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Gestion de la frustration: la théorie de la dissonance cognitive

Ça démange et ça picote et...ça frustre !

Voilà plusieurs mois que l'envie de se mettre autour d'une table devient de plus en plus présente.

Seulement voilà, la quantité d'énergie à investir est limitée ainsi que les moyens en argent et en temps. Méchantes contraintes que ces réalités inévitables avec lesquelles devoir composer.

Une certaine tension intérieure commence à naître, celle issue de la conscience qu'il va falloir faire des choix de positionnement personnel face au poker. Etablir un contrat implicite et tacite entre la personne que je suis dans sa globalité, le joueur de poker et les exigences du jeu créant 3 couples d'interactions.

Pour rester motivé, trouver un équilibre s'impose pour que ces interactions soient les plus harmonieuses possibles :


  • Ma personne et le poker : le plaisir du jeu doit rester la clef, sa valeur ajoutée doit être suffisante pour trouver sa juste place parmi les autres domaines d'intérêt et de réalisation personnelle. C'est aussi un outil de connaissance de soi et de ses limites.

  • Ma personne et le joueur: les humeurs et état de l'un ne doivent pas s'influencer négativement et nécessitent de bien se connaître. Fatigue, disponibilité, moral, ambition, ouverture et capacité de remise en question sont des compétences à soigner. La vie de famille ou de couple, le travail et la santé physique et psychique sont des partenaires obligatoires.

  • Le joueur et le poker : connaître mon profil de joueur, points forts et points faibles, thèmes à travailler, analyses du jeu et ds sessions, lectures, lien avec le jeu, gestion du bankroll etc.


    Parfois, les circonstances font que des tensions apparaissent entre ces interactions. Elles sont souvent liées à l'apparition de zones d'inconfort, d'incohérence ou de contradictions pouvant générer une insatisfaction ou une frustration.

    Ce sentiment désagréable peut aussi être une opportunité d'introspection et de compréhension de soi laissant la place à la possibilité de ne plus subir seulement mais de poser des actes et choisir ses combats.
    Je considère que la pratique du poker est un excellent moyen de travailler ce processus, comme un fitness psychologique permettant par l'expérience du jeu des ancrages de prise de conscience permettant une meilleure connaissance de soi et, par conséquence, des autres.

    En fait, la frustration n'est probablement que le fruit d'un mécanisme plus subtil et profond que j'aimerais aborder dans ce billet et qui trouve ses racine dans la théorie de la dissonance cognitive.

    La théorie de quoi ?

    La théorie de la dissonance cognitive propose une modélisation des conflits cognitifs pouvant intervenir entre deux ou plusieurs éléments incompatibles.

    Un conflit quoi ?
    Cognitif ! La cognition c'est tout élément de connaissance, d'opinion ou de croyance sur l'environnement, soi-même ou sur son propre comportement.

    La dissonance ?
    C'est la simultanéité de cognitions qui entraîne un inconfort mental en raison de leur caractère inconciliable ; ou l'expérience d'une contradiction entre une cognition et une action.
    Donc un conflit entre ce que l'on prône et ce que l'on fait.
    Par exemple un avocat étant obligé de défendre une cause ou un client en totale opposition avec ses valeurs.

    En tant que joueur de poker, cela ne vous rappelle rien ?
    Les situations de frustrations sont multiples et de toutes formes dans la pratique du jeu.
    Les plus évidentes sont celles concernant les situations de tilt, mais dans le fond, la maitrise du jeu commence d'abord par la maîtrise de soi.
    Il faut en effet être un peu masochiste pour se lancer dans le poker sans se préparer mentalement à être repoussé dans ses propres limites psychologiques, mentales, logiques, intellectuelles, relationnelles, rationnelles et émotionnelles.

    Chaque joueur se souvient avoir pris des décisions irrationnelles ou impulsives, d'avoir été pris dans un conflit intérieur entre l'instinct et la raison, la poursuite d'une partie perdante alors que la conscience dicte de s'arrêter etc.

    La première clef est sans doute dans un premier temps d'essayer d'identifier ces mécanisme, de les reconnaître et de les regarder en face.
    Une fois identifiés, reste à les comprendre, à repérer leur carburant, ce qui les anime et les fait vivre.
    Ce qui est connu fait moins peur, et ce qui ne fait pas ou plus peur nous rend plus fort.

    Ce sont les étapes que je vous propose de suivre dans la suite de ce billet.

    Dans cette phase de découverte, pensez à vos propres zones d’inconfort et à vos conflits intérieurs lorsque vous jouez.
    Quels sont les pièges habituels dans lesquels vous tombez régulièrement ?
    Quelles sont les émotions récurrentes qui paralysent votre jeu ou votre capacité à prendre des décisions ?
    Dans quelles situations avez-vous le sentiment qu'une tension intérieure naît ?

