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Koddo

Sujet libre sur la poésie et son univers

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Sur la mortalité, le temps qui passe, la vieillesse, les regrets :

À CASSANDRE

 

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée,

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las! las! ses beautés laissé choir !

Ô vraiment marâtre Nature,

Puis qu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vôtre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté.

Edited by Tiwaz

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Les ombragés

 

Un vent d'panique errant la nuit

étrangle la cime des cantatrices
Les sens s'activent, fervents,

avides de chants acides peignant la ville.

 

Des langues à vif, méchantes babines

de grandes canines prêchent en famille.
Aisance à griffes étrange charisme

séquence tactile et antarctique.  

Mise en abîme, descente rapide

l'élan s'habille et prend racine.
Prison d'argile, estampe habile

le plan s'affine, aimante sa cible.

 

Ruse antalgique cherchant l'appui,

séchant la vie de vantardises,  
D'échanges faciles et fantastiques

mélange saphirs et sans abris.

M.

Edited by Koddo

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Fleur du mal au jardin du bien

 

 

S'il existe une fleur du mal
Je ferai fleurir un jardin de bien
Pour la perdre au milieu de celui-ci.

Pour un pétale de mal, un arbre de bonté
Pour une épine qui fera saigner
Trois-cent plantes qui panseront la plaie

Pour une goutte de sang versé
Un onguent qui la fera disparaitre
Et régénèrera cette infime coupure.

C'est ainsi que le bien vainc;
En outrepassant le mal et le noyant
Dans une mer si belle que sa mort n'est pas

Une mort vivante de beauté sublime.
De la mort d'un mal, la naissance d'un bien
Afin d'imposer la mansuétude d'une vie.

 

 

M.

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CRÉPUSCULE

L’étang mystérieux, suaire aux blanches moires,
Frissonne ; au fond du bois la clairière apparaît ;
Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;
Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?
Vous qui passez dans l’ombre, êtes-vous des amants ?
Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines ;
L’herbe s’éveille et parle aux sépulcres dormants.

Que dit-il, le brin d’herbe ? et que répond la tombe ?
Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.
Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe ;
Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

Dieu veut qu’on ait aimé. Vivez ! faites envie,
Ô couples qui passez sous le vert coudrier.
Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,
On emporta d’amour, on l’emploie à prier.

Les mortes d’aujourd’hui furent jadis les belles.
Le ver luisant dans l’ombre erre avec son flambeau.
Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,
Le brin d’herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

La forme d’un toit noir dessine une chaumière;
On entend dans les prés le pas lourd du faucheur ;
L’étoile aux cieux, ainsi qu’une fleur de lumière,
Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

Aimez-vous ! c’est le mois où les fraises sont mûres.
L’ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,
Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
Les prières des morts aux baisers des vivants.

 

Victor Hugo

 

Sujet du bac de français.

 

Face à la difficulté de compréhension, les réactions de certains lycéens sur Twitter ne manquent pas, elles aussi, d'une certaine poésie. 8|

 

http://www.topito.com/top-reactions-victor-hugo-bac-francais-twitter

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Je vois qu'il y a des fans de Hugo ici. Moi aussi j'aime beaucoup. 2 classiques :

http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/01/05/la-poesie-du-jeudi-revient-lincendie-de-la-bibliotheque-victor-hugo-1872/

http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/lettres/podcast/sequences/romantisme/Site/2C2BEDDB-E2B4-4F34-B4A6-3044B7C7C858/FA803FCB-FCB5-4AEC-9D9F-F2C430117F1D.html

 

Sinon un moins connu qu'il a écrit à la quarantaine pour séduire une femme mariée d'à peine 20 ans, qui deviendra bien sur sa maîtresse :

L'amour n'est plus l'antique et menteur Cupido, 
L'enfant débile et nu qu'aveuglait un bandeau; 
C'est un fier cavalier, la visière baissée, 
Qui brise et foule aux pieds la Haine terrassée;

C'est le vainqueur -armé- du sort sombre et jaloux. 
Madame, il est puissant quand il combat pour vous, 
Au-dessus de son front quand il vous voit sans voiles 
Planer, belle âme ailée, au milieu des étoiles, 

O rayonnant esprit! rayonnante beauté! 
Il est fort; il abat, d'un bras plus irrité, 
L'envie, impur démon qui jusqu'à vous se traîne; 

Il triomphe; et, rempli d'une fierté sereine, 
Tour à tour il regarde, avec un oeil joyeux, 
Le monstre sous ses pieds, et l'ange dans les cieux.
Edited by Guest

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Le Déserteur

Monsieur le Président je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
je ne veux pas la faire
je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
je m’en vais déserter

Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Qu’elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer.

