Jump to content
This Entry
  • entries
    66
  • comments
    321
  • views
    97709

[Micros MTTs] Bien optimiser son set de tournois (et autres petits tips)

Bandecdc

1724 views

Hello à tous,

Le billet qui va suivre sera fera office de 1000ème post sur ce forum :) . Il va traiter de la création et l'optimisation d'un set de tournois lors d'une session mtt.

Évidemment la légitimité que je possède dans le domaine est très limitée, ce qui signifie qu'il faudra prendre avec des pincettes les éléments qui vont suivre. "For what it's worth", "as far as I'm concern", "my two cents", "in my opinion" sont autant d'expressions anglaises signifiant que j'engage avant tout mon avis et l'expérience que j'ai acquis au cours de mon apprentissage dans le jeu, avant bien sûr d'énoncer la moindre vérité absolue. Ça ne m'empêchera pas cependant de pointer quelques erreurs de conceptions sur certains points précis que j'ai pu lire ici ou là, parfois venant de la part de très forts joueurs.

Tout d'abord, demandons nous

  • Qu'est-ce qu'un set de tournois ?


    Il s'agit du programme des différents tournois que l'on s’apprête à jouer lors d'une session. Le concept du set de tournois sous-entends une régularité et une volonté de rejouer les mêmes games lors de la prochaine session et c'est ce pourquoi il est si l'important de l'optimiser au mieux. Le principe ne s'applique bien sûr pas pour les joueurs occasionnels qui ne jouent qu'un ou deux tournois à chaque fois qu'ils ouvrent un lobby. Cette transition nous amène d'ailleurs à l'interrogation suivante :
    • Pourquoi faut-il multitabler les mtts ?


      Comme chaque joueur de poker le sait, le tournoi multi-table se caractérise par un taux de joueurs payés (%itm) bien inférieur aux sit-n-go 1 table (10-18% contre 30-33%) et promet en contre-partie des gains théoriquement plus importants pour un niveau de compétence égal ou quasi. Le mtt se différencie du cash-game par la longueur des sessions (parfois plus de 10h) et parfois par l'impossibilité de terminer une session quand on en aurait envie. En effet, s'il nous reste une table à 3h du matin et qu'on bosse le lendemain, on se sent obligé de la terminer - d'autant que c'est souvent là que les gains les plus importants sont à portée.

      L'autre différence majeure est la variance inhérente à la répartition des prix, ce qui va répartir les gains de manière très disparate. Contrairement au cash-game, il est fréquent de ne rien gagner pendant une période très longue, simplement parce que l'on a pas eu de chance sur cette période. A contrario, on peut tout à fait gagner une très grosse somme sur une période très courte en gagnant un ou plusieurs tournois importants. Dans le jargon c'est ce qu'on appelle le "one-time".

      Toutes ces particularités font du mtt une discipline dont le calcul du gain horaire moyen (le hourly) ne devient cohérent qu'après un nombre (très) important de games et de sessions, d'où l'importance de jouer plusieurs tournois simultanément quand bien même on jouerait moins bien sur plusieurs tables qu'une seule.

      En effet, il est important de se tester et déterminer rapidement quel est le nombre de tables qui maximise son gain horaire compte tenu d'un edge supposé (edge sur un tournoi donné = ROI moyen généré par notre supériorité technique face à la moyenne des joueurs du tournoi) et de notre faculté à ne pas perdre trop de cet edge en jouant ce nombre de tables.

      Pour illustrer mon propos, disons simplement que jouer un tournoi à 10€ deepstack en me concentrant dessus et en réfléchissant copieusement à chaque spot, en prenant des notes etc. devrait me remporter 20€ en moyenne (soit un ROI de 100%). Tandis que 15 tournois à 10€ lancés simultanément ne me rapporteraient plus que 12€ (soit un ROI de 20%) chacun en moyenne. Après retrait des buy-in investis, on constate qu'une division du ROI par 5 et une multiplication des tables par 15 a multiplié mes gains par 3. Dans la pratique, ce raisonnement s'applique assez bien et se rapproche tout à fait de la réalité.

