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" I don't work! I play poker! "

Mr Sneeze

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Jouer au poker, c'est la possibilité de gagner sa vie sans travailler. Un beau rêve n'est-ce pas ? Peut-être moins vrai maintenant, ne nous faisons pas d'illusions.

 

Il y a finalement très peu de temps, l'argent circulait gaiement, l'abondance était accessible, avec son corollaire, l'espoir de l'argent facile. A quiconque prêt à affûter un tout petit peu sa stratégie, un potentiel de succès financier bien plus élevé que beaucoup d'activités professionnelles. Le tout sans vraiment travailler, donc.

 

Regardons aujourd'hui le tableau du poker : l'écosystème se casse dramatiquement la gueule. A tous les niveaux. Le rêve de l'argent facile est mort, pour la plupart des joueurs. Donc il faut certainement, maintenant, travailler. Je préfère continuer à dire dire jouer cependant, le terme est plus riche, car jouer, c'est par exemple, jouer avec des structures, des paramètres, remettre en question, bousculer des manières de faire. Travailler est trop linéaire. On peut aussi dire pratiquer, au lieu de jouer.

 

Il n'y a pour moi aucun doute que l'environnement est cappé : l'argent disponible dans le système pour chaque joueur est lié d'une part aux limites qu'il joue et d'autre part à son edge sur chaque limite. Hors les high stakes ne tournent plus, même les midstakes tournent moins. Les joueurs high stakes d'il y a juste quelques années grindent maintenant en dessous de la 5/10 online, simplement parce qu'il n'y a pas assez d'action au dessus, ou que l'action est fournie uniquement par des joueurs encore meilleurs. Le mouvement est visible en live également.

A mesure que les joueurs expérimentés et talentueux descendent de limite pour 'manger', les joueurs médiocres ou faibles se font rétamer la gueule beaucoup plus vite, rendant progressivement la limite moins 'fishy', et forçant petit à petit les mauvais réguliers vers la sortie, ou en tout cas vers une existence beaucoup plus tendue et incertaine.

 

 

Ce mouvement est irrémédiable. Il peut être compensé à certains moment par de l'afflux d'argent frais dans un sous-environnement. Reste que les joueurs perdants, pour la plupart, ne vont pas s'entêter à perdre des années à ce jeu. Il y a tellement d'autres manières de s'occuper dans une vie (et limite, tellement d'autres manières de s'abîmer, autant faire preuve de créativité).

 

Il faut accepter que les barrières à l'entrée ont augmenté dans le poker : le jeu s'est complexifié, il faut maintenant pas mal d'expérience pour s'asseoir à une table de poker (peu importe où, dans un casino, ou online) et espérer ne pas se broke en 3 orbites, tellement tout le monde a progressé.

De fait l'intensité du jeu, le fait qu'on ait tenté de le légitimer comme un sport, avec la compétition des tournois, tout le monde a bien compris que c'était quelque chose de sérieux et pas vraiment comparable avec d'autres jeux de gambleurs. Les gambleurs ont arrêté de gambler dans le poker parce que le jeu est progressivement devenu moins fun pour eux. Sans eux, beaucoup, beaucoup moins, d'argent en circulation.

 

Beaucoup de reguliers n'ont plus le même enthousiasme qu'avant, car sans aucun doute il faut être bien plus fort qu'avant pour gagner de l'argent. Ils voient la variance les impacter plus, la difficulté à se remettre de gros revers, à conserver une bankroll solide. Ils voient moins de fishs les livrer 'facilement'. Car oui, les 'fishs' progressent également.

L'erreur de jugement ici aura été de croire qu'il y a une stratégie pour gagner de l'argent au poker, et qu'une fois trouvée, il n'y avait rien d'autre à faire que de grind. L'erreur est de considérer l'environnement comme statique. Précisément, le déploiement des stratégies par les joueurs changent la nature même de l'environnement. Les considérations sur le jeu évoluent. Les gens n'ouvrent pas les mêmes sizings qu'avant. Ils ne considèrent pas les mains et les situations de la même façon.