Boris Vian (1920 - 1959)

 

Et toujours de Boris Vian :



Un poète
C’est un être unique
A des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques

Edited by chez roger

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Le long Cimetière marin de Valéry, en décasyllabes coupés en quatre et six.
 
 
Ce toit tranquille, où marchent des colombes, 
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux !
 
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume, 
Et quelle paix semble se concevoir !
Quand sur l'abîme un soleil se repose, 
Ouvrages purs d'une éternelle cause, 
Le temps scintille et le songe est savoir.
 
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme, 
O mon silence ! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit !
 
Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.
 
Comme le fruit se fond en jouissance, 
Comme en délice il change son absence 
Dans une bouche où sa forme se meurt, 
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée 
Le changement des rives en rumeur.
 
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change ! 
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange 
Oisiveté, mais pleine de pouvoir, 
Je m'abandonne à ce brillant espace, 
Sur les maisons des morts mon ombre passe 
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.
 
L'âme exposée aux torches du solstice, 
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié ! 
Je te tends pure à ta place première, 
Regarde-toi !... Mais rendre la lumière 
Suppose d'ombre une morne moitié.
 
O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne, 
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur !
 
Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse ?
Une étincelle y pense à mes absents.
 
Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière, 
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !
 
Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes, 
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux !
 
Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence...
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.
 
Les morts cachés sont bien dans cette terre 
Qui les réchauffe et sèche leur mystère. 
Midi là-haut, Midi sans mouvement 
En soi se pense et convient à soi-même 
Tête complète et parfait diadème, 
Je suis en toi le secret changement.
 
Tu n'as que moi pour contenir tes craintes ! 
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes 
Sont le défaut de ton grand diamant !... 
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres, 
Un peuple vague aux racines des arbres 
A pris déjà ton parti lentement.
 
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs !
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières ?
La larve file où se formaient les pleurs.
 
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu !
 
Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici ?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse ?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!
 
Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse !
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel !
 
Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées, 
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table, 
Il vit de vie, il ne me quitte pas !
 
Amour, peut-être, ou de moi-même haine ?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche !
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir !
 
Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d'Êlée !
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !
Le son m'enfante et la flèche me tue !
Ah ! le soleil... Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas !
 
Non, non !... Debout ! Dans l'ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme... O puissance salée !
Courons à l'onde en rejaillir vivant.
 
Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
 
Le vent se lève !... il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

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Dans ce petit livre assez mineur, quelques fulgurances foudroyantes que je recopie ici, car Hello est un poète et que ce sujet disparaît. Je crois que ça peut — ça doit ! — dire quelque chose aux agnostiques, aux athées je ne sais pas.

 

14101711105479671.jpg

 

 

Pages 57 à 59 :

 

« Le Dimanche est l'Alléluia de la création. C'est ce jour-là que la respiration des mondes, chantant la gloire du Seigneur, pourrait, ce semble, être devinée dans le silence. — Mais où faut-il aller pour entendre ce que ce silence dit ?
Il faut aller plus loin que le lion qui traverse le désert, plus loin que l'aigle qui travers les cieux, plus loin que l'harmonie, plus loin que la lumière qui traverse l'espace; il faut traverser les îles étrangères et les plaines inconnues.
Je suis allé plus loin que le lion, plus loin que l'aigle qui traverse les airs, j'ai laissé derrière moi le son et la lumière qui ne fait que soixante-quinze mille lieues par seconde, et je n'entends pas encore la respiration des mondes.
Va plus loin, plus loin...
Je vais plus loin, plus loin, plus loin, et je n'entends pas encore la respiration des mondes.
Pour entendre la respiration des mondes, il faut aller si loin que tu n'entendes plus aucun de leurs bruits.
Je suis allé si loin que je n'entends plus aucun de leurs bruits, et cependant je n'entends pas la respiration des mondes.
Va plus loin... pour entendre la respiration des mondes, il faut aller si loin, que tu ne te souviennes plus d'aucun de leurs bruits.
Je suis allé si loin... si loin, que je ne me souviens plus d'aucun de leurs bruits, et pourtant je n'entends pas la respiration des mondes.
Va plus loin... plus loin... Pour entendre la respiration des mondes, il faut aller si loin... si loin... que tu n'entendes plus le bruit de tes pas.
Je suis allé si loin que je n'entends plus le bruit de mes pas, et pourtant je n'entends pas la respiration des mondes.
Va plus loin... Il faut aller si loin que tu n'entendes plus le bruit de ton vol.
Je suis allé si loin que je n'entends plus le bruit de mon vol et pourtant je n'entends pas la respiration des mondes.
Va plus loin... plus loin... il faut que tu aies oublié ce que c'est que le bruit.
J'ai oublié ce que c'est que le bruit, et pourtant je n'entends pas la respiration des mondes.
Écoute bien... !
 
