Aller au contenu
Ce blog
  • billets
    10
  • commentaires
    71
  • vues
    26 922

À propos de ce blog

No whine no brag

Billets dans ce blog

LeGwen

Le réveil sonne depuis quelques minutes; il pleut, comme souvent à Paris... Je me maudis déjà, je sais déjà que je n'aurai pas le premier RER et ne pourrai donc pas prendre de café en arrivant au boulot... Je me réveille d'un sursaut! Quel mauvais rêve! Je retrouve assez vite le sourire en apercevant le Venitian par la fenêtre: je suis toujours à Vegas!

Mais alors pourquoi un réveil sonne à midi? C'est plutôt l'heure de se coucher normalement ici... Ah oui, ça me revient; Coco est en table finale du main event du Ceasar palace!

Me voilà levé depuis quelques minutes seulement que je fais déjà un dernier check-up de mon staff. A chacun son rôle: Olivier la technique, Samy les photos, Léo les bières, Chico le trashtalk et moi le soutien psychologique. Mon rôle n'est pas si simple; dès que Coco bet, raise ou fold je dois lui lancer un regard qui lui dit: tu as bien joué mec; même si la plupart du temps je ne connais ni son stack, ni ses cartes, ni le board...

En effet, malgré un buyin de 1K, 1610 joueurs au départ, deux jours 1, un pricepool d'1.5 million et 270K à la gagne (soit le plus gros tournoi annuel du casino), il n'y a pas de retransmission télévisuelle, pas de speaker, pas de sièges pour les spectateurs, il n'y a même pas un écriteau signalant l'événement. La table finale se jouera dans les conditions d'un 40 euros du dimanche après-midi du défunt Wagram. Dommage que Coco ne l'ait jamais joué...

Toutefois, la comparaison s'arrête là: ici, la tension est à son comble. Une recherche assidue sur hendonmob nous donne une idée des adversaires. Deux d'entre eux attirent particulièrement notre attention: un pro slovène qui a l'air vraiment bon mais qui est vraiment short et un joueur qui a un nombre de cash à me faire perdre mon chapeau.

Nous on a peut-être pas son palmarès, mais on a Chico: "bon ok, il a un bracelet, ok il a plein de cash mais regarde c'est uniquement en PLO et son dernier ITM remonte à 2005! Autant dire qu'il n'en a pas fait un depuis que les gens ont appris les règles".

On joue déjà depuis plusieurs heures quand Coco est dans une situation critique. Il vient de relancer en early et le champion du monde vient de lui revenir dessus en se mettant allin. Il tank. Nous on se demande son range, son stack, le bas de la range de Coco... Le team se déchire: "moi je snap AQ, je fold AJ je pense" "mais bordel quel nit, AJ moi je call" "oui mais AT alors?" "Pfff je sais pas, je pense que je fold"... Bref on s'occupe comme on peut vu que Coco a décidé de prendre son temps: ça fait déjà 10 min qu'il réfléchit et que nos bières sont vides... Son stack en prend un coup s'il se trompe... Ouf, un tell: son adversaire a avancé son bras pour mettre en avant son bracelet comme pour dire "je suis pas un rigolo"... Grossière erreur! "Ok I call"

image_10.jpg

ATs qui tient face à A5s et Adri est lancé. Nice call!

Mais tout va très vite au poker. Deux paires, brelan, couleur... dès que Coco voit un flop son adversaire est max. Dès lors, difficile de ne pas voir son stack fondre en quelques orbites...

Un joueur serré ouvre UTG, Adrien décide de partir allin au BU. Bon c'est l'heure de vérité... Snap call en BB! Notre joueur préféré n'a pas bougé d'un poil, moi je bouge dans tous les sens, la bigblind est max c'est fini... UTG fold rapidement ce qu'il dira être deux 10. La BB retourne AK (le bas de son range en fait) et Coco retourne... AA!

Les jetons passent de main en main mais la partie n'évolue pas; toutes les heures le floor propose un deal basé sur l'ICM qui sont systématiquement refusés par le joueur à gauche de notre favori.

Deux paires qui perdent face à brelan (que son adversaire check back river) et Coco est de nouveau parmi les plus petits stacks. Le deal proposé par le floor est cependant intéressant et notre ami demande une nouvelle fois ce qu'en pensent ses adversaires qui refusent encore.

"No deal? Ok, what do you think about a winner-take-all?" lance Adri, bien décidé à en découdre avant d'annoncer ALLIN une première fois... puis une deuxième fois... suivi d'une troisième... Alors qu'il se met allin pour la 4ème fois en 10 min, un frisson parcourt mon corps: est-il en tilt? En a-t-il marre de me voir avec des long islands quand lui se cantonne au redbull? Je ne sais pas, mais il est revenu à l'average en 3 tours de tables sans un seul abatage.

Under the gun, Coco fait une relance que son stack lui permet à nouveau de faire mais pas son image actuelle... La BB lui revient dessus comme je m'y attendais... Mais c'est un snap avec AA!

Un joueur de moins, il en reste 4. Coco est maintenant gros chipleader. Il relance au BU, SB annonce allin. Snap avec JJ qui se retrouve face à 22....

Le croupier retourne un 8.... puis directement un 2. Arf c'était le 80/20 de la victoire là... A peine a-t-il doubler que l'ancien shorstack se dit favorable pour un deal... Coco a toujours un stack confortable mais l'average a fondue... Ok, va pour le deal.

Quand on est joueur sponsorisé, la première place est importante; il n'est pas rare de voir des joueurs donner une part importante de leur gains en échange de la première place... Quand on s'appelle Coco, on est ok pour prendre la première place mais on demande de l'argent pour ça. En effet les américains étant taxés sur les gains, ils préfèrent éviter une ligne hendonmob trop importante. Notre frenchy ne le sait que trop bien et accepte de prendre la première place, mais pour 12K dollars!

Après réflexion, les joueurs acceptent cette offre honorable et Adrien dit -_LeCoco2_- remporte officiellement le Main Event du Ceasar palace devant 1610 joueurs. La fin de séjour s'annonce chargée... En effet, ne dit-on pas "ce que l'on gagne à Vegas reste à Vegas"?