 

Donc pour faire simple, faire comme hier et espérer que ça marche demain, ne peut pas marcher dans un environnement évolutif.

 

Quand un joueur progresse, il oblige ses adversaires à progresser, à s'adapter. Inconsciemment, même si personne ne travaille réellement bien son jeu, le simple fait de jouer fait évoluer les stratégies, et les tendances du pool.

 

 

Des stratégies sont naturellement validées par l'environnement, et d'autres rejetées. Certaines stratégies se développent, d'autres disparaissent. Si on considère le no-limit hold'em, il est incontestable que les stratégies preflop s'alignent, tout le monde joue plus ou moins pareillement un nombre important de situations. Les erreurs preflop sont moins importantes qu'avant. Et l'edge potentiel bien moindre. Il faut bien réaliser qu'il n'y a pas si longtemps un joueur gagnant faisait la plupart de son blé sur des erreurs catastrophiques des joueurs sur les premières streets. Moins vrai de nos jours, et même en live les pots restent plus petit, beaucoup moins de joueurs qu'avant open à 8x ou autre fanfaronneries. L'environnement dans sa globalité a simplement compris qu'une bonne manière de gagner à ce jeu était de s'armer de patience et commencer par jouer des ranges tight. Et ne pas trop s'exposer.

 

 

Vu que tout le monde choisit de jouer le waiting game (qui consiste à jouer tight et laisser l'impatience des autres s’empaler sur nos mains décentes), un équilibre se crée dans l'environnement, où certaines stratégies ne peuvent juste plus fonctionner. C'est pour cette raison que le jeu preflop s'uniformise, tant dans les fréquences que dans les sizings. Il y a un point d'équilibre, mais ça ne signifie aucunement qu'on approche là d'un jeu 'GTO'.

 

 

 

 

GTO, le terme est lâché. La communauté en parle beaucoup, c'est un peu son graal, trouver LA stratégie ultime, une stratégie où on ne peut plus perdre, où on n'est pas exposé, pas vulnérable. Etant un grand partisan de la vulnérabilité comme force, j'ai clairement choisi de ne pas donner trop de crédit à toutes ces sornettes.

Car dans le pool des joueurs français ET internationaux, je suis clairement plus avancé que la moyenne en termes de 'range thinking' et de GTO. Mais quand la communauté parle de GTO, ou tente de trouver des 'solutions' GTO à certains spots, souvent il y a erreur. Parce que le jeu que vous jouez n'est pas GTO du tout. Vous utilisez seulement le terme pour décrire un point d'équilibre dans un environnement donné.

 

Peut-être que les meilleurs joueurs de cash game du monde jouent un jeu très équilibré et bien construit à tous les étages : leur bataille devient ainsi une bataille principalement mentale, une bataille de déploiement de leurs choix stratégiques ; c'est à qui résistera le mieux à la pression en fait (c'est ce qui différencie les high stakes du reste du poker d'ailleurs).

Mais pour ce qui est des joueurs en dessous de la 5/10 online (en live, c'est toutes les limites, tous les joueurs), PERSONNE n'est équilibré totalement, loin de là.

 

 

Le field croit être équilibré et s'approcher du GTO. C'est là une totale erreur basée sur plusieurs illusions.

 

La première : contrairement à ce qu'ils croient, très peu de joueurs sont en réelle maîtrise de leur jeu. Ils ne possèdent pas leur jeu. Comme je l'ai évoqué, il y a une sélection naturelle des stratégies qui s'opère dans le jeu : à mesure du jeu, naturellement, certaines stratégies sont évincés. Donc beaucoup de joueurs qui gagnent à un moment gagnent parce que leur stratégie est 'validée'... à ce moment là, à cet endroit là. Qu'ils essaient dans un autre environnement, ou qu'assez de temps passe, et leur stratégie ne sera peut-être plus adaptée du tout. Ce type de joueurs va tendre à s'attacher énormément à ce qui marchait, va lutter pour évoluer, et assez naturellement sortir du jeu un moment ou à un autre.