Dans le silence incompréhensible de la nuit qui a oublié... le Seigneur est là, qui... fait battre ton cœur...
Voici que j'entends la respiration des mondes.
 
ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA ! » 
Edited by Vidéni

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On doit pas entendre la même chose par agnosticisme imo.

 

Bref (le dernier vers est sublime):

NUIT RHENANE
Guillaume Apollinaire

 

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Ecoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

 

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

 

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

 

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire

 

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On doit pas entendre la même chose par agnosticisme imo.

Vision romantique, certes, de l'agnostique qui ne sait pas, donc qui cherche. L'art de Hello nous aide à trouver. Mais même si les agnostiques ont des certitudes...

 

 

Même si, de Char :

 

De même qu'il y a plusieurs nuits différentes dans l'espace, il y a plusieurs dieux sur les plages du jour.

Mais ils sont si étalés qu'entre souffle et ressaut une vie s'est passée.

Les dieux ne déclinent ni ne meurent, mais par un mouvoir impérieux et cyclique, comme l'océan, se retirent.

On ne les approche, parmi les trous d'eau, qu'ensevelis.

Meilleur fils du vieux disque solaire et au plus près de sa céleste lenteur.

Cette envie substantielle se répéta, se répéta, puis sa tache se perdit.

Nuit à loisir recerclée, qui nous joue ?

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Vision romantique, certes, de l'agnostique qui ne sait pas, donc qui cherche. L'art de Hello nous aide à trouver. Mais même si les agnostiques ont des certitudes...

"Je sais que je ne sais rien" (Socrate)

c'est ça l'agnosticisme.

Si tu cherches la foi c'est que tu es déjà croyant.

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Tu sais sans doute mieux que moi ce que tu es, mais ce petit jeu de mot n'explique rien.

 

« Si tu cherches la foi c'est que tu es déjà croyant » : j'ai beau retourner cette phrase dans tous les sens, je n'y comprends rien. Si tu cherches la foi, c'est que tu ne l'as pas — si bien sûr on part du principe que « chercher la foi » a la moindre signification.

 

 

Quelques vers grivois de Caron pour se détendre :

 

Alors qu'il lui battait la poupée,

Alors qu'il lui sondait la vertu,

Parmi les plaisirs à la criée,

À Donzelle ainsi vint vents de cul.

Se demandant : « Qu'est cette bourrée ? »

Devant la déveine de tels sons

Il n'y conclut point vulgarité.

Sot, il crut énorme son chibron

Et que face à ses franches rentrées

La belle fit tirer le canon.

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Il me semble que le terme de croyance est plutôt utilisé par ceux qui ne croient pas, avec une connotation négative. Une croyance, c'est nébuleux et confus. La foi est un acte. Mais « chercher la foi », ça ne veut rien dire. On cherche autre chose, par la foi, comme on fait usage de sa raison (mais on ne cherche pas la raison).

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Hommage à mes amis-portions que je quitte ce jour, définitivement :

 

Je m'en vais l'âme

En peine

Toutes mes illusions

Evaporée, éviscérée, même

Noyée dans un

Chagrin sans fin

Un ailleurs m'appelle

Loin de toi

Enamouré CP

 

Zoli&co adieu !

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Je déclare sans entrain

Que je suis ton chemin,

Toi qui, khan proclamé,

A bien vite décampé.

Tu n'as, face au dévers,

Point passé cet hiver,

Cerné par les crétins,

Les pieuvres sans venin.

On fréquente la vermine

Comme on dresse la coquine :

Sans passion hystérique,

Mais à grands coups de trique.

Qu'ainsi bue la leçon

Vienne nourrir la raison

Quand, le long de la route,

Surgiront d'autres poulpes.

Oui, le demi-millier n'est point encor passé,

Mais ma croix dois-je porter, que plutôt la traîner.

Edited by Vidéni

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Un petit poème en prose

 

Scarbo (Aloysius Bertrand, 1842)

 

 

Oh! que de fois je l'ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu'à minuit, la lune brille dans le ciel comme un écu d'argent sur une bannière d'azur semée d'abeilles d'or!

