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Mr Sneeze

Aujourd'hui je vais essayer de parler de la variance au poker. C'est un sujet complexe, maints fois abordé, et pourtant toujours abondant. Je pense que l'incompréhension de ce qu'est la variance constitue l'un des plus grands leaks à la fois chez les joueurs récréatifs et chez les regs gagnants.

Avez-vous cette tendance à suivre vos résultats? Il semble quasiment impossible à quiconque de ne pas se soucier s'il est positif ou négatif sur une session. Paradoxalement, ce sentiment semble plus fort en live. Pourtant, après 5 h de jeu, vous aurez peut-être joué 100 mains. Quiconque est habitué au online sait que les résultats au bout de 100 mains sont assez inconséquents. Pourquoi vouloir se refaire, pourquoi ce soir, pourquoi pas demain, pourquoi pas dans un an?

Mais les joueurs de online vont être affectés après une journée négative ou une journée positive. Ils vont regarder leur courbe, fantasmer les mois à venir (positivement ou négativement). Tant de joueurs pensent inconsciemment que la variance a des comptes à rendre. Rien n'est plus faux, la variance n'a pas de mémoire. A tous les joueurs obsédés par leur courbe EV, je vous donne un conseil: oubliez-la. C'est un gros leak que vous avez, une incompréhension assez fondamentale de la nature chaotique du poker.

L'état d'esprit idéal est : il n'y a que la main que je joue maintenant. Ma bankroll est à tel niveau, peu importe ce qu'elle était hier, ou il y a un an. Ma bankroll n'est même pas à moi, elle n'est qu'un facteur limitant mes choix stratégiques potentiels.

Les joueurs gagnants s'attendent à ce que leur bankroll augmentent assez régulièrement. Or tel n'est pas le cas. Le jeu bouscule toujours nos attachements. Pouvez vous atteindre l'état de libération intérieure où perdre n'a aucun impact pour vous? C'est un état très subtil, car évidemment il ne s'agit pas de se désensibiliser à la perte au point de ne même plus chercher à gagner, auquel cas on deviendrait un simple gambler. Pouvez vous atteindre l'état de libération où vous savez qu'après une grosse session gagnante, l'argent ne vous appartient pas (puisqu'il va retourner au jeu)? Et qu'il ne préfigure rien sur l'avenir?

Avez vous déjà ressenti cette joie de gagner 10 caves en une soirée, avant d'en perdre 12 le lendemain? Qu'avez vous ressenti? L'attachement à ce qui n'est pas à nous est cause de souffrance.

Vous jouez une session en live. Vous avez un tirage que vous jouez agressivement. Vous êtes callé mais touchez votre tirage. Vous finissez la session à +Xbb.

Même situation, mais vous perdez la course, vous manquez votre quinte. Vous finissez la session à - Ybb. Je suis prêt à parier que la plupart des joueurs auront tendance à se dire qu'ils ont bien joué après la session positive, mais vont par contre cogiter et décortiquer pourquoi ils ont perdu dans la session négative. Pourtant leur jeu est le même! Mais l'incompréhension de la variance nous fait croire que nous maîtrisons nos résultats. Evidemment, tout le monde peut comprendre ce que je dis, théoriquement. Ce n'est pas la question. Tout le monde comprend et pourtant tout le monde tombe dans le piège. Les mouvements sont inconscients, plus subtils. A différents degrés et de différentes manières, tout le monde s'attache à ses résultats, que ce soit en tâchant de se refaire, ou en s'attendant à gagner comme la veille. Tout cela amène les joueurs, bons ou mauvais, à revenir à la table, généralement avec un mindset biaisé dès le départ.

De même si l'on fait un gros bluff, vilain nous snap avec les nuts. Très peu de joueurs auront la clarté d'esprit d'analyser la situation correctement et de réaliser que leur bluff était peut-être génial, qu'ils sont juste tombés sur le top de la range adverse (qu'ils ne prévoyaient de toute façon pas de faire fold). De même pour un gros bluff qui passe. Est-ce que cela en fait un bon bluff? Impossible à dire sans les vrais éléments pertinents, qui ne sont pas les résultats. Quand on joue au poker, il y a quelque part cette incertitude quantique : on joue sans voir les cartes, jusqu'à ce qu'on les voie. Vu que tout le monde oublie ça en permanence, il y a pour l'instant un edge infini pour qui est prêt à prendre cette route tumultueuse qui consiste à naviguer les orages de l'inconscient. Car la variance n'est pas orageuse, elle est neutre, vide, elle est structure du jeu, illusion au fond. Ce sont les émotions suscitées par cette vacuité qui sont réelles, au sens où elle change notre vision du monde (du poker).

