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polnareff

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    polnareff reacted to Mr Sneeze for a blog entry, Le poker est réalisation (2ème partie)   
    Ce billet constitue la suite du je vous invite donc à le lire avant.

    Donc j'ai avancé l'hypothèse que le poker constituait un terrain d'expression de nos pulsions de puissance, et en même temps un jeu qui punit ces mêmes pulsions.

    Je vais essayer de voir maintenant, plus positivement, comment je pense qu'il est possible de se réaliser dans la pratique du poker.
    La réalisation est un concept compliqué. Souvent, se réaliser consiste plus à lâcher prise qu'a accomplir quelque chose, et c'est de ce fait assez contre-intuitif à comprendre. Pour moi, se réaliser, c'est suivre la Voie. Ca veut dire apprendre de chaque expérience, et s'incarner dans le moment présent à la lumière de l'expérience accumulée. C'est exprimer notre potentiel de vie, et faire grandir la conscience. Ca demande à la fois une grande volonté, et en même temps un abandon de la volonté.

    Se réaliser dans une pratique comme le poker implique partiellement de 'réussir'. Mais pas forcément nécessairement, et surtout pas uniquement. Un des dangers du poker est que l'argent compte comme points: il est l'indicateur de la réussite. Ceux qui gagnent le plus d'argent sont ceux qui réussissent le mieux à ce jeu. Mais l'argent est une matière morte. Consacrer sa vie à l'argent, c'est renoncer à vivre, c'est mourir.
    Dans le même ordre d'idée, réussir dans le poker veut dire être bon, reconnu par ses pairs, craint même peut-être. La compétition est au coeur du jeu: ainsi arriver au sommet de la pyramide, jouer parmi les meilleurs, constitue un facteur de réussite. Mais ce n'est certainement pas une réalisation, si cette réussite n'est pas canalisée et harmonisée. Ainsi il existe beaucoup de joueurs très talentueux, mais qui ont quelque part consacré leur vie au jeu, ce qui est un peu moins mortifère que de consacrer sa vie à l'argent, mais tout de même pas très vivant.
    Leur bonheur dépend de leurs résultats, et ils font ainsi une double erreur de conscience de mon point de vue: la première est de céder aux sirènes de leur ego, en cherchant du pouvoir. La réussite compétitive alimente notre satisfaction égotique, et ce n'est certainement pas une mauvais chose en soi ; cependant, ça le devient si notre ego prend toute la place, cad qu'on veut seulement vaincre et dominer, et qu'on utilise un jeu de domination pour cela. La seconde erreur est d'oublier la nature chaotique du poker, comme je l'ai déjà souligné dans d'autres articles, qui conduit à des moments de satisfaction ou de souffrance sans lien (direct en tout cas) avec le talent et le travail.

    Je tiens à noter encore une fois que le poker privilégie certaines pulsions et caractères: les caractères obsessionnels, les personnalités très compétitives, auront certainement beaucoup plus d'aptitude à affiner leur jeu et à progresser dans cet univers où, au fond, il s'agit avant tout de survivre.
    Mais mon idée est que la réalisation ne saurait se limiter à la simple réussite dans le poker ; si on limite la réalisation à cela, alors elle est au fond similaire à n'importe quelle activité qui amène du 'succès', de la 'reconnaissance', et du 'pouvoir'. Tout cela oublie une réalité fondamentale, qui est que l'on vit, que l'ont meurt surtout (autrement dit que notre vie ne nous appartient pas, et donc encore moins ce qu'on réalise. Or on s'attache à nos réalisations comme si elles pouvaient conjurer notre finitude), et que l'on est doué de conscience. Nous avons quelque part une responsabilité à faire émerger cette conscience, et ainsi à ne pas se retrouver dévoré par nos pratiques, sinon celles-ci deviennent stériles.

    Donc la réalisation, ce n'est pas la réussite. Si l'on confond les deux, alors on fuit (ou on court après quelque chose, ce qui revient au fond au même). On peut être joueur de poker et ne plus être heureux, ça semble même assez commun. Quantité de grinders ont commencé le poker avec une passion, et finissent avec un job. Etre un 'sad grinder', c'est être esclave du poker, esclave de l'argent. Il n'y a pas de réalisation, parce que la réussite se fait sans conscience et sans joie (pas de volonté d'apprendre du jeu).


    Bien, on arrive à mon hypothèse principale: si le jeu donne la possibilité d'exprimer nos désirs, pulsions, obsessions, il ouvre en même temps la porte à une élévation (permanente) de conscience. Comme je l'ai dit, le poker nous séduit, révèle nos pulsions, et les punit. Si on veut dominer, on finira par perdre (= notre énergie se retournera contre nous). Si on veut ressentir de l'adrénaline, on finira par perdre (= on va forcer les choses).
    Mais de la même manière, le poker récompense ceux qui se connaissent. Le poker est réalisation parce qu'il nous encourage à nous connaître à un niveau très intime. En cherchant à progresser dans le poker et à survivre en étant pro, on se rend compte que tout ce qu'on fait dans notre vie influence notre jeu. Ainsi si l'on mange mal, si l'on dort mal, on limite énormément notre marge de progression, la persistance de notre A-game, et aussi, très important, le plaisir qu'on a à jouer. Si l'on ne connaît pas intimement nos pulsions, alors on ne détectera pas le tilt quand il viendra, on aura du mal à prendre un break quand il le faut, à ne pas jouer quand les conditions sont mauvaises, ou au contraire à se forcer à jouer dans d'autres situations ; bref on rester le jouet des forces inconscientes, et je pense que ces forces finissent d'une façon ou d'une autre par nous confronter à des revers, dans la matrice du poker.
    Je suis convaincu de ce que j'avance, en tout cas en ce qui me concerne, parce que j'avais il y a quelque temps des blocages dans mon jeu, que j'ai réussi à identifier (des leaks). Cependant, ce que je n'arrivais pas à comprendre, c'est pourquoi ils étaient toujours là. Parfois je jouais tellement mal sans comprendre pourquoi, ça semblait tellement loin de ce que j'étais censé connaître en théorie. Alors j'ai remonté le fil dans mon esprit, j'ai vraiment essayé de m'écouter, d'identifier (sans jugement) ce que je ressentais quand je faisais des moves que je savais évidemment mauvais. Je me suis étudié moi-même, en prenant de la distance et en même temps en plongeant complètement dans mes entrailles. En remontant le fil, j'ai fait émerger des contenus en moi, des tissus d'émotions, qui bien que souterrains voulaient s'exprimer, et trouvaient que le poker était après tout un endroit particulièrement privilégié. Petit à petit, en ayant fait émerger ces émotions, les gros leaks que j'avais (surtout du tilt incompréhensible en fait) ont disparu. Je me suis senti mieux dans ma vie, parce que j'avais accepté d'écouter ce qui voulait parler en moi, et je jouais mieux, parce que je n'étais plus surpris par mes démons.