 

Que de fois j'ai entendu bourdonner son rire dans l'ombre de mon alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit !

 

Que de fois je l'ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d'une sorcière.

 

Le croyais-je alors évanoui ? Le nain grandissait entre la lune et moi, comme le clocher d'une cathédrale gothique, un grelot d'or en branle à son bonnet pointu !

 

Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d'une bougie, son visage blêmissait comme la cire d'un lumignon, - et soudain il s'éteignait.

 

 

Et la composition de Ravel sur ce poeme, un des morceaux de piano les plus durs du répertoire:

 

 

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Du meme auteur, dans le même recueil, aussi mis en musique par Ravel :

 

Ondine

 

— « Écoute ! — Écoute ! — C’est moi, c’est Ondine qui

frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta

fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;

et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui

contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau

lac endormi.

 

« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,

chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,

et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le

triangle du feu, de la terre et de l’air.

 

« Écoute ! — Écoute ! — Mon père bat l’eau coassante

d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de

leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénu-

phars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et

barbu qui pêche à la ligne ! »

*

 

Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son

anneau à mon doigt pour être l’époux d’une Ondine, et

de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

 

Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle,

boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa

un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisse-

lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

 

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Saez

 

Kasia s'endort dans son appartement 
Sa méche de cheveux qui fout le feu à la cinquième 
C'est New York qui a froid et moi aussi je crois 
Mais de la voir posée là au centre des ombres 
Comme le rayon d'un dieu mais d'un dieu sans église 
Dans les cendres d'un feu qui le coeur vous aiguise 
Comme un chemin de croix mais qui vous souffre pas 
Comme une apparition 

Elle se lèvera bientôt et je serai là à vide 
On parlera un peu dans le marc du café noir 
Puis elle mettra sur elle de la soie de Bombay 
Des embruns aux paupières son âme hallucinée 
Je suivrai du regard, gravirai les remparts 
Et dans ses yeux sans fonds où l'on cherche des histoires 
J'y entendrai les voix qui nous mènent à la lumière 
Qui nous mènent à la mer 

Kasia dans les étoiles c'est l'étoile du nord 
Le chemin infini qui relie l'âme au corps 
C'est la beauté de tout ce qu'on ne peut tenir 
L'oxygène à mes nuits la force des sourires 
Qui file entre les mains c'est tout ce qu'on ne peut 
Pas expliquer enfin c'est la grâce 
Oui c'est Dieu 

Et j'y crois 

Quand elle danse pour moi qu'elle me fait sentir plein 
Qu'elle joue avec mon âme qu'elle y met son parfum 
Quand dans mes intérieurs 
Y'a des brumes à l'aurore 
Elle me prend dans ses doigts du pourpre 
Elle fait de l'or 
Et c'est là que je vais loin, loin du chemin des tristes 
Quand elle m'emporte au fond 
De ses yeux bien trop clairs 
Qui ont la couleur d'un Est 
Toujours un peu à l'Ouest 
Elle, elle dit que tout va bien 

Si tu la croises un jour à la pointe du jour 
Elle t'emmènera sûr pour te montrer l'amour 
Et ces ombres de chine qui deviennent lumière 
Et ces vagues toujours qui retournent à la mer 
Qu'on avait cru perdu, c'est celui qui revient 
Quand ton âme des nues a perdu son chemin 
Kasia quand elle est là c'est le chant des marins 
Que tu entends au loin, c'est le dessin d'un sein 
Qui fait oublier ce mal que l'on s'est fait pour rien 
Kasia c'est pas la fin c'est juste nos destins 
C'est un peu comme un don, un tableau italien 
C'est un quatre septembre qui se marie en juin 

Kasia s'endort dans son appartement 
Sa mèche de cheveux qui fout le feu à la cinquième 
C'est New York qui a froid et moi aussi je crois 
Mais de la voir, posé là au centre des ombres 
Je m'assois à ses hanches, et je regarde Grâce, 
Et puis quand je m'y penche sans prendre trop de place 
Moi je suis la rivière de ses yeux qui lumière
L'oxygène à ma flamme.

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Incontestablement mon écrit préféré, je le connais par coeur et le sort dès que j'ai 3 grammes à la première venue, avachi sur le comptoir d'un bar.

 

 

ENIVREZ-VOUS

 

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question.

Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

 

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu ? A votre guise...

 

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans trêve de vin, de poésie d'amour ou de vertu, à votre guise.

 

Baudelaire

Edited by DonTilt

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