Adrien met donc un terme à l'opposition grinders/livetards qui avait motivée notre venue dans le paradis du jeu avec sa victoire qui est sans aucun doute une des plus grosses performances françaises de l'année:

image_11.jpg

PS1: Il manque Momodu59130 sur la photo, mais il avait un match de ping pong.

PS2:Oui, c'est standard de jouer avec une veste dans les casinos à Vegas même s'il fait 38° dehors.

PS3: Non, Coco a toujours son vieil alcatel pour téléphoner et son pantalon orange pour grinder.

PS4:Je suis d'accord avec vous, une citrouille c'est quand même plus fun qu'une noix de Coco.

THE END

LeGwen

CR VEGAS: We did it

Partie I

L'opposition grinders/livetards ayant pour l'instant tenu toutes ses promesses, je me devais de trouver un final digne de ce nom. En y réfléchissant bien, une destination s'imposait d'elle même: Las Vegas. Arf, me voilà donc forcé et contraint de partir dans la ville du vice pour les quelques lecteurs de mon blog. FML!

Las Vegas, la ville où les péchés ont un prix. Certains y vont pour gagner de l'argent, devenir millionnaire; nous on y va pour jouer aux cartes... Enfin mes coéquipiers car il fait trop chaud à Vegas pour que je joue au poker. Je me cantonnerai donc à un rôle de coach durant ce périple.

Appliqué, j'ai établi un programme exigeant afin de préparer au mieux mon team. A peine arrivés que je les ai déjà inscrit à un tournoi: le 300 dollars du Ceasar Palace appelé "mega deepstack". Le principe est simple: on commence avec 25K de jetons, un megastack donc, pour jouer avec un M de 4 après 2 heures de jeux. Toutefois, les tapis sont encore profonds quand arrive la première main jouée par Crazyoliver:

120bb effectives, Crazyoliver relance AKo (oui, c'est un nit, il n'a de crazy que le surnom) à 600, payé une fois, surrelancé par un livetard américainà 2400. Oliver 4bet à 7200, vilain paye en position.

Le board arrive :8c:8h:2d, notre grinder mise assez cher pour se commit, c'est normal c'est le premier tournoi du périple, il n'est pas encore au top.

Vilain reraise en se laissant 900 derrière (4.5bb). La croupière annonce rapidement un call qui semble logique au vu de l'action mais aussi de la cote offerte (1 pour 50)... Grossière erreur! Le livetard la fustige d'un regard signifiant "C'est ma décision pas la tienne!" et commence à réfléchir. Toute la table regarde notre ami pensif et commence déjà à s'énerver. On assiste alors au time le plus rapide de l'histoire (18 secondes!) qui sera même validé par le floor.

Une minute passe, la main de vilain est brulée, le crazy retourne calmement son missed AK. L'histoire ne dit pas si c'était la gagne, mais plusieurs joueurs sont allés voir le floor en se plaignant d'une collusion grossière.

Grinders I - Livetard 0

Mon second poulain s'appelle LeCoco. Normalement je choisis à mes joueurs un casino en fonction du field, des limites de jeux, du rake... Mais pas pour lui. Comme son nom l'indique, coco est une nuts machine, je préfère donc l'envoyer à l'imperial palace pour son "jackpot main faîte". En bon coach je l'accompagne mais ce n'est pas innocent : à une table de poker un sex on the beach c'est 1 dollars, au Tao un redbull c'est 14.

Notre Coco se retrouve donc sur un flop :Ad:Qd:Td face à un livetard américain avec qui j'ai sympathisé et qui n'hésite donc pas à me montrer ses cartes et me donner ses reads.

Le ricain check call une mise de Coco en me montrant son :Ah:8c et m'explique son read: "il respire fort là, je sais qu'il a une meilleure main que la mienne mais j'ai envie de savoir ce qu'il va faire si un quatrième carreau sort". Ce qui, hors de position, est somme toute un plan de jeu décent. Je le mets cependant en garde: "méfie toi, il n'a rien d'un shark mais les chutes de noix de coco provoquent chaque année la mort de 150 personnes dans le monde, soit 15 fois plus que le nombre de décès attribués aux requins".

Ni le turn ni la rivière n'apporteront un carreau, ce qui obligera mon nouvel ami à check/fold la river. Coco, qui en bon joueur pro, a tout compris du piège américain, retourne sa main pour lui donner sa réponse: il a :Kd:Jd pour une quinte flush royale floppée.

C'est parfait: le jackpot de la quinte flush est pour nous soit 250 dollars, Coco est prêt pour les futures échéances et on a déjà de quoi se payer 1/4 de bouteille de vodka au surrender.

Grinders II - Livetard 0

Il est 23h27, je suis dans un tournoi appelé le main event des WSOP. Aucun joueur connu à ma table, aucun bon joueur en fait même; normal c'est les championnats du monde. Je commence à paniquer, je n'avais pas prévu de jouer aussi tard, j'ai laissé mes poulains tout seuls depuis trop longtemps. Bon, il faut que je saute... Ah voilà 82o en BB! ça devrait le faire.

Le board affiche 286T quand les jetons partent... Pfff j'arrive à faire deux paire même avec des poubelles. Tan pis, j'espère qu'il a brelan mais je n'ai pas trop d'espoir vu qu'il tank sur mon raise allin... Il finit par call avec 86 pour deux paire. Ouf! J'espère que ce n'est pas trop tard.

Je ne prends pas le risque de prendre une bière et file directement au Rhino. Malheureusement, je ne trouve pas mes joueurs... Il n'y a qu'une explication, j'ai échoué dans mon rôle: ils sont déjà dans la black room.

Libido 1 - Grinders 0

Je ne tarde pas à partir, il faut que je sois en forme, demain Coco joue le day2 du Main event du Ceasar qui je l'espère, sera un beau final. Quoi que... il joue à 14h, j'ai encore un peu de temps devant moi...