    Ca a été un moment décisif dans mon rapport au jeu, qui m'a fait passer des paliers importants sur lesquels je bloquais. A terme je pense que tous les joueurs arrivent à des paliers insurmontables, et ils restent bloqués tant qu'il ne se sont pas trouvés (eux-mêmes, rien à chercher à l'extérieur, il s'agit de s'écouter).

    Depuis lors, il n'y a plus de différence pour moi entre le poker et le reste de la vie. J'ai la même approche: tout est expérience, tout est présence, tout est conscience. Chaque instant de ma vie est l'occasion d'affiner ma conscience, et d'être plus honnête avec moi-même.
    De même, chaque instant dans le poker peut être un apprentissage. Et quand on voit les choses comme ça, alors le jeu prend une autre dimension, et la passion ne meurt pas.

    Le poker est créateur de moultes frustrations => je vois ça comme un exercice. Je ressens de l'exaspération, de l'impatience, de l'agressivité? de la confiance excessive? un manque de motivation?
    Très bien, je respire, j'écoute, je laisse s'exprimer ce qui doit s'exprimer. Ainsi je me connais mieux, et plus je me connais, mieux je joue au poker. Et je dois naviguer dans ce tissu de frustrations, dans le fait d'être impuissant par rapport aux cartes que je reçois (et d'autres facteurs aussi, impliqués par le fait d'être entouré d'être humains qui ont des idées, des volontés et l'usage de la parole) d'avoir des mauvaises passes, essayer de ne pas me créer des illusions sur mon niveau de jeu, garder la confiance, etc.
    Il est si facile de se mentir au poker. Blâmer la variance. Croire qu'on maîtrise des choses qu'on ne maîtrise pas. Si facile de perdre confiance. Si facile de dérégler son jeu, ou au contraire de ne pas réussir à le faire évoluer. Il est facile de devenir obsédé par les cartes, les résultats, l'agression qu'on prend dans la gueule. Toutes ces choses, de par leur violence et leur complexité, nous enseignent à garder notre racine, garder notre base. Faire silence à l'intérieur, et écouter ce qui se passe, autour de nous et en nous. Et à partir de là prendre les meilleures décisions possibles, sur une multitude de plans (tactiquement, stratégiquement, dans une main, dans une session, à la table, ou en dehors, etc). Et savoir qu'on va quand même se tromper! C'est pas grave, l'échec aussi fait partie de la Voie. Certainement pas la chose la plus facile à accepter, surtout pour les gens un peu perfectionnistes, ou qui ont des attentes pour eux-mêmes. C'est là toute la problématique du poker: comment faire le mieux qu'on peut dans le moment présent, tout en sachant que ce faisant, on va quand même échouer sur une base régulière? Qu'on va quand même encore se mentir, mais de manière plus subtile à chaque fois?
    Et qu'il faudra retourner au front avec la même passion, la même innocence et gravité mêlées?

    Le poker est réalisation parce qu'il nous oblige à écouter ce qui doit être écouté, et à faire taire ce qui doit être tu. Il nous oblige à cesser l'usage du mensonge à notre propre égard. Dans pas mal de boulots, on peut faire illusions vis à vis de ses collègues, de son boss, de ses clients. Dans le poker, on peut mentir autant qu'on veut, ça marchera pas. Grand paradoxe pour un jeu qui paraît basé sur la conquête d'information et le fait d'en dissimuler!


    Vous connaissez ce grand mystère du poker: il faut penser sur le long terme, mais pour cela il faut complètement être dans le moment présent. Il n'y a pas de 'good run' ou 'bad run'. Seulement la main que je joue actuellement. Il faut faire le mieux qu'on peut dans la main en cours. C'est tout ce qu'il y a à faire! Pas si simple, n'est-ce pas?
    La seule manière de vraiment jouer sur le long terme est de ne pas être affecté par le chaos permanent du poker. Il faut oublier le long terme pour concentrer son énergie sur l'absolu du moment présent. Alors le long terme se réalise de lui-même.

    Le poker est réalisation parce qu'il nous enseigne à vivre dans le moment présent.

    La seule façon de faire ça est d'être le plus conscient possible. Pour être concentré sur le moment présent, il faut faire taire toute la m**de qu'on a dans la tête, et qui veut nous ramener dans le passé (mécanisme du regret) ou fantasmer sur le futur. Pour être bon dans la main en cours, il faut donc trouver des moments d'apaiser le mental. C'est pour moi un énorme exercice de conscience que nous amène donc le poker: il nous oblige à discipliner notre mental, à canaliser les forces qui le mouvent à chaque instant. Se concentrer sur le moment présent à la table de poker nous aide à connaître le fonctionnement de notre corps-esprit (faut arrêter avec cette division à la con ).