S'il n'y a pas de flexibilité stratégique, il n'y a pas réelle maîtrise.

 

Etre en maîtrise de son jeu, c'est déjà sortir du mode majoritaire d'apprentissage dans la communauté : l'imitation. Tout le monde fait ça. On regarde des meilleurs joueurs que nous jouer, et on copie ce qu'ils font, car forcément ce sont les meilleurs.

Mais il n'y a pas de compréhension de pourquoi ceci est bien et ceci moins bien. Il n'y a pas de perspective, seulement de l'imitation. Untel fait ça, je vais essayer ! Les sites de coaching suivent ce format, pyramidal, où pour grimper les échelons il s'agit d'observer les meilleurs.

 

Quelque part, ce mode d'apprentissage est extrêmement limité. Déjà, il est passif. Ensuite, il provoque des énormes erreurs dans la mise en place. Par exemple, après avoir observé que pas mal de très bons joueurs défendaient leurs blindes très loose en MTT, une bonne partie des joueurs de MTT s'est mis à défendre les blindes loose. Ils voient un bon truc, et du coup se mettent à le faire, évidemment sans discernement pour les positions relatives, le fait d'être heads-up ou multiawy, les stack sizes, etc. Donc ils font n'importe quoi et croient mieux jouer 'parce qu'ils font comme Untel'. Ben non, c'est pas aussi simple que ça d'être un très bon joueur. Un très bon joueur comprend l'intéraction des ranges entre elles, des boards, et des streets entre elles. Il comprend aussi l'intéraction des joueurs, leur états émotionnels ou faiblesses psychologiques. Ainsi il peut jouer certaines situations comme il le fait.

 

Si on imite seulement, on copie quelque chose qui marche, mais sans la structure qui la sous-tend, sans la solidité derrière qui permet de prendre des bonnes décisions. C'est ce que fait la communauté avec le GTO. Tout le monde se met à user majoritairement de certaines lignes et sizings, de certaines tendances. Le jeu preflop devient doucement de plus en plus comme les ouvertures aux échecs : une manière d'entrer la confrontation. L'edge diminue preflop mais il reste très présent turn et river.

 

Tout le monde reste extrêmement déséquilibré turn et river notamment.

 

 

 

 

Seconde illusion liée au GTO : 'pourquoi' chercher le GTO. Je veux dire, quelles sont les motivations ? J'y vois une claire tendance à la paranoia, la crainte d'être 'exploitable', donc la volonté de se protéger. Et quelque part de devenir imbattable, derrière une belle armure polie et dorée. C'est la volonté de maîtriser.

 

Selon moi, penser vraiment GTO, c'est penser en termes d'intéractions de ranges les unes vis à vis des autres et par rapport au board et à ses ramifications. C'est donc extrêmement complexe et subtil. Quand on rentre là-dedans (l'intéraction de ranges, la 'texture' des boards, dans un sens profond), on est facilement dépassé : il y a juste trop de situations au poker pour que l'esprit humain les maîtrise sans un certain nombre de répétitions et d'expérience consciente (et inconsciente, le corps apprend presque, on sent les spots).

 

La réalité du GTO est très loin d'une stratégie 'fixe', implacable. Le 'vrai' GTO, dans un sens, est le jeu optimal. Ce que cela signifie c'est de déployer les meilleurs stratégies possibles en fonction de ce que nous propose l'environnement. Ce n'est pas quelque chose de 'résolu', ou 'résolvable', c'est un équilibre qui se crée entre les stratégies des joueurs et leurs tentatives de s'exploiter les uns les autres.