      Attention toutefois à ne pas appliquer à la lettre ces conseils et lancer aveuglement trop de tables pour pouvoir suivre l'action et accumuler trop d'erreurs et de time-out pour au final ne même plus être gagnant aux tables, le résultat en serait catastrophique. Personnellement, je sais que c'est une erreur qu'il m'arrive encore de faire et je me retrouve à devoir me mettre en mode robot et à ne plus du tout réfléchir à ce que je fais même si heureusement pour moi, peu de mes adversaires n'en tiennent réellement compte aux buy-in où je joue. /CSB

      D'un point de vue purement mathématique, la modélisation de l'utilité marginale d'un tournoi au sein d'un set peut se mesurer plus ou moins comme cela : Um (en €/h/tournoi) = Edge * Buy-in* (1-Z)*1/(D)
      Avec Um une mesure théorique de ce que rapporte chaque tournoi en euros par heure, l'edge qu'on mesure en ROI moyen estimé sur un tournoi donné,Z un agrégat de facteurs négatifs qui peuvent intervenir et faire diminuer l'edge comme la déconcentration, les missclics, les spots ratés, la déconnexion internet, la copine qui vient nous prendre la tête etc. Ces facteurs sont évidemment exponentiels par rapport à l'augmentation du nombre de tables. Enfin D la durée en heure du tournoi .

      Évidemment cette formule est inexploitable puisqu'il faut estimer à la louche tellement de choses que ce ne sera jamais fiable. Not to mention certains facteurs comme le ROI qui prennent plusieurs milliers de games pour être représentatifs à 1% près. Toutefois, elle permet de mettre en évidence des axes de réflexions sur les points à développer, notamment sur la question "à partir de combien de tables je pète un plomb, et jusqu'à combien de tables je peux jouer sans être dépassé ?" Et surtout "quel est le buy-in le plus haut que je suis vraiment capable de battre clairement sur le long terme et quel est-ce vraiment une bonne solution de jouer ce micro-buy-in que je domine très largement mais qui ne me rapporte pas grand chose au vue de mon ABI ?" (je développe ce point un peu plus bas)

      Il est important de noter que "lancer 15 tournois à 10€ simultanément" n'est pas aussi simple en réalité (du moins sur le .fr), dans la mesure où chaque tournoi est différent et surtout qu'ils ne se lancent pas à la même heure. Comment dans ces conditions s'organiser ?
      • Quid de l'organisation autour de ce set


        Avant toutes choses, il me parait judicieux de vous rediriger vers un article qui a été écrit
        il y a un peu moins de deux ans par le joueur pro Thibavol et qui traite de la préparation avant et pendant une session mtt :

        Je rajouterais deux choses à cela. Tout d'abord il me parait essentiel d'être très organisé au niveau de la tenue de ses comptes et parallèlement dans l'analyse des tournois que l'ont joue. Ceux qui lisent mon blog ont déjà vu tout les tableaux rébarbatifs que je m'inflige et qui pullulent dans mes comptes rendus de soirées. Évidemment si je considère toutes ces stats comme utiles, elles ne sont pas nécessaires pour être bien organisé. Savoir si l'on a gagné ou perdu de l'argent à la fin du mois ou de l'année est par contre indispensable, ne serait-ce que pour des considérations de remise en questions de son niveau et des tournois qu'on estime capable de battre assez largement.

        Sharkscope s'occupe de ça pour vous gratuitement, même s'il n'est pas absolument reliable , il donne une bonne idée de la progression de chacun au bout d'un certain chemin parcouru. Le tracker fait ça très bien aussi, il vous donnera les stats dont vous avez besoin.

        En ce qui concerne la question du multi-rooming, je préconise de faire la majorité de son volume sur une room et éventuellement rajouter quelques tournois importants d'une autre room sur un ou deux emplacements. Clairement Winamax et Pokerstars se valent sur ce point, après c'est une question de gout j'imagine.