    Donc, pour bien être clair: je dis que le poker récompense ceux qui se trouvent, et je dis aussi que le poker fait émerger des situations d'apprentissage (qu'on ne peut pas saisir si on est obnubilé par l'argent ou la réussite!). Pour éviter tous les pièges créés par nous-mêmes et par le jeu, il faut faire un véritable effort: c'est cet effort qui est réalisation. Le poker nous guide donc sur la voie en nous enseignant la souffrance. En apprenant à ne pas entretenir la souffrance impliquée par le poker, on devient plus libre de soi-même, et on devient un meilleur joueur. L'ego prend cher, mais la réalisation n'est plus le règne de l'ego. C'est le règne de la Voie. La Voie, c'est accepter de mourir sans renoncer à vivre.



    La réalisation dans le poker, c'est se rendre compte que le poker est un maître spirituel, parce qu'il nous apprend à vivre dans la liberté et la vérité. Si on ne se libère pas de nos pulsions, le jeu nous punit. Si on refuse de se regarder en face, le jeu nous punit. Je rappelle que le jeu peut punir d'une infinité de façons. Vous pouvez perdre, ne plus avoir le succès que vous aviez, ou le succès escompté. Vous pouvez aussi avoir du succès mais devenir une coquille vide en dehors du poker. Vous pouvez vous détruire la tête parce que vous devenez obsédé par le jeu et/ou l'argent.



    Ce n'est pas excessivement clair, j'en suis désolé, mais ce sont des choses difficiles à exprimer, surtout qu'à ma connaissance très peu de gens ont le même genre d'approche que moi dans le poker. J'ai d'ailleurs très peu d'amis dans le monde du poker, et ai donc assez peu l'occasion d'affiner mes idées et de les confronter avec d'autres joueurs conscients de la beauté de leur pratique.
    Je complèterai possiblement cet article, peut-être me faudra-t-il préciser la notion de réalisation. Sinon, je donnerai des méthodes pratiques que j'utilise pour développer ma conscience, dans le jeu et en dehors.
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    polnareff reacted to Mr Sneeze for a blog entry, Long article, mal formate, et sans image. GL   
    Pardonnez l'absence d'accent, j'ecris sur un clavier US.
     
    Au pok, il est facile de faire ca mal. Etant un grand perfectionniste de nature, cette realite me confronte regulierement. Mais je me soigne.
    Des exemples de main jouees ici a Campione d'Italia. Sans tout detailler, dans un tournoi a 500e avec structure exceptionnelle (WSOPc), je decide de folder un bon bluffcatcher river dans un petit pot, sans infos sur mon adversaire. Jai base ma decision sur son clignement de paupieres suspicieusement eleve, presque comme s'il donnait un faux tell. Evidemment il avait le bluff, tout italien qu'il est.
    En cash game, dans un pot que jai 3 bet,  je cb flop et check back turn en mode trap contre un joueur un peu hors de controle. River il overbet 300 dans 180 et je decide de fold alors que je comptais snap call. Il faut dire qu'a priori il peut bluff le spot en misant 100e, ce qu'il n'a pas fait. Aussi des choses qu'il m'a dit, le fait qu'il est le type de joueur a utiliser son image pour maximiser sa value, et que jai deja fold des petits pots contre lui. Il n'a aussi jamais mise une si grosse somme avant dans la session. Evidemment il avait le bluff, tout kosovard qu'il est.
    Bon, jai une raison a tout cela. Depuis plusieurs mois, je travaille ma solidite. Les parties sont globalement plus difficiles et moins spewy qu'avant, donc il faut faire attention a ne pas call trop comme un debile des annees 90. D'ailleurs les parties que j'ai jouees dernierement sont particulierement tight: online d'abord, que ce soit sur le .fr ou le .com (on est bien dans in ecosysteme en train de mourir), et live egalement, a Amsterdam (parties bien reggish) et a Vegas (qui ne me semble pas l'eldorado).
    Pour faire simple, mes erreurs ont un fondement, meme plusieurs. Les habitudes de jeu ont la vie dure: j'ai dans ma memoire emotionnelle et corporelle tous les calls ou plays spewy que jai fait dans ma carriere. Jai aussi integre le fait que le field ne bluff pas autant river que jaimerais le penser.
    La ou je veux en venir, cest que je ne suis pas une machine de pure rationnalite, indifferente a mon passe, mon experience, et mes emotions. Dans le cas de la premiere main decrite, je fais un fold 'explo' base sur un mauvais read, ce qui est une erreur sans infos precisement (j'aurais du call car suffisamment haut dans ma range, bonne cote de pot, etc). Mais cette erreur vient de ma tentative de maximiser mon edge, de prendre les meilleurs decisions possibles, y compris si cela implique des tells ou soul reads. Dans ce processus complexe d'interpretation des informations a la table, on peut facilement se tromper.
    Allez une autre, jouee tout a l'heure en cash game. Je raise turn avec un combo draw, vilain call OOP. River je hit flush, et il lead rapidement pour pot. Ma flush n'est pas max du tout. Je sais qu'il a tres peu de bluff, du fait de : sizing, timing, attitude apres le bet. Et surtout, une theorie personnelle, qu'on pourrait appeller le Sobo theorem: quand un joueur call une action agressive turn en etant OOP, surtout s'il s'agit d'un raise, avant de lead big river, en particulier a tapis, et bien il a une range nutted. On devrait donc fold une tonne, y compris des mains tres fortes. Dans certains spots, on peut clairement fold 2nd nuts dans le visage de notre adversaire meduse. En realite, personne ne sait folder des mains nutsees river, ce qui est exactement la raison pour laquelle les joueurs donk bet enorme pour value river apres avoir call turn....
    Dans cette main donc je suis pret a folder, tellement pret... Et mes erreurs precedentes, le fait d'avoir fait un play explo et de m'etre trompe, le fait de me faire bluff beaucoup plus ici (Italia...) qu'a mon habitude, je call pour verifier. Il avait les papiers, tout israelien qu'il est.
    Ainsi sans aucun doute les erreurs de jugement peuvent en entrainer d'autres. Je ne suis pas une machine rationnelle, et de ce que je vois aux tables reelles ou virtuelles, vous non plus.
    Certainement le poker est un jeu d'investissements. Etre un bon investisseur revient ici a etre un bon decision-maker. Notre vision est que derriere le chaos apparent du jeu, un systeme logique se degage. Comme une partie d'echecs, les strategies s'affrontent. Cependant il y a un hic. La facon dont le poker fonctionne. La facon dont nous le construisons plus exactement.
    Pour comprendre ce que j'entends, visualisez-vous il y a un an, ou deux, ou cinq. Ce n'est pas seulement que vous etiez probablement moins fort. C'est tout votre paradigme, tout votre schema du jeu qui evolue a chaque nouvel element integre. Tout edifice de raison que vous construisez sera un moment chamboule par le jeu, vous obligeant a detruire et reconstruire votre pyramide de savoir.
    Pour comprendre ce que je veux dire encore, aucun livre de poker ne vous transformera en top player. La raison est qu'il n'y a pas de secret, aucun mystere a mettre a jour. Le savoir est perpetuellement remodele a l'aune de notre experience, des adversaires que nous affrontons et de leur propre paradigme.
    Le poker est peut etre plus un langage qu'une partie d'echecs perturbee par le facteur chance.
    Le secret est qu'il faut s'abimer sur le jeu, encore et encore, se tromper, encore et encore, laisser notre paradigme se deconstruire encore et encore jusqu'a se fluidifier.
    Evidemment, l'esprit humain se rassure de la causalite et de l'ordre. Nous sommes des machines biologiques creatrices de sens, a partir de langage symbolique.
    Generalement, toute perturbation de cette chaine causale, nous la blamons sur la stupidite de nos adversaires (incapables de comprendre notre langage, qu'on croit Le langage "objectif" du jeu...) ou sur la variance, cette mysterieuse entite qui recompense et punit a sa guise. Je ne m'etends pas plus sur le sujet de la variance, car j'ai ecrit un (bon) article portant sur ce theme, et qui devrait etre publie en format papier sous peu...
    Ce que j'essaie maladroitement de dire, c'est quelque part une inevitabilite de l'erreur. Le processus d'apprentissage est infini et tumultueux. Je commence a etre un vieux dans le monde du poker, et ca commence a m'amuser de systematiquement voir mes adversaires penser qu'ils ont compris, oui, aucun doute, ils savent comment se joue ce jeu.
    Moi je ne sais pas, j'essaie beaucoup de choses, je doute souvent aussi. Et petit a petit, je me vois tout de meme passer des etapes, et grimper au dessus de ma propre tete. Chaque jour le poker est le meme, chaque jour il est different.
     