Rendez vous compte que la différence entre une session positive et négative repose sur la réussite ou l'échec de quelques C-bet, ou de quelques steals. Vous le savez n'est-ce pas? Et pourtant j'oserais dire que vous ne le savez pas ; vous le savez dans l'intellect, mais pas dans la chair ; votre chair en souffre encore.

Certains joueurs blâment la variance pour leurs résultats (incompréhension fondamentale de où vient la circulation monétaire dans le jeu).

Certains justifient leurs plays avec la variance: genre le pire nit de l'univers me 3b et j'ai QQ, standard stack off, c'est un cooler, etc. L'autre jour j'ai open QQ, me suis fait 3b dans un spot où vilain avait pour moi KK-AA uniquement, avec peut-être 10% de marge d'erreur, j'ai call preflop pour juste check-snapfold un flop 832r. Et ça ne m'empêche pas de call down super light dans d'autres spots. Vous êtes autorisés à faire ce que vous voulez au poker. Vous avez le droit de folder KK pour 30bb en MTT si vous avez un sick read. Vous avez le droit d'open fold AA preflop, même si c'est évidemment une erreur technique, de façon à vous préparer mentalement à faire des folds difficiles (Tommy Angelo parlait de ça).

Si vous êtes du genre à penser que des situations sont standards, et qu'il faut toujours stack off AK ou QQ pour 100bb en NLHE 6max, vous êtes un fish. Si tout vous indique que votre adversaire vous bat, que vous le sentez profondément dans votre bide, mais que vous mettez quand même l'argent au milieu parce que 'c'est comme ça', ou 'je me fais exploiter si je fold QQ preflop', cooler, standard bro, et bien vous laissez de l'argent sur la table, et vous justifiez votre paresse par la variance. Les top joueurs font des sicks calls, des sicks bluffs, et des sicks folds. Ils font tout en fait. Rien ne leur est impossible. Ils savent caller avec bottom pair parfois, ils savent fold 2nd nuts parfois. Ils formulent un read et le suivent. La variance n'est pas utilisée pour créer un flou artistique leur autorisant à faire des calls ou des folds paresseux.

Les maîtres:

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Je ne dis évidemment pas de fold souvent QQ preflop, à mon avis l'idée est claire. Ce que je dis n'est pas facile à appliquer. Si je le formule, c'est précisément parce que je m'attèle à faire mon maximum, et à augmenter mon maximum, et que je vois à quel point c'est compliqué. Je spew à 100%. Mais c'est une chose de faire des erreurs, une autre de les entretenir.

La variance a beaucoup d'autres facettes. Vous ressentirez la variance dans les mains que vous recevez et l'évolution du board, dans les actions de vos adversaires. Mais il y a aussi variance dans nos états mentaux. Certains jours on misplay complètement, d'autres on est 'in the zone'. Il est facile d'oublier que notre cerveau peut juste bugger, ou plus exactement notre conscience peut se faire prendre par des forces diverses (l'inconscient est un océan), et sans prévenir, nous faire oublier un facteur primordial pour la décision.

Si on oublie que des choses de ce genre arrivent tout le temps, on oublie le chaos de l'Esprit (et de la matière, suffit d'avoir un peu mal au bide pour que notre comportement s'en trouve profondément altéré). Beaucoup de joueurs ne parviennent pas à comprendre ce décalage entre ce qu'ils peuvent faire dans leur optimum et ce qu'ils font parfois quand leur concentration lâche ; comme s'ils étaient 2 personnes différentes. Cela peut sembler tellement absurde que peu cherchent même à comprendre, encore moins à travailler pour réduire l'intensité et la fréquence de leurs explosions cérébrales.

Il y a variance parce qu'on s'attache à l'évolution de notre stack en MTT (voire même en cash game à vrai dire). Si on est chip leader on se dit qu'on mérite la TF. Absurdité complète.

