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PPD Cannes : Pêché d’orgueil

ArtPlay

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Salut à tous,

J’ai eu l’occasion pas plus tard que la semaine dernière de disputer le Partouche Poker DeepStack à Cannes. Petit rappel du concept, les PPD sont une série de tournois au buy-in abordable (500€) qui offrent sur trois jours une structure deep tout à fait digne d’un tournoi bien plus cher. Ca m’a semblé une bonne distraction après un mois de grind intensif (aux résultats médiocres, j’y reviendrai peut-être).

C’est donc en confiance que je me suis pointé à 13h au Palm Beach Casino à Cannes, gonflé d’ego et prêt à annihiler un parterre d’amateurs et de joueurs live, en toute modestie bien sûr. Bon en pratique j’ai bust au bout d’une huitaine de niveaux en raison d’au moins une erreur vraiment grossière pour laquelle je m’en veux toujours beaucoup. Au temps pour l'ego. Retour sur les faits.

palm_beach_cannes.jpg

Composition de la table

La table était plutôt belle mais je ne suis pas super bien tombé par rapport aux positions. En gros il y avait 6 joueurs de live, dont au moins 4 franchement pas bons, et 3 joueurs visiblement « issu du online », comme dirait Bruno Fitoussi. Look, âge, attitude, ça trompe pas trop. Le truc c’est que tous les joueurs de live étaient à ma gauche, donc avec la position sur moi, quand tous les jeunes loups du net étaient à ma droite, hormis un gars qui avait l’air plutôt tight au début, puis s’est révélé être un donateur absolument incroyable (même s’il m’aura finalement pris un sacré paquet de pognon).

Commençant le premier niveau avec 500 blindes, et ayant encore plus de 200 blindes après 2h de jeu, j’ai opté pour une stratégie très large, où j’ai raise ou call à peu près tous les raises dès que ma main ressemblait à quelque chose. Une configuration de table inversée aurait été plus agréable, mais j’ai fait avec ce que j’avais.

A titre d’exemple un premiers coups que j’ai joués :

65o au HJ sur 50/100

Dans un pot non ouvert j’ouvre à 400 avec :6h:5d. Le bouton liveplayer paye, le reste se couche. Le flop vient :8d:6s:4c . Je choisis de check dans l’optique de commencer par call une mise puis voir à partir de là. Mon adversaire checkback. La turn est un :7d, qui comme prévu, me donne quinte. Je mise 700, rapidement suivi par mon adversaire.

La river est une semibrique, puisqu’il s’agit du :Kh. J’envoie une mise de 1500, rapidement relancé à 3000 par mon adversaire. Je réalise déjà ici une première erreur d’évaluation de mon adversaire. En clair lorsqu’il relance mon raisonnement s’arrête rapidement à « ???? Bah il a le 5 aussi on split, viens je call et voilà »

En pratique, vu l’improbabilité d’un 9T chez lui (il aurait souvent misé le flop), j’aurais sûrement été inspiré de 3bet la river. D’autant plus quand il me dévoile sa main :6d:6c. Je me sens directement un peu con et j’ai le sentiment d’avoir perdu de la value, mais au moins j’ai pu montrer que j’ouvrais 65o et que je faisais n’importe quoi préflop, ce qui n’est pas forcément mauvais à prendre en termes d’image 500 deep contre des joueurs sur lesquels on estime avoir un edge.

Après quelques orbites sans trop d’activité vient une main marrante où je commence à un peu me sentir pousser des ailes et à vouloir montrer à la table QUI C’EST LE PATRON comme on dit.

55 en MP sur 100/200

Le joueur live 3 sièges à ma droite que j’estime alors plutôt tight ouvre UTG+1 à 600. Je choisis de call en position avec :5d:5h. Tout le monde passe jusqu’à un joueur d’environ 45 ans, légèrement grande gueule, que j’imagine probablement être assez près de ses jetons, qui squeeze à 2000. L’OR call, et bien content d’être là je call également.