    Qu'est ce qui ferait un bon decision-maker?
        ⁃    Capacite a engranger des informations (deja grosse limite pour pas mal de raisons: nos perceptions sont toujours limitees et parfois voilees, notre esprit est paresseux et ne pioche pas facilement sans une forte discipline. Ou alors il suffit d'avoir faim, d'etre fatigue...)
        ⁃    Capacite a analyser ces informations correctement : c'est la chose tres difficile, on peut se tromper sur les facteurs pertinents par exemple. Un biais cognitif tres frequent consiste a donner plus de poids a ce qui confirme nos hypotheses initiales. Ainsi dans le monde de la recherche, lorsqu'une equipe essaie de prouver quelque chose, le risque est grand de donner plus de valeur a tous les elements qui justifient l'hypothese de depart, plutot qu'a ceux qui la refutent. Ce biais existe dans le monde rationnel, critique, de la science, rendant d'ailleurs beaucoup de "conclusions" facilement invalidables. Comment ne pourrait-il pas exister dans une main de poker jouee entre humains bourres d'adrenaline et de testosterone?
        ⁃    Capacite a mettre en relation plusieurs spheres d'information. C'est pour moi la le plus grand signe d'intelligence, cette mise en relation des donnees.
    Je pourrais detailler chaque element, mais il existe quantite d'ouvrages excellents traitant du fonctionnement de notre esprit, la paresse de notre esprit analytique (et ainsi notre tendance a prendre des decisions basees sur nos premieres impressions, par exemple), les illusions perceptives, biais cognitifs, etc.
    Ce que je suggere, c'est surtout que le poker est infiniment complexe, et pour devenir un bon decision-maker, il va falloir engranger beaucoup d'experience. Par experience, je n'entends pas seulement le temps passe a jouer, car quantite de joueurs jouent depuis des annees, ou des centaines de milliers de mains, sans pour autant avoir l'air d'avoir appris beaucoup. Non, il faut considerer temps de jeu multiplie par la concentration, l'attention, et aussi la digestion. Il s'agit donc de jouer, pratiquer avec conscience. L'infinite des situations creees par le poker nous pousse irremediablement a la faute. Et comme tout joueur l'a surement remarque, il ne suffit pas toujours de connaitre le bon play pour l'effectuer: il est facile de cliquer sur le mauvais bouton, ou de ne pas oser faire un bon bluff en live. Non, il faut que l'apprentissage passe dans la chair, dans la detresse autant que dans l'euphorie. Et je ne parle meme pas des erreurs que nous faisons sans savoir (encore!) qu'il s'agit d'erreurs! A mesure de nos erreurs, nous avons la possibilite de faire evoluer nos schemas mentaux, nos modeles, paradigme a propos du jeu. Nous gagnons en finesse. C'est la une possibilite, mais clairement tout le monde ne la saisit pas. Beaucoup restent dans leur zone de confort, continuent de faire ce qui marche, ou ce qui a marche, plus ou moins, sans trop savoir pourquoi. En ce sens, ils croient avoir resolu le jeu, et evidemment ne comprennent pas pourquoi le jeu ne les recompense pas ou plus.