Il y a variance dans les reads: parfois on prend une décision qui nous paraît bonne et notre adversaire nous call avec une main qui contredit complètement notre read. Est-ce que ça signifie que notre read était mauvais? Souvent, oui, et il faut alors reformuler un read à partir des infos obtenues, mais il est aussi fréquent qu'on prenne la meilleure décision possible avec les infos qu'on avait. Et fatalement, on remettra en cause notre read et notre jugement, alors même qu'il étaient bons au moment où on les a formulés! Il y a toujours incertitude, on est contraint de faire avec, sans s'attacher, seulement avec la volonté d'apprendre de ce qui se présente. C'est la zone grise, pour reprendre un terme maintenant bien connu utilisé par Tommy Angelo et Manub.

Il y a variance parce que nos adversaires sont peut-être bourrés certains soirs et pas d'autres, peut-être qu'ils se sont disputés avec leur femme, ou qu'ils ont mangé un poulpe.

Le point principal où j'essaie assez maladroitement d'arriver, est en fait un point multi-facettes:

1- beaucoup de choses sont hors de notre contrôle

2- beaucoup de choses sont floues et impliquent une marge d'erreur immense

3- malgré 1) et 2), peu sont ceux capables de voir qu'ils ne contrôlent rien, et que leur contrôle sur les choses est absolument foireux (généralement trop rigide ou trop réducteur). Il en découle souvent une frustration immense, frustration dont semblent se nourrir la majorité des joueurs de poker

4- peu sont capables de garder la tête froide et de gérer d'une part leur volonté de contrôle, d'autre part la résonance chaotique du poker (ou de la vie à vrai dire) qui va parfois récompenser leur volonté de maîtrise, et parfois la punir, sans qu'une véritable logique se dégage de tout cela.

5- il est facile d'utiliser les points 1) et 2) pour justifier nos erreurs, ou pour ne pas changer nos faiblesses, parce qu'on peut se reposer là-dessus pour oublier ce qu'on contrôle effectivement, c'est-à-dire la direction qu'on prend, la posture (de même qu'un marin ne contrôle pas le vent, il peut cependant orienter ses voiles. S'il blâme le vent parce qu'il n'avance pas, il refuse d'assumer la posture juste)

Ainsi, paradoxalement, on trouve des grinders profondément malheureux (parce qu'ils ne savent pas gérer la dialectique de la volonté et du chaos), attachés à leurs résultats, dépendants même de leurs résultats pour leur existence égotique (investissement des forces inconscientes de réalisation dans la pratique du poker) ; ces mêmes grinders évolueront toutefois péniblement, stagneront, incapables de vraiment corriger leurs leaks techniques et mentaux, précisément parce que l'environnement pokéristique leur donne quantité de matériaux pour justifier leur incapacité. Ces matériaux naissent de la variance, de l'énergie qu'on y met, et pourtant je le répète la variance reste vacuité, elle n'est que pur phénomène et n'a absolument aucune importance qui ne soit pas illusion.

Bravo à ceux qui ont eu le courage de tout lire, des éléments complémentaires à ce sujet viendront peut-être, c'est vaste (et dur à conceptualiser!!).

Mr Sneeze

Expérience FPS, part 2

J'ai fini mon précédent billet en parlant de l'ego. Je vais commencer celui-ci sur le même thème.

Il y a tellement d'ego à une table de poker, tellement de testostérone qui bouillonne. C'est d'ailleurs probablement ce genre de trip que les joueurs recherchent dans le poker: la combativité leur donne leur dose hormonale.

En live, l'ego est énorme. Quand on joue online derrière un écran, il arrive qu'on se retrouve dans des bataille de couilles avec certains joueurs, mais l'écran nous protège. On peut spew beaucoup plus sans se sentir ridicule, on ne craint pas autant que nos moves se fassent démasquer. Et puis au fond l'argent paraît plus virtuel. En live, waou, tellement de joueurs prennent les choses personnellement. Comme je le disais, j'ai fait un gros travail pour apprivoiser mon ego, donc je suis personnellement moins impacté par des batailles inter-individuelles (j'ai moins de choses à prouver aux autres qu'avant, moins de volonté de mettre mes balls sur la table... l'agressivité, oui, mais maîtrisée et intelligente). Mais je suis bien obligé de prendre en compte cette réalité.

