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M.nicolas

[Las Vegas] Once upon a time

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La glorieuse ère des Gambling Ships (Part I)

Le gamble a toujours été intimement lié avec histoire de la Californie. La ruée vers l’or de 1849 fait de San Francisco la nouvelle capitale américaine du jeu au détriment de la Nouvelle Orléans. Pendant une petite dizaine d’années, les établissements vont se développer dans le Golden State comme la vérole sur le bas clergé. Les villes naissantes trouvent là une manne d’argent providentielle à leur développement.

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Ne subsistent souvent de cette époque que les noms mythiques de quelques villes fantômes...

La ruine de bon nombre de pionniers va cependant sensibiliser l’opinion publique et conduire à interdire tant bien que mal cette vile occupation dès 1858. Depuis, la crème de la pègre tente depuis de contourner ces interdictions en profitant de failles juridiques plus ou moins subtiles.

Dans la catégorie Steve Job du gamble, Charles Fey invente à SF la première machine à sous en 1895 et le premier « vidéo » poker en 1901... Les juges mettront un bon bout de temps à légiférer pour interdire les bandits manchots qui auront entre temps vidé les poches de la population.

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La Liberty Bell, première machine à sous, toujours visible dans l'établissement du même nom à Reno

Autre cas, celui du poker, interdit en 1885 dans sa variante « Stud Horse ». Le texte oublie juste de spécifier les règles de ce jeu. Différentes variantes vont ainsi être autorisées au fil du XXème siècle, jusqu’à 1987 où le Hold’em sera enfin admis dans la centaine de poker rooms de l’état.

Mais le sujet du jour, est celui des Gambling Ship. Quelques filous réalisent à la fin des années 1920 que la compétence législative de l’état est limitée à 5 km des côtes. Au-delà, c’est la loi fédérale qui prend le relais… et ses textes, très solennels, n’abordent pas de sujets aussi futiles que le jeu. Profitant de ce vide juridique, une petite flotte d’une dizaine de navires commence à se former à partir de 1928, ancrée au large des plages de Long Beach et Santa Monica à Los Angeles.

Le Lux, le Johanna Smith, le Rose Isle, le Monte Carlo, le Tango, … Autant de navires qui vont pendant une dizaine d’années narguer les autorités locales et les défenseurs de la moralité publique.

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Un marché en plein essor

Tony Cornero Stralla, qui sort de prison en 1931 pour violation des lois sur la prohibition, voit dans cette activité une superbe opportunité de remettre le pied à l’étrier. Après quelques tentatives peu concluantes (il perd notamment ses parts dans le S.S. Tango lors une partie de craps…), il décide de lancer sa propre affaire en 1938.

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Tony, impeccable.

Son choix s’oriente vers une barge construite en 1887, le Star of Scotland, qui a déjà eu de nombreuses vies, étant successivement navire de transport de céréales, conserverie de poissons en Alaska, ferry-boat entre LA à l’île de Catalina et, lorsque Tony l’achète, supermarché de l’appât vivant, approvisionnant tous les pêcheurs de la baie de Santa Monica en bestioles pour ferrer le poisson, une activité finalement pas si lointaine du tripot flottant qu’il va devenir.

L’établissement ouvre ses portes le 3 mai 1938 et emploie plus de 300 salariés. La barge a fait l’objet d’un lourd investissement de plus de 600,000$. Bugsy Siegel, qui deviendra un personnage clé dans le développement de Las Vegas, et Georges Raft, acteur vedette de l’époque, y ont mis quelques économies.

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La Jetonnerie, sobre mais efficace

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Quelques prospectus

Afin de divertir la gent féminine, Tony installe 150 machines à sous et une salle de bingo de plus de 400 places. Les jeux de tables sont plutôt réservées à une clientèle masculine qui peut tenter sa chance au craps, à la roulette, au blackjack, au poker (stud), au « chuck-a-luck », désormais mieux connu en tant que Sic-Bo et la roue de la fortune mais aussi à des jeux disparus depuis comme le - une variante du craps à 3 dés, le « high spade » - une variante de Stud Poker où l’on partage les gains entre la plus forte combinaison et le plus haut pique, la Loterie Chinoise – sorte de Keno ou encore le Faro – une variante de baccarat que l’on trouvait encore à Las Vegas jusqu’à la fin des années 80. Une salle de paris hippiques est ouverte, les commentaires des courses y sont diffusés par ondes courtes.

