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Marla Singer

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Je les aime

Je ne les aime pas trop


Ils m'aiment

Ils ne m'aiment pas trop

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    Marla Singer reacted to utopike for a blog entry, Tatiana, Carmen et Lisa   
    Bonjour tout le monde.
    Et bonne année, tout ça.

    Voici venu, pour les joueurs de poker que nous sommes, l'heure du bilan de l'année, ainsi que les objectifs ambitieux pour 2013.
    Je plaisante, ce nouveau billet n'en parlera pas.

    Nous nous étions quitté peu après noël. Nous nous retrouvons donc logiquement le soir du réveillon. J'ai fait ma pire journée de poker ce 31 décembre, en passant la barre des -1000, je suis un peu abasourdi.
    Je décide de sortir assez tôt pour qu'enfin, je ne passe pas le compte à rebours fatidique dans le métro parisien.

    Je me rend à une fête organisée par un vieux pote que je connais depuis 20 ans.
    J'arrive dans le quartier de belleville vers 22h30. Sur le chemin, je croise un autre copain d'enfance. Celui-ci porte un chapeau ridiule avec des oreilles de chien. Nous croisons une bande l'air pas commode qui semble vouloir festoyer au pied d'un immeuble.
    L'un d'eux s'exclame dans un accent type "banlieue":
    "il est trop mooooche ton chapeau"
    Et mon pote, gaulé comme moi, pas une force de la nature, de répondre d'un air interrogatif et provocateur:
    "moche?"
    L'évènement m'interpelle. Mince, il ne réagit pas comme la plus-part des gentils parisiens de bonne famille de moins de 70kg, à savoir, fermer sa bouche et faire semblant de n'avoir pas entendu?
    Mais cette contre provocation aura pratiquement un air de victoire, puisque notre interlocuteur au lieux de bouger son postérieur afin de nous massacrer répétera nonchalamment:
    "ouaaaai, trop moche".
    Cette petite victoire semble satisfaire l'égo de mon pote qui ne repoussera pas plus loin les limites de son courage.

    Nous rencontrons d'autres connaissances sur le chemin. C'est rassurant, 22h30, il n'est pas beaucoup trop tôt. Le hall de l'immeuble sent très fort les poubelles. En fait, nous avons l'impression d'entrer dans une poubelle.
    Arrivé dans l’appartement, j'ai deux impressions.
    La première, il n'y a qu'une vingtaine de personne. Mais cela augure sans-doute une fête assez dense, puisqu'il est tôt.
    La deuxième, il y a des femmes, prêtes à en découdre. Bien habillées, bien maquillées, elles semblent presque cruches, l'air d'attendre le prince charmant, debout, positionnées en cercle.
    Le temps de m’acclimater à l'ambiance, dire 20 fois mon prénom, claquer 40 bises, boire un coup, et parler un peu avec les gens que je connais, je décide de passer à l'attaque. J'ai une proie.

    Une jolie fausse rousse semble s'ennuyer dans un coin de la pièce, elle tient sa tête dans ses mains comme si elle avait déjà trop bu. Je m'approche d'elle, pose ma main sur son épaule et lance une approche originale:
    "salut, tu viens avec moi sur le canapé, pour discuter un peu"
    Elle hoche la tête à l'affirmative, l'air contente.