L'autre jour, à Cadet, en cash game 5/5€, j'arrive vers 1h du mat, dis bonjour à la table, et certains joueurs me regardent comme s'ils essayaient de lire en moi: 'qui est ce punk avec des cheveux longs et un pull pourri qui arrive comme si de rien n'était avec un gros stack à 1h du mat?' En tout cas c'est l'impression que j'ai eu.

En bref, je reçois des mains jouables très vite et j'open genre 4 de mes 5 premières mains. Et là, direct, 2 ou 3 joueurs me regardent comme si je perturbais leur tranquillité. Un type notamment me regardait avec un air de: 'pour qui tu te prends?'. Avant je me serais ptet mal adapté à ce genre de dynamique, mais pas là. J'ai juste regardé cet homme, sans agressivité, sans m'impliquer. Et j'ai vu qu'ils allait pas me donner de crédit pour la soirée, c'était trop tard, son ego était impliqué maintenant, parce que j'avais osé open un peu trop de mains à sa convenance. A noter que cet homme était visiblement un joueur récréatif, marié, qui me semblait d'apparence aisé, le genre de personne qui a une situation professionnelle relativement confortable ; le genre intelligent, qui aime se mesurer à une table de poker. Clairement pas un gambleur fou, mais quelqu'un qui vient pour montrer qu'il est le mâle dominant. En tout cas il se sentait de me donner une leçon, je l'ai vu tout de suite.

Et j'ai fait tout mon profit de la soirée grâce à ça, en essayant d'avoir une idée très précise de ce qu'il recherche dans le poker. C'est assez différent que de se limiter à se dire: 'oh c'est un joueur faible /fort pour X et Y raison'. On est dans le psychologique là, et c'est une dimension primordiale du live, souvent sous-estimée (l'importance de l'image!!!).

Bref, je parle pas des FPS dans tout ça. Mais j'y viens: l'ego investi en tournoi est encore plus important qu'en cash game. En cash game, il arrive que la table soit super funky, qu'on rigole bien, toussa. En MTT, tout le monde se tait, tout le monde tank et prend 5 minutes pour regarder ses cartes avant de fold. C'est bien compréhensible, la survie est dans toute les têtes. Il y a donc cette tension énorme, avec une énorme part de 'drame'. En tournoi, l'attachement est encore plus grand qu'en cash game j'ai l'impression.

A la fin du day 2, j'étais dans les chip leaders avec 360k (et non pas 430k comme annoncé sur les coverages, ma faute: j'ai pas su compté mes jetons). Le soir, c'est limite comme si on me disait que j'allais faire la table finale. Attends une seconde, il reste 120 joueurs! Même si je suis dans le top 10, ya encore beaucoup de route vers la TF.

Et en préparant mentalement mon day 3, j'ai bien fait attention de pas m'emballer. Je me suis dit: ok j'ai un stack c'est cool, ça me donne des options. Maintenant,ya toujours la possibilité que je perde des coups et que je bust avant même l'ITM! C'est aussi très probable que je fasse juste un mincash, et que je me sentes déçu. Mais justement, je me suis préparé à cette déception. Un tournoi, c'est beaucoup de chance, beaucoup de revers de fortune. J'ai eu de la chance d'avoir un excellent day 1 correct, un day 2 excellent, rien n'indique que mon day 3 sera bon. Et de fait il ne l'a pas été ; j'ai fait de mon mieux mais je suis vite passé de 360K à 70K, dans les shorts stacks à batailler pour survivre la bulle.

Et ça ne m'a rien fait. J'étais complètement non affecté. J'ai perdu mes chips, ok, c'est une réalité, je vais continuer avec ce que j'ai. Au final j'ai fais ITM, et ça me déçoit pas. J'ai fais ce que je pouvais. Mes moves sont passés le jour 2, et ont globalement échoués le jour 3. Notamment j'ai perdu la plupart de mon stack en essayant de bluffer un joueur qui m'a snap avec les nuts.