        Enfin une session review des plus gros pots joués dans la soirée ne me semble également pas du temps perdu. Au contraire, cela vous permettra de déceler les leaks redondants qui vous coûtent cher. Pour cela j'utilise un logiciel gratuit et très pratique qui s'appelle popopop universal replayer.
        Enfin, avant de nous lancer sur le cœur du sujet qu'est la constitution du set en lui-même, rappelons quelques éléments du BRM
        • Comment optimiser son bankroll management ?


          Le bankroll management est une méthode qui détermine les buy-in auquel vous pouvez/devez jouer dans le but de maximiser le hourly en fonction de l'edge et du Risk Of Ruin (ROR).

          En clair, vous déterminez une somme d'argent que vous allouez uniquement au poker (la bankroll), la probabilité de vous broke que vous souhaitez vous donner (le ROR) et vous suivez un certain nombre de règles de gestions sur lesquels je ne vais pas m'étendre trop car ce n'est pas le cœur du sujet ici. A ma connaissance, il existe trois types de BRM
          1. Le budget : C'est le BRM de la majorité des joueurs (les joueurs perdants). On alloue une somme pour une période donnée (par exemple 100€ par mois) et on s'arrête de jouer si l'on a perdu cette somme durant cette période. Du coup le choix des tournois est libre et le ROR importe peu même si du coup il est proche de 100%, surtout si l'on est un joueur avec un ROI négatif.
          2. Le BRM du grinder : Il s'agit de la méthode la plus sérieuse, un joueur cash-in une seule fois et joue avec cet argent et seulement celui-ci. Le ROR dépends de la gestion choisie par le joueur qui doit éviter de jouer trop aggro (ROI diminué et ROR augmenté) ou trop nit (ROI augmenté et ROR faible mais coût d'opportunité lié à la baisse du Hourly). Cette méthode a cependant l’inconvénient d'obliger le joueur à laisser sur son compte une somme importante d'argent. On dit par exemple qu'un brm safe doit laisser entre 150 et 200 ABI (buy-in moyen), soit entre 1500€ et 2000€ pour un joueur dont l'ABI est de 10€.
          3. Le BRM optimisé : Ce n'en est pas un à proprement parler, l'idée est de jouer au plus haut ABI "clairement battu" dans le but de ne pas subir de coûts d'opportunités dus au temps nécessaire à monter au niveau de bankroll suffisant. Concrètement cette méthode demande de bien évaluer son niveau de jeu, de ne pas avoir de problème financier au cas où cash-in régulièrement est nécessaire et de bien tenir ses comptes pour savoir où l'on en est. C'est la méthode que j'utilise personnellement, je laisse de quoi jouer environ 2 sessions sur les sites (quelques centaines d'euros), je cashout quand ça se passe bien et cash-in quand ça se passe mal. Les avantages de cette méthode sont nombreux mais je retiens surtout la flexibilité.

          Bien, maintenant qu'on a trouvé le nombre de tables que l'on voulait, au buy-in optimal, le tout bien organisé, il est temps de monter son set.

          • Quels sont les tournois à choisir ?

          • Le nombre de joueurs à la table


            Selon le nombre de joueurs à la table d'un tournoi, le jeu sera différent et demandera plus ou moinsde concentration. D'un point de vue global, le full ring (9 ou 10 joueurs) demandera le moins d'attention vu que l'on joueras moins de mains (disons entre 10 et 30% selon les styles de jeu) et quand on rentrera dans un coup, ça sera avec une main forte et bien sélectionnée. Pour cela, les full ring se multitablent facilement car elles génèrent individuellement peu d'attention.

            Les tables short-handed (6 joueurs) demandent quant à elles beaucoup plus d'attention car les spots de bluffs sont plus fréquents, on joue plus post-flop et plus de mains de manière générale. Le bright side est que les erreurs des adversaires seront également plus nombreuses (que les vôtres notamment, sinon vous n'avez rien à faire dans ce tournoi) et on peut régulièrement monter des jetons plus facilement que sur du full ring.

            Les tables super-short-handed (4 joueurs) vont suivre le même principe que les 6-max mais de manière encore plus exacerbée, on va jouer une grosse partie de ses mains et du coup on va provoquer beaucoup d'erreurs adverses ce qui va exploser notre ROI moyen. Toutefois, il est particulièrement difficile de jouer la moitié de ses mains sur un tournoi tout en jouant une dizaine d'autres. C'est la raison pour laquelle quasiment aucun regs ne les jouent : la perte liée à la baisse de concentration que génère ce type de tournois est supérieur au gain en terme de ROI qu'aurait ce tournoi par rapport à un autre.