A noter à partir de 0'32", une variante vivante de la roulette...

 

La stratégie du Rex préfigure ce que Las Vegas allait devenir quelques années plus tard. L’objectif n’est pas de cibler le High Roller, mais davantage monsieur Tout le monde. Cette clientèle « middle class » se voit offrir un décor luxueux, une restauration haut de gamme, de l’alcool de qualité à gogo, et des spectacles de qualité pour trois fois rien.

Par ailleurs, afin de rassurer tout ce petit monde et dissiper les rumeurs qui circulaient autour de ses concurrents, Cornero offre à quiconque prouve une quelconque tricherie une prime de 100,000$.

Enfin, Tony décide de faire de cet établissement un endroit à peu près « respectable » en ne faisant pas monter à bord les péripatéticiennes qui opéraient dans les soutes de ses concurrents. Objectif : attirer la gent féminine, jusqu’alors peu amène à embarquer dans les bordels flottants voisins du Rex.

Le succès est immédiat, le bénéfice mensuel du Rex avoisinant les 300,000$. Les gogos attendent en file sur la jetée de Santa Monica pour embarquer dans la dizaine de bateaux taxis qui transportent contre un quarter et à toute heure les joueurs vers le Rex où l’on compte en permanence de 1000 à 3000 joueurs à bord.

Dans cette vidéo, on a aussi le bruit...

Manque plus que l'odeur, qui, entre cigares, sueur et mazout devait valoir le déplacement...

 

Edited by Burne d'or

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le Chuck a Luck n'est pas disparu, on peut y jouer sous le nom de sic'bo dans certain casino Anglais ainsi qu'à Macao ou il est l'un des jeux les plus joué.

Merci, c'est corrigé. Je n'avais pas fait le lien, on y joue même à Enghien depuis 2 ou 3 ans.

 

La variante de stud poker ou le high partage avec le meilleur pique (fermé et pas ouvert) n est elle pas le "chicago"?

Nous on y joue de temps en temps en tout cas... avec les 3 autres variantes (coeur carreau trèfle)

C'est en effet un autre nom de cette variante.

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La glorieuse ère des Gambling Ships (part. 2)

Le succès de Tony et du SS Rex aura certainement été la  goutte d’eau qui aura fait déborder la baie de Santa Monica. Tout ce qui représente le pouvoir de la région va se liguer dans une véritable force anti-gamble, dont les têtes de proue sont le Shérif du Comté, le procureur général du District et le chef de la Police de Santa Monica.

La première stratégie va consister à harceler les taxis maritimes qui trimballent les clients à la fameuse limite des 3 miles où stationnait le Rex. Le business ayant pour principe d’être relativement mobile, les rafiots changent sans cesse de quai et cette action va rapidement s’avérer vaine.

La démarche suivante va tenter d’aller sur un terrain quasi géostratégique, en plaidant le fait que la baie de Santa Monica doit être considérée comme une mer intérieure et que de ce fait, la limite des 3 miles se situe au-delà d’une ligne imaginaire tracée entre les caps Vicente et Dume. Dans un premier temps, la Cour donne raison à cet argument.

Le procureur général pense avoir enfin trouvé la solution miracle : il n’y a plus grand monde à embarquer dans les frêles bateaux taxis pour se taper les 20km de haute mer afin de rejoindre les gambling ships… De plus, à cette distance, la mer n’est plus protégée par la baie et devient parfois particulièrement agitée. Certains joueurs ne manquent pas de déposer bien plus que des jetons sur les tapis verts…

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Les avocats de Tony font revoir le procès en appel, arguant le fait que la baie de Santa Monica est en fait une anse, et que la limite des 3 miles s’applique bien à compter des pontons… Tout ce petit monde revient ainsi dans les eaux calmes de la baie et c’est reparti pour un tour.

En 1939, le procureur général Earl Warren va trouver un nouvel argument contre les navires de jeu offshore. L’axe d’attaque ne sera cette fois plus moral, mais fiscal. L’argument consiste à considérer ces tripots flottants comme une source du blanchiment et de fuite de capitaux à hauteur de millions de dollars qui auraient normalement dû être saisis par les autorités de l’Etat, ou tout du moins être versées au titre d’impôts. Cette proposition fait bouger les lignes au niveau fédéral : les États ont désormais le pouvoir de cesser un trouble qui leur porte préjudice, même si cela se passe hors de leur juridiction.