    Dans tout cela, je n'ai meme pas evoque le poids des emotions dans nos decisions.... Mais celles ci sont excessivement presentes et guident nos choix de maniere phenomenale. Je disais au debut de cet article etre perfectionniste. C'est, je pense une bonne chose de toujours douter de soi-meme, de chercher a toujours faire mieux. Mais cela peut aussi etre un frein, car sans confiance on ne va certainement pas jouer au top: j'ai observe que parfois je n'ose plus faire confiance a mes reads, ou alors je cherche un "systeme" qui resoudrait le jeu, ou en tout cas m'eviterait la douleur de perdre.... Ou encore chercher a prouver de differentes facons que je suis bon, voire le meilleur. Ce genre de choses, qui exterieurement peuvent ressembler a un ego fort, quand clairement il s'agit d'un ego fragile. Chez d'autres joueurs j'ai observe les ravages de l'exces de confiance.
    Il y a aussi, evidemment, massivement, ce qui se passe dans notre vie en general : sommes-nous heureux, equilibres? Cherchons nous a compenser des choses dans le poker? Le poker est-il ou devient-il notre seule source de gratification? Auquel cas on risque fort d'etre ballote par les fluctuations du jeu, et prendre nos decisions en fonction... Par exemple, on perds plein de tournois, on a pas tellement de satisfactions hors poker...comment esperer avoir la confiance et discipline de gagner le prochain tournoi? Ca n'arrivera pas, car notre capacite a prendre des bonnes decisions est totalement floutee....
    Il faut en fait un doute permanent, une capacite a douter de ses propres perceptions, de sa propre rationnalite, de ses propres systemes, et en meme temps avoir la confiance necessaire pour jouer sans crainte ni exces d'orgueil! Vous rendez vous compte de l'exigence de la tache?! Par ailleurs, et c'est tres important, il n'y a pas de terrain d'entrainement au poker. Evidemment on peut bosser son jeu en dehors des tables, ou jouer des stakes plus basses. Mais ca ne sert que partiellement. Vous pouvez avoir un grand savoir technique developpe en dehors des tables et galerer a l'appliquer sous la pression.... Ah tiens, voila un autre parametre perturbant nos decisions: notre capacite a gerer la pression! Et celle ci est frequente et multi-facettes.

    Ma conclusion: le poker vous abimera. Si vous etes pret a accepter cette realite (c'est a dire d'echouer systematiquement pour grandir), ou comme le heros de kung fu panda, vous faire defoncer et dire "oh yeah, give me more"' alors vous avez de mon point de vue compris quelque chose. En acceptant la destruction de votre ego opere par le jeu, la tension permanente, vous autorisez en realite votre ego a devenir plus fort car plus souple, vous autorisez vos ailes a se deployer.... Evidemment il ne s'agit pas d'etre masochiste et d'aimer perdre, car alors vous devenez un gambler, rien de plus. Cela je pense, est assez clair.

    Sur ce, may the force be with you, always.
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    polnareff reacted to Mr Sneeze for a blog entry, Perceived range   
    J'ai beaucoup réfléchi à ce que je pourrais continuer d'écrire sur ce blog.
     
    J'adore théoriser, penser poker, et donc écrire poker aussi, car malgré l'effort que ça demande, sur le long terme ça structure mon apprentissage et renforce mon attitude à la table. Cependant, j'ai beaucoup grandi, et il m'apparait de plus en plus évident que la vie est multiple, complexe, et certainement pas uni-dimensionnelle. Ainsi, prodiguer des conseils ou des attitudes profitables 'dans le jeu du poker' a quelque chose de potentiellement assez inutile.
     
    Pourquoi cela? Parce que le poker est un jeu de maîtrise, et cette maîtrise est complexe, potentiellement totalisante (elle prend et incorpore beaucoup d'aspects de la vie d'une personne, au point parfois de l'engloutir) ; cette maîtrise est aussi bâtie sur l'experience, et surtout sur une pratique attentive et conscientisée.
    Quels que soient les aspects de votre jeu que vous voulez travailler, le poker n'accepte pas de réponse définitive, de réponse toute faite. Je dis ça, et dans le même temps, je suis assez d'accord avec Daniel Negreanu qui disait je ne sais plus où (un podcast mental game je pense): le poker est un jeu beaucoup plus simple que tout le monde aime à le penser.
    Mais il n'y a pas de recette magique, il n'y a pas 'une bonne manière'.
     
    Ainsi de plus en plus, je réalise que ce qui fonctionne pour moi n'a pas de raison particulière de fonctionner chez les autres, car c'est lié à comment j'ai mené ma vie jusqu'à ce point précis, cet instant précis. Beaucoup de mes attitudes changent avec le temps, mes certitudes également. Beaucoup de joueurs talentueux ont d'autres approches. Ce n'est pas facile de gagner sa vie au poker, ce n'est pas facile de 'faire ça bien' (sur tous les plans, y compris un équilibre psychologique. Car de fait, on rencontre des joueurs talentueux mais malheureusement pour eux un peu perdus dans leur vie). Mais même si ce n'est pas facile, il y a beaucoup de manières différentes d'y arriver et de l'entretenir.
     
    Facteur décisif déjà: être bon au poker n'a aucune, strictement aucune influence sur nos résultats futurs. Evidemment, ya la variance des cartes, oui ya ça. Mais c'est tellement rien en comparaison de la variance dans la qualité de jeu des joueurs, leur focus, leur attitude. Donc ouais, contrairement à beaucoup de domaines, on ne fait jamais ses preuves dans le poker, ou alors on fait ses preuves potentiellement à chaque main qu'on joue, et voilà, c'est tout.
    Donc on en revient à ce point crucial: la maîtrise, ce n'est pas quelque chose qui s'obtient. Ce n'est pas 'savoir la bonne réponse'. La bonne réponse n'est jamais la même en fait.
     
    Quelle est la bonne attitude à avoir? Cela dépend. Quelle sont les meilleures décisions possibles dans cette main particulière? Dans ce tournoi? A cette table de cash? En tant que joueurs (cherchant à gagner), nous sommes fondamentalement des décideurs, nous devons donc devenir experts en décision, et ces décisions sont à TOUS les étages. Beaucoup gagneraient à introduire plus de flexibilité dans leur decision-making. Personnellement, je gagne à renforcer ma solidité, résister à ma tendance naturelle à être 'trop' flexible. Mais clairement la tendance générale dans toute tentative de maîtrise d'un domaine, c'est de manquer de flexibilité et de s'attacher désespéremment à nos forces (mais ce qui marchait un moment.... ne va pas toujours marcher). Tant de gens ont un mal fou à questionner leurs paradigmes, visions des choses. Je suis dans la tendance opposée, mon travail est donc fondamentalement différent du travail d'un autre (et pas forcément plus facile).
     