De fait, un joueur a un edge sur un autre lorsqu'il gagne au jeu de l'exploitation, quelle que soit sa forme (l'exploitation dominante de nos jours est clairement une exploitation passive : on exploite en ne s'exposant pas, en ayant un jeu très tight et value-oriented, en bluffant très peu mais espérant que nos adversaires callent tout de même). En cherchant à 'devenir inexploitable', le pool a limité l'intéraction joueur à joueur, car la défense (inexploitabilité) a pris le pas sur l'attaque (exploitation des faiblesses de jeu structurelles, ou psychologiques, de nos adversaires).

 

 

Collectivement, les joueurs de poker créent des paradigmes, des manières de faire et de jouer, qui se rapprochent d'un équilibre dans un environnement donné, à un moment donné. Cet équilibre, ou une multitude de sous-équilibres, évolue constamment à mesure que des joueurs innovent pour trouver ce que j'appellerai des 'puits de profitabilité'. Ils cherchent des zones du jeu où ils peuvent trouver un edge. L'edge vient d'une plus grande maîtrise de certaines situations, et une tentative d'inviter nos adversaire sur notre terrain de maîtrise.

Heureusement que ces joueurs existent! Parfois ils font de la m**de, mais parfois, dans leur exploration du chaos ils trouvent des puits de profitabilité qu'ils seront les seuls à exploiter pendant un moment.

 

 

 

 

Il faut bien comprendre la dynamique intéractionnelle du poker, et c'est en cela que c'est un jeu : vos choix intéragissent avec les choix des autres. La solution n'est donc en soi jamais fixe, mais relationnelle, dépendante de paramètres particuliers.

 

En fait, je pense que derrière ce GTO bullshit, il y a en fait une réelle crainte de la communauté face à la complexité du pok. Et donc une tentative de simplification des données, des 'manières de faire'. Plutôt que vraiment chercher le play optimal, on se contente de solutions EV+ (ce qui n'a aucune importance par rapport à la solution la plus EV+). En fait on bâtit surtout des approches permettant de limiter notre exposition. Mais c'est un jeu d'exploitation. Si on ne s'expose pas, on limite notre capacité d'exploitation (ou alors exploitation passive comme mentionnée auparavant).

 

Le GTO, malgré son langage complexe (certains diraient, 'complexifiant'), me semble en réalité une simplification du jeu. Une forme d'auto-justification d'un paradigme plutôt qu'un réel travail sur ce qui marche, ou non. Il n'y a pas d'exploration des possibilités du no-limit hold'em, bien plutôt une réduction des possibles.

Exemple : trop peu de joueurs utilisent des sizings inférieurs à 30%, alors que beaucoup de situations créent des stratégies de bets minuscules excellente ; trop peu de joueurs overbet alors qu'on peut overbet beaucoup de situations pour pas mal de raisons. La communauté dans sa majorité reste cantonnée à des approches simplifiées des possibilités offertes par ce jeu, et puisque la majorité suit cette route, de fait cela donne l'impression qu'on arrive vers une 'résolution' du jeu.

Mais ce n'est pour moi qu'un point d'équilibre, mouvant, une sorte de transition vers autre chose.

 

 

 

Pourquoi je parle de tout cela ? J'ai avancé l'idée que l'environnement devenait plus compétitif, cappé quelque part (on peut évidemment être bon à ce jeu, mais ça implique de devenir meilleur à un rythme plus élevé que la compétition. Personne n'est bon 'en soi', il s'agit toujours juste d'être meilleur que nos adversaires. S'ils changent, on doit changer aussi, donc chaque jour qui passe rend la tâche plus exigeante 'dans l'absolu').

J'ai avancé quelques idées sur le GTO, enfin cette tendance qu'a la communauté à chercher à résoudre le jeu. Je pense que ce qu'on appelle GTO est en fait une tentative collective de conserver un paradigme, une manière de faire, de jouer, qui marchait avant. La crainte évidente de ne plus parvenir à gagner à ce jeu dans le futur (les marges diminuent, sans aucun doute, pas la place pour tout le monde) conduit à la tentative, désespérée presque, de justifier qu'il y a une bonne manière de jouer au poker. 'En soi'.