    Vous avez quelque chose en tête ? Ce déséquilibre subit c'est de la dissonance cognitive.

    Regardons cela de plus près avec un schéma :
    http://i18.servimg.com/u/f18/19/23/71/34/schema10.jpg
    Ici l'attitude c'est par exemple une ligne de conduite que vous vous êtes fixé : « En cas de bad beat je ne tilterai pas et si je tilte je sortirai de table pour me concentrer »
    Le comportement c'est ce que vous allez mettre en oeuvre pour être en adéquation avec cette ligne.
    Plus il y aura d'écart entre attitude et comportement, plus de la dissonance (ou de la tension) se créera. Plus cette écart sera grand plus il faudra d'énergie pour le réduire.
    Dans cet exemple, imaginons que le bad beat arrive, 3 situations possibles:

    1. Ligne verte : j'ai pris un bad beat, je me concentre sur le prochain coup et je me souviens de mes réussites, mes bonnes lectures, mes bluffs réussis, mes bons fold et mes bon call.

    Il y a cohérence entre les 2 éléments attitude et comportement et pas de tension.


    1. Ligne orange : j'ai pris un nouveau bad beat, je sens que ça m'affecte et que je suis fragilisé. Je n'arrive pas à me concentrer sur une visualisation positive. J'ai maitrisé jusque là, je peux bien m'autoriser un petit tilt...

    Il y a début de tension, le comportement commence à s'écarter de la ligne fixée.


    1. Ligne rouge : C'est le 3ème bad beat et toujours avec le même donk qui call n'importe quoi pour un runner runner. J'ai vraiment une malchance terrible et c'est injuste. Je tilt c'est vrai mais je vais pas me laisser faire comme ça et je débrieferai tout à l'heure à la pause avec mon coach

    Il y a clairement malaise et inconfort mental flagrant car continuer de jouer et respecter la ligne sont des éléments contradictoires et inconciliables ! Il y a dissonance.

    Quelles sont les conditions idéales permettant l'apparition d'un effet de dissonance ?


    • Le sentiment donné à l'individu d'être libre de réaliser ou non le comportement problématique que l'on attend de lui.

    • L'aspect irréversible du comportement problématique

    • le fait que ce comportement problématique soit réalisé publiquement

    • On l'a vu, une forme de non-respect de soi, de ses valeurs ou lignes de conduite

    • Les conséquences du comportement problématique sont :

      • Aversives : qui suscite ou provoque une violente antipathie ou un dégoût

      • irréversibles

      • prévisibles

      • perçues par l'individu à l'origine du comportement problématique

      • être attribuées par l'individu à lui-même (responsabilité de son comportement)



        Vous constaterez donc combien le joueur de poker est complètement concerné par ces conditions et qu'on pourrait même dire que ces conditions font partie du coeur du jeu !
        En être conscient c'est savoir utiliser les leviers permettant d'accentuer la dissonance chez l'adversaire et de prévenir la vôtre !
        C'est pour cela que sans conscience du jeu, deux profils extrêmes de joueurs en danger ou dangereux se dégagent : les débutant et les ludopathes (accros pathologiques au jeux)
        Dans les deux situations, leur consience ou absence de conscience altère leur manière de jouer. C'est le jeu qui domine le joueur et pas l'inverse.

        C'est pour cela que j'affirme qu'à mon sens, un « bon » joueur de poker est un joueur conscient et que, par conséquent, ses risque de dépendance sont réduits si il travaille cette conscience.

        Il y a-t-il d'autres « symptômes » à repérables ?

        • Lorsqu'un individu souffre d'anxiété, il cherche à la cacher avec des explications irrationnelles

        • Lorsqu'un individu a fait un choix irréversible et qu'il cherche à minimiser son impact pour qu'il fasse moins mal en cas d'échec

        • Lorsqu'un individu cherche à justifier un comportement qui s'oppose à ses valeurs pour en minimiser les conséquences négatives

        • Lorsqu'un individu cherche l'approbation de personnes de même opinion que lui dans le cadre d'une décision manifestement mauvaise pour en minimiser l'impact

        • Lorsqu'un individu en sentiment d’infériorité ou inférieur en compétences se met volontairement en échec plutôt que de subir l'humiliation d'une défaite

        Si le joueur de poker est capable d’identifier et de reconnaître ses dissonances, il cherchera à les réduire ou les éviter. Quels sont ces modes de réduction ?

        [*]

        La rationalisation cognitive :

        Lors que la réalité physique, concrète est trop dure ou inéluctable sur quoi peut-on agir ?