    S'en suivent les présentations, banalités habituelles. Je pensais me souvenir qu'elle s'appelait Tatiana, c'était bien le cas, mais je n'ai pas pris le risque de me tromper, et lui ai re-demandé son prénom. Pas grave, elle avait oublié le mien. Le feeling est bon. Je découvre avec étonnement que notre amie n'a aucune origine de l'est, c'est une pure Normande. Je connais sa ville d'origine, Coutances, et ne manque pas d’étaler ma science... Coutances, sa cathédrale, son festival de jazz réputé, et pour y avoir été deux fois, de qualité. Je marque des points.
    Mais il y a un mais. La jeune femme a quand même 36 ans, deux enfants, elle sort d'une rupture difficile, et vit en Normandie. Elle semble connaître un début de crise de la quarantaine. Marre de son boulot, marre des gosses, envie de voyager. Je ne peux pas espérer avoir un quelconque futur avec elle, au mieux, il s'agira d'une nuit. Le vrai chasseur trouvera la situation idéale. Pas moi. Je me désintéresse un petit peu. J'apprend qu'elle n'a pas fait l'amour depuis 6 mois. Avec le recul, tous les voyants étaient au vert. Elle me parlait pratiquement dans l'oreille, la musique n'étant pas si forte.
    Nous sommes interrompus après une heure de conversation par le gong fatidique sonnant le glas de la nouvelle année. Je ne saisi pas la chance que n'importe quel chasseur aurait saisi. Lui fait la bise poliment et nous nous séparons pour embrasser tout le monde. Je n'ai pas forcément laissé passer ma chance.

    Mon meilleur pote arrive à minuit cinq. J'avais refusé l'apéro chez lui pour ne pas passer le nouvel an dans le métro, comme expliqué précédemment. Il avait semblé vexé, maintenant il a l'air con, il a entendu les gens crier de l'escalier. Ses parents ont une maison en Normandie du coté de Coutances, ou j'ai passé les meilleures vacances d'adolescent. Je lui présente donc ma conquête, afin d'intégrer celle-ci. Je n'aurais pas pris ce risque six mois plus tôt mais mon ami est désormais en couple, et ne marchera pas sur mes plates bandes. Il y a désormais pas mal de monde, pour un petit apart. Une bonne cinquantaine de personnes, et malheureusement beaucoup de mecs virils. J'hésite un peu. Faut-il continuer le travail de ma jolie rouquine? Plus d'intimité possible, il faudra attaquer sur la piste de danse, ce n'est pas mon point fort. Je passe 10 minutes dans la pièce pétard, puis en allant à la cuisine me chercher un nouveau verre, je la vois.
    Dans les bras d'un gros moche, en train de se faire emballer sauvagement. Le copain qui m'a invité est la, il me regarde, l'air triste, et me dit:
    "c'est trop moche, t'as fait tout le boulot pour lui."
    Je suis anéanti, mon coeur se serre. La copine de Tatiana, une autre jolie maman d'une trentaine révolue me souri avec amusement, et répète:
    "T'as fait tout le boulot pour lui. En plus, t'es beaucoup plus beau"
    Ça se veut gentil et réconfortant. Mais il est trop tard, la fête est finie. Je décide ensuite de me saouler la gueule, pour oublier ce cuisant échec. Autour de moi, tout le monde chope. Il y a peut-être encore de quoi faire, les restes... mais le coeur n'y est plus.
    Difficile de s'amuser. Je tiens quand même jusqu'à cinq heure avant de rentrer en taxi. Je trouverais un réconfort minime en voyant Tatiana partir avec son amie maman, plutôt qu'avec le gros moche. J'aurais préféré un bisou que rien du tout. Si elle n'était pas rentrée avec moi, j'aurais été déçus aussi. Mais si je l'avais embrassé, aurais-je pu espérer plus? Toutes ces questions qui me tourmentent le 1 er janvier 2013, avant de m'endormir péniblement.

    Le 1 er janvier ne sera pas une journée franchement agréable. Je me sent sale, je me sent con. Je connais mon premier anniversaire surprise, un jour à l'avance. Mon père, sa copine, et ma mère, wouai! Ça me remonte néanmoins un peu le moral. Je ne joue pas au poker, pas le courage, pas l'envie.
    J'y joue le lendemain, jour de mes 27 ans. Un petit shoot en 200 qui se passe bien, je réalise mon meilleur jour avec un joli +1200. Comme le poker est curieux, parfois. Le soir, j'ai un apéro en mon honneur dans un bar de la bute aux cailles. Nous sommes quatre... mais c'est les meilleurs.

