Andrew Hill Lettonie

Ancien ingénieur et DJ amateur, Andy Hills s'est lancé dans une vie de grinder globe-trotter. Toujours en quête de festivals obscurs, ce sympathique Anglais est devenu numéro 1 mondial de la course aux drapeaux Hendon Mob.

Geek, DJ et grinder

Un OVNI dans la galaxie pokeristique. Un vaisseau anglais qui ne navigue pas dans la stratosphère des High Roller, mais qui fait le tour de la terre en accumulant les résultats, les trophées et les expériences poker exotiques. Dans la All-Time Money List, il est caché dans le peloton des joueurs ayant accumulé un million de dollars en tournois. Sa compétition à lui, c'est la chasse aux drapeaux : collecter les gains partout sur la planète, dans des pays incongrus et des festivals méconnus. Et dans cette catégorie, il est le maillot jaune.

En 2019, il a obtenu des résultats dans vingt pays différents. Encore un récréatif qui se fait un tour du monde de poker ? Du tout. Andy Hills vit de ses voyages poker et ne se contente pas d'un min-cash par étape. Vingt sept tables finales dont cinq wins en un an. Sur des mini buy-in au fin fond de l'Ukraine comme sur des Main Event Unibet Open, de la Grande Motte jusqu'en Roumanie.

"Avant de découvrir le poker et de faire mes premiers voyages, ma connaissance du monde était presque embrassante", confesse l'Anglais. Jusqu'à ses 25 ans, Andy n'est presque jamais sorti du Lancashire, le comté de Blackpool dans le nord-ouest de l'Angleterre, où il travaille comme ingénieur informatique après ses études. Moitié geek, moitié musicien, il travaille sur des logiciels de partitions digitales et tâte les platines où il joue sa large collection de vinyles. Des mix Progressive House, dans le style de son idole John Digweed, l'un des grands Disc Jockey de la scène anglaise, mais aussi des sets Techno ou Psytrance. "C'est la musique que je préfère, Je produisais mes sons sur mon ordinateur et j'ai fait quelques sets à Londres ou dans des villes de ma région, dont quelques belles soirées à Brixton. Ca n'a jamais été professionnel, mais c'est toujours mon hobby et j'ai encore les platines à la maison".

À cette époque, Andy ne connait rien du poker. Il découvre le jeu en 2007, en zappant sur sa télé à des heures tardives. Il voit alors les Tony G, Patrick Antonius et Phil Helmuth s'écharper sur les tables de la "Premier League" mais préfère encore Blue Square, le programme qui retransmet les finales du Grosvenor UK Poker Tour. "J'écoutais beaucoup les commentateurs", se souvient Andrew. "Je suis une personne très analytique, je voulais étudier et comprendre pourquoi tel joueur faisait ce move, dans telle situation. Parfois, je rembobinais l'épisode si je n'avais pas compris au premier coup. J'ai trouvé le jeu excitant, et j'ai voulu essayer".

"Tu joues le tournoi à Blackpool demain ?"

Andrew fait ses premiers pas sur internet, joue les plus petites tables de cash game et avale quelques livres de stratégie. Après quelques dépôts infructueux, le Britannique progresse puis devient un joueur gagnant en découvrant les tournois. Les premières tables finales, le premier millier de pounds, Andy commence tranquillement à crusher les petites limites... À tel point qu'il quitte son travail d'ingénieur pour tenter une carrière de grinder.

Un soir, il joue sur une table de PKR et un joueur vient lui parler dans le chat. "Je vois que tu viens de Blackpool, tu joues le tournoi Grosvenor demain ?". L'homme fait référence à l'étape du UK Poker Tour qui se déroule dans sa ville. Un 250 pounds, c'est un peu cher pour la bankroll d'Andrew. Mais puisqu'il sort d'un week end lucratif, il se laisse embarquer dans l'aventure. Le lendemain, il est à Blackpool pour le troisième tournoi live de sa vie. "J'étais au courant que les joueurs de live n'avaient pas le même niveau technique. Par exemple, ces joueurs ne comprenaient pas qu'on parte à tapis blinde contre blinde avec une main marginale. Dans leur mentalité, le poker était comme une confrontation entre mâles qui se demandent si l'adversaire va ou non avoir les couilles de payer leur bluff". Les guerres d'ego ? Très peu pour Andrew qui fait parler sa technique. La chance est avec lui et il chope la première place et son premier gros gain pour un peu plus de 6 000 £.

Des braquages et un passeport

Andrew Hills Lettonie
La course au drapeau peut être éreintante. Une sieste bien méritée dans un parc letton, après un triplé de tables finales au fameux Olympic Summer Festival de Riga.

Premier essai transformé. Andy prend goût au live et multiplie les shots sur le territoire anglais, avec son ami Alan Peers. Sur les tables online, il rencontre un autre acolyte poker, Marco, qui le convainc de tenter l'aventure Vegas. Plutôt en veine lorsqu'il tente de nouvelles expériences, Andy Hills joue quelques satellites online et décroche un package à 13 000 $ pour aller jouer le Main Event dès 2012 pour un investissement de... 129 £. Andy Hills ne fera pas le coup de Chris Moneymaker, ni même d'ITM, mais les prémices du joueur-globe trotter sont là.

De retour sur le sol anglais, il fait la connaissance de Lee Taylor qui deviendra son compagnon de voyage. Ensemble, les deux amis retournent à Vegas, jouent leur premier festival EPT à Barcelone puis découvrent Prague. Rien de très exotique dans les destinations pour l'instant, mais Andy prend de l'expérience et quelques jolis magots au passage. Pas de perfs à six chiffres pour sauter les étapes, mais des tables finales régulières et quelques jolis scores entre Vegas, Punta Cana, et Blackpool qui permettent de gonfler la bankroll.