        Sur la réalité psychologique !

        L'attitude de l'individu en proie à un comportement problématique peut se réfugier dans une justification des raisons qui l'ont poussé à le faire, ce qui donne de la consistance permettant de réduire la dissonance. Cependant ce genre de stratégie surviendra surtout lorsque l’individu et acculé et soumis à le faire par la situation.

        Nous avons tous assisté à ce genre de scène où un joueur chanceux et inconscient se décrédibilise totalement avec des explications boiteuses sur les raisons de son succès. Le contraste est saisissant avec un joueur expérimenté qui se tait voir s'excuse lorsqu'il a chatté sa carte river sur une mauvaise décision.

        [*]

        La rationalisation comportementale :

        Suite à un comportement problématique, l’individu saisi une deuxième occasion de renforcer ce comportement pour s'appuyer sur un sentiment d'assumer l'inassumable.

        En quelque sorte il persiste et signe.

        Exemple : une calling station serrée vient de perdre un pot énorme qui, de toute évidence était incallable mais répète le même schéma le coup d’après comme pour marquer son « droit » ou sa liberté à jouer comme il veut.

        [*]

        La trivialisation :

        L'individu minimisera le comportement problématique ou l'importance de l'incohérence du conflit avec ses valeurs en les minimisants ou les dévalorisant « c'est pas si grave en fait parce que... »

        Un exemple récurent en poker se présente lorsqu'au moment d'un choix entre deux choix équivalents le joueur cherche après coup à justifier son choix en maximisant les points positifs de son choix et minimisant ceux de l'alternative délaissée.

        [*]

        La recherche d'un support social ou d'opinion :

        L'individu cherche à modifier son environnement social en le convertissant à sa cause. Il devient prosélyte et s'entoure de personne acquises à sa cause qui ne le confronteront pas à son incohérence. Il recherche l'appartenance à un groupe d'opinion similaire pour être moins seul et moins ressentir sa dissonance.

        Là encore, vous vous souviendrez de discussions interminables entre partisans et opposants du déroulement d'un coup avec les joueurs concernés qui alimentent le débat afin de ne pas passer pour un joueur inconscient.

        [*]

        L'ajustement hypocrite :

        Un individu défend clairement son opinion. Or il est poussé à admettre que par le passé il ne s'est pas toujours comporté en accord avec cette opinion. Dès lors ce constat de dissonance l'amène à adopter un nouveau comportement allant dans le sens de son idée et prouvant sa cohérence.

        Par exemple un joueur dit ne jamais bluffer et est obligé d'en montrer plusieurs. Dès lors il cherchera à prouver par la suite ses dires en montrant ses jeux gagnants sans bluff

        Quelques derniers exemples de stratégies d'auto-manipulation que nous nous imposons parfois :

        Lorsque les modes de réductions des dissonances cognitives ne sont pas efficaces, d'autres biais spontanés peuvent s'imposer avec plus ou moins de conscience :

        [*]

        L'effet Forster ou effet Barnum :

        Une tendance à écarter les descriptions inexactes pour nous concentrer sur celles qui nous conviennent. Le récit est arrangé, les omissions flirtent avec les mensonges arrangés pour obtenir l'approbation des autres ou minimiser sa propre souffrance.

        Par exemple lorsque nous expliquons un coup joué en omettant de décrire un élément à charge pouvant nous priver du soutien de proches ou d'amis

        [*]

        Le conformisme :

        Par peur du rejet induit par la pression sociale pousse à adopter une opinion majoritaire qui n'est pas celle de votre moi intérieur.

        [*]

        La Loi de Murphy :

        Le besoin de donner du sens à des événements injustifiables ou incompréhensibles nous pousse à croire à des raisons irrationnelles ou des idées reçues plutôt que de faire appel au raisonnement et l'analyse.

        En poker, c'est se réfugier dans l'idée que la malchance ou le mauvais oeil est sur vous, que le sort s'acharne et que rien ne pourra résister à votre cycle de malchance. Que tous les coin-flip sont contre vous etc. La loi de Murphy est celle de l'emm**dement maximum.

        Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal

        En conclusion, j'espère que ces éléments vous permettront de réfléchir sur vos propres limites et stratégies lorsque vous êtes en situation de dissonance cognitive et surtout d'être capable de reconnaître les symptômes avant-coureurs.

        En les reconnaissant bien chez vous, vous éviterez à vos adversaires de les exploiter et vous saurez les repérer chez eux.

        Encore une fois, ce qui se vit dans le jeu est une concentration de situations vécues dans la vie courante. Le fitness mental dont je parlais au début. Je reste convaincu que de travailler ses mécanismes sont autant d'opportunité de s'entraîner à bien réagir dans des situations plus complexes ou vitales en dehors de la table de poker.