LeGwen

Deuxième manche du match dont la première partie se trouve

Suite aux nombreuses lamentations de grinders sur le premier round, se plaignant comme souvent de mon échantillon non représentatif, j'ai décidé de laisser place au long terme: le deuxième round portera sur deux tournois Partouche; le sat PPT de Aix en Provence et le 500 euros deepstack de Lyon...

...ou plutôt le side event à 300, le main event affichant complet à mon arrivée :(. Manquer le deepstack de mes rêves c'est dur psychologiquement, passer une journée frustré dans un casino avec 500 euros en poche l'est encore plus! C'est l'unique défaut des structures deep: personne n'est éliminé pendant les premiers rounds... Toutefois je reste confiant, Zeloozer participe au tournoi:)

Mes tables sur ces deux tournois furent relativement classiques si ce n'est ma première table aixoise où les livetards étaient légion avec notamment Fred Chamla, le futur vainqueur (jamais facile de prendre des chips au gagnant du tournoi) et un vieux roublard, un des plus gros gagnant français live lifetime. J'ai garder la même table tout le day1, me permettant de bien connaître mes adversaire et d'augmenter mon edge mais ça me pose problème. Ce n'est pas que je sois fairplay au point de vouloir le limiter, c'est juste qu'après quelques heures il est difficile de justifier certains showdowns ou de faire croire que vous avez les as à toutes les mains.

Mon conseil?

Insister sur les détails: "oui, je sur-relance toujours 96 de coeur", "j'avais les dames noires".

Utiliser les expressions propres au live: "j'ai call pour l'horreur, désolé", "c'est de ta faute aussi, il faut relancer plus fort avec AK, on est pas sur internet là!"

Let's get ready to rumble!

Le match commence vite: un livetard averti paye 3 barrels assez vite sur :8c:Jd:3d:7c:Qd. Le grindeur muck dépité, le board semblait parfait pour un bluff en trois parties. Personnellement je n'ai aucune idée des mains respectives et n'y apporte guère d'importance, comme toute la table d'ailleurs. Sans showdown, comprendre une main de mtt live c'est un peu comme essayer de comprendre pourquoi dans starwars les vaisseaux tombent quand ils sont détruits alors qu'il n'y a pas de gravité dans l'espace.*

Aussi, le livetard décide de faire ce que trop de joueurs omettent de faire, montrer son héroïsme en retournant :8h:9h pour troisième paire. Trop souvent on pense que garder ses cartes secrètes est un avantage mais il est parfois plus intéressant de se bâtir une image comme ici: "moi mon gars, on me bluff pas". J'irai même jusqu'à dire que même si l'on rate son héro call, ça peut vraiment être profitable de le montrer. Ici, c'est aller encore plus loin: le grinder a littéralement tilt et gaspiller ses jetons assez vite.

Livetard I - Grinders 0

Massage? Pas massage? Coca Light? Coca Zéro? Tout un tas de questions existentielles qui me font parfois manquer le déroulement d'une main. Quand je retrouve enfin mes esprits et ma concentration assidue, nous sommes déjà à la rivière: notre vieux roublard mise devant deux joueurs sur un board J9942. L'un des joueurs jette rapidement et tandis que le second prend les jetons dans sa main, surement pour payer l'enchère, notre livetard annonce "FULL"....!!!!!

Hmm.... Le joueur est embêté, la croupière aussi... Elle se décide finalement à appeler le floor pendant que toute la table se demande encore comment un tel joueur peut faire une erreur aussi grossière. La décision est la suivante: "aucun jeu n'est brulé, le joueur est libre de payer ou jeter comme bon lui semble. Il est avantagé car il possède une information supplémentaire".

Fairplay, le joueur s'excuse de ne pas payer et jette une paire de 5... le vieux roublard s'empresse alors de retourner QT... pour un bluff!!! Son explication? Il appelait un ami à lui qui s'appelait Full sur la table d'à côté... Le joueur prendra un avertissement mais pas de pénalité.

Livetard II - Grinders 0

En live, beaucoup de joueurs font le choix du massage pour se détendre et échapper quelques instants à la pression continue d'un tournoi de poker et puis, après tout, le prix est abordable: 2 euros par minutes c'est moins cher que le rake de l'arjel.

Malheureusement, le rendement n'est pas toujours celui escompté. J'ai en effet pu constater un certain dérèglement dans le jeu des "massés" avec notamment Chamla qui a squeeze allin 200bb avec AJo ou encore une serrure, LA SERRURE, ouvrir Q4o en early et 2barrel bluff 2789...pour hit une Q river bien entendu.

Professionnel avant tout, je noterai ici la manière et non le résultat, sans pour autant véritablement savoir si ces plays étaient dues à une trop forte décontraction ou à une volonté d'impressionner les masseuses.

Livetard II - Grinders I

Les grinders enrichissent leur arsenal de jours en jours: 3bet, 4bet, 5bet, Cbet**... Cependant, les livetards aussi travaillent leurs techniques comme en atteste leur dernière trouvaille: la clope électronique (autorisée en casino).

Son utilisation est très simple. Le livetard commence par repérer sa proie, généralement un grinder accro au jeu et à la nicotine qui regarde trop souvent le tableau d'affichage, synonyme d'une envie de fumer pressante. Ensuite, tout est dans le timing. Le livetard allume sa cigarette électronique quand le grinder est UTG+1 tout en expliquant que l'on joue vraiment mieux quand on n'est pas en manque de nicotine. Lorsque le grinder est UTG, le livetard prend des bouffés de plus en plus longues, de plus en plus intenses. Quand le grinder se retrouve en BB, il ne prend même pas la peine de regarder ses cartes qu'il fold son jeu et commence à se lever de sa chaise pour sortir fumer. Là, le livetard relance. L'exécution est parfaite; c'est un timing de professionnel, un vol de blind calculé depuis 3 orbites... un peu trop évident cependant pour un joueur expérimenté: je le surrelance rapidement et il muck en grognant.