Le flop tombe : :8h:7h:4c. Pas forcément un mauvais flop pour moi, je peux probablement call un bet de n’importe qui avec souvent 6 outs largement assez bons, et la possibilité non nulle de gagner au showdown sans améliorer. L’OR check, je check, le squeezer check. J’estime que la probabilité que le squeezer ait une main comme AQ/AK est assez forte.

La turn tombe, :Ah. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer. L’OR check de nouveau, je check également fort logiquement vers le squeezer, qui choisit de miser 3000, dans le pot de 6000. L’OR passe, me laissant face à une décision. Je suis à peu près convaincu à 100% que mon adversaire a top pair, souvent TPTK. Call sera quasiment toujours perdant malgré mes outs et mon puissant flushdraw hauteur 5. En revanche si mon read est bon, j’ai une forte fold equity dans ce coup, directement à la turn, également vraisemblablement en misant river.

Confiant dans mon raisonnement, je porte les enchères à 11.500, pour me faire payer quasiment dans l’instant par mon adversaire. A ce stade je suis quasi convaincu qu’il détient :Ax:Kh ou :Ax:Qh. Le plan est donc simple, envoyer une bonne grosse praline sur toutes les briques river. La river tant attendue est effectivement une brique, et je m’en tiens au plan en misant 18.000. Mon adversaire tanke une bonne minute et finit par se coucher, en montrant fièrement un as. Bien sûr je reste dans mon idée d’agacer au maximum la table, et jette nonchalamment ma paire de 5 face visible en ramassant le pot d’environ 30.000. « J’aurais pu payer tu sais ! » « J’étais à deux doigts de payer ! » me harangue mon adversaire.

Je souris un peu. Je suis monté à 65.000 et j’ai énervé un mec, mon ego déjà démesuré menace de faire péter mes chaussettes.

S’ensuivent quelques petits coups perdus, quelques-uns gagnés, je suckout et énerve à son tour mon voisin de gauche en check-callant avec K4 sur 4T2b 7 et en gagnant sur la river K contre son AT, bref les choses sans se passer magnifiquement se déroulent plutôt correctement.

Ks5s au CO sur 150/300

Arrive une main sympa, bien que sans grand intérêt stratégique. Un jeune joueur ouvre, suivi par notre ami liveplayer qui avait l’air tight au début, et qui commence à avoir l’air sérieusement steamé, sans trop de raison. J’ouvre :Ks:5s en position, et je choisis de squeeze à 3000 en pensant avoir une fold equity immédiate assez importante, en particulier contre le joueur online, et confiant pour jouer profitablement cette main 200 deep en position si jamais je venais à être payé par le joueur de live. Le flop vient plutôt sympathique, :As:Kc:4s. Je choisis de CBet pour tout un tas de raisons, et suis rapidement payé.

Turn, bien entendu, :7s, j’ai la nutflush deep contre un joueur un peu tilté et un peu fou, pas mal du tout. Je mise, il fait tapis avec :Ah:3s ( ?????) et s’en veut énormément lorsque je snapcall « aaaaaaaaaah mais c’était un arrachage que je faisais :(:(:( pourquoi je fais ça ?????? ».

Bref me voici à 125k. Il reste pourtant encore 60k au joueur qui vient de me faire doubler.

L’heure qui va suivre est un peu pénible, je touche des jeux corrects mais perds 1-2 flips contre des shortstacks, et je me retrouve à stagner à 100k.

AcKs sur 200/400, l’erreur la plus bêtebêtebêtebête de ma vie

Le même joueur que précédemment ouvre à 900, et le même joueur qui vient de me faire doubler call, de nouveau, désormais totalement en tilt. Je découvre :Ac:Ks en BB, et décide logiquement de porter les enchères à 5200. Payé deux fois, cela va sans dire.

Le flop : :Qc:6c:6s . Pas la panacée, mais on a vu pire. Je peux facilement miser en espérant bluffer le joueur online tout en me faisant call par moins bien par le 3è larron totalement tilter. J’opte pour un montant un peu spécial, puisque je fais 5600, au tiers du pot. Pas forcément incohérent d’un point de vue théorique, et surtout me permettant d’avoir une très grande marge de manœuvre sur différents board runs, tout en me donnant pas mal d’information par rapport à la réaction de mes adversaires. Car ouep, en live, on peut bet pour info. C’est tous ces petits tricks qui font que je prends un pied énorme à chacun de mes rares tournois live.