Les gambling ships californiens vont un à un disparaitre de l’horizon lointain des côtes, détruits sous les coups de hache des patrouilles qui débarquent avec des centaines d’hommes.

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Un seul navire refuse de se livrer, le Rex bien sûr.

Le navire n’ayant pas de moteur, il ne peut pas fuir la dizaine de navires des forces de l’ordre qui pointent leur coque, Tony ordonne de fermer la rampe d’accès et de décourager quiconque approcherait du navire, par tous les moyens du bord… Le service de sécurité du Rex va exécuter sa demande en projetant de l’eau de mer avec les puissantes lances d’incendie dont le navire est muni. Pendant un siège de 8 jours, le navire va résister aux tentatives d’approches.

Mais les vivres venant à manquer, Cornero est contraint de se rendre. Histoire de rester fier jusqu’au bout, « parce que j’ai rendez-vous tous les 15 jours chez mon coiffeur ».

Les agents de police balancent tout le matos : tables, machines, jetons et autres paquets de cartes par-dessus bord.

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Le Rex terminera sa mythique carrière comme bateau cargo au service de la Navy lors de la Seconde Guerre mondiale. Il fut capturé par un sous-marin allemand et a coulé au large des côtes de l'Afrique.

Si l’histoire du Rex s’arrête là, ce n’est pas le cas de celle de Tony…

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La glorieuse ère des Gambling Ships (part. 2)

 

Bouge toi le cul et dépêches toi de publier la suite !

C'est pire qu'attendre un épisode des WLS. Au moins on sait qu'on a 7 jours à attendre alors que là.... ?

:P

Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ma couille.

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La glorieuse ère des gambling ships (part. 3)
ou plutôt... le destin "PRESQUE glorieux" de Tony Cornero à Sin City 
The Vegas prequel...

Si la réputation de Tony Cornero est surtout liée à ses business flottants, c’est une atmosphère quelque peu plus aride qui baigne ce 3ème et dernier épisode.

1931. A peine sorti de tôle pour ses activités de bootlegging, et bien avant l’épopée du Rex, Tony Cornero débarque à Las Vegas. Il ouvre avec ses frères le Meadows Country Club, un établissement, dont il ne reste que quelques cartes postales jaunies et très peu de témoignages. Le Meadows est réputé être le premier casino à avoir été édifié hors Fremont street, à proximité de ce qui deviendra le Strip. Les frangins sont visionnaires, les premiers établissements ne seront bâtis que 10 ans (El Rancho) et 15 ans plus tard (the Flamingo).

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Quelques rares traces du Meadows, premier établissement de Tony et ses frères

Le succès étant au rendez-vous, la mafia Newyorkaise exige une part du gâteau. L’incendie qui réduit le Meadows en cendres quelques mois après son ouverture donne une vague idée de la réponse apportée à cette invitation… Tony jure alors de ne plus jamais remettre les pieds dans ce trou à rats.

La renaissance du SS Rex en plein désert

1944 : Cette promesse tiendra une dizaine d’années. Suite à la capture du Rex, Tony souhaite en récupérer la clientèle, cette fois-ci sur la terre ferme. Il tente sans succès d’ouvrir en 1940 un établissement clandestin dans une arrière salle de Los Angeles. Mickey Cohen, le parrain de la Yiddish Connection qui fait alors la pluie et le beau temps dans le domaine du crime en Californie, lui fait comprendre à sa façon que ce n’est pas une bonne idée.

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Mickey Cohen, quand il dit non, on écoute, et on obéit

1945 : Tony n’a pas d’autre choix que de retourner à Las Vegas. Il contacte son ami Orlando Silvagni, propriétaire de l’Apache Hotel, dont le casino ne marche pas très fort. Tony espère que la renommée du Rex aura passé les frontières de la Californie et que quelques écureuils (c’est ainsi qu’il aime appeler ses clients gamblers…) viendront risquer leurs noisettes dans ces contrées hostiles - Las Vegas dans les années 40 ressemble toujours au décor poussiéreux d’une ville champignon de western et n’est visité que par quelques téméraires -. Un deal est signé entre les deux amis.

Le casino de l’hôtel est renommé SS Rex et devient le premier établissement à thèmes de la ville, l’air du large et le mal de mer en moins.