    Le 3 janvier débute en souffrance par la sonnerie de mon réveil, à 6 heure du matin. Je me rend à Kiev pour une semaine de tourisme, avec ma cousine, et sa copine Lisa. Je suis très excité lorsque l'avion entame son atterrissage: le pays est recouvert de neige. Je reconnais même quelques monuments célèbres, à plusieurs centaines de mètre d'altitude. Toutes les églises ont des dômes dorés.
    Ma cousine vit ici, elle travaille à l'ambassade.
    Kiev est une belle ville, beaucoup de très beaux monuments qui brillent. Il fait froid, les gens sont froids, ils ne parlent pas anglais, on ne s'éclate pas, mais c'est cool quand même, c'est des vacances. Puis le froid et la neige, j'aime ça. Je fais des dérapages sur le verglas, tape dans les blocs de glaces afin qu'ils glissent et accompagnent mes promenades. La bouffe est pas mal, spécialisée dans la soupe.
    Le 4 janvier, je fais une petite session. Nouveau record, -1400. Bon, la prochaine, c'est +1600 en toute logique. Mais je ne l'ai pas encore jouée.

    Après trois jours, je fais la connaissance d'une femme exceptionnelle. Une bohémienne très jolie, dont tout le monde est amoureux qui s'appelle Carmen. Elle chante très bien, mais son accent français laisse à désirer.
    A l'opéra, nous nous ridiculisons tous les trois. Nous sommes très mal habillés. Avec des boots pour l'une, des chaussures de rando, pour moi. J'ai un T-shirt taille 15 ans. Les ukrainiens eux, sont bien habillés, avec leurs beaux manteaux de fourrure leurs belles robes, leurs chapeaux, leurs vestes... Nous ne passons pas inaperçus, tout le monde nous dévisage.
    Mais dieux que c'est bon, un opéra. Je découvre que je connais en fait bien 90% de l'oeuvre. Je vous encourage à l'écouter, si des fois vous aimez un peu la musique classique.
    C'était ma deuxième expérience d'opéra, mon père m'avait offert des places pour L'amour des trois oranges, de Prokofiev à l'opéra Bastille, pour mes 20 ans. J'aime ça, je pense y retourner prochainement, faire ma culture.

    Lisa, est une belle femme. Intelligente, classe, cultivée. Blonde à forte poitrine, tout à fait mon type. Elle a ses défauts, bien-sur. Nous nous connaissons depuis l'age de 18 ans, et j'ai toujours eu le béguin pour elle. Mais l'expression amusante qui caractérise notre relation est: "friend zone". Vous savez, ces filles que vous désirez, tentez de séduire, mais qui vous font comprendre qu'elles vous apprécient vraiment... en tant qu'ami. Qu'il n'est pas question, comme dirait ma dernière relation québécoise d'introduire notre pénis dans leur vagin. J'aime l'explicité de cette expression. Ça n'a pas le charme de: "faire l'amour". Mais bon, le sexe, ce n'est pas forcément charmant.
    J'ai quand même obtenu un rencard. Nous irons dans un resto sympa, cuisine du sud ouest, dans quelques jours. Première sortie à deux, mais mon espoir de concrétisation reste proche de zéro.

    Lisa est partie, ce matin. Je me retrouve avec ma cousine, qui travaille. Pas spécialement l'envie de visiter la ville tout seul. J'en profite pour écrire ce billet. Ensuite, après un peu de repos, j'attaquerais le poker. C'est fini la glandouille.
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    Marla Singer reacted to ArtPlay for a blog entry, Poker, morale et liberté   
    Poker, morale et liberté
    Disclaimer !

    Je ne prétends pas que mon ressenti soit universel. Je le communique à titre strictement personnel, mais je vais pas m’emm**der à exprimer à chaque fois « à titre personnel gnagnagna »

    Je n’ai jamais réellement adoré jouer au poker. En 2007 ce n’était encore qu’un prétexte pour me saouler la gueule autour d’une table avec quelques amis. Et si depuis 2008 je m’y suis pleinement investi, ça a toujours été avant tout pour une question d’argent. L’étude du jeu me fascine, mais le jeu de la carte en tant que tel m’a toujours blasé : trop de hasard, trop d’injustice, trop de frustrations.

