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darenard

Je redeviens fumeur passif le temps d’une soirée. Assis à une table de 1/2 à Lausanne, je suis positionné entre deux pompiers qui font tourner des joints de shit dont les odeurs agressent mon nez. La table est détendue ; on y compte huit joueurs, parmi lesquels beaucoup d’amateurs qui n’ont cavé que 100 francs.

Après plus d'une semaine sans jouer, cette soirée marque mon retour aux tables, qui pourrait mieux se dérouler : en deux heures de jeu, je n'ai eu que très peu d'action et aucune impulsion de bonnes cartes ne vient aider mon stack à grossir, où à maigrir moins rapidement. Il semble que la Fortune n'ait pas apprécié l'abandon que je lui ai fait souffrir.

Je n'y pouvais rien pourtant, ou bien pas grand-chose. Plusieurs soirs d'affilée, c'était ma voiture qui dormait chez ses mécaniciens et me laissait sans mode de transport. Le reste du temps, mes dispositions inflammables me gardaient d'aller brûler mon argent sur le tapis vert. Une humeur exécrable ne vous empêche pas de gagner, mais une fois que vous commencez à perdre dans un tel état, les pertes ne sont pas aussi minimes qu'elles devraient l'être — et je connais mes tendances à trop vite me détacher de la vue d'ensemble sous de grises émotions. Aujourd'hui le ciel n'était pas moins nuageux, mais je me suis forcé malgré tout à venir jouer : le field ici est plus soft qu'autre part, l'ambiance sympathique, et la nourriture offerte.

Il est 20 heures et les sandwichs qui nous avaient été préparés ont tous fini d’être engloutis. Le jeu reprend.

 

La suite sur dansleseumdunsemipro.fr/perdre-le-moins-possible

 

 

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darenard

3 - Routine & anarchie

Cette nuit n’était pas parmi les plus calmes pour mon sommeil. Il est 11 heures 30 quand je me réveille naturellement, et j’ai au moins pu dormir huit heures, c’est le principal. En enfilant mes chaussettes, je découvre sur ma cheville gauche une plaie qui m’irrite au moindre contact. Une croûte commence déjà à se former — à quand cette blessure remonte-t-elle ? Quelle en fut la cause ? Je ne sais pas répondre : les pieds couverts d’ordinaire, il ne me semble pas avoir traversé de champ de ronces récemment. Tant pis. Je range mon pied dans ma chaussette quand même, et sûrement je trouverai la réponse dans la journée si la question continue de me turluter.

Comme hier, la journée se fera courte entre mon réveil et mon départ pour Montreux. Nous sommes dimanche et je m’apprête à conclure cette fin de semaine où j’ai presque travaillé à plein-temps. J’ai été jouer à Lausanne jeudi, en 1/2. 60 kilomètres à l’aller et encore au retour pour gagner 180 francs ; parti de chez moi vers 19 heures, je suis rentré à 2 heures 30 et me suis couché vers 3 heures.

Le lendemain j’ai été à Lausanne encore, dans un autre endroit où l’on jouait en 1/1. Parti de chez moi à 17 heures 45, j’ai joué cinq heures et suis parti en même temps que la room fermait, à 1 heure du matin, perdant de 100 francs. Au lit à 2 heures 30.

Hier fut une journée plus longue que les précédentes : la room du casino de Montreux, à 90 kilomètres de chez moi, ouvre ses portes à 16 heures et j’y arrivai juste après l’ouverture pour éviter de passer trop de temps en liste d’attente. Parti de chez moi a 14 heures 45, la circulation était absurdement ralentie à cause d’un accident sur l’autoroute ; j’ai donc joué six heures après deux heures d’attente, et suis parti de Montreux à 1 heure 30 avec un bénéfice de 230 francs. Chez moi à 2 heures 45, au lit à 3 heures 30. J’ai oublié de dîner.

Aujourd’hui, réveil à 11 heures 30 et départ prévu à 15 heures 15 : le dimanche, les tables de poker se font moins désirer et même la première peut mettre jusqu’à une heure à ouvrir avant que six joueurs ne se présentent.

Je suis en train de boire ma deuxième tasse de café quand sonnent les coups de midi. Je n’ai malheureusement plus de biscuits pour mon petit-déjeuner donc je compense en mettant davantage de sucre dans mon café ; j’attendrai une heure ou deux pour manger.