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Après quelques mois d’exploitation, le conseil municipal de la ville a hélas vent du CV de Tony. Entre le sombre épisode du Meadows et l’épopée de ses casinos flottants, il est décidé de retirer à Tony sa licence.

Le SS Rex sombre définitivement.

Tony cede la concession à un certain Bugsy Siegel - lui aussi de la Yiddish Connection, le monde est petit - qui y créera l'Apache Casino

Les lieux seront vendus plus tard à Benny Binion pour devenir le Horseshoe en 1951,où seront organisés à partir de 1970 les World Series of Poker pour les incultes…

Le Lux : éphémère tentative en haute mer 

1946 : Tony n’est vraiment pas du genre à baisser facilement les bras. Il achète avec les deniers du SS Rex (pas le bateau, le casino, faut suivre…) un ancien navire de guerre et ouvre le 7 août 1946 un nouveau casino flottant dans la baie de Los Angeles. Son nom : le Lux.

3 heures après son ouverture et sans aucun effort de com, 3600 écureuils sont déjà à bord ! Earl Warren, un des leaders du mouvement anti-gambling avant-guerre a pris du  galon : il est désormais gouverneur de Californie... Hors de question de laisser Tony parader à nouveau au large de Los Angeles. Les taxis maritimes sont saisis par les autorités et les 4000 clients et employés se retrouvent emprisonnés à bord… Cela ne décourage pas des milliers de personnes à faire la queue sur les jetées pour tenter de trouver une embarcation les menant à bord de cette prison flottante.

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Deux photos de Tony à bord du Lux, dont la durée de vie n'aura été que de 48 heures

Cette situation ubuesque ne dure cette fois pas très longtemps : Tony est arrêté à bord du Lux deux jours après son ouverture pour 6 motifs d’inculpation, dont conspiration et tenue de maison de jeu. Rapidement libéré après avoir versé une caution, il dénonce l’illégalité de cette arrestation en plaidant le fait que le Lux croisait hors des eaux territoriales américaines et que ses taxis assuraient des opérations de commerce international. Sans succès.

Le 28 avril 1948, le président Truman signe un acte fédéral interdisant non seulement les gambling-ship, mais aussi toute activité de transport de passagers croisant dans les eaux territoriales américaines à destination de ces lieux de perdition. Compte tenu de ses états de services lors de la 2nde guerre mondiale, le Lux n’est pas détruit, mais autorisé à aller pourrir dans un cimetière militaire marin de la baie de San Francisco.

Cette fois, c’est vraiment la fin des gambling ships… Tony doit mettre sa tenue d’amiral au placard doit trouver les écureuils sous d’autres horizons…

The Tijuana incident

1948. C’est depuis sa maisonnette de Beverley Hills que Tony prépare son nouveau projet. Le nouvel eldorado se nomme Tijuana, capitale du jeu et de la bibine pour des millions d’américains qui vont s’encanailler à la frontière Mexicaine depuis l’arrivée de la prohibition dans les années 20. Là encore, les choses ne se passent pas forcément comme prévu. Deux hispaniques sonnent à la porte de Tony le 9 février. Bien trop tard pour les calendriers ou les étrennes… ils sont là pour abattre Tony. C’est avec quatre balles dans le bide que Tony va aller rendre visite aux chirurgiens du coin qui vont miraculeusement le sauver.

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La une du LA Times pour papa

From Stardust to Dust

1953. Après une longue convalescence et malgré la réputation désastreuse de Tony et ses frères dans la région, c’est une nouvelle fois vers Sin City que Cornero décide de monter un nouveau business. Tony est persuadé que les Californiens dont la population a énormément augmenté après-guerre n’hésiteront pas à faire quelques heures de route dans le désert pour se rendre dans ce qu’il pense être la future Mecque du gambling et du stupre…

Comme d’habitude, Tony ne manque pas d’ambition. Il souhaite bâtir le plus grand hôtel casino de la ville. Comme 20 ans avant avec le Meadows, sa conviction est que le futur de la ville ne se situe pas sur Downtown où l’essentiel du business se concentre alors, mais le long du Strip. Il convainc plusieurs investisseurs Californiens mais aussi locaux à le rejoindre dans ce projet, pécuniairement s’entend, pour le reste, il s’occupe de tout, dans une certaine insouciance. Tony n’a que faire des contraintes administratives ou des Lois locales et fédérales. Les investissements de centaines d’actionnaires sont mis en face de projets particuliers : les 10000 $ d’untel étant destinés à la piscine, les 5000$ d’un autre pour l’achat de tables de jeux… Tout cela est sommairement tracé sur des bouts de papier, quand ce n’est pas simplement sous le chapeau de Tony…