    Le matériau qui nous permet de décider et investir sur ces décisions, c'est nous-même. Notre corps, notre esprit. Et tout ce que ça implique en terme de fluctuance.
    Le poker, ET la vie, apportent tellement de situations qui vont nous sortir de notre zone de confort. C'est en cela que la maîtrise est subtile et difficile.
    Evidemment quand tout marche pour nous, on peut naviguer sans trop de problème. Un moment ou un autre cependant, personne n'est épargné par les vents de l'existence (toutes les manières sont possibles). On ne compte plus les gens abbatus par un coup de bâton de trop, dans leur vie ; dans le poker de même, ne ne compte plus les étoiles filantes (ont connu du succès, le succès temporaire a amené l'échec au final). Le facteur déterminant de sélection des bons joueurs au poker va plutôt être leur capacité à se relever de leurs propres débacles. Et des débacles, des perditions, il y en a dans le monde du poker. C'est seulement que les 'vainqueurs' d'un moment sont beaucoup plus visibles que tous ceux qui 'échouent' (vrai sur d'autres aspect, l'écriture de l'Histoire par ex).
     
    Quelle attitude donc? Ca dépend. Mais mieux vaut être flexible, mieux vaut ne pas s'accrocher trop à ce qui ne marche plus. L'écosystème est perpétuellement changeant, personne ne joue aujourd'hui comme il y a seulement quelques années. De nouvelles stratégies deviennent populaires, plus de joueurs ont gagné en solidité et résilience mentale. C'est juste plus dur, donc il n'est plus temps pour les recettes toutes-faites.
    Ainsi, la bonne question n'est pas: comment être bon au poker, comme un fait général, absolu et définitif, mais plutôt : le poker crée une infinité de situations perturbantes et nouvelles, comment les naviguer?
     
     
    J'écoutais un podcast récemment sur le sujet du talent, et du travail.
    L'auteur suggérait que les meilleurs niveaux de performance dans tous les domaines étaient construits sur les attitudes suivantes:
    A) Se mettre autant que possible dans des situations à ' la pointe de nos compétences ', autrement dit risquer de faire des erreurs, parce que nous sommes à la limite de notre skill, là où il n'est pas encore bien intégré, bien maîtrisé. C'est ainsi que le savoir est renforcé, par la mise à l'épreuve. Il faut plonger un peu la tête dans le feu, voir ce qui se passe, et en tirer les meilleures leçons.
    B) Sentir, accepter de sentir, accepter tout court, les erreurs, malgré la douleur et frustration que cela crée pour quiconque dans une approche compétitive. Il n'y a pas de réelle progression sans lutte. La sensation de 'chi**' dans un domaine qu'on investit, est extrêmement difficile à dépasser pour un être humain. Usuellement, en réaction, les humains vont principalement éviter ces situations d'inconfort. Il y a cette tendance fort naturelle à préférer faire ce qu'on sait faire plutôt qu'à s'exposer à s'humilier aux yeux des autres (si on donne de l'importance à leur regard), et juste s'exposer à se sentir mal parce qu'on a fait une erreur. On se juge, tellement facilement, et le jugement amène aussi les attentes / aspirations, la peur, et une diminution du courage global. Dans le poker, c'est extrêmement présent. Très peu de joueurs sont prêts à explorer la compexité du jeu en No-limit parce qu'ils ne veulent pas risquer de chi** lamentablement dans leurs expérimentations. Sans aucun doute une de mes plus grandes forces en tant que joueur est d'avoir donné et redonné dans l'expérimentation de ce qu'on pouvait faire avec ce jeu.
    S'exposer aux erreurs, les comprendre non pas comme des erreurs justement, mais des nécessités, est difficile mais crucial. On pourrait aussi bien dire: s'exposer à des situations marginales. Le meilleur dans un domaine sera plus facilement celui qui est sorti de sa coquille pour évoluer dans des situations confrontantes. L'expérience bâtie est simplement exponentiellement plus grande.
    C) Incarner notre apprentissage dans un processus conscientisé. Cela veut dire digérer notre processus de travail et de progression en le mettant constamment en perspective et en questionnement. Qu'est-ce que je pourrais faire d'autre, de mieux? Quels sont les présuposés que j'ai qui peuvent être subtilement erronés? Quelles sont les émotions qui bloquent un apprentissage libre et fluide? Il est nécessaire d'opérer des temps de recul et de contemplation, plutôt qu'être la tête dans le guidon, car c'est alors qu'on peut faire évoluer nos structures (= nos manières) mêmes d'apprentissage. A ce sujet, trouver des moyens de créer du feedback (des moyens de mesurer l'évolution de notre apprentissage), est également crucial. Il s'agit de pouvoir faire des hypothèses, les tester, et ensuite avancer vers des conclusions, qui sont aussi des nouvelles hypothèses.
     
