Aller au contenu
Ce billet
  • billets
    28
  • commentaires
    269
  • vues
    59 439

Keep rising

Mr Sneeze

3 664 vues

Le poker est un environnement changeant. Le jeu a beaucoup changé au 21ème siècle, et on peut clairement se rendre compte d'évolutions de tendances d'un mois à l'autre, si on grind régulièrement.

On peut regarder les vidéos de 2008 des meilleurs joueurs de l'époque, et s'inspirer de leur talent et intelligence, mais si on se contente d'imiter leurs stratégies, on n'aura certainement pas le niveau de succès qu'ils ont eu. Parce que jouer en mid / high stakes en 2014 n'est pas du tout la même chose qu'en 2008.

La réalité est que tout le monde progresse, parce que l'information se diffuse, les stratégies gagnantes sont émulées, etc.

Ca effraie pas mal de regulars (parce que leurs stratégies se révèlent avec le temps moins efficaces), mais perso je trouve ça super de participer par mes efforts à l'évolution collective du jeu. Quand on grandit en tant que joueur de poker, par la compétition, on fait aussi grandir le jeu, à une autre échelle.

Une grande erreur serait de considérer le poker comme un système, comme quelque chose qu'on peut résoudre. Chaque situation est toujours nouvelle, et unique. Tout change tout le temps.

J'expérimente très souvent des nouvelles stratégies. Mais aucune n'a une utilité absolue ; il faut développer un éventail de tours, évaluer les paramètres critiques, et prendre une décision. Et je suis convaincu que pour être un vrai killer, il faut être ouvert à tout, absolument tout. Il faut être capable d'avoir toutes les vitesses imaginables. Jouer comme un nit un spot, et comme un pur maniac une autre ; de même d'un jour à l'autre, d'un mois à l'autre, d'une table à l'autre, on peut avoir tous les styles. Plutôt qu'avoir un style, mieux vaut prendre la forme qui convient, comme l'eau qui prend la forme du récipient qui la contient.

Les joueurs intermédiaires veulent être 'agressifs', ou 'LAG'. (C'est plus rare de vouloir être un nit :D!) Ils veulent se prouver des choses, ou alors prouver aux autres.

Seuls les grands joueurs comprennent la juste mesure, l'agression sélective. Et c'est tout un art que de trouver les bons spots. Ils ne forcent pas les choses, ils pêchent. Quand le bon spot se présente, ils n'abandonnent pas.

Ils évitent les mauvaises situations.

En bref, ils se donnent la possibilité de minimiser leurs propres erreurs (inévitables!) et de maximiser celles des autres. C'est là une approche très différente que celle du wannabe-LAG, qui veut gagner tout, tout de suite, et agresse tous les spots possibles sans faculté d'arbitrage. Au final il fait des big moves, certains réussissent, certains échouent. Dans le lot, la marge d'erreur et de tilt est assez grande.

J'ai longtemps été un spewtard. Capable de sortir un pur bluff n'importe quand (et du coup un peu trop souvent). Ce qui fait de moi un meilleur joueur que jamais, ce ne sont pas les gros bluffs ou gros calls que je fais. C'est plutôt ce que je ne fais plus, ce que je réfrène. Je célèbre mes folds beaucoup plus qu'avant. Je célèbre le fait de jouer nitty quand c'est approprié. Je ne suis plus aussi frustré qu'avant par le fait de ne faire que fold à une table juteuse si c'est ce qui se révèle le mieux.

Je célèbre aussi les sessions qui se passent mal, mais où je n'essaie plus de faire que ça aille bien. C'est une grande victoire pour moi que d'être capable d'accepter (pas en théorie, je parle à un niveau émotionnel profond) qu'une session peut être perdante, que c'est la réalité de ma pratique.

J'attends les bons spots, si yen a pas tant pis, j'arrête ma session et je reprends le lendemain. C'est ok de ne pas gagner tout de suite. Rien ne presse. C'est aussi ça penser sur le long terme (adopter la mentalité du pêcheur).