Contrairement à ses concurrents voisins, le Sands et le Desert Inn, la stratégie de son futur établissement, le Tony Cornero’s Starlight ne vise pas les happy fews, mais, comme à l’époque du Rex, il cible la clientèle la plus large possible. Dans son esprit, l’affaire sera rentable à  partir du moment où le client moyen viendra claquer 10$ chez lui : 5$ pour la chambre et 5$ aux tables ou aux machines.

1954, Cornero change le nom du casino une bonne fois pour toute ce sera le Stardust.

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Titre de propriété du Stardust

La vision de celui que l’on nomme “The hat” consiste à fixer de nouveaux standards dans l’industrie des casinos. Nullement découragé par l’accueil glacial du projet par les officiels de la ville, Cornero est en passe d’ouvrir le projet de sa vie : le plus grand hôtel du Strip avec ses 500 chambres, son slogan « Le luxe astronomique à des prix au ras du sol ! ». Au-delà des vacanciers, le Stardust vise également l’accueil des charters de congressistes qui commencent à débarquer par milliers sur la ville, tout le monde doit avoir sa part de rêve, dans l’établissement le plus innovant de la ville : toutes les chambres auront leur air-conditionné. Les loisirs ne sont pas oubliés avec la première galerie commerciale bâtie au sein d’un resort, au même titre que des salles de cinéma, un bowling

Juillet 1955, plus que quelques semaines avant l’ouverture officielle du Stardust... Tony a déjà dépensé 3 millions de dollars dans la construction du projet, mais a emprunté à peu près 2 fois plus à toute la pègre du secteur. Comme pas mal de types ayant construits Las Vegas, Tony « Worked hard and Played hard », bref, c’est lui-même un accro du gamble… Il y a bien un moment où tout ça allait foirer. Avec Tony, c’était un peu écrit de toute façon…  

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On y est presque...

31 juillet 1955. Tout est presque prêt, pour l’ouverture du Stardust. Petit détail, il manque juste à Tony les derniers dollars nécessaires pour payer le salaire du personnel, le matériel de jeu et la bibine qui coulera dans les verres. Juste 800 000$ quoi… Cornero n’a pas d’autre choix que d’aller pour la énième fois dans la maison d’en face, le Desert Inn, dire bonjour au « parrain du Strip », Moe Dalitz et repartir avec de nouvelles dettes.

Le bruit court dans la ville que c’était une sacrée connerie que d’avoir fait confiance à Tony pour mener un tel projet, the hat étant tout sauf un bon gestionnaire. Les syndicats et familles newyorkaises ont par ailleurs toujours Tony dans le nez depuis l’affaire du Meadows. Ils craignent que le Stardust, gigantesque pour l’époque, n’entraine une surabondance de l’offre hôtelière sur la ville et que les prix des chambres de toute la région soient mécaniquement tirés vers le bas. Pour l’anecdote, Steve Wynn fut ciblé par les mêmes accusations 40 ans plus tard… L’ironie de l’histoire est que le Desert Inn fut détruit au profit du Wynn à l’aube des années 2000…  

Tony ne le sait pas encore mais il n’aura plus un kopek de la part de la famille, qui en échange des dettes abyssales de Tony, a la ferme intention de récupérer le business du Stardust avant l’ouverture.

Dans son insouciance habituelle, Tony demande à faire un petit break au cours de cette réunion de travail pour aller se détendre à une table de craps. Les Dieux des dés ne sont pas au rendez-vous ce jours-là, Tony perdant rapidement 10 000$, une petite somme à l’époque. Une serveuse vient lui réclamer le paiement de l’addition du club sandwich et des quelques drinks qu’il avait ingurgité en tenant sans succès de sortir les 7… L’insulte suprême pour Tony qui se pense invité par Dalitz, et entre dans une colère noire.

Ce sera la dernière fois.

Il meurt sur place d’une crise cardiaque, les dés encore en main.