        Bon jeu et bonne expérimentation !

        DIVICOGNITIF...



4 Commentaires


Commentaires recommandés

Intéressant, ma théorie sur la provocation du tilt c'était lorsqu'il y avait divergence entre l'espoir de gains espéré et le résultat, en gros pour l'éviter il suffit de ne plus considérer un gain comme acquis avant la dernière carte.

Ca rejoint un peu cette dissonance cognitive, plus on met d' espoir important dans la réussite d'un coup (pour diverses raisons) plus un résultat contraire va générer de la frustration.

En gros soyez relativistes...

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Complètement d'accord avec toi Monsieur Green.

As-tu des solutions pour "être plus relativistes" ?

La période interminable de non résultats que peut connaitre un joueur de tournoi est très dur à encaisser et donc à relativiser...

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Déjà éviter de se broke sinon ça devient dur de relativiser, donc BRM solide.

Sinon c'est voir les choses sous un angle différent en évitant d'être toujours centré sur soi et son éternelle malchance, par exemple tu perds AA vs KK all in préflop, ok t'as pas eu de chance mais ton adversaire s'est dit la même chose quand il a vu ta main.

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je trouve toujours excessivement difficile de comprendre des explications rationnelles écrites quand on parle de phénomènes complexes qui impliquent une dose d'inconscient

pour moi ces choses se sentent, elles ne s'expliquent pas. 

dit autrement si je vois quelqu'un "réconforter" un joueur au fond du trou, je saurai exactement reproduire cette attitude, en usant des mêmes moyens, sans forcément les connaitre ou les rationaliser. En revanche si on essaye de m'expliquer par a + b comment faire je serai incapable de reproduire

 

si je reviens sur le sujet, déjà je suis pas d'accord avec ceux qui parlent de conscience et d'inconscience. Pour moi c'est des conneries. Exemple apprendre à marcher. Vous allez me dire que marcher ou respirer sont des phénomènes inconscients, des choses qu'on réalise sans avoir conscience qu'on est en train de les faire. Pour moi ce n'est aps de l'inconscient, c'est juste du conscient tellement ancré dans notre apprentissage qu'on le fait ensuite en mode automatique.

 

Appliqué aux réflexions mêlant conscient et inconscient, ça implique une chose très simple : le conscient c'est ce qu'on arrive à expliquer, et l'inconscient c'est ce qu'on comprend mal. Y'a pas de différence si ce n'est la connaissance et la compréhension. On fait consciemment ce qu'on nous a déjà expliqué (exemple éviter de grignoter entre les repas), et on fait inconsciemment ce que personne ne nous a jamais appris. 

 

Inconscient décrit alors le fonctionnement propre de l'homme, qui est apparu avant de savoir transmettre son savoir par écrit, raisonnement, toussa. Avant cela l'homme apprenait déjà, et la façon qu'il utilisait était ce qu'on appelle aujourd'hui pompeusement "l'inconscient". On retrouve cette façon pure d'apprendre chez les nouveaux nés, à qui on a pas encore appris la méthode classique d'apprentissage, et qui apprennent pourtant plus vite que n'importe quand après dans leur vie. On explique ça par la "fraicheur" du cerveau du nouveau né, capable d'apprendre bien plus qu'un adulte.  Et c'est très con car la seule raison pour laquelle les 'grands" apprennent moins vite que les petits c'est parce qu'on a modifié leur façon d'apprendre, et qu'ils ont ralentit. Et qu'on a solidement ancré cette nouvelle façon dans sa tête, si bien qu'il pense que c'est la meilleure façon, et qu'il relègue à l'"inconscient" tout ce qu'il a toujours compris intuitivement ou par l'exemple. 

 

Et au bout du bout, quand on voit faire quelqu'un de très carré, conscient, qui rejette la notion d'intuition quand on le regarde faire on se rend compte qu'à l'arrivée, au final, il va quand même en faire qu'à sa tête et qu'il aura toujours une préférence entre sa thèse et son antithèse. Cette préférence c'est son intuition, la façon naturelle d'appréhender les choses, une façon qui ne demande aucune explication rationnelle. Et qui est pourtant la meilleure, car celle ancrée dans nos gènes. 

 

Prenons l'exemple de Victor Bloom sur le web. Le monsieur joue excessivement vite. Quand il tank il fait plus d'erreurs. La première impression est toujours la meilleure.

 

Vous savez déjà, chers amis, tout ce dont vous avez besoin de savoir. Fiez-vous à votre instinct car aucune attitude n'est plus saine et consciente que celle-ci.

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