Comme je l'ai dit, c'est pour moi bullshit car la seule bonne manière est relationnelle, et non statique. La bonne manière n'est juste jamais la même, elle change chaque jour, à chaque table.

Si on ne voit pas ça....

 

 

Ainsi on en arrive à une question : qu'est-ce au fond une approche exploitative ? Est-ce l'opposé d'un jeu GTO ? Non. Pour moi, l'approche exploitative EST le GTO. C'est simplement la meilleure méthode, c'est aussi une méthode plus dangereuse et subtile que le GTO dont parle la communauté. La sécurité est souvent privilégiée (il faut entendre, la sécurité du paradigme actuel de la communauté, les notions qui la rassurent).

 

Je l'ai dit avant, le GTO 'réel', c'est appréhender le jeu dans son intéraction même. Visualiser comment les ranges s'affrontent sur tel ou tel texture, et telle ou telle position relative, à tel ou tel momentum, etc. En bref, c'est une vision globale, une certaine perspective.

Quand la communauté parle de GTO, ça va être par exemple pour parler de fréquence de défense minimum, comme si les adversaires attaquaient suffisamment. PERSONNE n'est suffisamment équilibré turn et river. En très grande majorité, les gens jouent leur main (attachement à certaines mains, sizings transparents, etc), ils barrellent seulement avec de l'équité, ils jouent la force absolue ou moyennement relative de leur main plutôt que ce que dicte réellement la situation. Ils over-bluffent et under-bluffent certains spots.

 

Quand on joue 'GTO' au sens de conscience globale, des ranges, du board, etc, on réalise très bien qu'il y a des situations où notre adversaire bluffe trop, ou pas assez, par exemple. On peut donc, et on doit donc, faire un play explo. Il n'y a pas de fréquence de défense minimum contre quelqu'un qui ne bluffe pas assez. Peu importe son sizing. L'inverse s'applique dans le cas opposé.

 

Le poker est un jeu situationnel. Le jeu explo consiste à attaquer les situations qui nous sont présentées. Une bonne approche est d'étudier les tendances du pool qu'on affronte. En somme, quel est le 'langage' qui se parle, dans mon environnement. Comment vais-je 'parler' à mes adversaires.

Ensuite, quelles sont les situations où une faiblesse structurelle est visible. Il s'agit de creuser pour ces situations. Considérer des lignes alternatives tant pour manœuvrer notre équité optimalement que pour mettre nos adversaires dans des situations d'inconfort (où les erreurs les plus massives naissent).

 

L'équilibre qu'on recherche n'est pas un équilibre absolu, mais la meilleure 'solution' à un environnement donné. Plus un joueur est compétent, plus il sera capable de rapidement trouver des stratégies optimalement exploitantes. Et il peut très bien en avoir une grande diversité.

 

 

 

Je ne suis pas sûr où je veux en venir. Tout ce que je dis est peut-être biaisé parce que je suis autodidacte dans mon apprentissage depuis longtemps. Simplement une description de tendances que j'observe. Je pense que la plupart des regs galèrent dans l'environnement actuel, et selon moi c'est principalement parce qu'ils ne parviennent pas à faire évoluer leur paradigme de 'ce qu'est le pok'. Seulement cela.

 

Le jeu évolue. Evoluez avec lui! Ou bonne chance, et au revoir sous peu.

 

 

 



4 Commentaires


Commentaires recommandés

j'aime bien l'idée peu conventionnelle que le GTO c'est la stratégie exploitante

pour trouver un parallèle je vais citer Dali. Ce peintre fou et communément considéré comme génial est à l'origine du Surréalisme, mouvement que Wikipedia difnit comme suit : 

 

" ensemble des procédés de création et d’expression utilisant toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues "

Ce que je vais assimiler dans mon exemple à une stratégie exploitante, ou le but n'est pas de reproduire à la perfection la méthode des anciens (la référence), mais plutôt prendre de larges libertés avec ce qui s'est fait pour créer quelque chose de nouveau (sortir des sentiers battus, sortir de la ligne). Fort à parier par exemple que Dali aurait choisi un autre style si en son temps tout le monde était imprégné de Surréalisme. L'idée était avant tout de faire quelque chose de nouveau, de propre à lui même pour - probablement - satisfaire son ego. Mais peu importe

 

Ce que peu de gens savent concertant l'ami Dali, c'est que c'était un fervent admirateur de Velazquez, peintre baroque du 17eme siècle, selon Wikipedia " un des maîtres de la peinture universelle "

Peinture Baroque : 

Le Concile de Trente (1545-1563), au cours duquel l’Église catholique romaine doit répondre à des questions de réforme interne soulevées tant par les protestants que par ses propres membres, encourage la création artistique comme support de dévotion mais également comme outil d'enseignement1. Les œuvres doivent illustrer la doctrine sans la trahir2. De plus, l'utilité des représentations imagées pour une masse peu instruite est reconnue2.

C’est pourquoi l’art baroque s’est concentré sur les saints, la Vierge Marie et sur des épisodes bien connus de la Bible

 

De par les sujets qu'il traite Le Baroque est associé à une peinture qu'on pourrait qualifier de Classique, et correspondant à un âge d'or on peut même dire qu'il s'agit d'un style classique de référence. Dans mon exemple ce serait le  GTO, une façon de faire carrée, réfléchie, cartésienne, efficace et imparable.

 

Alors pourquoi Dali se revendique t-il - entre autres - de Velazquez ? Eh bien c'est très simple, Dali n'a pas commencé par le Surréalisme, il l'a développé. Mais au départ Dali a une formation plus classique tu meurs, et on remarquera que dans toutes ses oeuvres même les choses les plus insignifiantes de ses tableaux sont excessivement méticuleuses et bien réalisées. Un petit écolier vu de dos en bas à droite d'un tableau, une abeille, des branches d'arbre... ou même la peau des éléphants qui ont de si grandes jambes. Et il faut remarquer que pour que tout le monde remarque qu'il s'agit de Surréalisme, il est importante d'avoir des points de repère clairs : c'est un éléphant c'est 100% sûr, et il a des pattes toutes fines.  C'est la taille des pattes qui est surréaliste, mais l'éléphant est bien un éléphant, il est parfaitement dessiné et aucun badaud ne pourrait le confondre avec quoi que ce soit d'autre, alors même qu'on a jamais vu d'éléphant pareil. Si vous dessinez mal l'éléphant, alors les pattes fines ne ressortent plus. Tout est là. A la base du travail de Dali il y a une compétence classique excessivement poussée. Quand Dali faisait du Velazquez il s'en approchait plus que n'importe quel peintre spécialiste du baroque. Il était capable de faire des clairs/obscurs d'une qualité comparable à Velazquez. Sauf qu'il a suivi son chemin, il a utilisé ses profondes connaissances de la peinture classique (le GTO) pour mieux s'en éloigner et développer son propre style (exploitant).

 

Ce qu'il faut retenir c'est que pour atteindre un niveau au-delà de ce qui existe, il est nécessaire au départ de comprendre la base commune. Mihail TAL, un des prodiges du jeu d'échec connu pour ses superbes sacrifices positionnels, venait de l'école russe, particulièrement austère et défensive. Tal connaissait parfaitement bien la théorie, et c'est grâce à cela qu'il a connu autant de succès en s'en éloignant.

Dali n'aurait jamais pu imposer le Surréalisme s'il n'avait pas eu une formation initiale classique, et si ce n'avait pas été un des tous meilleurs dans ce style classique. 

 

Le génie n'existe pas, seul le travail compte. Une stratégie exploitante adaptée en permanence aux joueurs/boards/sizing/etc... serait tout bonnement géniale, et largement supérieure à un GTO mécanisé.  Mais pour y arriver il faudra d'abord connaitre la théorie sur le bout des doigts. Je n'oppose pas le GTO à la stratégie exploitante, au contraire, c'est le même cheminement imo.