Livetard II - Grinders II

Match nul donc, un peu à l'image de mes deux deep runs (70ème pour 40 tickets à Aix, 12ème et ITM à Lyon). Tout se jouera donc lors de la dernière rencontre, certainement en Mai avec le FPT.

See Ya!

*Comprendre par là: c'est de la science fiction.

**Private joke, désolé pour le jeu de mot aussi simple.

LeGwen

« Tenez voilà mon graph, je peux devenir joueur professionnel? »

Le graphique d’un random joueur gagnant, une question somme toute assez simple de cinq mots et hop une septantaine de réponses suivi d’un débat sans fin:

- 3.2bb toutes les 100 mains? Tu es inconscient mon petit gars : les pros ils tournent à 5, tu ne connais pas la variance pour poser ce genre de question puérile. Tu te rends compte que tes gains mensuels c’est le rackback de nanonoko?

- Arrêter tes études? Prendre une année off? OMG WTF! As-tu pensé à l’après poker? As-tu pensé à ta culture? Si demain le poker s’arrête tu te retrouveras dans la rue, sans diplôme, sans travail, sans famille, sans amis, la bouteille de vin à la main et toujours un jeu de cartes…. pour faire un peu de magie aux passants.

- Non les gars, arrêtez avec les études, c’est un discours de diplômé ça. Je connais des gens très bien qui n’ont pas de diplôme. Le vrai problème c’est que le poker n’a pas d’avenir. Si le poker n’en a pas comment veux-tu en avoir un ?

Et si au lieu d’essayer de s’adonner à une dialectique sans fin on posait à notre tour une question, juste une, aussi simple que la sienne pourquoi veux-tu devenir professionnel?

Basou est un pro, j’en suis sur, il est sponsorisé et joue en highstake, je l’ai même vu à la télé. Arf, il est encore étudiant en école de commerce et vient de finir ses partiels...

Comme quoi devenir joueur pro n’est ni une fin en soi ni un choix exclusif.

Bon, je vois des exceptions mais elles vont dans mon sens (normal c’est moi qui les choisis):

-vous voulez passer pro pour faire le circuit live (pour vivre une aventure et peut-être décrocher une perf).

-vous voulez passer pro pour atteindre vos limites en termes de niveau et jouer contre les meilleurs online.

So ici, passer pro permet de réaliser un projet qui est de jouer au poker en live ou online. Cet exemple somme toute génial montre l’étendue des possibilités de cette activité trop souvent oubliées : et si au lieu de faire le circuit live vous faisiez le tour du monde pour compléter votre collection de cendriers publicitaires ? Vous appreniez à parler deux langues ?

Je connais un joueur pro qui joue quatre jours par mois, vous l’aurez compris il ne roule pas en bm, pourtant il a l'air épanoui, bizarre...

En fait, la question de l’argent et des gains est trop souvent mise en avant, comme si passer pro était un choix définitif, comme si le poker était la seule activité où l’on pouvait échouer, comme si la seule valeur ajoutée que l’on puisse en retirer soit juste de l’argent et comme si l’argent était une finalité. L’erreur principale n’est pas en soi de prendre en considération ce paramètre mais plutôt de ne pas le replacer face aux attentes et objectifs du joueur.

-Dois-je donc passer pro?

-Vis ta vie mon garçon.

LeGwen
Le noël traditionnel est devenu un peu vieux jeu, aussi ma grand-mère m’a-t-elle chargé d’animer cette fête familiale par une démonstration de ma passion chronophage... Comprenez par là : organiser une partie de poker. Ça y est, on y est, l’addiction pure et dure : je joue aussi au poker en famille. Les joueurs de poker n’ont vraiment pas de répit…


De nature prévoyante, je ne prends aucun risque qui pourrait remettre mon statut de joueur confirmé en question ou limiter mon nombre de cadeaux : je serais uniquement le dealer. Autant éviter une défaite qui impliquerait un long débat sur les notions de variance, long terme, bad run… l’instabilité de l'activité en quelque sorte.


La partie commence après une courte description des règles, c’est leur première partie. La tension est à son comble : mon grand père est un maniac : raise, reraise, bluff, surbluff, bet, overbet. Mais ce n’est pas rentable, il y a toujours quelqu’un qui paye : ma mère… Une vraie calling station… LA CALLING STATION… « je savais que je n’étais pas loin, j’ai une paire aussi », « je paye, je vois pas pourquoi tu miserais si peu », « je call, il n’y pas de raison pour que tu mises autant »…


C’est alors qu’arrive une main intéressante où ma sœur* semble dans une situation compliquée. Elle fait face à une mise de ¼ pot river sur un board Jxxx. Elle hésite longuement. Mon frère ne dit mot, il adopte la poker face que Bruel lui a apprise. Tout en poussant un long soupir, elle se décide à avancer les jetons demandés et retourne tout doucement AJ… !!! OMFG !!!! Ma sœur slowroll !!! Quoi que… ce n’était pas volontaire… c’est peut être pire que ça… c’est un nit, un vrai !


En y réfléchissant mieux, je le savais déjà. Mon grand-père a toujours aimé le jeu, encore plus les jeux d’argent, c’est un gambleur dans l’âme et donc un spewtard au poker. Ma sœur a toujours été droite dans sa manière de vivre, n’aime ni le risque ni les paris. C’est la définition même d’un nit, au poker ou dans la vie. Voilà, vous connaissez aussi ma famille maintenant.


Je pense que le jeu de chacun est influencé par sa personnalité bien que cela s’estompe avec la progression technique. C’est vraiment marquant chez le joueur débutant mais ça l’est aussi chez le joueur confirmé, notamment en période de B ou C-game. Il est essentiel pour chacun de l’accepter et donc de s’accepter tant le poker est dur psychologiquement et requiert un travail sur soi permanent. C’est contre nature de fold une paire quand on est une calling ou de shove K6s quand on est un nit. Dès lors, il convient d’adapter son jeu à sa personnalité, de trouver son jeu en quelque sorte et non de plagier un style qui n’est pas le sien. Vous ferez moins d’erreur et surtout, vous prendrez plus de plaisir. Néanmoins, jouer son A game c’est quelque part refouler les excès de ses instincts. Chassez le naturel il revient au galop, mais quand il est là, il est temps d’éteindre son pc.