            Enfin les tournois Heads'up (2 joueurs) sont les moins adaptés à une session multitabling imo. Personnellement je n'ai jamais vraiment compris l'intérêt même de ce type de tables pour un joueur qui multitable déjà correctement. C'est vrai qu'ils sont fun, mais absolument pas aménagés au type de grind que je préconise. On a pas le temps de jouer 80% de ses mains, tenir compte du métagame, sharkscoper vilain, pour attendre une heure avant le prochain match et ce plusieurs fois dans la soirée, quand on a déjà dix tables d'ouvertes par exemple.

            • La durée des tournois

            La durée d'un tournoi dépend de la profondeur du tapis moyen et donc de la vitesse de montée des blindes. Suivant si cette profondeur est importante ou non, le ROI et le hourly sont affectés.

            Les deepstack par exemple (tournois dans lequel les blindes montent très lentement et où les tapis sont toujours profonds) sont ceux qui vont durer le plus longtemps. La conséquences, c'est que beaucoup plus de jeu post-flop va être possible, si l'on a bien choisi ses tournois on va pouvoir exploiter au maximum l'edge que l'on a en profitant au mieux des erreurs adversaires qui seront plus graves à la river qu'elles ne le sont au flop.

            En contrepartie, la longueur du tournoi va venir plomber le Hourly puisqu'il se calculera de la sorte : (ROI moyen (edge) * Buy-in)/nombre d'heures = gain moyen horaire. Autrement dit, si un tournoi dure 8h et rapporte le double du ROI d'un tournoi qui dure 3 fois moins longtemps, on perd de l'argent en moyenne par le biais du coût d’opportunité.

            A contrario, les tournois turbos, voire les Hyper-turbos, vont présenter moins d'occasions (encore que ça se discute) de profiter pleinement des erreurs adversaires et proposer un ROI bien inférieur, ce qui entrainera une variance accrue. Toutefois le fait qu'ils durent moins longtemps permettent de faire du volume tout en ayant un hourly acceptable, pour peu que l'on maitrise le format et que l'on soit solide psychologiquement.

            Un bon set de tournoi se compose de tournois ayant différentes cadences mais étant choisis pour une raison précise. Tout dépend aussi de votre style de jeu et de la durée durant laquelle vous voulez jouer. D'une manière générale, lancer les deepstack en début de session est les turbos en milieu/fin est souvent une solution évidente et cohérente.

            Comment comparer les structures

            Les plus perspicaces d'entre vous ont déjà remarqué que les "deepstacks" de Winamax n'en sont pas vraiment et qu'ils s'agit en réalité de structure standard/ascendant turbo. Comment en réalité se rendre compte de la validité d'une structure de blinde ?

            Il peut être intéressant de compter le nombre de blindes (ou le M) que le tapis de départ serait en mesure de former après différentes période de jeu. Par exemple, j'ai pour habitude vérifier après 60 minutes, 120 minutes et 300 minutes. Le nombre de jetons de départ n'a absolument aucune importance si l'on ne regarde pas les autres paramètres (blindes et durée des levels).

            Par exemple les 6-max club de PS commencent avec un starting de 5k contre 10k pour des regulars en rouge type big ten, Ils affichent pourtant 50bb au bout d'une heure, 12.5bb au bout de 2h et un peu moins d'1bb au bout de 5h.

            La structure des regulars (type big ten) sera fortement similaire puisque le starting fera 50bb au bout d'1h, 14bb au bout de 2h et seulement 0.5bb au bout de 5h.

            En comparaison, un deepstack (sur PS toujours) fera 83bb de ses 10k au bout d'une heure, 33bb au bout de 2h et 3.3bb au bout de 5h.

