jeudi 27 septembre 2018 à 14:47
EXCLU

Trois bracelets WSOP, un titre WPT, plus de huit millions de dollars de gains en tournois et au moins autant en cash game : Barry Greenstein est une véritable légende de la planète poker. Mais l'ambassadeur de PokerStars est aussi et surtout un personnage éminemment sympathique que l'on prend plaisir à écouter. Ce n'est pas Gaëlle, qui a passé près d'une heure en sa compagnie au téléphone, qui dira le contraire...

Barry Greenstein
(crédit : PokerStars)

Salut Barry et merci d'avoir accepté de répondre à cette interview ? Comment se sont passés tes WSOP ?

J'ai gagné un peu d'argent, mais pas autant que je l'aurais souhaité. Les WSOP sont toujours une bonne occasion de gagner pas mal d'argent...

J'ai seulement connu deux deep runs durant lesquels je suis resté chipleader assez longtemps. Mais je me suis fait sortir en 18e position, alors que j'étais en tête à 24 left, puis à la 6e place alors que j'étais en tête à 8 left. Pas de gros gain donc.

Maintenant les World Series paient 15 % du field, donc c'est assez facile d'atteindre les places payées. Depuis l'instauration de cette règle, je suis ITM presque une fois sur deux, alors qu'auparavant c'était plutôt une fois sur trois. C'est bien sûr un peu trompeur parfois, dans la mesure où sur certains tournois on a la possibilité de tenter sa chance lors de plusieurs jours 1, mais à l'arrivée je suis bien ITM la moitié du temps.

Et puis cette année j'ai aussi eu le bonheur d'assister aux mariages de deux de mes enfants, donc j'ai raté quelques tournois.

 

Tu participes aux World Series depuis 28 ans. À l'époque le festival se déroulait encore au Binion's. Tout est complètement différent aujourd'hui bien sûr. Qu'est-ce que tu aimais le plus à l'époque qui a disparu aujourd'hui ?

Le tournoi quotidien ! Le daily du Binion's était bien meilleur que celui du Rio. Et puis il y avait aussi une excellente poitrine de bœuf et du bon corned-beef servi en marge du tournoi.

Ceci dit je dois avouer que le daily du Rio est cool aussi. Le field est massif, c'est impressionnant. Si vous êtes présent à Vegas pendant les World Series, vous devez le jouer au moins une fois. Je suis toujours époustouflé par le nombre de joueurs sur ce tournoi.

 

À l'inverse, quels sont les changements que tu apprécies le plus ?

À dire vrai, je ne trouve pas que ça ait tant changé. C'est toujours du poker. Juste en plus gros. C'est le principal changement à mes yeux : l'événement est beaucoup plus populaire. Au fil des ans, ils ont dû ouvrir de plus en plus de salles pour accueillir les joueurs.

Quand je repense à mes débuts, je me souviens que la plupart du temps on évitait de dire aux gens qu'on jouait au poker. On gardait ça caché. Ce n'était pas vraiment populaire, et puis au fil du temps c'est devenu comparable à un sport, avec de nombreux spectateurs autour des tables. C'est la principale différence que je constate.

 

Imaginais-tu que ça puisse devenir un tel phénomène ?

Jamais ! Personne ne pouvait imaginer ça...

Il y avait bien Lyle Berman qui avait cette idée de développer un circuit nommé World Poker Tour. Avec Steve Lipscomb, ils pensaient pouvoir diffuser ça à la télévision. À l'époque on a tous eu l'opportunité d'investir dans ce projet, mais comme la plupart de mes collègues j'ai pensé que ça ne tenait pas la route. Beaucoup de bons joueurs assuraient qu'ils refuseraient que leurs cartes soient visibles à la télévision. Ils ne voulaient pas qu'on découvre leur façon de jouer. D'ailleurs, même les joueurs récréatifs de l'époque accordaient peu de crédit à ce projet.

 

Quelle est la scène la plus bizarre ou drôle dont tu gardes le souvenir aux WSOP ?