En MTT live, c’est aussi un élément vraiment important et trop souvent négligé par les joueurs SLIM (Sweat à capuche, Lunette noire, Ipod, Muet). En effet, les tables cassent sans cesse et il n’est pas rare d’être engagé dans un gros coup sans avoir vu avant une seule main jouée par notre opposant. Il faut donc récolter le plus d’informations possibles, le plus vite possible. Discuter, échanger avec ses adversaires permet de cerner rapidement les profils pour ensuite faire le bon call ou le bon fold, tout en rendant la partie plus agréable et le temps moins long. Et puis ça évite surtout de trop rester sur l’apriori que tous les asiatiques sont des gambleurs, les papis des serrures et les français de grandes gueules…… ou pas

*Elle est déjà mariée (avant que vous ne posiez trop de questions).
LeGwen
Suite de la première partie qui se trouve

En fin de journée, me sentant en difficulté à développer des reads, un joueur Irlandais décide de m’aider : Are you french ? Ok, I don’t want to afraid you. I know you missed my Briefing so I explain it again. It’s gambling time for me! Irish Players are gamblers!


Je reste perplexe. Est-il en train de me blufftalk à l’Irlandaise? Il semblerait que non vu qu’il vient de mettre tapis deux mains de suite et de montrer deux mauvaises mains… Je le comprends, il ne veut pas revenir pour rien demain avec 70k soit 60bb (l’average)! Toutefois, il vient de passer deux fois de suite lorsqu’arrive cette main :

Blinds 600/1200, Papinit2 raise à 9.5K (8bb !), son premier raise depuis 2 heures. IrishGambler en voyant tout cet argent mort ne peut résister, il pousse ses 70K au milieu. Je suis alors un peu jaloux de cette donation à ce qui est certainement AA, je regarde néanmoins mes cartes sans trop d’espoir. Aye, c’est horrible, j’ai une vraie main! AKo ! J’en rêvais le tour d’avant et là cette main me fait peur. Papinit2 me couvre au jeton près, il a 170K. Je le scrute attentivement et essaie de soutirer des informations « Do you know the briefing ? Do you limp AQ UTG like me? ». Il reste serein, souriant, détendu, trop détendu… En même temps ce n’est pas trop dur pour lui : si je call il va jeter QQ et AK et suivre avec les KK ou les AA vu qu’il ne joue pas d’autres cartes… Je décide d’héro fold (OMG, what a nit !).


C’est vraiment un bon spot au final car si Papinit2 retourne AA ou KK je passe pour un géni et s’il montre d’autres cartes j’écrirai sur mon blog que j’avais AJ. Il avait finalement les AS. Comme quoi il ne faut pas se level tout seul, un nit irlandais qui ouvre 8bb UTG c’est bien le jeu max. J’ai conscience que mon fold n’est pas forcément EV+ en théorie. D’ailleurs, je n’aurais jamais jeté online, mais live l’expression des joueurs nous donnent de précieuse informations dans les situations marginales.


Le tournoi suit son cours, tout se passe pour le mieux. Quand je bluffe, mes adversaires jettent et quand j’ai la gagne ils me payent. Normal, je suis un joueur professionnel. Tous ne le sont pas. Aussi, les croupiers ont du mal à comprendre certaines actions. La distinction entre un call et un fold est minime : le français dit « I cold », comme pour nous rappeler que la climatisation de l’hôtel est plus forte que le mistral marseillais. Pour exemple, un français shortstack relance à 5K, soit la moitié de son tapis. Le joueur en bigblind le met allin. Comme toute la table s’y attend, le français « cold »… mais la croupière ne l’entend pas ainsi et veut brûler la main du français qui, selon elle, aurait dit « fold » ! Après de longues minutes de débats, elle se décide de tirer le flop, difficile en effet de penser qu’il n’ait pas suivi avec sa paire de valet servie. Frustrée, la croupière décide de se venger en éliminant le pauvre français en tirant un as sur le flop (son adversaire possédait AJ).


Mon deep run s’arrêtera sur un 4 outers pour un pot énorme (KT<AQ sur AQJ pour plus de 2.5 fois l’average). That’s poker. Aller jouer à l’étranger pour sortir sur un assez gros bad beat c’est dur, il faut pourtant s’y préparer. Mon conseil ? Jouer le jour 1A si notre activité professionnelle le permet. Outre la journée de pause bénéfique après avoir jouer 10 heures de suite et un field généralement plus soft, cela permet de profiter de la ville et du pays. Histoire de revenir en France en ayant eu pleins de reads mais aussi du fun. Qu’importe alors ce que les cartes décident : il n’y a pas que le poker dans la vie
LeGwen
Les retours sur mon dernier billet étaient plus ou moins unanimes :

« C’est la première fois que je lis un blog et que je ne sais pas de qui ça parle »

« C’est toi le blog du cp ? »

« Joli post mais pourquoi tu fais un blog ? Pourquoi maintenant ? »


Ah, oui, en effet, j’ai commencé à écrire un billet en omettant de me présenter, ce qui risque de poser un problème selon le sujet abordé.

Donc voilà, j’ai 25 ans, diplômé d’une école de commerce, je joue au poker depuis longtemps sans être capable de donner une date précise. Vous rappelez-vous de vos premières parties ? Personnellement je n’en ai que de vagues souvenirs, autant je me rappelle de mon excitation lorsque je finissais ITM des tables shastas autant je ne sais pas vraiment où j’ai appris les règles tant j’ai joué à divers jeux de cartes dans les bistrots marseillais. La « contré » ou « coinche » pour les nordistes étant le jeu phare, une partie de poker c’était bien trop long puis c’était bien moins stratégique…… Aujourd’hui le poker est ma seule activité.


Pourquoi le poker ?

J’aime tout simplement le jeu pour ce qu’il est : la stratégie, la technique, le hasard, l’adaptation, la psychologie. Tout me plait, je jouerais aussi si j’étais un joueur perdant, ça ne fait aucun doute, mais plutôt live pour optimiser les sensations.