    Exemple simple et courant chez pas mal de joueurs gagnants au poker, symptomatique d'un processus d'apprentissage non conscientisé, sans vraie prise de recul : l'incpacacité à sortir d'un système, ou d'un format de jeu, pour s'exposer à de nouveaux apprentissages. Principalement parce que le temps de la prise de recul n'est pas pris, il n'y a pas de possibilité de réelle évolution. Ainsi, pas mal de joueurs gagnants vont gagner avec consistance pendant un moment (par exemple sur un format précis), puis le jeu les éjectera naturellement, car le point de rupture sera atteint: ils auront résisté efficacement avec leur méthode face à un écosystème changeant, mais un moment ils n'auront pas les compétences de la remise en cause et de l'adaptation profonde, réelle (on ne parle pas ici, de seulement incorporer des nouvelles manières d'accumuler des jetons, c'est plus vaste).
    J'ajouterai un point très important à ce sujet: la totale intéraction, dépendance même, entre nos idées, nos émotions, et nos actions. C'est sûrement un peu cela que j'implique quand je parle d'attitude. Changer d'attitude peut passer par exemple par une gestion de nos émotions (clairement ce que j'ai le plus travaillé depuis deux ans dans ma pratique du poker), qui à son tour va créer des cycles vertueux dans les pensées que nous produisons et les actions / réactions que nous choisissons. On peut aussi changer nos actions (nos habitudes au quotidien: assez diabolique d'efficacité, mais très difficile en pratique) afin que nos 'états' changent.
    => Incarner son apprentissage, c'est prendre en compte cette multi-dimensionnalité, et ça n'implique pas du tout d'aller dans sur-complexité. C'est plutôt, se considérer et se sentir à la fois comme Un (un individu formant un tout, tout est lié) et comme Multiple ( 'je' est traversé par de multiples choses, potentiellement paradoxales ou en conflit. Comment équilibrer tout cela?).
    Juste, ce fait: nous sommes humains, et basiquement un humain arrive pas à grand chose s'il ne se gère pas bien sur ces différents aspects (entremêlés).
     
     
    Donc ouais, clairement, ne croyez pas aux recettes magiques si vous avez de l'ambition dans le poker. Croyez en vous, en ce que vous pouvez faire à partir du matériau qui est votre vie. Ce que vous voulez faire, aussi. Dans le même podcast, le sujet de la motivation (afin de travailler ces états de haute performance) était abordé: plutôt que quelque chose d'interne, qui viendrait du fond de nous, peut-être s'agit-il en fait de quelque chose d'externe. Par exemple observer la réussite de nos pairs: si lui peut le faire, pourquoi pas moi? Que puis-je faire pour le rejoindre?
    En partant de là, l'efficacité de se visualiser dans le futur comme 'la personne qu'on veut être' est très importante. Cela crée une direction dans l'apprentissage.
     
     
    Il faut bien noter aussi, qu'en adoptant cette approche du poker comme une activité athlétique, on maximise aussi nos compétences pokéristiques sur un plan plus large: on développe la capacité à se dépasser, se développer, et tout basiquement la capacité d'apprendre. Les conditions si perturbatrices du poker peuvent créer chez certains joueurs cette attitude d'exigence vis-à-vis d'eux-mêmes qui certainement leur servira dans d'autres aspects de leur vies, ou autres domaines de compétence (d'autres fields).
     
     
    Je me permets de me recentrer sur ma petite personne d'1m90: j'ai énormément bossé depuis quelques mois. Et j'ai principalement bossé sans jouer, car j'ai surtout travaillé à laisser des mutations s'opérer. Ce qui marchait bien pour moi avant dans ma vie s'est mis à moins fonctionner. Nécessité de changer de paradigme, s'ouvrir au nouveau. Quelque part, arrêter de s'entêter dans les conneries.
    Ce travail a été très fructueux dans le sens où j'ai mieux compris quelle forme de travail je devais fournir : il s'agit de 'faire avec' ma sensibilité (extrême), ma permabilité aux éléments qui m'entourent, et aussi me traversent. Pourquoi cela? parce que j'ai fait le choix, indépendemment du poker, d'ouvrir les portes de la perception dans mon existence, c'est ma poutre, ma structure vitale. Me sentir vivant, ressentir. (Ma technique est simple, elle tourne entièrement autour de la respiration. Je suis plus conscient qu'avant, car avant je ne me sentais pas autant inspirer et expirer. En revenant à la respiration, ma vie a pris une densité démentiellement plus importante, chaque jour est vaste.)
    Fondamentalement, cela m'a posé des obstacles assez évident dans le poker, qui n'ont rien à voir avec mon niveau technique (exemple tout simple: une tendance à chercher trop, si cela est possible, les situations marginales justement. Je dois quelque part ralentir le processus que j'ai décrit au dessus, car chez moi il opère naturellement, trop facilement).
    Mais ça m'a aussi ouvert des portes. Depuis facilement 2 ans, je travaille mon jeu complètement de façon auto-didacte, et mon apprentissage est totalement orienté sur mes ressentis, et sur les propres hypothèses que je formule. Et c'est bien pour cela qu'il est difficile de transmettre ce qui marche pour moi, car cela marche pour des raisons précises et définies. Je travaille (avec succès) à faire de ma sensibilité une arme. A une table de live, en tout cas c'est ce qu'on m'a dit, je parais parfois comme un 'radar', qui capte manifestement plus d'informations que la moyenne (et ainsi se retrouve parfois surchargé d'informations et d'émotions, c'est là l'inconvénient, enfin la faiblesse à gérer).
     
    Sur un plan personnel, j'ai décidé de renoncer à des 'idéaux' que j'avais pour m'exposer beaucoup plus à la confrontation avec l'altérité: ça s'est incarné dans mon déménagement pour Amsterdam, qui a eu lieu il y a un mois.
    Sans aucun doute, les conditions pokeristiques sont meilleures ici qu'en France :). Mais en vérité j'suis surtout venu ici pour avoir le plaisir de voir 50+ jolies filles par jour. Etant un peu un renard solitaire, vivre dans une capitale est évidemment confrontant. Mais j'ai réalisé que c'était exactement ce qu'il me fallait. Le ressenti est toujours là après un mois de vie dans la ville du spliff et des fietsen.
     