Il y a également un aspect social dans le poker, la communauté. Les joueurs s'imitent en permanence les uns les autres. C'est assez splendide comme processus. Tout se diffuse. Cependant, je pense que beaucoup de personnes sont trop attachées à ce que la communauté considère comme juste ; ils sont pris dans le regard social: il est psychologiquement plus intuitif pour l'Homme (profondément grégaire) de copier la majorité plutôt que de faire quelque chose de différent. Ainsi, il peut être difficile pour certaines personnes de sortir du 'dogme'. Et pourtant dans le poker il n'y a pas d'institution véritable!

C'est une pure méritocratie ; pas de patron, pas de guide absolue. Pour vraiment passer un palier, il faut être autodidacte. Car il n'y a pas de règle sur ce qu'on est autorisé à faire: on le voit bien à la table, tellement de stratégies gagnantes cohabitent. Rien ne vous empêche de minraise le flop, même si c'est un move de fish. Rien ne vous oblige à multibarrel. Alors ne pas oser faire un truc contre-nature parce que personne le fait, c'est quelque part brider son potentiel, à mon sens en tout cas.

J'ai beaucoup expérimenté tout seul, indépendamment des sites de coaching ou forums. Je prends un maximum de ces ressources, mais je n'en suis pas dépendant. Je suis sûr que plein de regs considèrent que je fais souvent nimps. C'est ça d'expérimenter. Ca veut dire faire des erreurs, voir ce qui marche et ne marche pas.

Ne pas faire cela, c'est rester prisonnier d'un système de pensée, c'est se refuser la possibilité de vraiment arriver au top. Evidemment cela implique des échecs, des revers et difficultés. Mais qui n'est pas prêt à affronter ça ne peut pas survivre longtemps dans le poker.

Le meilleur talent au poker est l'adaptation. Il faut une grande souplesse d'esprit, une grande aptitude à la remise en cause, pour évoluer. Et qui n'évolue pas meurt.

Ainsi, pour survivre dans cet environnement hyper-compétitif, il faut accepter de trébucher parfois. La différence entre les joueurs au top et les joueurs moyens? Les premiers ont avalé leur ego. Ils ont compris qu'il fallait totalement se détacher des résultats monétaires, et aussi se détacher des processus d'essais et d'erreurs.

Pour simplifier: les joueurs faibles tilt quand ils perdent de l'argent.

Les joueurs plus avancés peuvent encore tilter quand ils perdent de l'argent, mais deviennent surtout fous quand ils font une erreur.

Les joueurs accomplis acceptent de faire des erreurs chaque jour. Ils ont digéré cet aspect des choses. Ils ont compris qu'ils allaient expérimenter une dose importante de frustration du fait des fluctuations, qu'il fallait à chaque instant tirer le meilleur enseignement possible de la situation, mais ensuite immédiatement s'en détacher.

S'ils perdent une main, ils jouent la suivante. Point.

Pour être bon au poker, il suffit de prendre les meilleures décisions possibles. Pourtant, quel travail mental il faut accomplir afin de se donner les moyens de prendre les meilleures décisions possibles aussi souvent que possible!



15 Commentaires


Commentaires recommandés

ce que tu dis peux s'étendre à bien d'autres choses que le poker. Je pense que c'est une bonne philosophie pour la vie en général. Il ne faut pas avoir peur d'essayer de nouvelle choses, il faut accepter ces erreurs et qu'il est inévitable dans faire, etc...

bien écrit, c'est pas évidement d'exprimer ce que tu as dit clairement

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

bon article j'ajouterai aussi à la rubrique tilt le tilt de l'upswing, quand on a un gros rush et qu'on commence à dévier de son plan de jeu en pensant que tout va nous réussir alors que les probas sont bien sur indépendantes

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !

Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.

Connectez-vous maintenant

English
Retour en haut de page
×
partypoker : WPT Barcelone
partypoker : WPT Barcelone