    C’est faute d’une orientation de carrière dont la perspective ne me rendît pas totalement dépressif que je me suis tourné vers le poker en quête d’argent facile et d’une grande liberté d’action et d’organisation.

    Il semblerait bien que ces objectifs soient atteints sans problème. De janvier à juillet j’ai joué en tout et pour tout 400h, soit environ 2 fois moins qu’un salarié français, avec une flexibilité totale et en gagnant très bien ma vie.

    Pourtant aujourd’hui et depuis plus d’un mois j’ai totalement arrêté de jouer. On pourrait s’attendre à ce que ce soit à la suite d’un tilt ou d’un gros bad run. Bien que j’aie vaguement breakeven en juin ce n’est pas le cas. J’ai simplement été frappé par la réalisation que ma soi-disant liberté était en fait illusoire, et que passer mes journées à faire quelque chose qui ne me plait pas n’était pas le moyen le plus épanouissant d’avancer dans ma vie.

    Une liberté illusoire
    Tout ceci pourrait fort bien ressembler à un caprice d’enfant gâté. Je pense que ce n’est pas le cas, et plus je réfléchis à mes désirs et à ma situation ces années passées, plus je m’en convaincs.





    Moi j'voulais des pâtes, ils sont dégueulasses tes haricots


    Oui j’ai bénéficié d’une grande liberté. Chaque jour où je souhaitais glander en slip au lieu de grind je pouvais le faire. Je faisais même généralement les deux à la fois. Chaque soir où j’ai voulu sortir m’abrutir d’alcool sans réfléchir à arriver au bureau entier le lendemain j’ai pu le faire. Chaque fois que ma copine a trouvé un job dans un nouvel endroit j’ai pu la pousser à accepter et déménager sans souci.

    Si toutefois je me penche en détail sur ce que j’ai pu accomplir grâce à cette liberté le bilan est assez maigre. Je me suis toujours fixé des objectifs en termes de développement personnel (apprentissage de nouvelles choses, investissement, réalisation de projets), et ai toujours été le premier à dire « le poker oui, mais il faut songer à une reconversion ».

    A bien y réfléchir pendant ces années je n’ai jamais réussi à profiter de la liberté accordée par le poker pour m’atteler à tout ça. J’ai appris des bribes dans de nombreux domaines sans jamais avoir le courage de creuser en profondeur (je me suis inscrit à de nombreux nombreux MOOC sans jamais aller au bout d’un seul). J’ai lancé un projet de site de coaching vidéo qui m’aura certes beaucoup appris en gestion mais qui restera un échec parce que je n’ai pas su suffisamment m’y investir. J’ai eu des tonnes d’idées d’écriture sans jamais jeter la première ligne d’un roman ou d’un essai.

    De manière plus étonnante encore, même lorsque j’étais sous contrat avec PokerStars, je n’ai jamais été réellement proactif pour leur proposer des challenges, promos ou autres qui auraient pu tourner autour de ma personne. Alors que j’aurais eu tout le temps du monde pour en designer, et tout intérêt à le faire.

    Mon unique accomplissement au cours de ces années reste finalement l’écriture du Poker Apprivoisé. Paradoxalement je ne l’ai absolument pas rédigé lorsque je jouais au poker, mais à 90% lors mes trajets quotidien de RER durant les trois petits mois de ma vie où j’ai exercé un emploi salarié en 2010.





    Pourquoi donc, alors que le poker m’a offert l’argent et la liberté nécessaires à monter et à mener n’importe quel projet à bien n’ai-je jamais réussi à accrocher le train de la motivation ?