 

La suite sur dansleseumdunsemipro.fr/routine-anarchie

 

 

 

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darenard

2 - Le coup de chance

Mai 2021

 

Il suffit peut-être d’un seul coup de chance pour mettre la machine en route.

Le bon annonceur, celui qui trouvera dans les quelques lignes de ma candidature un attrait qu’aucun autre jusqu’à présent n’a vu. La bonne annonce, peut-être, qui me motivera plus que la perspective de rédiger cinquante articles descriptifs d’EHPAD. La bonne rencontre éventuellement, un commerçant ou un indépendant qui m’offrirait l’opportunité de réécrire les contenus de son site.  

Ces jours-ci je bois du café du matin jusqu’à la tombée de la nuit ; je ne trouve même plus le temps de me brosser les canines. Nous sommes vendredi. Sept jours précisément depuis le non-renouvellement de mon contrat à La Poste, où je travaillais comme facteur. Mon auto-entreprise — qui devait me permettre de gagner mon pain avec une occupation que j’aime, l’écriture — connaît un dur démarrage. Marqué par la sourde oreille de mes prospects et par la masse compétitive que représentent mes compères, le domaine de la rédaction web ne m’ouvre pas aussi facilement ses portes que je l’espérais. Il faut néanmoins que je continue à envoyer mes candidatures comme tant de bouteilles à la mer. C’est la seule manière.

Il faut faire. J’ai fait des études, je n’ai pas aimé. J’ai fait de l’intérim, puis facteur, et je n’ai pas aimé. Tout ce que je veux, c’est faire quelque chose que j’aime. C’est là déjà une maturité : il y avait un temps où je ne voulais rien faire.

Alors que je navigue entre les nombreuses annonces d’entreprises qui recherchent un rédacteur, j’apprends en consultant mon téléphone que mes amis veulent d’annuler la partie de ce soir. Sur des tables improvisées avec un tapis en néoprène vert, large de 3 mètres pour 2 mètres de longueur et que nous n’avons jamais découpé, nos parties de cash game en 0.05/0.10€ se font coutumières ces derniers temps. C’est ce que nous avions prévu pour aujourd’hui mais certains ne seront pas disponibles ; et l’envie de jouer, même pour de si petites sommes, me reste au travers de la gorge.

 

La suite : https://dansleseumdunsemipro.fr/2021/12/16/le-coup-de-chance/

 

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darenard

1 - Le goût des miettes

Prénoms d’emprunt

La pizza coûte l’équivalent de presque trois heures de travail payé au SMIC — c’est presque par décence que je ne mange pas quand je joue en Suisse. Mon estomac en est déjà aux dernières phases de digestion du déjeuner quand j’arrive au Casino Barrière de Montreux. Julien*, au poker, me dit qu’une deuxième table de 1/2 ouvre dans une quinzaine de minutes. Je m’en réjouis : avec sa capacité de croupiers très limitée, cette room m’a habitué à des temps d’attente qui peuvent varier entre trente minutes et deux heures et demi pour avoir une place. Nous sommes dimanche, le casino est plus calme en fin de week-end.

Je suis dans le fumoir pour boire un café en même temps que je fume une cigarette. La télévision suisse fait état de la situation à Bruxelles, des quelques serveurs prédateurs qui agiraient impunément dans des bars du Cimetière d’Ixelles, quartier que je fréquentais de très près lorsque j’étudiais à Bruxelles. Je tâte mon café, il est toujours chaud. Tobias*, un joueur d’une trentaine d’années que j’ai assez souvent affronté pour qu’une affinité se crée, arrive dans le fumoir. On se salue et parlons jeu rapidement ; sa table est passive et cela lui va bien. Il s’exprime dans un français parfait bien que marqué par un accent suisse allemand. Je me réjouis qu’il soit déjà assis : je ne le trouverai pas parmi les joueurs à ma table, lui qui a plus ou moins rôdé mon style loose/agressif et a pris l’habitude de me punir avec de nombreux 3-bets.

Mon téléphone sonne et un numéro suisse s’affiche sur l’écran fracturé. Je décroche et Julien m’informe que la table est ouverte ; je finis mon café rapidement et le rejoins, tire la place numéro 6, et vais m’asseoir.

Découvrez la suite sur dansleseumdunsemipro.fr/le-gout-des-miettes

 

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