Avant je n'y disputais pas vraiment de tournois. Je me rendais surtout aux WSOP avec l'idée de jouer en cash game. Dans les années 90, on pouvait s'y faire beaucoup d'argent. Gagner un tournoi représentait une perspective intéressante bien sûr, mais les tables de cash restaient bien plus intéressantes financièrement. Alors je ne jouais que le Main Event et le Deuce to Seven. Et puis au fil du temps, je m'y suis mis avec un peu plus d'assiduité quand je me suis motivé à gagner un bracelet.

À une époque, je m'engageais aussi à reverser une bonne partie de mes gains à des structures caritatives. Ce n'est plus le cas pour deux raisons : d'abord parce que je ne peux plus vraiment me le permettre, ensuite car je dispute beaucoup plus de tournois et que ça représente un investissement conséquent.

En 2004, je me souviens que j'avais parié avec Doyle Brunson sur le résultat du tournoi de Deuce to Seven. Quand j'ai décroché le bracelet, j'ai offert les gains aux associations et gardé l'argent de Doyle. Inutile de préciser que le montant était bien plus élevé que le premier prix du tournoi.

 

Tu es l'un des représentants de PokerStars. As-tu quelques pistes en tête pour améliorer le jeu ou l'industrie ? Sur quoi devrions-nous nous concentrer aujourd'hui ?

En fait je ne réfléchis pas trop à ces questions. Mon opinion, c'est que les gens doivent surtout travailler sur leur comportement. Il y a encore et toujours beaucoup de joueurs qui critiquent leurs adversaires ou le staff des tournois. Lors des WSOP par exemple, il y a toujours de nouveaux croupiers donc les deux premières semaines peuvent être laborieuses. Sur les tournois de Mixed Games, il peut y avoir quelques erreurs. C'est assez naturel et je ne les blâme pas. Surtout quand je songe à leur faible rémunération ainsi que leurs longues journées de travail.

Parfois il faut savoir prendre sur soi et se montrer compréhensif, mais tout le monde n'y parvient. Ça, c'est quelque chose qui m'irrite vraiment.

"Pour moi le poker en ligne au début, c'était un peu du poker emballé dans un sac plastique"

Barry Greenstein jeun
Quelques années en arrière

Tu as été le témoin de l'évolution du poker et de la révolution internet. Quel a été ton sentiment quand les joueurs se sont mis à jouer en ligne ?

Ce n'était pas si important que ça. Au début c'était tout petit et il n'y avait pas de grosses tables disponibles. Pour moi c'était juste autre chose. Le poker, c'est d'abord observer ses adversaires et essayer de déceler des indices comportementaux. Il y a une composante psychologique importante. J'essaie toujours de lire mes adversaires en fonction de leur attitude et leurs hésitations.

Pour le moi le poker en ligne à l'époque, c'était un peu du poker enveloppé dans un sac plastique. Impossible d'avoir la moindre idée de ce qui se passe de l'autre côté de l'écran. Je voyais plus ça comme un jeu vidéo que comme du poker. Donc je n'ai pas pris le phénomène au sérieux, contrairement à la génération des 18-25 ans.

Mais même aujourd'hui, je vois toujours le poker comme un jeu plus psychologique que logique. Les joueurs en ligne, eux, ont tendance à se concentrer sur les chiffres pour identifier le style de leurs adversaires. C'est une approche très différente. Et si au départ ils accusaient un sérieux retard sur nous, ils ont fini par nous surpasser grâce à cette approche très scientifique du poker. Bien évidemment, quand ils ont opéré la transition vers le live, ils ont dû s'ajuster. Il y avait beaucoup plus de paramètres à intégrer, ainsi que d'autres profils de joueurs. Mais au final les bons joueurs finissent toujours par s'adapter à un nouvel environnement, que ce soit en live ou en ligne. Beaucoup de ces jeunes sont devenus d'excellents joueurs de live à l'approche de la trentaine.

 

Quels sont les conseils dont tu aurais aimé bénéficier à tes débuts ?

Le jeu a évolué, mais à mes débuts il était assez facile de devenir rapidement l'un des meilleurs. Les joueurs que je croisais n'étaient pas très bons. Donc je n'avais pas vraiment de besoin de conseils à l'époque.