            A l'inverse si l'on regarde les deepstacks de Winamax qui affichent fièrement 20k au début, le starting vaut 40bb au bout d'une heure (sur le ring ici), 10bb au bout de 2h et 1/6bb au bout de 5h. Clairement on peut entendre par là qu'il s'agit d'un tournoi regular speed. Depuis Winamax a corrigé le tir en proposant des "super deepstack" nommés deep run et qui proposent des levels de 15 minutes.

            La seconde méthode consiste à analyser l'average stack aux différents moments importants du tournoi (médiane, bulle, demi-finale, bulle de TF, TF) et de les comparer entre eux. J'ai pris l'habitude de penser qu'un tournoi dans l'average était régulièrement au dessus de 20bb au moment des différentes bulles avait une structure correcte.

          [*]

          Les tournois rebuy/add-on

          J'ai entendu à peu près tout et n'importe quoi même de la part de joueurs très bons sur ces tournois. Pour cause, ce format "contre-intuitif" peut pousser à réfléchir à l'envers. Je m'explique : un tournoi rebuy vous permet de racheter une cave si vous vous faites destacker, et ce pendant une période variable selon les tournois. Cette règle modifie considérablement le comportement des joueurs en ce qui concerne leur façon de jouer les coups at risk. En d'autres termes, personne n'a peur de se faire éliminer puisqu'on peut recaver. Donc se faire décaver n'est absolument pas grave.

          Pourtant d'un point de vue technique, une recave signifie "j'accepte de m'inscrire à un tournoi en m'asseyant à la même table, au même siège, avec les mêmes joueurs, avec le même stack que quand je suis arrivé, mais en ne rejouant pas les early levels qui sont déjà passé. Autrement dit, recave (ou double recave) un tournoi revient à late reg un tournoi avec l'information de la composition de la table à l'avance.

          Par conséquent, la première remarque que l'on peut faire, c'est que nous avons la possibilité d'évaluer en temps réel la profitabilité de rester ou non dans le tournoi (en dehors de toute frustration émotionnelles bien sûr, la théorie, la pratique, toussa toussa) en fonction de l'avancement du tournoi et des joueurs à la table.

          Il m'arrivera donc régulièrement de décider de ne pas recaver et de partir du tournoi quand je me fais destacker si par exemple trois étrangers aggros sont à ma gauche et que nous sommes à 5min de la période de fin de rebuy si j'ai déjà beaucoup de tables, car j'estime que les 3 buy-in que je rajouterais (le double rebuy et l'add-on) ne généreraient pas suffisamment de gains pour compenser le rake, l'opposition dangereuse et la concentration supplémentaire et/ou la fatigue que me demanderait cette table en plus. En revanche, je peux rebuy quasiment indéfiniment si j'estime que les joueurs à ma table font tellement n'importe quoi que les buy-in que j'investis seront en moyenne très vite et très fortement rentabilisés.

          Par extension, on voit régulièrement des regs très assidus jouer les rebuy absolument n'importe comment sous le seul prétexte que "5€ ou 10€ ne représentent absolument rien par rapport à leur ABI".

          Si je prend l'exemple disons de Neuville25 sur PS qui open shove régulièrement 400 blindes :Kx:Qx en tout début de tournoi pour "monter un stack le plus gros possible d'ici la fin de la période de rebuy, peu importe s'il faut qu'il mette 20 buy-in en 1h30", il a peut-être des raisons externes tel que le TLB par exemple, mais c'est une aberration d'un point de vue mathématique, vu que même s'il monte disons à 200k, il devra de toute façon faire un top 0.5% ne serait-ce que pour even ce tournoi en particulier, ce qui est évidemment très ev-.

          Enfin en ce qui concerne l'add-on, je lis assez régulièrement "je prends toujours l'add-on, c'est obligatoire de prendre l'add-on". Encore, je ne suis absolument pas d'accord avec ce concept qui doit lui aussi être soumis à une étude au cas par cas, dépendante de l'equity$ par rapport à l'equity chips.

          D'une manière générale, l'add-on représente environ entre 10 et 25bb, souvent 15 ou 20 du niveau de blinde suivant. Ça représente beaucoup de jetons dans bien des cas, car cela fait très souvent gagner un ou plusieurs "blocs" dans son stack. L'ev de passer de 50 à 70bb par exemple justifie tout à fait de dépenser un buy-in supplémentaire, et encore plus quand on passe de 30 à 50bb.