    En termes de résultats, mon premier mois en Hollanderie est un des meilleurs de ma carrière, bien aidé par une perf dans un Scoop (3ème d'un 100€ du dimanche, et surtout une énorme satisfaction dans la qualité de jeu déployée tout au long du tournoi). Mais aussi cohérent avec le travail pokéristique que j'ai fait ces derniers mois, en premier lieu le réel questionnement que j'ai eu pendant mes 3 mois de break: ai-je toujours envie de jouer? ne suis-je pas en train de me perdre dans ma vie?
    Bah j'me suis retrouvé.
    Après le break j'ai arrêté de faire le con. J'ai pris au sérieux des stakes moisies. Pendant plusieurs mois, inspiré par un autre joueur de pokey, spécialisé en MTT depuis des années, j'ai lancé des sessions MTT small buy-in. En m'attelant à bien jouer même quand je deep runnais le classico ou la fièvre en monotable pour finalement gagner 32€. Ouais, ca change de l'intensité des high stakes. Mais quel travail massif j'ai fait sur moi pour dépasser l'addiction à l'adrénaline. Pour accepter que le jeu, c'était le jeu, qu'il fallait respecter le jeu. Respecter ses adversaires, quels qu'ils soient. Se respecter soi-même, au final. Et juste bien faire le taf', sans laisser les p'tites émotions parasites individuelles prendre le contrôle (ce qu'on veut prouver, l'ego de la domination à la table, ou peu importe ce qui s'applique pour vous).
    Et, certes pas d'énorme de perf sur cette période, mais des résultats, quelque shipperies satisfaisantes. Des indices clairs que le travail avait des répercussions.
    Et ici à Amsterdam des résultats sur tous les tableaux. Des deep run prometteurs (22ème du scoop 500€, 15ème du bigger 55 sur ps.com, un bon day 1 sur le highroller 1K wina bien que pas d'ITM au final), des sessions live en mode pillard viking. Un jeu fondamentalement beaucoup plus solide mais tough (enfin!) en cash game online. Ca se sent, quand on joue bien (ou juste mieux).
     
    Je n'ai pas perdu de temps en sortant du jeu. En breakant totalement. Puis en jouant des low stakes le temps qu'il fallait. J'ai littéralement oublié la rentabilité, je suis de toute façon un hippie anti-productif et fièrement opposé à la marche de notre société, junkie à l'agitation. J'ai travaillé ma patience, toutes les variétés de patience en fait. En premier lieu, être patient avec l'animal que je suis. On a tous autant de qualités que d'obstacles (souvant naissant de ces mêmes qualités). L'inverse est aussi vrai. Les barrières que nous avons à dépasser nous transcendent. Ce que j'ai eu à dépasser, ça m'a pris du temps, mais finalement la patience (et aussi donc, bizarrement, l'obstination) paye. Je le sens, et je ne dis pas ça à cause des résultats récents. Des résultats, c'est juste des résultats, ça mesure pas grand-chose en soi. Mais je sais d'où viennent ces résultats récents, ils viennent d'un vrai renforcement dans l'application des mes skills (de mes forces) et des stratégies plus adéquates pour naviguer / gérer mes faiblesses. Deep run 3 gros tournois ne veut rien dire évidemment, mais les deep run en monotable ou quasi monotable avec un niveau de focus et d'effort, c'est déjà moins du hasard, car on peut sentir à quel point on a bien joué, ou non (avec l'expérience, et à ce niveau là, au niveau de l'expérience d'évaluer son skill à un moment T, je commence à avoir du bagage par rapport au field dans le monde du poker).
     
    Ma motivation pokéristique est à un relatif pic (dans le même temps, le jeu m'obsède carrément moins qu'avant, je suis motivé, mais pas obsédé). Et pourtant, je joue peu. Je travaille beaucoup mais dans la préparation plutôt. Quand j'arrive, c'est pour être un viking. Et ca a l'air de marcher. J'ai bien l'intention de concentrer la motivation dans une attitude assez relachée donc, privilégiant mon bien-être (si je ne veux pas jouer, si je veux arrêter, ben c'est ok. C'est comme folder. Juste un fold.), et quand je joue, autant que possible, je joue. Je me mets en mode open dans mes perceptions, je joue avec les possibilités, je suis totalement concentré et présent (toutes choses relatives à mon potentiel du moment T, d'où tout le reste de nos actions dans notre vie, les habitudes qu'on prend, ce qu'on mange, etc).
    Ca avait déjà très bien fonctionné, cette approche, à Vegas. Je crois que je tiens un truc. Le taf continue.
     
    Dans tous les cas, je suis fondamentalement: pas pressé.
     
    Aujourd'hui, je vois ma vie, ma carrière, en rétrospective, et je contemple. 27 ans de vie, c'est beaucoup, quand on a activé le bouton conscience (peu importe la forme que cela prend, chacun est différent). Et put**n de vraiment, j'me sens adulte, vieux parfois même, comme si j'avais vécu 12 vies, déjà. Je sens une force énorme, une résilience mentale que je n'ai jamais connu. Et j'embrasse cela parce que j'ai aussi embrassé à quel point les erreurs et les faiblesses étaient déterminantes des forces. Faut se laisser casser, faut brûler comme le phoenix et renaître tout neuf, paf.
    Au fond, la vie est bien faite. Elle nous mets des bâtons dans les roues pour nous forcer à exprimer notre potentiel. Ainsi, pas besoin de parler de justice, ou qu'on mérite (ou ne mérite pas) quoi que ce soit. On a littéralement ce qu'il nous faut, et littéralement ce qu'on choisit d'avoir. Dans le même ordre d'idée, une phrase d'un maître zen : 'chaque personne a exactement la quantité de problèmes qu'elle souhaite avoir, ni plus ni moins'. Si vous comprenez cela, vous saurez ce que vous avez à faire. Et vous le ferez.
     
    Aujourd'hui, les éléments s'alignent bien pour moi. Je suis dans une put**n de ville dans un appart balla, avec un colloc super et des renardes partout dans la ville. Le poker m'enthousiasme. Bientôt le WPT Amsterdam. Que je jouerai seulement si j'le sens, mais étant donné les excellentes sensations autant en MTT (online) qu'en live (cash), ya moyen que les éléments s'alignent bien, là. Et toute façon ya encore Vegas cette année, où je jouerai quelques trucs en plus du cash game.
     
     
    Encore un article qui commence apparemment sans inspiration et qui finit à n'en plus finir! Oh well.
     
    Doei!
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