En revanche je me souviens d'un joueur nommé Bon McGill. J'avais 17 ans, je jouais à la fac. J'ai perdu un pot et Bon McGill m'a dit : "Pourquoi tu pleures bon sang ? T'es en train de faire la deuxième meilleure chose au monde : jouer au poker et perdre !". C'est quelque chose qui m'a marqué. Je faisais beaucoup de sport à l'époque et je ne me plaignais jamais. Si quelqu'un me faisait mal je me relevais et je ne montrais rien de mes faiblesses aux autres, qu'elles soient physiques ou mentales. Alors quand il m'a dit ça, ça m'a touché. Ce n'est pas qui je suis. Je ne suis pas quelqu'un qui se plaint. C'est assez rare de me voir triste ou en train de râler suite à une main perdue. Si je suis battu, et je dis ça sans une once de sexisme, j'encaisse comme un homme. J'étais comme ça jeune, et je le suis toujours aujourd'hui.

C'est particulièrement important à une table de poker. Quand quelqu'un râle, tout le monde est content autour. La misère est appréciée. Ce conseil qu'il m'a donné est donc toujours resté : je ne veux pas donner à mes adversaires cette satisfaction.

 

Y a-t-il des habitudes de jeu que tu as prises au fil des années, ou au contraire que tu es parvenu à abandonner ? Comment ton jeu a-t-il évolué ?

Je pense que mon jeu s'est globalement maintenu. Il faut toujours faire des ajustements bien sûr, et souvent vous ne les remarquez même pas car vos actions sont basées sur le comportement de vos adversaires. Vous vous adaptez constamment, c'est une évolution permanente. C'est comme grandir : on ne sait pas trop ce qu'on a fait pour ça, mais on est différent. On prend de l'expérience, on apprend à travers les autres... Et si on ne s'adapte pas, on meurt. C'est la vie, et c'est la compétition. Si vous ne savez pas vous adapter, vous ne pouvez pas y arriver.

 

Tu as l'habitude de prendre part à tes tournois dès le premier niveau. Beaucoup de professionnels optent au contraire pour l'enregistrement tardif. Pourquoi ce choix ?

Il y a eu une étude là-dessus. L'enregistrement tardif augmente les chances d'atteindre les places payées dans la mesure où beaucoup de joueurs sont éliminés dans la première partie d'un tournoi. En revanche, cette stratégie réduit les chances de s'imposer car on dispose de moins d'opportunités de construire un gros tapis.

Si on y réfléchit de façon logique, tous les mauvais joueurs sont là au tout début, et les plus mauvais sont éliminés dès les premières heures. Je veux être là pour récupérer leurs jetons. Bien sûr je peux être malchanceux et prendre la porte, mais c'est le jeu.

De nombreux joueurs aiment s'enregistrer tardivement pour différentes raisons. La principale, c'est que les tournois sont épuisants sur le plan psychologique. S'ils peuvent jouer six heures au lieu de neuf, ils le font. Dans mon cas et même à mon âge c'est différent. Fort de mon expérience, je peux jouer dix à douze heures sans difficulté. Je l'ai fait pendant 50 ans. Peut-être qu'à 70 ans je commencerai à me sentir fatigué mais ce n'est pas le cas aujourd'hui.

D'ailleurs, quand je joue, je fais précisément certaines choses avec l'intention de me détendre l'esprit. Plus jeune, je scrutais absolument tout ce qui se passait à la table. Je voulais en apprendre le maximum sur mes adversaires. Néanmoins je ne disputais pas autant de tournois qu'aujourd'hui. Aujourd'hui j'étudie moins ma table en début de tournoi. Je me contente d'être attentif lors des mains importantes. Être totalement focus sur la première table n'en vaut pas la peine. La moitié des gens vont quitter la piste dans les premières heures, et puis une information utile obtenue lors d'une main ne le sera peut-être plus autant plus tard dans le tournoi.

Bref, j'ai tendance à me reposer davantage l'esprit en début de tournoi avec l'intention d'être plus attentif à l'approche de la bulle. Évidemment, une fois les places payées atteintes, je suis concentré à 100 %.