          En revanche, au delà de 100-120bb, l'add-on commence à devenir marginalement intéressant et sera fonction de l'ABI. Par exemple, mettons que j'ai un ABI de 8€ et que je joue un 10+R, que je monte à 120k, que je suis chipleader de la table, que l'add-on fait 20k et que le prochain niveau de blinde est 500/1000. Passer de 120k à 140k me servira bien évidemment car je serais plus confortable avec un stack encore plus gros, mais l'utilité marginale des 10€ que je pourrais "économiser" sera probablement supérieure. Cela devient évident si au lieu de 120k, on finit la période à 200k par exemple.

          Bref pour résumer l'add-on doit être pris la majorité du temps, mais pas sans réfléchir aux différentes considérations de conversion argent/jetons/blocs gagnés. (C'est d'autant plus vrai que désormais rebuy et add-on sont raké une seconde fois sur les principaux sites, ce qui diminue d'autant plus leur rentabilité)

          [*]

          Les tournois Knockout

          Ces tournois dont le principe est de rajouter une partie du buy-in (le plus souvent 20%) sur la tête de chaque joueur modifie également le comportement des joueurs à la table, notamment en ce qui concerne les ranges de call/push préflop, et de l'utilité de monter un stack qui couvre la majorité des joueurs à la table.

          Ces tournois possèdent plus d'avantages que d’inconvénients et sont d'une manière générale très profitables. Leur principal problème c'est que sur ces tournois en particulier, la late reg coûte beaucoup plus cher car on perd de la "bounty equity" en s'enregistrant en retard. De plus on arrive avec le starting et on a beaucoup moins de chance de couvrir les joueurs de la table, ce qui revient plus ou moins à renoncer à une partie non négligeable du prize pool.

          En contrepartie, les erreurs que feront les joueurs récréatifs (call trop light pour ne citer que celle-ci) permettrons un gain d'ev important. Enfin et c'est un peu plus marginal mais lors d'un tournoi KO, les joueurs s'éliminent plus vite que dans un tournoi standard, ce qui permet d'avoir un average stack supérieur (donc jouer plus deep) avec une structure standard, ce qui change rien au Hourly.

          Dans le cas d'un Superknockout, le bounty vaudra environ 45% du buy-in. Tout les aspects du knockout classique sont donc démultipliés, à tel point que la late reg en devient ev- même avec un edge important, et que monter un stack pour pouvoir couvrir le maximum de joueurs à la table prend beaucoup d'importance. Ces tournois sont donc très intéressants face à un field faible donc, mais ils devront recevoir une attention particulière de l'early game jusqu'à la fin.

          [*]

          Les tournois Satellites

          Un satellite est au poker un tournoi qui permet de se qualifier à un autre tournoi plus cher. Leur nature particulière a fait couler beaucoup d'encre en ce qui concerne leur rentabilité sur le long terme et l'utilité de les rajouter dans un set. Je vais tenter de donner mon avis à ce sujet vu qu'ils représentent à eux seuls 12% de mes buy-ins totaux.

          Tout d'abord la principale question à se poser sur un tournoi satellite est : quel est son degré de liquidité ? En plus clair, que va-t-on pouvoir faire avec le ticket gagné ? Sur la plupart des sites, on gagne un ticket qui nous permet de rejouer un autre tournoi plus cher et seulement ça. Le ticket est donc peu "liquide" dans la mesure où l'on ne peux pas prendre l'équivalent en € et qu'on est forcé de jouer le tournoi pour lequel on vient de se qualifier. Fair enough, mais qu'en est-il de la rentabilité de ce dit tournoi ?

          Certains regs arguent qu'on ne devrait donc jouer que les satellites qui a) mènent à des tournois pour lequel nous avons à la fois la bankroll et le niveau nécessaire pour générer un profit moyen et b) qui gèrent un gain horaire suffisant pour être placé à un endroit/moment où peut-être un autre tournoi autait pu être placé.