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La nécro du lendemain

Il est de notoriété que Tony a en fait été victime d’un empoisonnement. Mais personne ne pourra jamais le prouver. Aucune autopsie ne sera réalisée et son corps, envoyé illico presto à LA fut rapidement enterré seulement 8 heures après son décès, un organiste du Desert Inn dépêché sur place jouant lors de la cérémonie son air préféré « The Wabash Cannon Ball ».

La légende veut aussi que personne ne vérifia le contenu du 7&7 qu’il sirotait quelques minutes avant de gouter au marbre froid du sol du DI. Personne ne jugeait vraiment utile de le faire. L’important était que Tony Cornero soit mort. C’est Jake the Barber Factor, un poulain des familles de Chicago, qui prit finalement la direction du Stardust, et tout le monde était content comme ça.

Cornero partit en bon gambler qu’il était : des 35 millions de dollars qu’il avait gagné plus ou moins légalement dans ses différents business, il ne restait que 800$ à sa mort.

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From Stardust to dust…

Ce 3ème épisode est notamment issu d’une traduction d’un des articles que Byron Craft écrivait dans Strip the Las Vegas magazine dans les années 2005 - 2007 dans le cadre de la série The Men Who Made Las Vegas, a priori non réédité depuis…

Edited by Burne d'or

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En voyant l'article, j'étais pour une fois parti pour mettre un +1 in the dark.

Et puis je suis tombé sur cette phrase et j'avais envie de -1....

 

 

Si la réputation de Tony Cornero est surtout liée à ses business flottants, c’est une atmosphère quelque peu plus aride qui baigne ce 3ème et dernier épisode.

 

Merci ma couille ! :up)

Mais je suis sur que l'histoire moderne de Vegas pourrait donner d'autres beaux articles.............

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Stardust : 500.000$ dans la nature
"Vous connaissez les 3 vols les plus remarquables de l'histoire de Las Vegas?"
 
 
 
C'est la question que je me suis posée en regardant une énième fois Ocean's Eleven de Soderbergh. Quels sont les plus fameux casses de Las Vegas. En cherchant un peu, je suis tombé sur plusieurs dont un qui a attiré mon attention. Le seul et unique vol qui ai réussi. Bien évidement tu par Ruben dans le film (les vols relatés sont purement fictifs, j'ai vérifié).
 
Les Faits
 
Nous sommes le 22 septembre 1992, Las Vegas Nevada, au Stardust Hotel and Casino. Le calme du casino est du à l'heure matinale. Une journée banale se prépare dans l'établissement, les employés se pressent pour remplir les comptoirs de bulletins avec les dernières cotes des paris sportifs, les agents de ménages passent l'aspirateur et rangent les fauteuils qui permettent d'assister aux matchs ou courses de chevaux du monde entier sur les multiples écrans qu'équipent le Sport Book du casino. Bref une journée ordinaire commence, enfin pas vraiment... Parmi eux un employé de la salle des paris à finit sa journée. Le seul hic, il ne reviendra jamais à son travail et emportera la somme de 507.361$.
 
Bill Brennan 34 ans, vient de réaliser le casse parfait, s'envoler avec une partie de la recette sans laisser de traces. En effet, Bill, ce jour là n’apparaîtra sur aucune caméra de surveillance du Casino. Pourtant chaque cm² était surveillé 24/24H et 7 jours sur 7. Les analystes de la police ne furent pas en mesure de déterminer exactement par qu'elle sortie il a quitté l'établissement et dans qu'elle direction il est parti après. Tout ce que l'on peut apprendre aujourd'hui, c'est que ce 22 septembre, Bill est venu comme tous les jours à son travail et est reparti avec un demi millions de dollars en jetons et en cash venant des bureaux des paris sportifs.
 
Employé consciencieux, il ne fait jamais de vagues depuis  4 ans, il ne s'est lié d'amitié avec aucun de ses collègues. Il vit seul avec son chat. Il n'a pas d'amis connus, ses voisins parlent de lui comme quelqu'un de discret, courtois, bref le voisin idéal.
 
Cette histoire qui semble incroyablement simple reste le larcin le plus lucratif de l'industrie du jeu irrésolu à ce jour. Car il faut savoir que plus d'un quart de siècle plus tard cette histoire court toujours et Brennan n'a jamais été revu depuis. Peut-être est-il décédé, peut être lit-il cet article dans une villa au Costa Rica?
 