 

Parmi tous les joueurs rencontrés durant ta carrière, lesquels t'ont fait la plus forte impression ?

Comme je le disais, quand j'ai commencé il ne se passait pas grand chose. C'était un petit milieu et je jouais surtout avec des gens de mon âge. Parmi ces amis du lycée et de l'université, je faisais toujours partie des meilleurs et je n'apprenais pas grand chose de mes adversaires. Tout aurait été très différent aujourd'hui, mais moi je n'ai pas eu la possibilité d'apprendre sur internet ou dans des livres.

Ce n'est pas de la vantardise. C'est juste qu'à l'époque nous n'avions absolument personne à suivre. Il fallait se débrouiller tout seul.

Par la suite, Brian "Sailor" Roberts est peut-être le premier joueur qui m'a impressionné. J'avais déjà pas mal joué dans l'Illinois, l'État de mon enfance, mais le poker était devenu légal en Californie alors je suis allé y faire un tour. Quand j'ai croisé sa route, je me suis vite rendu compte que ses sizings étaient bien meilleurs que les miens. J'avais tendance à overbet bien trop cher. Si j'imaginais quelqu'un sur un tirage couleur, je misais très gros. Sailor était plus réfléchi, plus mesuré. Il ne poussait pas son tapis avec l'intention de sortir son adversaire du coup. Il l'incitait au contraire à réaliser un mauvais call. Souvent, le joueur en face n'avait pas de notion mathématique et ne connaissait pas le bon prix. Ses sizings m'ont donc fait beaucoup réfléchir. Je me suis amélioré après l'avoir observé.

 

Quel a été le challenge le plus difficile auquel tu as dû faire face durant ta carrière ?

Je ne saurais pas identifier le plus difficile, car le poker c'est vraiment au jour le jour. Quotidiennement, on essaie de gagner et de faire de son mieux. Le vrai challenge est celui d'une vie entière : jouer pour construire sa vie, prendre soin de sa famille... Ça c'est un vrai défi : construire sa vie autour du jeu.

Aujourd'hui, quand je regarde en arrière, je me dis que j'avais pas conscience de ça. J'aurais aimé le savoir. J'aurais fait en sorte d'être toujours là pour mes enfants. Je n'ai pas vraiment essayé avant les 13 ans de mon dernier fils. Ce n'est pas le facile quand on est joueur. On rentre tard, on ne les voit pas le matin. Pendant ma trentaine et ma quarantaine, je jouais souvent la nuit. Et puis à mon retour, je conduisais mes enfants à l'école vers 7h du matin. C'était un bon moment. J'essayais de leur parler, de leur apprendre des choses...

Maintenant qu'ils sont adultes, je me dis que je ne leur ai pas consacré assez de mon temps. Sur les six, certains vont bien mais d'autres ont commis des erreurs. Durant tout ce temps où je jouais, mes enfants étaient avec des nounous. Le plus gros challenge, c'est d'être un bon père tout en étant joueur. L'équilibre est très difficile à trouver.

 

De quoi es-tu le plus fier ?

Difficile à dire... Le poker est devenu si populaire qu'il nous offre la possibilité d'avoir un impact positif sur les gens. Les joueurs d'aujourd'hui peuvent ne pas le comprendre, mais quand le poker a explosé il y avait de nombreuses personnes malades qui nous sollicitaient pour qu'on passe un peu de temps ensemble. Je l'ai fait à Vegas notamment. Ça nous a vraiment permis d'avoir un impact positif sur la vie de ces gens.

En tant que joueur, on est souvent amené à s'interroger sur le sens de son existence. On se demande ce qu'on fait pour rendre le monde meilleur. C'est important de se poser ces questions. En ce qui me concerne, j'aurais pu être mathématicien mais j'ai pris un chemin différent. Pour autant je n'ai pas vraiment regardé en arrière car j'ai eu l'impression de faire quelque chose de bien. On ne s'est pas contenté d'amuser les gens, on a contribué à notre façon à l'amélioration de leur quotidien. En tout cas c'est le sentiment que j'ai eu. C'est d'ailleurs une des choses dont mon père était fier, en particulier quand j'ai écrit mon livre.