Bref fin de la parenthèse, le joueur online fold (ouf) et le joueur live call. A ce stade là je sais pas si je dois me réjouir ou non de son call mais je me dis que dans le pire des cas je vais faire avec.

La turn vient :4s. Je choisis de check, conscient qu’il est peu vraisemblable que mon adversaire aille passer une paire de dames, ou n’importe quelle paire pour ce que ça vaut. Il choisit de miser 13.000. A ce moment là je réfléchis rapidement à ce que je sais de lui : bien qu’un peu tilté il a montré pas mal de pot control, et je pense être très fréquemment devant, en me disant qu’à part un 6, rares sont les valuehands avec lesquelles il va vouloir jouer un gros pot, et qu’il peut même checkback une dame. Et même quand on joue 70% des mains comme il le fait, avoir un 6 quand deux sont déjà présents sur le board, c’est loin d’être évident. Je call donc, pensant fréquemment battre un flushdraw quelconque ou n’importe quel float un peu fou.

La river vient :3d. Je m’en tiens au plan et check, en me disant que je vais vraisemblablement call une mise. Mon adversaire mise effectivement, 27.000. A ce stade là le pot est plus gros que l’average, et je me dis que si mon plan m’a pas l’air dégueulasse je vais quand même tanker une minute en observant mon adversaire, histoire de voir si je pourrais pas choper un tell qui m’éviterait de commettre une erreur.

L’observation me conforte en fait dans mon read : là où je l’ai déjà vu prolixe et ouvert quand il misait une bonne main pour value il ne dit absolument rien et semble tendu. Je finis finalement par annoncer doucement « call ». Ayant mal entendu, et visiblement un peu dégouté, mon adversaire me fait répéter. « Je call, je call »

C’est là que je frise le suicide. Mon adversaire va pour jeter sa main au muck. Je jubile et m’apprête à pavoiser. Mais pour que mon triomphe soit complet il faut que mon adversaire montre sa main, de sorte que je puisse montrer la mienne d’un air arrogant en disant « héhéhéhéhéhé ». Ca me semblait important pour foutre la table en tilt d’avoir l’air arrogant et dominateur ce jour-là. Je lui demande donc de montrer sa main. Il insiste bien pour dire que non il préfère muck, mais je surenchéris à mon tour. C’est que je veux pouvoir le montrer mon call AK high, ah ça oui, je suis content de moi hein…

Il finit alors par s’obliger et montre …. :4c:7c . Je suis totalement dé-goû-té. Mon read était bon, tirage couleur. Mon read était bon, il n’était pas à l’aise avec sa main et VOULAIT la mucker. Mais mon trop plein d’orgueil m’a complètement fait oublier que mon adversaire était en fait susceptible de mal lire mon jeu et de bluffer avec une paire. Je jette ma main. Tout le monde à table est étonné, et le sentiment général est à mi-chemin entre admiration pour mon call et incrédulité devant ma con*nerie. « Il a une sacrée paire de burnes mais il est quand même un peu con » serait un parfait résumé de l’ambiance à ce moment là.

Bref à la fois content de mon read et VRAIMENT PAS CONTENT DU TOUT de moi et de mon pu*tain d’orgueil je retombe dans les 50k jetons, tilté.

Je ne pense pas que mon jeu s’en soit trop ressenti par la suite, mais l’augmentation des blindes et 100% de mauvais timings ont fait que je suis tombé petit à petit jusqu’à 15k, sur les blindes 400/800.

JJ sur 400/800 avec 20BB

S’il y a une chose que de précédents tournois live m’ont appris, c’est que quand on se fait min3bet dans une situation où on s’attendrait à se faire resteal à tapis, on est généralement face aux as ou aux rois. Et je m’étais bien promis de ne plus me laisser avoir et de réussir à passer des mains fortes.