    Raisons
    Mon sentiment est que le poker professionnel n’offre finalement, si on n’y prend pas garde, qu’une illusion de liberté. Il y a encore trois mois je disais à un ami suite à une après-midi de grind difficile « pff, quel jeu de mer*de ». Lorsqu’il me répondit « arrête. » je me surpris à ânonner « impossible, je gagne trop d’argent ».

    La vérité est que la pression et l’incertitude fiscale, ainsi la perspective de ne peut-être plus pouvoir gagner sous 2 ou 3 ans, m’ont tout simplement fait abandonner l’idée d'entreprendre d’autres projets que celui de jouer au poker pour gagner le plus d’argent possible, le plus rapidement possible. Ceci alors même que ma situation en l’état ne le nécessite absolument pas, et qu’il est sûrement bien plus judicieux à l’heure actuelle de me concentrer sur mon développement personnel.

    On pourrait par ailleurs imaginer que j’organise mon quotidien de sorte de mener le poker et d’autres projets de front. Mais cela m’a également été rendu psychologiquement extrêmement difficile. En effet les jours où je perdais j’étais extrêmement motivé par le poker et par la volonté de redresser la barre. Les jours où je gagnais, généralement des sommes de l’ordre de 1000 à 2000€, il m’était aussi extrêmement difficile de me motiver : essayez de vous bouger le cul à vous lancer dans un cours en ligne ou dans l’écriture d’un début de roman (vraisemblablement voué à l’échec) alors que vous pouvez tranquillement filer à la plage et siroter un mojito en vous reposant sur les lauriers d’une journée productive. Ou jouer à Hearthstone ouais …

    De manière générale que je gagne ou que je perde le poker est de toute façon une activité mentalement épuisante et je n’ai que rarement eu la volonté d’engager davantage de travail, même d’une autre nature, à la fin d’une session. Toutes ces raisons m’ont finalement rendu esclave d’un job qui semble pourtant fort ressembler à un des plus beaux du monde






    Les meufs menottées à poil se sentent étonnamment esclaves elles aussi

    Morale
    Eh oui ce billet n’a pas fini d’être long et chiant c'est le quart d'heure introspectif. Dans la même période de temps où j’ai commencé à prendre conscience de mon absence de liberté j’ai également eu une révélation tout à fait troublante pour moi qui me suis toujours considéré comme le pire des misanthropes : j’apprécie les gens et leur compagnie.

    Alors rassurez-vous, pas celle de n’importe qui, je continue d’être emm*erdé par un solide 90% de la population. Mais j’ai réalisé que je ne pouvais pas réellement vivre seul, et plus important (et dérangeant pour quelqu’un qui s’est toujours considéré comme un enc*ulé solitaire) je ne peux pas non plus vivre sans une certaine reconnaissance des gens. C’est probablement une des raisons pour lesquelles j’ai démarré ce blog. Enfin, ne nous mentons pas, la raison principale était « je deviens connu et je me fais sponsoriser, » (Antho, tu me dois 1000 balles que tu as sûrement intégralement fumés en beuh).

    De manière tout à fait coïncidente, probablement en raison de la récete sortie de Daniel Colman, c’est également le moment qu’ont choisi plusieurs personnes pour me poser ces questions particulièrement chiantes que j’avais étonnamment rarement entendues en tant que poker pro : Ça te gêne pas de prendre l’argent de mecs qui se ruinent au jeu ? Ça te gêne pas d’être une grosse mer*de qui contribue pas à la société ? T’en as pas marre de passer tes journées à te gratter les cou*illes en calbar tout seul devant ton PC comme un geek ?

    La dernière n’a rien à voir avec notre problématique mais elle m’a souvent été posée, quoi qu’en des termes moins triviaux. Sur les deux premières je ne m'étais jamais vraiment interrogé parce que, non, ça ne me gênait absolument pas. Mais puisque ces questions intéressent au moins trois personnes distinctes, je vais donner et étayer un peu mon avis.