La compétition reste l’élément qui me motive le plus, je n’ai jamais up de limite sans avoir le sentiment de battre réellement les régulars. C’est souvent une erreur financière mais je pense que j’aurai toujours ce défaut ; aujourd’hui les joueurs qui me ownent sont les joueurs que je préfère. D’ailleurs l’arjel réussit bien sa mission contre l’addiction: avec le rake HU, je ne vais presque plus jouer HU les meilleurs pros de cette discipline.


Pourquoi un blog et pourquoi maintenant ?

L’envie d’écrire et d’échanger sur certains aspects du jeu principalement. Avec des centaines de milliers de mains jouées en nl400+ et en tournoi tout buyin je pense avoir du recul sur certains points difficilement abordables sur un forum. Je ne pense pas faire des billets de stratégie à proprement parlé, afficher mes résultats ou raconter mon dernier bad run mais plutôt écrire quelques posts quand l’envie me prend ou qu’un thread du forum me tilt. Mes seuls compte-rendu seront sur du jeu live, en espérant vous donner envie aussi d’en faire vu que beaucoup de grinders n’en n’ont jamais fait. Après tout, ce ne sera qu’un vice de plus .


Les objectifs 2011:

-Kiffer 2011 autant que 2010, ce serait déjà bien
-Owner live et online
-Progresser
-Monter des rolls sur les sites qui me manquent
-Arrêter de fumer (marre de manquer les As pour une clope)
-Apprendre une 4ème langue (surement l'espagnol)
-Voir du pays

Les plus:
-Perfer à Vegas (bracelet obv)
-Acheter une maison balla
-Ne pas laisser mon blog à l'abandon

Les improbables:
-No tilt, no spew!

See Ya!!
LeGwen
Grinders* et livetards** ont peu d’occasions de s’affronter. Normal, le grinder vit avec un PC quand le livetard espère toujours une croupière. Toutefois, certains événements mettent en opposition autour d’un ring de poker ces deux types de joueurs, représentatifs de deux visions du jeu et bien souvent deux générations. Ayant manqué la bataille de Deauville, je m’étais promis de participer aux suivantes et, comme toujours avec notre jeu de fortune préféré, je n’ai pas été déçu.

Nous voilà donc à la finale des FPS à Hausmann pour le premier round où, par habitude, j’arrive un peu en avance histoire de prendre la température et demander des autographes. Ça me réussi bien, tout le monde me prend pour le voiturier (3 fois en 3 jours de tournoi).


La partie n’a pas commencé que j’aime déjà ma table, mes attentes sont comblées, grinders et livetard sont présents. Je connais même déjà un joueur : Pasqualini. C’est toujours une sensation étrange d’être à la table d’un joueur populaire. On le connait sans n’avoir aucune idée de son jeu. Quant-à lui il sait qu’on le connait sans savoir si cela va influencer notre jeu contre lui. Au final, je préfère ne pas connaître les joueurs, ça m’évite de me poser ce genre de question philosophique. L’avantage c’est que je suis sûr de son parti : c’est un livetard, je vais donc pouvoir commencer mon rôle d’observateur.




Let’s get ready to rumble!


Le match commence à peine que Pasqualini cible déjà un grinder russe. Online, les joueurs traquent les loose passifs. Les livetards, eux n’attendent pas d’information, ils prennent une cible (un joueur à leur droite bien entendu) et ils s’acharnent dessus. C’est vraiment déstabilisant pour le joueur non-averti qui se rend compte souvent trop tard de la combine. Notre joueur corse ne joue pas beaucoup de mains (très bonne image donc), mais dès que le russe relance ou bet, il call ou 3bet systématiquement. Paradoxalement, une dynamique se créait autour des relances du grinder pro tandis que les débutants sont laissés tranquilles. Le grinder n’aura pas eu le temps de comprendre que la table casse, amputé d’une bonne partie de son stack.



Livetard I – Grinders 0


Je me retrouve, jour 2, 28bb, à ouvrir en premier de parole avec le bas de mon range : Ako. Un grinder un peu foufou me 3bet cher: à 9 ou 10bb. Alors que je suis en train de réfléchir quel va être mon acting avant de mettre allin, le livetard en bigblind s’agite dans tous les sens. «Je ne peux pas jeter ça … C’est horrible… Je n’ai pas vu une main depuis une heure… Ok, je paye!» Pour moi, sa main ne fait aucun doute, il a des valets, des dames, AK et de rare fois AQ. J’insta shove dans cette situation idyllique. Le 3better me paye très vite… aye… Il semble vraiment fort là… Le livetard jette sans hésitation et montre sa paire de dames. Le relanceur retourne AJo! Wow! A ce moment là, j’espère juste que le floor n’interprète pas ça comme de la collusion high level.
Le board arrive KQxxx : le livetard se lève et raconte le coup aux autres tables : «j’y crois pas, c’est n’importe quoi! Pour une fois que je gagnais un flip… je ne l’ai pas joué! Non, mais sérieux, ça c’est les joueurs d’internet, ils veulent jamais voir de flop ! Ils pensent que AK c’est deux jokers!». A vrai dire, si le relanceur n’avait pas payé, il aurait fold aussi, les livetards ont quelques leaks lorsque le stack effectifs est de 30bb. De manière générale, faire des héro fold ne les dérangent pas mais il faut qu’ils y perdent un peu d’argent.