Ce livre avait notamment pour objectif de mettre en lumière la vie hors poker. Être un joueur professionnel ce n'est pas fait pour tout le monde. Il y a des aspects négatifs. Il est donc important de laisser le poker à sa place, et de privilégier la qualité de vie. De nombreuses personnes donnent beaucoup trop aux cartes, parfois au détriment de leur vie qui perd en qualité et en équilibre. J'ai voulu contribuer à la littérature poker dans ce sens-là : en rappelant aux gens de construire leur vie non pas sur le poker, mais bien autour.

 

Ce livre justement, Ace on the river, est devenu une vraie référence. Tu as déjà eu l'occasion de souligner que tu le vois comme un ouvrage familial. Quelle est l'histoire autour de son écriture ?

Chaque jour après ma session de poker, je couchais sur papier quelques-unes de mes réflexions de la journée. Je me suis mis à compiler tout ça sur mon ordinateur. Chaque jour j'écrivais ce qui me semblait une histoire ou une leçon intéressante. Ça a duré un an, et à la fin je me suis dit que ça valait la peine d'être transformé en livre.

Mais c'est aussi en grande partie grâce à ma famille que le projet a abouti. Je suis issu d'une famille très instruite. Mon père était directeur d'école, mes sœurs aînées sont devenues profs... Quand j'ai commencé à écrire, je leur ai présenté les choses sous l'angle de la psychologie plus que du poker. Elles se sont montrées très intéressées. Et à l'arrivée toute ma famille a lu le bouquin et l'a apprécié, même sans connaître l'univers du poker. Ils ont beaucoup appris sur ma vie. Ma plus grande sœur m'a même dit qu'elle voyait ça comme de la science-fiction, un monde très différent dont elle n'avait aucune idée... Ils ont aimé ma façon d'en parler.

Nous sommes une famille très proche. Ils m'ont donné un coup de main sur le plan rédactionnel. Leur aide a fait de moi un meilleur écrivain. Tous savaient mieux écrire que moi, moi le mathématicien de la famille. Je me souviens par exemple être resté bloqué sur un chapitre jusqu'à ce que ma nièce, correspondante pour le Time Magazine, me vienne en aide.

Toute ma famille a accompagné ce projet. Mon père avait 90 ans à l'époque, et pourtant il lui arrivait de travailler la nuit sur la fluidité d'un paragraphe ou d'un chapitre. Il l'a fait pendant un an et je n'arrêtais pas de lui dire que ça allait le tuer.

 

Il y a énormément de hauts et de bas dans la vie d'un joueur pro. Comment as-tu fait pour t'adapter à l'évolution du jeu et rester compétitif ?

Comme je le disais plus tôt, c'est une évolution permanente. Je ne le fais plus autant aujourd'hui, mais quand les premières vidéos de poker sont apparues j'en ai visionnées pas mal. Même plus récemment, je n'ai raté aucune des vidéos de Pot Limit Omaha réalisées par Patrik Antonius pour le site de Phil Ivey. Même chose pour celles de Phil Galfond, qui est quelqu'un qui a une vraie réflexion sur le poker.

De nos jours il est assez facile d'acquérir des connaissances sur le poker. Évidemment il faut toujours jouer. Se contenter de lire ou de regarder des vidéos n'est pas suffisant pour devenir un bon joueur, mais quand même l'époque est différente. De notre temps il était par exemple impossible d'observer le jeu des terreurs du circuit en ayant connaissance de leurs cartes et de leur raisonnement.

 

Quel est ton plus grand point fort en tant que joueur ?

Je pense que j'étais fait pour être joueur. Je suis solide mentalement, je peux supporter les hauts et les bas. Et puis je suis mathématicien. Je ne parle pas seulement en terme de chiffres, mais aussi et surtout de concepts. C'est important pour comprendre ce qui se passe dans un coup.

Donc pour répondre à ta question, je dirais ma compréhension des maths et de leur application au poker, mais aussi ma compréhension des autres et de moi-même sur le plan psychologique.

 

Quel est ton regard de mathématicien sur des GTO solvers comme PIO ?