          Je suis plutôt d'accord avec ça, et je vais l'illustrer avec un exemple. Mettons que je cherche à me qualifier à un tournoi à 200€ pour lequel je n'ai ni la bankroll ni le niveau pour le jouer. Je m'y qualifie via un tournoi satellites à 20€ puis lors de ce tournoi, je me rends compte que tout les joueurs sont meilleurs que moi et que je vais devoir toucher plus de jeu qu'eux pour aller loin. J'estime mon ROI sur ce tournoi à -5% (pour l'exemple, ça serait encore moins dans mon cas XD), ce qui signifierait que chaque fois que je joue ce tournoi, je gagne en moyenne 190€ (sur les 200€ de buy-in). Tout va bien puisque je me suis qualifié pour seulement 20€, non ?

          Oui seulement on ne se qualifiera pas à chaque fois, c'est mathématiquement impossible puisque cela voudrait dire qu'on a un ROI de 1000% sur le sat à 20€. Or s'il on décide d'intégrer ce sat dans notre set régulier, on devra dégager un ticket suffisamment souvent pour a) compenser le rake (à vue de nez un ticket tout les 11 buy-in au lieu de 10), b) compenser le fait que sur le tournoi cible les joueurs seront un peu plus fort, donc qu'on perdra de l'argent en moyenne sur ce tournoi, c) justifier la place sur l'écran et la concentration que ce sat occupe durant toute la période où il se jouera et enfin d) compenser le gain potentiel qu'on ne fait pas en plaçant un éventuel autre tournoi à la place. Sans avoir à faire les maths, on devine qu'il sera très dur de rendre rentable ce tournoi au sein du set.

          Les choses changent radicalement quand la liquidité augmente en revanche, comme c'est le cas pour PS sur lequel les tickets de sats empochés avant le début du tournoi cible peuvent être échangés contre des T€, qui eux même peuvent servir à reg n'importe quel autre buy-in. On a donc plus besoin d'être ev+ sur des tournois à haut buy-in pour lequel on se serait qualifié et on peut réinvestir l'argent sur des tournois que l'on sait pouvoir maitriser. Cette considération est assez radicale quant à la rentabilité de ces tournois.

          De plus, l'attention requise pour les mener à bien est relativement faible au début et en milieu de partie. Il faudra être attentif aux différents stacks du tournois et aux décisions ICM au moment de la bulle, ce qui implique de beaucoup regarder le lobby à ce moment là. D'ailleurs beaucoup de joueurs font des erreurs mathématiques assez graves au moment de la bulle d'un sat, même de bons regs parfois. Cela vient de l'approche contre-intuitive de la sur-protection du stack qui découle de la logique selon laquelle tout les prix ont la même valeur. Pour beaucoup de joueurs, passer une paire d'as préflop avec 5 blindes relève de la folie pure.

          Enfin, leur durée très courte (2h30 au plus long à l’exception des deepsats), leur ROI potentiel tout à fait honnête et la variance limité qu'ils génèrent en font des tournois à mon avis très profitable pour peu que leur liquidité permettent un échange en T€.

          Notez que le même raisonnement s'applique pour les tournois "quitte ou triple" que propose Winamax, mais que je ne les ai jamais testés, alors je ne me m’étendrais pas dessus.

          [*]

          Les Majors et l'utilité des back-ups

          Je pense qu'il est important pour un grindeur de ne pas jouer que les gros majors et les regulars en rouge (sur PS) ou en jaune (sur Winamax) avec une grosse garantie. Certes, il est évident que plus le tournoi est long, plus le ROI moyen théorique augmente en raison de l'accumulation des erreurs adverses qui nous permettent de monter des jetons plus souvent qu'eux.

          Toutefois, l'ajout de tournois back-up (en français les "renforts") ponctuelle permet de lisser la variance en permettant de maintenir un nombre de table ev+ constant. C'est d'autant plus vrai que ces tournois sont un peu mis de cotés par les meilleurs regs (ceux qui jouent les tournois les plus chers), ce qui permet de les rendre plus profitable.