Livetard I – Grinders I


Les grinders n’aiment pas faire de petits buyins live, ils préfèrent les gros events puisque bon, jouer un pseudo ou une personne c’est théoriquement la même chose. Cela semble leur réussir de manière générale sauf quand Alexia Portal est à leur table. Une femme qui ne joue pas que les nuts c’est déstabilisant. En bon gentleman, les grinders s’adaptent bien pendant les premiers tours : ils jettent la gagne au moindre bet et payent 3 barrels avec le jeu perdant. Un grinder du CP trouve d’ailleurs un bon spot. 4way, le board arrive . Il effectue un bet 2/3 pot et Alexia pousse allin. Vu le stack effectif, je me dis que double pair doit être le bottom de son range mais notre ami grinder réfléchit à voix haute «il n’y a que deux mains qui me battent, je paye tu dois avoir ou ». Il avance les jetons et retourne sans surprise KQ pour double pair… Avec le ! Nice read! Malheureusement pour lui, sa donation échouera puisqu’un K river le sauvera du AQ de son opposante. Personnellement je n’ai jamais vu un livetard missread sa main, mais les grinders ont souvent du mal avec les decks bicolores.



Livetard II – Grinders I


Nous jouons depuis de longues heures quand nous nous approchons de la bulle. Live, le nombre d’heures jouées est un élément de prise de décision non négligeable. En effet, les grinders raillent les livetards serrures qui se laissent mourir (en ne jouant pas une main) sans voir qu’en réalité ils ont un edge sur eux. Le livetard vit dans les cercles, sait ce que les mots «card dead» et «patience» signifient. En d’autres termes il ne craque pas, contrairement au grinder pour qui les journées semblent interminables. J’aurais ainsi pu voir dans le même level un pro nl400 s’envoyer en l’air avec 30bb et AJs (UTG vs UTG+2), un pro mtt 3bet shove Q7o pour 20bb snapcall par un autre joueur online avec A8s. Peut être était-ce pour montrer qu’ils ne jouaient pas l’itm; je veux bien le croire, avec ces plays ils ne peuvent pas rentrer dans l’argent. Les grinders jouent 100 fois plus de mains par mois que le livetard et pourtant le premier qui craque et spew son tournoi c’est trop souvent le joueur online.



Livetard III – Grinders I


Victoire des livetards sur ce premier round donc, où l’avantage technique des grinders n’a pas suffit à combler leur manque d’expérience de jeu live.
Pour ma part, je serais éliminé quelques minutes après être rentré dans l’argent, content d’avoir pu assister à ce premier spectacle; après tout je ne suis que le voiturier.



Grindeur* : joueur jouant essentiellement online avec un volume de jeu important
Livetards** : joueur jouant essentiellement en live, en cercle ou casino pour qui le jeu online n’est pas « vraiment du poker ». Souvent utilisé de manière péjorative, l’appellation livetard est trop souvent associée à mauvais joueur. Pour ma part je l’utilise uniquement pour décrire les joueurs pro de jeu live, j’utilise le terme de « débutant » ou « joueurs récréatifs » pour cataloguer les joueurs faibles techniquement, qu’ils soient grinders ou livetards.
LeGwen
Jouer un tournoi à l’étranger est toujours une expérience unique dont la principale difficulté est d’apprendre à connaitre les locaux. Personnellement, cloisonné en .fr je n’avais aucune idée du jeu Irlandais : sont-ils rugueux au poker ? Surjouent-ils les mains suited à trèfle?


Afin d’être sûr de bien cerner les profils et de ne pas me déplacer pour rien, j’ai opté pour le DSO challenge : avec des levels d'une heure (et 50K de jetons), il est peu probable que je rentre sur Paris sans des reads plein les poches.


J’arrive à Dublin la veille du main Event alors que le satellite est à un moment critique. 34 joueurs restant pour 33 tickets, les joueurs votent un à un à bulletin secret (WTF ?) pour savoir s’ils payent le dernier. Le verdict tombe, 33 joueurs ont donné leur accords avec le carton vert, un joueur a donné le rouge. La partie reprend donc son cours : une table, déçue, décide de faire un walk à toutes les mains ; je les envie, je n’ai encore jamais fold une paire d’AS ou muck un jeu gagnant. Toutefois, je vais me coucher tendu, ma tâche va être difficile : le floor, les croupiers, les dealers, les serveurs, les joueurs*… tous sont français…


Le tournoi débute enfin, je ne regarde pas les noms de ma table, je préfère garder la surprise. Ouf, parité respectée : 45% de français, 45% d’irlandais et moi un français que tout le monde prend pour un Irish. Parfait, passer pour un local devrait faciliter ma tâche. Il est toujours bon d’avoir des « amis » à tables car ils nous font toujours des cadeaux (comme des check backs river avec de bons jeux et de gros raise flop avec le jeu max) et surtout, ce qui m’intéresse au plus haut point : ils donnent volontiers leurs reads sur nos adversaires (no joke).


La journée commence par un missread : Papinit1 joue bien, il pourrait remporter la race Bwin hivernal* sur une seule partie. D’ailleurs avec son jeu NAG (Nuts Aggressives), il ne tarde pas à sortir un joueur dès le second niveau. Plusieurs journalistes irlandais viennent tour à tour à la table demander ce qui s’est passé, j’en déduis que c’est le premier éliminé du tournoi et qu’il a gagné un lot de consolation... C’est alors qu’un autre joueur, ayant remarqué ma profonde réflexion, finit par me renseigner : le joueur en question était Andy Black, une légende du poker en Ireland ! Diantre ! Me renseigner sur les joueurs du pays aurait été un minimum !


Après quelques dizaines de minutes, je développe enfin mon premier read qui, malheureusement, annihile tous les autres : l’irlandais open muck tout le temps ses cartes sur la rivière. Je ne vois aucun showdown, c’est frustrant, voir déstabilisant. Je décide alors de me prêter à ce petit jeu afin de parfaire ma couverture de joueur Irlandais :


Sur un board AT22A je bet river devant deux joueurs avec QJ, je ne pense pas faire passer un dix mais toutes les paires inférieures auront du mal à payer. Le premier joueur jette assez vite et le second finit par payer. Là j’ai vraiment un bon spot d’open muck : je n’ai que peu d’intérêt à connaître sa paire et je préfère garder mes cartes secrètes. Je jette donc, fier de moi. L’irlandais esquisse un sourire et raille « I know what you had » en retournant 43 ! WOW ! J’ai réussi à jeter la gagne sur mon premier open muck lifetime!