Je pense que les développeurs de ces outils s'imaginent résoudre le poker, mais qu'ils ne le considèrent pas dans son ensemble. C'est un jeu psychologique. Quelqu'un regarde ses cartes, réagit et finalement ne joue pas de la façon imaginée. Si on réduit tout ça à des nombres, on oublie un point essentiel du jeu. Les nombres n'en représentent qu'une composante parmi d'autres.

La plupart des gens ne comprennent pas vraiment en quoi le GTO s'applique au poker. Pas mal de gens savent par exemple qu'il y a des gens à Alberta qui ont trouvé la solution du Heads Up Limit Hold'em. Le plus souvent, les bots ne pratiquent pas le jeu à son niveau maximal. Vous pouvez créer un bot qui bat le jeu, mais pas un bot qui va le pratiquer au plus haut niveau en sachant aussi exploiter les faiblesses de ses adversaires. Les gars d'Alberta ont compris ça, et ils ont créé des bots encore meilleurs qui ne jouent pas seulement GTO, mais qui s'adaptent à ce que font les autres. Ils produisent des bots différents : agressifs, passifs... et surtout qui s'adaptent.

Bref je ne dis pas que les bots ne peuvent pas être de bons joueurs. Ils le sont, mais les joueurs GTO en général ne comprennent pas ce que cela signifie et ce que cela apporte. Ça ne vous donne pas des solutions pour gagner le maximum. C'est quelque chose qui échappe à la plupart des gens. Le GTO est une bonne arme dans un arsenal, mais il y a beaucoup plus derrière.

Au black jack on peut créer un programme qui sera meilleur que les joueurs humains, mais ce n'est pas un jeu psychologique. Il n'y a pas besoin de s'adapter à votre adversaire. Pour ces raisons, je ne crois pas que le GTO soit aussi important que ce que les gens pensent.

 

Nombreux sont ceux qui craignent que les avancées en matière de GTO entraînent la fin du poker...

Ils ont tort. S'ils avaient raison, on verrait déjà ces gens gagner tout l'argent. Or ce n'est pas le cas du tout. Ils peuvent bien sûr gagner davantage en ligne qu'en live, dans la mesure où la dimension psychologique y a moins d'importance, mais ils rencontreront des difficultés en live. Ils ne seront pas capables d'exploiter les joueurs faibles aussi bien qu'un bon joueur de live.

"Aujourd'hui si je veux voir quelqu'un relever des défis, c'est vers mes enfants que je vais me tourner"

Barry Greenstein souriant

Si tu devais comparer les pros actuels aux joueurs old-school, quels seraient leurs principaux défauts et qualités ?

Leurs faiblesses sont essentiellement d'ordre psychologique. Beaucoup de jeunes joueurs ont moins de recul ou de solidité mentale. Ils ne mènent pas une vie équilibrée non plus. Certains sont entourés de drogues ou d'alcool, font la fête ou visitent les strip clubs de Vegas...

Le poker est devenu un jeu plus jeune qu'à mon époque. Forcément, ces joueurs n'ont pas encore la maturité suffisante. Ils sont de bons joueurs, mais pas assez matures. À mon époque, ceux qui survivaient dans ce milieu étaient bien plus endurcis que ceux d'aujourd'hui.

 

Tu es aussi connu pour avoir pris part à de très grosses parties de cash game contre les plus grands noms du circuit. En 2003 par exemple, tu as gagné plus de cinq millions en marge des World Series face à des joueurs comme Doyle Brunson ou Chip Reese. Quelle est la partie la plus incroyable que tu as disputée ?

Celle-ci n'était pas la plus folle. Je me rappelle d'un autre qui date de l'époque où l'Omaha 8 or better était encore considéré comme un nouveau jeu. Je n'étais pas bon. Personne ne l'était. On était tous en phase d'apprentissage de cette variante.

Je jouais au Commerce Casino en 400/800, et deux de mes adversaires participaient à absolument toutes les mains. Hamid Dastmalchi, le vainqueur du Main Event 1992, était l'un d'eux. L'autre c'était Tommy Le, qui lui non plus n'avait jamais joué dans cette variante. Personne ne savait vraiment ce qu'il était en train de faire.