Est-ce que ça veut dire que j'ai spew? Peut-être, et peut-être pas. Peut-être que je me suis juste retrouvé contre le top de sa range au mauvais moment. Il faut tellement de réussite pour naviguer dans un tournoi! Et je parle pas que des flips évidemment. Quand on passe un bluff, c'est de la variance positive, parce qu'on chatte que vilain n'ait pas les nuts à ce moment là. Or on pense toujours qu'on est un sick génie quand on passe un gros bluff, et qu'on est un abruti quand ça échoue. Faut oublier tout ça. Non-attachement à l'impermanence des choses. On prend une décision à un moment, parce qu'on a un read, une vision stratégique. Et ensuite les cartes sont révélées. Mais c'est pas l'important. Parfois on se fait snap et on peut avoir l'air con. Mais les joueurs qui craignent d'avoir l'air con ne feront jamais de perfs.

J'en reviens à l'aspect dramatique des tournois: tellement de joueurs spew tous leurs jetons après avoir perdu un gros coup. Tellement de joueurs jouent comme un freeroll après avoir gagné un gros coup. Tellement de joueurs croient que ça y est, ils ont leur place en TF parce qu'ils ont monté du jeton. En conséquence, beaucoup de déception potentielle. Il faut pas oublier que tout va très vite en tournoi. Au poker, perdre un pot de 50bb arrive tout le temps, n'importe quel joueur de CG le sait bien ; en tournoi, cette réalité est comme oubliée, et perdre 50bb est un désastre. C'est vrai que perdre 50bb peut compromettre la survie, mais la réalité du jeu no-limit, c'est que les jetons circulent. Ils volent même. C'est très important de toujours se souvenir de ça, et de ne pas rentrer dans le côté dramatique du genre: 'oh jsuis chip leader, je dois rester chip leader, et si je perds un gros coup je vais être dévasté'. La réalité est que très souvent les chip leaders des premiers jours ne restent pas chip leaders et bust avant la TF. La réalité est qu'il n'y a que la main en cours: passer d'un petit stack à un gros stack ou vice versa n'a aucune importance, ou ne devrait pas en avoir pour les joueurs de poker avertis.

Et tout le monde prend tout personnellement, OMG. Genre tu 3b un gars une fois, et puis tu gagnes un autre coup postflop contre lui, et c'est lancé: vous êtes ennemis et il va chercher à 'gagner' la bataille de balls. J'ai gagné mon plus gros pot du day 2 contre un joueur un peu ego-maniaque (pas mauvais au demeurant, agressif surtout) ; vu que j'ai joué quelques pots contre lui où il semblait que je le laissais pas me marcher dessus, ni marcher sur la table, je sentais qu'il avait l'impression que je lui en voulais personnellement. Je n'ai pas cherché à changer son impression, parce qu'elle pouvait me servir stratégiquement, mais je n'ai mis aucun attachement émotionnel dans la situation. Mon ego n'était pas sur la table, mais lui le croyait (en tout cas je croyais qu'il pouvait y croire), comme le gars dont j'ai parlé au dessus en cash game. C'est le genre de truc qu'on voit par le regard et la présence, c'est très intuitif, presque animal. On le sait quand ça arrive.

En bref on se retrouve dans un coup où il open (il open wide), je flat AKs au CO (décidé que j'aurais beaucoup de postflop value en callant, vu que vilain était un joueur très aggro, mais intelligent et je pense très compétent pokéristiquement). Le flop est génial: AK2r ; on est 3, vilain CB, je call, l'autre fold. Turn 5, il check, je bet entre 30 et 40% du pot (j'avais une stratégie globale de small stabs alternés parfois de big bets, donc j'ai continué), il call. River 2, il check, je shove pour 2 fois le montant du pot. La raison est que je représente surtout un Ax qui essaye de voler le coup et d'éviter un chop. Et sur le coup, vu l'historique et l'ego de mon adversaire dirigé à mon égard, j'étais convaincu qu'il pourrait se level, alors que si on regarde la situation à froid, c'est sûrement un fold avec Ax pour lui.