    Pouiller les misérables addicts

    En préambule, j'ai souvent lu l'argument suivant : "les fishs veulent se divertir, les pros ont un rôle d'accélérateur de trafic". C'est ça. On est les joyeux-gentils clowns d'une industrie aussi rose que celle de la barbe-à-papa. Cet argument est à mon avis d'une hypocrisie totale, le brandir c'est se voiler la face et ne considérer que les joueurs récréatifs au comportement totalement sain. Ceci étant écarté, passons aux choses sérieuses.

    Bien sûr la perspective de contribuer à la ruine de personnes ayant potentiellement un gros problème avec le jeu ne m’a jamais particulièrement enchanté. Pour autant, à part lors des rares occasions où je me suis retrouvé face à mes « victimes » autour d’une table de casino, je n’ai jamais ressenti le moindre malaise non plus.

    J’ai essayé de rationaliser le pourquoi de mon désintérêt émotionnel. De manière très claire je pense que c’est parce que je ne m’identifie absolument pas à ces personnes et à leur malheur. Je déteste les jeux d’argent (oui, oui), j’ai un cerveau jusqu’à maintenant très résistant à toutes les addictions, bref sur le plan émotionnel l’addiction au jeu m’est aussi étrangère que pourrait l’être un arc-en-ciel à un aveugle de naissance.

    Comme j’ai quand même un cœur (oui, oui) j’ai tenté de réfléchir à la question de l’impact que peut avoir mon activité sur le volume des pertes d’un joueur récréatif. Ma conclusion, simple mais réaliste, a été de me dire « si ce n’est pas moi qui lui prends son fric, ce sera un autre. Autant que ce soit moi ». J’applique très régulièrement et très volontiers ce genre de raisonnement, mais j’admets que d’un point de vue philosophique ce n’est pas très malin. Je me fais régulièrement rattraper par la brigade de la bien-pensance quand j’essaie notamment d’expliquer que le fait que je vote ou non a une utilité strictement nulle.

    Pour éviter ce problème je vais ici généraliser l’hypothèse : quel est l’impact de l’activité de tous les regs « éduqués » sur les comportements addictifs ? En d’autres termes si on supprime les joueurs « éduqués » qui tentent de générer un profit en jouant au poker, améliore-t-on le quotidien des addicts ?

    Il n’est malheureusement pas possible de répondre de façon totalement tranchée à cette question, mais j’ai malgré tout mon opinion. On pourrait se dire que la disparition des gagnants réguliers diminuerait l’attrait du jeu et que parmi le pool de perdants certains deviendraient gagnants et les autres perdraient moins vite : tout benef pour les perdants. Mais ce serait oublier que l’attractivité du poker n’est pas du tout constituée des regs online, mais bien par premières places des gros tournois et par les joueurs sponsorisés mis en avant par les rooms.

    J’aurais donc personnellement tendance à penser que le marché engloutirait toujours des sommes d’argent comparables : oui certains perdants du passé deviendraient gagnants. Oui certains perdraient moins et moins vite. Mais à un jeu si facile où des amateurs complets parviendraient à sortir durablement gagnants on verrait peut-être alors apparaître une nouvelle frange de joueurs, des « super-fishs » qui n’auraient pas forcément été attirés par le poker technico-rébarbatif pratiqué actuellement sur les tables de poker online.

    Bref disons qu’à tout le moins la question, même en partant sur une hypothèse générale finalement absurde, n’a rien d’évident. Donc non, que ce soit rationnellement ou émotionnellement, je ne me sens pas mal de prendre l’argent des addicts.





    Je manque officiellement d'idées pour aérer mon texte



    Inutilité sociale
    Cette question-là m’a également fait réfléchir à plus d’un titre.