Ici, bouillonnant d’ennui et de rage, j’ouvre JJ à 1800. Un jeune joueur en small blind, possédant un stack de 22k+ me revient dessus à 4200. La bonne blague. Je suis persuadé qu’il a nuts. Mais plein de frustration et un peu dégoûté que ce tournoi se soit mal passé alors qu’il avait si bien démarré, je décide de push quand même. Histoire de pouvoir me casser détilter, de me punir pour mon ego, de m’apprendre définitivement la leçon qu’il faut fold quand on se fait min3bet, et de ne pas avoir à revenir au jour2 avec 10BB après avoir joué jusqu’à 3h du matin. Pas de surprise, il montre AA et je bust, presque content d’être débarrassé, à 23h.

Pour conclure

Un bilan mitigé pour ce PPD. Une belle leçon pour moi, je tâcherai de me voir un peu moins beau à l’avenir et de réfléchir un peu plus même si je me pense meilleur que mes adversaires. Enfin au moins je n’ai pas commis une telle erreur sur un gros tournoi, ou sur un moment critique de celui-ci. Je pense que je m’en serais voulu beaucoup plus et que cela aurait coûté beaucoup plus cher.

Finalement c’est presque positif : quand on voit le temps qu’il faut jouer en live pour espérer progresser, en raison de la lenteur inhérente au jeu avec jetons et croupier, je pense que les enseignements que je tire de cette journée valaient bien 500€. Prochain tournoi du coup, je le gagne. Tant qu’à faire alors, j’essaierai d’en faire un gros.



29 Commentaires




Commentaires recommandés

Toujours un kiff de recevoir une notification : "Artplay a posté un nouveau billet"! Huge bad beat, je dois d'urgence partir jouer un side Unibet open, je suis déjà à la bourre. Il me tarde de le lire...

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Merci pour le recap du PPD, j'imagine même pas comment tu devais te sentir trop mal après ce passage avec AK vs 47s.

Bonne continuation pour la suite... Wsop ?

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Trés bon cr , sympa a lire et la main contre le livetard 47<ak est mythique , t'aurais du le laisser muck et montrer derriere ton A high , la pour le coup t'aurais pris un gros pot et tu l'aurais bien mi en tilt... :explose:

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Toujours un plaisir de te lire . Sick égo sur le 46s. le mec muck , je cherche meme pas a montrer , je prend le pot direct . Mais enfin , je peux te comprendre sur le coup . Tout le monde aurait voulu ta mort aprés ça , si c'était pas déja le cas .

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Nice post !

Ca m'a bien réussit de lire ton article en cours de tournoi. J'ai fini 4ème du side à 400 de l'unibet. Un peu frustrant mais belle perf quand même.

« Il a une sacrée paire de burnes mais il est quand même un peu con » Très bonne analyse de la situation!

Tu me semble être sur la bonne voix pour ship.

Il sera alors temps pour le péché de luxure!

Gl pour la suite

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Blog vraiment exceptionnel. Le genre d'article où quand tu bust on ressent vraiment de la douleur pour toi ! (Même si le buy-in c'est une ou deux caves pour toi ^^).

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J y était ! C vrai qu on avait une table marrante, entre les vieux livetards bien loose et tout á l'ego a ta gauche, le specimen a ma gauche (le 7-4) sorte de fish/spewtard/degen qui me snappait tout mes opens (rofl), et qui fagocitait tout le jeux tant tout le monde attendait sa livraison... Un jeune joeur assez sympa a ma droite, un peu nit, qui attendait d etre a 10/20bb pour sortir sa fiche sur ses ranges de push avec l equilibre de nash..

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Perdre un coup après que la river soit passée, c'est fort :)

Par contre tu critiques ton ego mais c'est lui qui t'as fait (presque) gagner le coup je pense, sans cette image que tu donnes depuis le début aurait-il muck? Il a quand même quelque chose mais a du vouloir éviter une réflexion venant de toi.

nice read quand même...

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une question sur le main ou tu as 55 et villain prob. AhQ/AKh.

comment es-tu sur que tu n'as pas affaire a une CS ? une de celle qu'on trouve souvent en live, qui lache pas tp, encore moins tpgk, et qui peu de plus faire un call de frustration parce qu'il a loupé la flush ?

on est sur le niveau 100/200, le 2eme; comment as tu pu voir qu'il pouvait folder ce genre de main ?

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