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Bill Brennan
 
Le contexte
Bill Brennan travaille dans l'une des plus grande salle de paris au monde, brassant chaque jours des milliers de dollars. Son seul concurrent sérieux à cette époque est le Hilton Casino. Internet n'a pas encore fait exploser les paris en ligne et aux USA rare sont les états autorisant les paris. Nous sommes un mardi au lendemain du Monday Night Football, les Giants de NY l'ont emporté sur les Ours de Chicago 27 à 14. Dans le football américain le lundi soir et un soir important aux USA, synonyme de paris plus important que les autres jours. Le coffre de la SportBook est donc remplis de billets qui n'attendent que de payer les joueurs ou finir dans les caisses de la mafia. 
 
C'était également une époque ou personne n'aurait soupçonné un simple employé voler l'argent de ses patrons. Personne n'a envie de finir au fond d'un trou dans le désert. Il faut savoir qu'a cette époque la mafia a encore la main mise sur la ville, et il fallait être fou pour voler l'argent de la mafia.
 
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Stardust en 1992
 
Les Théories

Plusieurs théories sont venues étayées ce mystère. Par exemple le fait que Bill aurait bénéficié de la complicité d'une aide extérieure. En effet Brennan s'était lié d'amitié peu de temps avant avec un gros parieur habitué du Stardust. Point intéressant ce même parieur à disparu en même temps que Bill après le crime perpétré. 

Une autre est qu'il aurait payé des agents de sécurité pour pouvoir disparaître sans laisser de traces du casino, en effet comment est-il possible qu'un homme qui travaille depuis 4 ans dans le même casino emportant avec lui une sac remplis d'argent n'est pas interpellé la vigilance du personnel. Dans une ville ou le moindre cent est surveillé pour qu'il rentre bien dans la poche de la mafia. 

Et enfin une autre un peu plus farfelue, que Brennan aurait été placé en tant qu'employé par la mafia pour effectué le larcin puis une fois le butin ramené, abattu froidement, disparaissant par la même. Mais suite a ce vol, le Stardust a vu son image dégradée, et on voit mal la mafia organiser un tel acte pour ne prendre que 500.000$ et laisser courir le fait qu'on peut lui voler en toute impunité de l'argent.

 

Toutes ces théories n'ont jamais été prises en compte fautes de preuves dans cette affaire.

 

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La sportbook du Stardust le matin de la dernière journée d'exploitation du Casino, le 1er Novembre 2006


Les détails
Au niveau logistique tout d'abord. Le poids de l'argent. Il faut savoir que 500.000$ en billets de 100, pèsent 10KG. Cependant, les comptoirs d'enregistrement de paris possèdent aussi une grosse part de billets de 5/10/20 et 50 dollars. Du coup Brennan a du porter un sac pesant entre 15 et 20 KG. En essayant de sortir avec un sac dont le volume représente un micro-onde, il est clair qu'il aurait interpellé la vigilance des employés.
 
Peu de temps avant son vol, Brennan avait demandé une promotion à son chef afin d'avoir une fonction qui lui aurait permit d'avoir accès à plus d'argent. La promotion lui a été refusée, et ses collègues se sont rendus compte que ce refus l'avait affecté.
 
Lors de la perquisition de son appartement par la police et le FBI, plusieurs manuels et livres étaient en la possession de Bill Brennan, notamment "Comment changer d'identité" et "Voyager à l'étranger". Tout porte a croire que ce dernier à bien quitté le pays rapidement après son méfait.
 
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Un jeton de 20$ du Stardust
Conclusion
Cela aurait pu être le scénario d'un épisode de la série CSI. Pendant des années après que Bill ait commis ce crime, son nom apparaissait à la fois sur la liste de la personne la plus recherchée du FBI. L'enquête a duré plusieurs années, au cours de laquelle des centaines de témoignages et des centaines d'indices sont venus s'accumuler, en vain. De nos jours le Stardust est un lointain souvenir, le casino à été démoli en 2007 et à la place on peut trouver un projet de casino sur le thème de l'Asie. Personne ne cherche plus Bill Brennan et ses fameux 500.000$. Il pourrait même revenir sur le lieu de son méfait et crier "C'est moi qui ai dérober 500.000$ au Stardust", personne n'y prêterait attention.
 

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