancien ministre avait déclaré, lundi 13 juin sur BFMTV, qu’il était devenu « l’ennemi public numéro un ». « Regardez ce que des journaux comme Mediapart font avec moi... », ajoutait-il alors, faisant implicitement référence à nos révélations sur l’affaire Avenir Lycéen, sur son vrai-faux colloque sur le « wokisme » , ou encore sur son protocole sanitaire annoncé depuis Ibiza.

 

" La présidence pourrait bénéficier des contacts et de l’expertise institutionnelle de M. Blanquer. "

Le président d’Assas Stéphane Braconnier, à ses équipes

 

Dans son message, Stéphane Braconnier développe ensuite les raisons pour lesquelles le recrutement de Jean-Michel Blanquer, auquel il se dit « favorable », représenterait une bonne nouvelle pour l’université.

D’abord, « son arrivée éventuelle » se ferait sur un « emploi dédié et nouvellement créé », qui resterait donc « acquis de manière définitive à notre université », se félicite le président. Avant d’insister sur ce point : « Cette mutation, si elle devait se réaliser, permettrait à notre département d’obtenir de manière pérenne un poste supplémentaire de professeur, ce qui nous donnerait les moyens d’envisager des réductions d’effectifs [d’étudiants – ndlr] dans des cours ou séminaires pour lesquels cela peut s’avérer utile. »

Ensuite, estime le président de l’université, « l’arrivée d’un ancien ministre dans nos effectifs [de professeurs ndlr] contribue, de manière générale, au prestige et donc à l’attractivité de notre établissement ». « Même si cela n’est pas déterminant, ajoute Stéphane Braconnier, nous ne pouvons y être indifférents à un moment où la concurrence entre les établissements d’enseignement supérieur devient plus vive que jamais. » Et de considérer que sa « présidence pourrait bénéficier des contacts et de l’expertise institutionnelle de M. Blanquer » : « Cela serait particulièrement précieux dans une période où plusieurs projets d’envergure sont lancés, qui nécessitent, pour certains, de nombreux appuis. »

Vient ensuite un argument scientifique : « M. Blanquer pourrait apporter une contribution importante à la consolidation du droit public comparé, notamment dans sa dimension sud-américaine », mesure le président de l’université. Ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) de l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, à laquelle il est toujours rattaché à ce jour, Jean-Michel Blanquer a un temps enseigné le droit constitutionnel et le droit communautaire, avant de développer sa carrière loin des bancs de l’université à partir de 2004, année où il est nommé recteur de l’académie de Guyane.

L’universitaire grimpe ensuite un à un les échelons du ministère : cabinet du ministre Gilles de Robien en 2006, recteur de l’académie de Créteil en 2007, directeur de l’enseignement scolaire (Dgesco) en 2009. Il devient ministre en 2017, après une parenthèse à la direction de l’Essec (École supérieure des sciences économiques et commerciales), pendant le quinquennat de François Hollande.

 

Le retour – contraint par sa défaite électorale – de Jean-Michel Blanquer à ses premières amours universitaires devrait permettre de « participer au développement d’un des champs disciplinaires de référence de l’université », se réjouit dans son message Stéphane Braconnier.

Les conditions du recrutement de Jean-Michel Blanquer ne manqueront pas de surprendre tous les acteurs qui vivent, ces dernières années, la dégradation des conditions d’enseignement et de recherche au sein des universités françaises. En janvier 2022, les syndicats de l’enseignement supérieur étaient en grève pour dénoncer le sous-financement de l’université et le recours excessif aux vacataires et contractuels, faute de crédits pour ouvrir des postes.

« Comment peut-on imaginer que les deux tiers des cours d’une année soient faits par des gens qui ne sont pas titulaires ? », interrogeait alors, dans les colonnes de Libération, Anne Roger, secrétaire générale du syndicat SNESUP-FSU. « Ce n’est pas possible, c’est ingérable… » Impossible, sauf quand le candidat pour un nouveau poste est un ancien ministre. 

 

Sarah Brethes et Antton Rouget

 

 

 

 

À gerber.

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Il y a 2 heures, survival66 a écrit :

J' ai quand même appris que le 24 avril on avait renouvelé notre confiance en l'élisant PR sur le fondement d'un projet clair.

J'avais du louper qq chose.

Mac n'a jamais eu de projet clair, en 2017 a part augmenter la CSG et supp la taxe logement tout etait vague, flou ce qui ne presageait rien de bon. Il a été elu et re-élu sur la forme et/ou sur des projets concurrents faiblards.

D'ailleurs, un hologramme avec qqs mots-clés ferait la meme chose et couterait moins cher.

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Il y a 2 heures, survival66 a écrit :

J' ai quand même appris que le 24 avril on avait renouvelé notre confiance en l'élisant PR sur le fondement d'un projet clair.

J'avais du louper qq chose.

Eviter le communisme et le fascisme, faire travailler plus les actifs. C'est pourtant clair non ?  

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