Non ce n’est pas fini ! La suite

*(sans vouloir trop m’avancer, je pense essentiellement des joueurs de winamax)
*nouvelle course organisée par Bwin dont le but n’est pas de faire des mains ou du profit mais des combinaisons de flush, quads…
LeGwen
Au poker, tout joueur a sa spécificité: Isildur l’overbet, Tony G le trashtalk, Elky sa coupe blond platine… Difficile dès lors de se démarquer et de se trouver une identité. Pourtant j’ai moi aussi la mienne : en live tout le monde me bluff. Si un joueur tight/nit ne joue pas pendant deux levels, ne vous demandez pas qui il va relancer en bluff si je suis à votre table : je serai forcément sa cible.

Quand Zeloozer m’a parler de ce tournoi et de sa structure vraiment deep (d’autant plus pour un buy-in de « seulement » 500 euros), j’ai de suite été emballé, j’en aurai pour mon argent : avec cette profondeur les vilains pourront me bluff préflop, flop, turn et river voir même sur plusieurs streets.

Nous voilà donc à Clichy, un 14 janvier comme un autre. Il y a du beau monde, enfin surement vu que tout le monde connait tout le monde, avec en autre des personnalités du cp (gloub, roroflush,…), le team Oktopus, le team Poker Bank… Je n’en connais pas beaucoup mais je me présente poliment et essaie d’être le plus courtois possible. Ça fait partie de ma stratégie depuis que, lors d’un tournoi live, un joueur m’a 3 barrel bluff allin juste après que je lui ai payé une bière. Je tombe alors sur Valentin Messina : fidèle à mon plan machiavélique, je lui propose de boire un coup avant le début du tournoi. Tout se présente pour le mieux même si les joueurs tardent à arriver : il y aura 100 joueurs au total. Tant pis si j’en ai manqués, je m’en occuperai à table.

Le tournoi commence, je ne connais aucun autre joueur mais la table est somme toute assez classique : un grindeur online qui veut gagner tous les pots, deux gambleurs ne sachant pas lâcher les As, deux LCPFCFF (joueurs qui limp call préflop et check fold flop), deux nits, un siège vide et valentin. Parfait, j’ai bien eu raison de lui payer un café, il ne pourra pas s’empêcher de vouloir m’outplay.

Main 1 :

Valvegas ouvre UTG et je découvre A4s au BU, tout excité. Je décide de call en espérant que les blinds complètent. La SB fold et la BB (le grindeur fou) complète après un moment d’hésitation. C’est un élément important puisque je retire par défaut toutes les pockets pairs de son range.
Le flop arrive A47ds, Valentin check, je mise, BB call. Hm… Il va y avoir de l’action.
Le turn est un 8 ne complétant pas la flush. Je mise à nouveau et vilain me relance. Ah, on y est enfin. Je le sens vraiment sur un move et paye rapidement, il ne représente 56 et A8, mais peu importe, je n’y crois pas.
La river est une doublante du 7 qui contrefait ma double paire et vilain se met allin. Sick, je comptais payer toutes les rivières, mais celle-ci est une des pires. Je décide de passer (oui, je me dégonfle en fait) et vilain retourne un J9o magnifiquement joué. Je savais que j’en aurai pour mon argent.

LeGwen 0 – Reste du monde 1.


Main 2 :

Peu actif depuis le dernier niveau, je découvre un spot parfait : je n’ai pas joué un coup depuis que vilain est arrivé, il ouvre au BU, il a 32bb. Je le 3bet de bigblind et il me 4bet assez vite (commit donc). Comme tous les livetards je regarde une dernière fois ma main… Oui, j’ai toujours Q3s… Je jette et vilain décide de montrer une de ses cartes, un 4 de piques… J’étais surement dominé mais je considère ça comme un bluff. Bien joué.

LeGwen 0 – Reste du monde 2

Main 3 :

Le siège vide se remplit enfin. C’est un joueur sympathique qui n’apporte guère d’importance aux premiers niveaux du tournoi. Il m’explique qu’il en a profité pour se faire faire un massage thaïlandais très relaxant et m’invite à venir avec lui la prochaine fois en me touchant le bras. Je vois clair dans son jeu : il a la même stratégie que moi, en plus poussée encore, il veut que je le bluff. Aussi, il ouvre chaque fois qu’il est UTG et que je suis de bigblind pendant 4 orbites : je folde quatres fois rapidement et rend sa stratégie caduque.

LeGwen 1 – Reste du monde 2

Main 4 :

Je suis de bigblind quand le joueur au Cutoff openshove pour près de 20bb. C’est beaucoup, beaucoup trop pour mon tapis. Je me remémore les quelques échanges que l’on a eu ensemble et ça ne fait pas de doute. Il veut me bluff pour prendre ma blind. Je décide de call avec ATs (oui, il faut un sacré read) et vilain retourne T4s.

LeGwen 2 – Reste du monde 2

Match nul et donc logiquement ITM (12ème). Aucun regret, je suis plutôt satisfait de mon jeu sur les deux jours et de mon adaptation à mon image. On parle souvent de l’importance de celle-ci, mais les joueurs sont à tort plus focalisés sur l’image des autres que sur la leur. Toutes les images sont exploitables, il n’y a pas de bonne ou mauvaise image (même si en tournoi on préfère toujours avoir de la fold equity). En live, il n’y a pas que le jeu à table et les showdowns, l’attitude générale et les discussions avec les autres joueurs sont tout aussi important. J’irais même jusqu’à dire qu’il y a souvent plusieurs bonnes manières de jouer une main au poker d’un point de vue technique, mais il n’y en a toujours qu’une seule optimale : celle en corrélation avec votre image.

Pour finir, je pense participer à tous les events parisiens proposant une aussi belle structure qui renforce l’edge des pros et le plaisir des joueurs récréatifs. Bref, vraiment un beau tournoi avec un niveau comme souvent très hétérogène; et si vous me rencontrez et que je vous semble poli et courtois, voir vous paye un coup à boire, ne tombez pas dans le piège…
English
Retour en haut de page
×
PokerStars : SCOOP
PokerStars : SCOOP