 

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Le 20/12/2016 à 19:32, JujuElDoud a écrit :

pour trouver un parallèle je vais citer Dali.

Intéressant parallèle! J'aime.

Je suis tellement d'accord sur ce que tu dis en termes de: pour se libérer de la structure, il faut la connaître, peut-être mieux que ceux qui n'en sortent jamais.

 

J'ajouterai toutefois que pour le poker, on a pas encore eu beaucoup de Velasquez. Jusqu'à récemment on faisait des peintures murales, et là on a commencé la gouache. Joke obv, mais disons que le GTO n'est pas encore devenu un 'style classique', car même si on en parle beaucoup, dans les faits ya pas grand monde qui visualise ça bien. Au fond pour moi le GTO c'est comme la pensée dialectique de Hegel. C'est une manière de considérer le poker qui a peut-être commencé avec Phil Galfond (et ses G-bucks, opposés aux Slansky-bucks), et surtout avec l'ebook 'Let There Be Range', de CTS et Slowhabit (honnêtement un bouquin qui  a changé le poker, même si dans la communauté FR on l'a sûrement pas trop vu passer).

Aujourd'hui tout le monde parle de range, 'ma range perçue', 'a quoi ressemble ma range dans son ensemble', et ainsi des notions comme 'fréquences de défenses', etc. Tout cela est une révolution (qui prend du temps), mais en gros l'idée c'est de considérer l'intéraction range vs range dans toutes les situations, plutôt que ma main versus sa main.

Bon pour l'instant, c'est encore très confus, c'est surtout ça que je voulais dire. Mais de plus en plus, le pok' devient comme les échecs, avec nos stratégies définies comme des 'ouvertures' (pour donner un exemple, Olivier Busquet disait qu'il ne faisait que check/call ou check/fold au flop OOP en SNGHU, lorsqu'il défend BB. C'est une ouverture qui lui permet de construire ses ranges de façon équilibrée, et en même temps, d'exploiter les tendances perçue de l'adversaire).

 

En gros pour moi, la difficulté, c'est surtout de voir à quel point le poker est complexe, chaque main est complexe, et juste faire attention à pas utiliser le GTO pour justifier une simplification des paramètres. Mais en soi, un processus de simplification peut aussi optimiser notre travail vers le GTO, car au moins on gère mieux la complexité (ce que je disais sur les ouvertures, juste au dessus: une 'ouverture' serait ici considéré comme une limitation de nos stratégies possibles qui nous permet en fait un meilleur déploiement sur les streets suivantes).

Et en somme, le GTO est 'en train de se faire', d'une part par les gens intéressés par la théorie du poker, et aussi par le jeu lui-même, la communauté jouant en considérant de plus en plus ces questions d'intéraction range vs range. Petit à petit des 'solutions' GTO émergent pour différents spots, mais ces solutions ne sont pas forcément définitives ni optimales, plutôt basées sur un équilibre auquel est arrivé la communauté à ce moment là. Pour trouver l'optimal, il faut évidemment considérer les équilibres actuellement opérant dans la communauté, dans le field des joueurs sur un format donné, mais du coup aussi être prêt à subtilement (ou violemment parfois) dévier des équilibres.

J'espère que ce que je dis est pas trop obscur ^^.

Modifié par Mr Sneeze

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Vraiment très bel article Mr Sneeze.

J'aime bien ton approche ainsi que les comparaisons de JujuElDoud. En effet, comprendre le GTO et le connaître peut permettre de dévier des stratégies "définies" (ou créées). Je pense plutôt que le GTO n'existera jamais d'une manière fixe.

En effet, le fait que des joueurs vont déviés du GTO afin d'exploiter un pool de joueur (jouant GTO) va modifier celui-ci naturellement. Les ranges de call ou de fold en fonction de si le joueur over/under-bluff ...

 

Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire ! En tout cas nice billet ;) 

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