[*]Les tournois standards. Ils n'ont rien de particulier, ils garantissent 1000 ou 1500€, ils ont une structure standard et peuvent être rajoutés même en late reg si une place se libère sur l'écran.

[*]Les tournois cappés à 90 joueurs. Ils n'existent que sur PS, à 3€, 5€ et 10€, sont d'ailleurs rarement plein et payent 10% des joueurs. Ils ont l'avantage d'être boudé par pratiquement tout les regs, ce qui les rends très simple et je les trouve parfait pour être calés dans un coin de l'écran en le jouant comme un sng mtt.

[*]Les tournois Timed. Des tournois qui se ferment au bout d'une durée fixée et distribuent le prize pool au prorata des jetons. Une idée a priori absurde, c'est une sorte de cash game avec des blindes qui augmentent en fait. Pourtant je les trouve très adaptés à une session de multitabling : niveau très faible et la table se ferme au bout d'une heure avec crédit immédiat de sa part du prize pool. Aucun reg ne les jouent mais je me demande bien pourquoi, même si je manque de recul et ne les ai pas testé suffisamment pour me rendre compte de leur profitabilité. Je me réserve le droit de modifier cet article quand j'aurais un sample suffisant sur ces games.

[*]Les SNGs multi-tables. Un peu le même principe que les mtt cap : un petit profit régulier pour maintenir un nombre de tables constant sans perdre beaucoup en concentration à part un peu à la bulle et pendant le HU, ce qui sera compensé par un niveau relativement faible par rapport aux mtt regular à buy-in équivalent. Là encore j'écrirais bien davantage à leur sujet mais je manque de recul pour avoir de la légitimité pour l'instant. Disons que je ne fais que donner des idées.

Cliffnote

-Jouez beaucoup de tables pour faire du volume, mais pas trop pour ne pas perdre le fil ni manquer trop de spot.

-La clé c'est le Hourly, le ROI est une façon d'obtenir un bon Hourly mais ce n'est pas le seul facteur.

-Organisez vous sur un, voire deux sites et ne vous dispersez pas sur 5 ou 6, ça deviendrait vite ingérable.

-Attention à ne pas rebuy "pour rebuy", attention à ne pas add-on "pour add-on".

-Les satellites sont intéressants si on peut échanger le ticket contre de l'argent. Sinon cela requiert que vous soyez en mesure de jouer le tournoi sans perdre d'argent sur le long terme.

-Ne négligez pas les tournois qui ne promettent pas une somme faramineuse, s'ils sont faciles, s'ils sont courts et s'ils ne demandent pas de trop se concentrer, ils sont jouables.

-Appliquez tout les conseils de l'article de Thibavol.

Voilà, j'ai à peu près tout dis je crois.



9 Comments


Recommended Comments

Hello mec,

 

J'ai particulièrement apprécié ce que tu dis sur les rebuys. J'ajouterais l'adaptation au jeu : j'ai l'impression que c ev+ d'être un peu plus tight parce que comme tu l'as dit, la plupart des joueurs deviennent trop looses. C'est souvent la fête du slip :D

 

Je pensais que tu parlerais de ton code couleur pour différencier les tables selon le type de tournoi joué.

 

Très bel article anyway :)

Share this comment


Link to comment

Ah oui je peux peut-être le rajouter ça, c'est vrai que dans la partie organisation ça peut être un ajout intéressant. Pas ce soir en tout cas, j'ai mis plusieurs heures à écrire cet article, j'en ai un peu marre là ! Merci en tout cas !

Share this comment


Link to comment

Très, très intéressant

 

Je joue plus du tout en ce moment, et je suis sur le cp uniquement pour le bar... Mais j'ai lu l'article en entier juste parce qu'il est vraiment bien écrit, et le sujet bien choisi.

 

Solid 1k post. 

Share this comment


Link to comment

Create an account or sign in to comment

You need to be a member in order to leave a comment

Create an account

Sign up for a new account in our community. It's easy!

Register a new account

Sign in

Already have an account? Sign in here.

Sign In Now

English
Retour en haut de page
×
Casino de Marrakech : WSOPC
Casino de Marrakech : WSOPC