Cette partie était extrêmement juteuse. Il y a eu un coup durant lequel les tapis se sont envolés et les deux joueurs se sont mis à s'insulter en reprochant à l'autre de jouer n'importe comment. Mais la vérité, c'est qu'absolument personne ne savait jouer. Même lire le board c'était compliqué.

Ils se sont mis à crier de plus en plus fort et moi je les implorais d'arrêter : "S'il vous plaît, s'il vous plaît ! Je ne veux pas que cette table casse !". Je gagnais pas mal d'argent évidemment. Mais ils ont commencé à se lancer des trucs : de la nourriture, un bol de soupe... C'était la folie ! Je continuais d'essayer de les calmer, mais tout devenait hors de contrôle. Il y en a même un qui a lancé un couteau. Il s'est blessé tout seul. Les autres se sont jetés par terre et évidemment la partie a été arrêtée.

C'est clairement la scène la plus folle à laquelle j'ai assisté en tant que joueur. Les deux ont paraît-il été exclus à vie, mais comme Tommy Le joue toujours ici j'imagine qu'à Los Angeles la perpétuité ne dure pas plus d'un mois. Peu importe ce que vous faites, il y aura toujours des gens pour vous laisser revenir. En tout cas Hamid, lui, ne s'est jamais remontré. Personne ne l'a jamais revu. C'était un gars qui jouait absolument tous les jours en cash game, et qui a été contraint d'arrêter pour avoir lancé de la nourriture.

 

Quels sont tes nouveaux projets et challenges ?

Je n'en ai pas vraiment. En fait si, j'ai un objectif sans le moindre rapport avec le poker. Je n'ai pas joué au golf depuis un long moment et j'ai recommencé l'an dernier. J'étais un bon golfeur étant jeune, donc mon challenge du haut de mes 63 ans, c'est de voir quel peut être mon niveau aujourd'hui. Je sais que je vais atteindre une limite à un moment donné. Le truc marrant quand on devient vieux et qu'on est un vrai compétiteur, c'est qu'on peut toujours devenir le meilleur de sa tranche d'âge. Je veux jouer mieux au poker que n'importe qui d'autre de mon âge l'a fait avant moi. Et je veux voir aussi jusqu'où je peux aller au golf, car je sais que je mon niveau va forcément décliner avec l'âge. Aujourd'hui je travaille plus mon golf que mon poker. Je m'entraîne énormément au putting, car lors de ma dernière partie j'ai été catastrophique.

Et je suis aussi toujours le père de six enfants qui tient à les voir évoluer et devenir de bonnes personnes donc... Ce n'est pas que je suis sur le point de mourir ou quoi que soit, mais juste qu'à ce moment de ma vie je veux profiter du fait d'avoir une vraie qualité de vie ! Si je veux voir de vrais challenges et de l'amélioration, c'est du côté de mes enfants que je vais regarder. Pas du mien.

 

Le golf est donc ton activité favorite en dehors des tables...

Oui, je pratique presque chaque jour. Le poker c'est juste deux ou trois fois par semaine, et si possible par trop longtemps. Je me sers juste des cartes pour payer les factures, mais ma vie est plutôt tranquille. Je n'ai plus de projets d'écriture non plus. Je profite juste de la vie en passant du temps avec ma famille. Je ne voyage plus beaucoup non plus. Les WSOP sont mon seul gros rendez-vous de l'année.

 

Où joues-tu au poker le plus ?

À Los Angeles. Avec le Commerce et le Gardens, on dispose de deux des plus grandes poker rooms au monde. Je passe mon temps entre les deux.

 

Pour les gens qui souhaiteraient te connaître sur un plan plus personnel, comment décrirais-tu ta vie de tous les jours ?

Je suis une personne très paresseuse si vous voulez tout savoir. Je ne suis pas du tout branché fête non plus. Si je sais qu'il y aura du monde quelque part, généralement je n'y vais pas. J'ai vécu beaucoup de belles choses dans ma vie, j'ai voyagé partout dans le monde, je ne suis pas à plaindre. Aujourd'hui j'ai l'impression d'en avoir fait assez. Je ne veux plus me forcer à aller dans des soirées guindées, à porter des costumes ou ce genre de choses. Je veux juste être tranquille et passer du bon temps en famille.