En effet il était chip leader de la table et j'étais second en chips avec un gros stack. Est-ce que je me risquerais vraiment à overbet all-in en bluff (genre avec JT ou KQ) contre le seul joueur de la table qui puisse m'éliminer? Et qui a toutes les raisons d'être suspicieux, qui est pas le genre nit, mais plutôt le genre loose qui aime bluff avec J4o? Pour être honnête j'aurais sûrement overbet avec Ax sur ce spot, mais ça reste quand même une situation dégueu pour lui (s'il perd le coup il passe de chip leader de la table à short stack). Mais comment aurait-il pu fold? Ca aurait été signe qu'il perdait la bataille égotique dans le grand drame du tournoi, et ça il ne pouvait pas l'accepter. C'était au fond plus important que sa survie, et plus important que de réfléchir rationnellement à ce que je pouvais bien faire avec mon énorme overbet. Comprendre les motivations psychologiques de vos adversaires peut vous ouvrir des possibilités stratégiques énormes, que ce soit en termes de lignes, ou de sizing, voire même de body langage pour le live.

Pour conclure, je dirais donc que beaucoup de joueurs gagneraient à discipliner leur ego quand ils jouent. En ce qui me concerne, je crée de l'edge en disciplinant le mien autant que faire se peut, et en étant capable en conséquence de voir plus objectivement les egos des autres (qu'est-ce qu'ils cherchent à la table).

Aussi, toute cette dimension dramatique des MTT, ainsi que la 'gloire' qui y est attaché avec les journalistes, les titres, etc, les rend beaucoup plus intenses émotionnellement que le cash game. Jouer 7 h de tournoi implique une concentration d'une grande intensité, et donc une grande endurance physique et mentale. J'étais bien crevé après chaque jour de tournoi! Mais je suis resté concentré jusqu'au bout, et j'ai aimé cette dimension sportive. Le cash game restera mon terrain de prédilection, mais je risque de m'essayer plus souvent et plus sérieusement aux MTT.

Edit: j'aimerais parler du 'high' des tournois. Je me suis senti très excité après tous les jours de tournois. Même en ayant fini 65ème, j'étais encore super chaud plusieurs après avoir bust. Ya une adrénaline énorme du fait de la compétition et de l'aspect 'survival'. J'imagine même pas le high qu'on doit ressentir en faisant une TF d'un gros tournoi live. J'en déduis qu'il y a pas mal de risques à ce genre de sensation. Par exemple, un joueur qui arriverait à faire une ou plusieurs grosses perfs pourrait facilement s'emballer et se sentir comme 'au sommet du monde'. Ca peut avoir des avantages au niveau confiance, au niveau des moves qu'on ose faire, etc. Cependant, le risque serait l'incapacité à se remettre en question, l'incapacité à comprendre les échecs qui vont invariablement venir à un moment ou un autre. Je pense du coup que ça doit arriver à pas mal de joueur de suivre le trajet 'étoile filante', c'est-à-dire avoir des succès, et paradoxalement ne pas parvenir à se 'remettre' de ces succès, incapables de voir que le chemin est parsemé d'embûches, de défis, et que les succès passés ne garantissent rien sur le futur. Seul le présent compte.

Mr Sneeze

Expérience FPS

Quelques pensées à la sortie du FPS Paris.

D'abord, j'ai pas mal hésité à le jouer. La raison est que j'ai très peu d'expérience en tournoi (j'en joue entre 50 et 100 par an), surtout en live, et très peu de perfs. Malgré ma confiance en cash game, surtout online, j'étais quelque part effrayé de me mesurer aux sharks de MTT. Aussi, je commence seulement à bien jouer en live: pendant très longtemps j'avais peur de faire du volume en live, et je jouais souvent sous-optimalement, avec une sorte d'anxiété à la con. J'ai pendant longtemps eu une personnalité très timide et introvertie, mais aussi très sensible aux 'énergies' des environnements et des gens, et du coup une session live se finissait souvent pour moi avec un énorme mal de bide et parfois quelques stacks stupidement perdus. Globalement des résultats bien inférieurs à ce que je devrais espérer en étant reg de NL200-1000 online, et du coup un niveau a priori au dessus de la moyenne d'une NL400 live.

Reste qu'il y a eu une transition depuis quelques mois, je me suis attaqué à des problèmes profonds, cachés dans les recoins de ma psyché. J'ai travaillé des choses dans mon rapport aux autres, à l'altérité ; sur un autre plan, j'ai aussi travaillé ma présence à la table, de façon à pouvoir contenir ma sensibilité qui me fait misplay, et j'ai travaillé mes reads en live, qui commencent à donner des résultats satisfaisants.