    D’abord parce que c’est une question extrêmement désagréable à poser à quelqu’un et qu’on aimerait bien avoir une réponse cinglante toute prête à donner qui commencerait par « pauvre fils de pute » et qui s’achèverait par « , conn**d ». Mais je ne vis malheureusement pas dans un sketch de Jean-Marie Bigard et je me contente donc généralement de répondre :

    « c’est vrai, mais tu sais y’a plein de métiers qui servent à rien socialement voire qui sont néfastes, le mec qui t’appelle pour te vendre des options binaires, le mec qui se pointe chez toi pour te vendre un aspirateur foireux, ton conseiller bancaire … Est-ce que tu demandes à ton conseiller bancaire si ça le fait chi** de faire un job de con inutile quand tu vas le voir et qu’il essaie de te fourguer une assurance vie avec 1.5% de frais de gestion ? Non tu lui fous la paix …. » … je m’égare.

    Donc pour répondre à la question : oui je réalise pleinement ma totale inutilité sociale. Mais j’ai un problème avec la façon qu’ont les gens de formuler cette question. Ils semblent bien souvent partir du principe qu’embrasser un job inutile est un comportement d’égoïste. Ils oublient en revanche totalement qu’un certain nombre de métiers sont inutiles, et que par ailleurs et indépendamment de cela, 90% des gens qui exercent un métier utile ne le font de toute façon pas pour leur utilité intrinsèque mais bien pour gagner du fric.

    Personne ne va aller casser les couilles à la caissière de Carrefour parce qu’elle ne réalise pas que son boulot est utile socialement. Il l’est, mais elle ne le fait que parce qu’il lui apporte un salaire pas pour remplir un besoin de la société de consommation. Même chose pour un taxi, un éboueur ou un tourneur-fraiseur. Malheureusement il semble que pour beaucoup de gens gagner de l’argent doive nécessairement s’accompagner de culpabilisation et d’une nécessité de faire amende honorable. Lâchez-moi la grappe.

    Malgré cette diatribe je ne suis pas entièrement un fils de pute égoïste. Car si cette question de l’utilité sociale me gêne, c’est bien souvent davantage par sa forme généralement culpabilisatrice et moralisatrice que par son fond. Couplée à ma récente réalisation que j’avais besoin pour m’épanouir des gens et de leur reconnaissance, j’ai également pris conscience du fait qu'avoir une utilité sociale me manquait. Je veux pouvoir collaborer à une société, je veux pouvoir faire profiter les gens de mes compétences.

    Si la forme de cette question n’était pas culpabilisatrice mais au contraire constructive voire pleine de pitié (n’exagérons rien, OK, mais je ne trouve pas comment le formuler là, de suite, et après 2440 mots j’en ai marre de chercher) elle serait beaucoup plus acceptable. La caissière, le taximan, l’éboueur (!!) qui ne réalisent pas que ce qu’ils font est utile sont à plaindre – au-delà de leurs conditions salariales j’entends. Votre conseiller bancaire qui vous ouvre un compte-titre à la con, le mec qui vous appelle pour essayer de vous escroquer avec des options binaires, le joueur de poker, ça ne sert à rien de les faire culpabiliser et de les critiquer, ils s’en branlent. Ça ne devrait pas vous empêcher d’essayer de leur faire réaliser que peut-être ils peuvent obtenir plus de satisfaction personnelle autre part ou en ajoutant une autre composante à leurs activités quotidiennes. Mais par pitié de façon intelligente et raisonnée.

    Pour ma part vous l’aurez compris j’ai résolu de changer un peu d’activité. J’ai plusieurs choses que je souhaite réaliser dans un futur proche, en particulier redonner un peu de coaching et écrire un second bouquin de poker, destiné aux joueurs avancés celui-ci, non plus aux débutants. Cela me permettra de conjuguer à nouveau deux passions, l’enseignement et l’écriture. J’ai par la suite d’autres projets plus ambitieux et hasardeux, hors poker, dont je vous toucherai peut-être un mot dans le futur. Je n’exclus absolument pas de reprendre le grind quand les circonstances seront plus favorables (l’accès au .com et au format Zoom me ferait le plus grand bien)

    J’ai terminé d’échafauder des plans pour « l’après-poker » : je m’y mets tout de suite.
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