C'est vrai que je n'offre pas vraiment l'opportunité de me croiser ou de me côtoyer en dehors des tables. Aujourd'hui si vous voulez discuter avec moi, votre meilleur chance c'est sans doute autour d'une table de poker.

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Barry Greenstein : interview d'un monstre sacré du circuit
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Trois bracelets WSOP, un titre WPT, plus de huit millions de dollars de gains en tournois et au moins autant en cash game : Barry Greenstein est une véritable légende de la planète poker. Mais l'ambassadeur de PokerStars est aussi et surtout un personnage éminemment sympathique que l'on prend plaisir à écouter. Ce n'est pas Gaëlle, qui a passé près d'une heure en sa compagnie au téléphone, qui dira le contraire...

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(crédit : PokerStars)

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Quand on mélange les lettres du statut de Gaëlle (just chill bro), ça fait « just chibr lol »

Modifié par Piercy

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mardi 13 novembre 2018 à 9:28
Caribbean Poker Party : le Super High Roller pour Giuseppe Iadisernia

Vainqueur de Sean Winter en heads up du 50 000 $ Super High Roller, le Vénézuélien Giuseppe Iadisernia remporte le premier trophée du Caribbean Poker Party de partypoker. Paul Tedeschi, short-stack de la table finale du 25 500 $ Millions World, est encore en position de marcher sur ses traces. Quant au Main Event, il s'oriente vers un overlay significatif.

mardi 13 novembre 2018 à 8:44
Télex

La seconde partie du Snowball Championship débute ce soir sur Winamax. À mi-parcours, ce sont lolodo59 et dropy06 qui dominent les débats. Les points sont plus précieux que jamais dans la course aux packages Winamax Live, d'autant qu'une place dans le top 20 du classement général suffit à s'ouvrir les portes de la finale. Ou un podium lors du tournoi du jour si vous préférez la voie rapide.

lundi 12 novembre 2018 à 14:45
Rapport trimestriel de l'ARJEL (T3 2018) : les tendances se confirment

Dans son dernier rapport trimestriel, l'Autorité de Régulation des Jeux En Ligne (ARJEL) souligne que chaque secteur de jeu en ligne est en situation de croissance. S'agissant du poker, cette dynamique est notamment portée par l'ouverture des tables internationales. Même si les tables de cash game et les tournois ne sont pas tout à fait logés à la même enseigne...

lundi 12 novembre 2018 à 13:24
Télex

Le voici enfin ! Le premier épisode de la nouvelle saison de Dans la tête d'un pro met en scène Leo Margets sur le Warm Up à 2 700 € du partypoker Millions Barcelona. Très vite, la sympathique Espagnole est rejointe à la table par une autre ambassadrice de Winamax en la personne de Gaëlle Baumann. Idéal pour pimenter le retour de cette saga très populaire qui, comme à l'accoutumée, emmènera bientôt le spectateur du côté de Las Vegas et des World Series Of Poker.

lundi 12 novembre 2018 à 9:15
Caribbean Poker Party : le festival bahaméen de partypoker

Le Team PMU Poker, une bonne partie du Team Winamax et bon nombre d'autres joueurs français sont en ce moment aux Bahamas pour l'un des grands événements de la saison de partypoker : le Caribbean Poker Party. Le festival s'est ouvert avec un 25 500 $ High Roller et le 5 300 $ Main Event. Ses principaux tournois font l'objet d'une diffusion en streaming avec aux commentaires Bruno Fitoussi et Tom Jarry.

lundi 12 novembre 2018 à 7:59
Télex

SECOOP, Winamax Circus et Powerfest : en ce moment, les amateurs de tournois en ligne en ont pour leur argent. Deux valeureux représentants de Club Poker en ont profité pour tirer leur épingle du jeu ce dimanche. BV77 se hisse à la 4e place de son "plus gros buy-in ever", le 1 000 € de PMU Poker, tandis que xkaizerx se qualifie simultanément pour le WPT Deepstacks Deauville et l'EPT National Prague. Bravo !

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