Faire ce FPS c'était pour moi une sorte de test: d'abord me confirmer que je n'avais plus peur de jouer en live, ni de jouer en tournoi, et aussi que je n'avais plus peur de jouer des bons joueurs. Je ne crains pas de jouer des bons joueurs en CG online, mais en MTT live, hum, j'avais de l'appréhension.

Force est de constater que mes peurs étaient sans fondement. Je pense avoir tout à fait le niveau pour batailler et tenir ma place dans un event comme le FPS main event. Je manque d'expérience en tournoi, certes, et je vois bien que je suis pas un crack dans le jeu à 30-40bb, mais je pense beaucoup au jeu en général, et j'ai un paquet de moves dans mon arsenal, notamment en termes de sizing. En bref, j'ai réussi à finir ITM de ce FPS, et surtout je pense avoir fait de mon mieux, ce qui me permet peut-être enfin de dépasser ce manque de confiance incompatible avec une carrière de joueur pro. En fait, quand je manquais encore cruellement de maturité, j'avais cette sorte d'ego que beaucoup de joueurs de poker ont, surtout les plus jeunes ayant eu quelques résultats: je croyais que tout le monde était super mauvais, je croyais qu'il y avait UNE bonne manière de jouer au poker, et que c'était la mienne. Au fur et à mesure de ma progression, et en décidant de vraiment m'engager dans une pratique sérieuse, toutes les infinies complexités du jeu me sont apparues, et j'ai alors eu plusieurs crises de confiance, où je ne voyais pas comment j'allais pouvoir gérer toutes ces difficultés techniques et surtout mentales, que le poker crée.

Et puis j'ai vite réalise que mon jeu progressait à travers ce travail tumultueux d'introspection. Que mon tilt s'amenuisait, que mes spews devenaient plus rares.

Maintenant il y a rééquilibrage: je suis plus conscient de mon niveau réel, plus conscient de ce que je maîtrise et de ce que je ne maîtrise pas. Et je me rends compte que peu de joueurs, mêmes talentueux et sûrement meilleurs que moi, ne font pas ce travail d'exploration de leur intériorité (tellement d'ego et de pulsions sont mis dans le poker! volonté de domination surtout), et que ma force résidait là.

Le manque de confiance ressenti était en fait une forme d'orgueil corrompue: en refusant de me mettre dans des situations difficiles et conflictuelles, je refusais aussi l'échec potentiel qu'implique la prise de risque. Donc il s'agit bien d'orgueil: l'orgueil qu'il faut toujours réussir. Or j'ai maintenant bien compris que l'échec fait partie du chemin, et que les vrais athlètes, les vrais guerriers, gardent la même attitude même quand tout s'oppose à leur succès. Ils ne craignent pas l'échec, et ils ne s'attachent pas au succès, ce pourquoi ils réussissent.

Désormais, je sais (mieux) contenir mon ego. Je sais supporter les vagues de la variance, les vagues des émotions aussi, et j'évite de trop m'attacher aux choses. Moins d'ego implique moins de peur. Simplement, je fais le mieux possible, avec les forces que j'ai. Puisque je ne crains plus l'échec, ou le ridicule, je ne crains pas non plus le succès, ni les bonnes intuitions (parce que si on craint d'échouer, on perd le courage de vraiment faire des grandes choses).

Tout ce pavé pour dire que j'ai décidé de jouer ce tournoi pour me mettre à l'épreuve, et que je suis content de ce qui est sorti de l'expérience. Je me sens prêt à batailler, je n'ai plus peur de me prendre des revers, parce que je ne le verrai plus comme une défaite personnelle. J'ai vu que 90% du field était composé de joueurs très très perfectibles ; j'ai vu que des joueurs expérimentés de tournoi pouvaient spew atrocement ; j'ai vu que les sick sharks étaient rares, même dans un tournoi à 1100€ (live certes). Bref, j'ai ma place.

La confiance est là donc, mais elle implique aussi une responsabilité: pour avoir sa place parmi les meilleurs, on peut jamais s'arrêter de travailler, on peut pas prendre la pratique à la légère.

(la suite dans une deuxième partie, parce que je blablate trop).

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