Le grand changement s'opère fin 2016. La room Grosvenor, l'un des leaders de l'industrie poker britannique, organise le Passeport, un classement avec à la gagne un an de buy-in pour le UK Poker Tour. Friand de challenge et de satellites live, Andy remporte le package. Pendant un an, son passeport lui permet alors de parcourir le circuit anglais où il enchaîne les tables finales de Blackpool à Luton en passant par Londres, Reading ou Nottingham. Jusqu'à son couronnement à Manchester. "Je n'ai jamais eu comme objectif de gagner un EPT ou un WSOP", raconte-t-il. "Les gens rêvent tous de bracelets comme si c'était des médailles olympiques. Moi, s'il y a un tournoi que je voulais gagner, c'était un Main Event UKPT. Parce que c'est par là que je suis venu au poker. Et j'ai été assez chanceux pour en gagner un". Une victoire à 47 000 £ précisément. De quoi se constituer une beau budget pour commencer sa nouvelle vie : celle de joueur globe-trotter.

La chasse aux drapeaux

Andrew Hills victoire
Andrew Hills aime l'Italie et les joueurs Italiens. Après un gros SnG remporté à Saint Marin, Andy s'offre un field un peu plus gros en juillet dernier, sur le MPS San Remo où il s'impose devant près de 700 joueurs.

De nouvelles destinations poker parviennent à ses oreilles. Andy entend parler de beaux tournois à Malte, à Chypre, en Autriche... Alors si le tournoi est value et que l'endroit le tente, Andy est de la partie. À Vienne (Autriche), Lugano (Suisse), Göteborg (Suède) ou Tallin (Estonie), l'Anglais accumule les performances et les lignes Hendon Mob. "C'est à partir de là que j'ai pris conscience que chasser les drapeaux pouvait être un objectif. J'en avais déjà plus que la majorité des joueurs. Donc je me suis dit pourquoi pas aller en chercher de nouveaux, plus obscurs, plus rares".

Comme tout bon chasseur, Andy doit étudier le terrain et flairer les bonnes pistes. Il passe des soirées entières devant son ordinateur, blindé d'onglets SkyScanner, TripAdvisor et Hendon Mob. Son ami Lars Junger, croisé en heads up d'un tournoi suisse et lui aussi chasseur de drapeaux, lui fait part aussi de festivals en Ukraine, dans les pays baltes, en Scandinavie.. Les tournois ne manquent pas. Andy planifie donc minutieusement son calendrier. Le premier critère reste l'offre de poker, mais pour réduire le temps de trajet et les coûts de déplacement, il tente d'enchaîner les festivals sur deux ou trois pays différents sans repasser par la case Angleterre. "J'étais développeur informatique donc je suis très méthodique. Je prends le temps qu'il faut pour résoudre mon puzzle de pays, aéroports, hôtels, casinos et tournois. Hendon Mob rend tout plus facile mais pour certaines destinations, il faut vraiment enquêter soi-même et appeler directement les casinos pour obtenir des informations".

En effet, Andrew cherche des tournois bien spécifiques. "Si tu joues un EPT, tu peux être sûr que tu vas jouer contre des regs russes et suédois. Si tu joues le circuit français ou italien, tu vas jouer contre des Français ou des Italiens. Personnellement, je préfère jouer des tournois où il y a majoritairement des joueurs locaux. Le field est plus authentique. Ce n'est pas seulement de savoir si les joueurs sont meilleurs ou mauvais, mais chaque pays à son propre style de jeu. En Europe de l'Est, les joueurs sont très agressifs, surtout pré-flop. Les Français aiment actionner des bluffs surprenants. Les casinos et les joueurs sont différents, donc chaque pays à sa propre saveur".

Il arrive régulièrement qu'Andy soit le seul étranger du field. À Saint-Marin (micro-État enclavé dans le nord de l'Italie) par exemple, Andy se retrouve cerné de joueurs italiens. "Ce ne sont pas les plus polyglottes. Du coup, j'ai appris à compter dans plusieurs langues pour pouvoir comprendre les mises". Le seul Anglais du casino finit par remporter le tournoi. Même chose en Ukraine où il remporte un tournoi 100 % ukrainien à Kharkiv.

Pour ne pas que ses adversaires se demandent "Mais qui est cet Anglais qui s'invite chez nous pour raser nos tables ?", Andy prend toujours le temps de fraterniser. "J'aime beaucoup la communauté des joueurs de poker. Je ne veux être l'ennemi de personne, au contraire. J'ai rencontré de très belles personnes grace à ce jeu. Partout où je vais, je discute aux tables et je me fais des amis. Ma manière de découvrir les gens d'un autre pays, c'est de m'asseoir à leurs tables de poker".

"Soit tu gagnes, soit tu gagnes"

Andrew Hills Maroc
Premières foulées sur le sol africain et un nouveau drapeau lors des dernier WSOP-C Marrakech

C'est d'ailleurs un bon moyen pour connaître les bons plans, les restaurants et les visites à faire dans le coin. Car si Andy ne voulait que jouer au poker, il n'irait pas si loin et si souvent au fin fond de l'Europe de l'Est. "Pour moi, le voyage est forcément gagnant. Si je perce sur les tournois, je reste beaucoup au casino et je gagne des sous. Et si ça se passe mal, j'ai plus du temps pour visiter la ville et goûter la cuisine locale. En fait, les pays dont j'ai le plus profité sont souvent ceux où ça s'est le moins bien passé au casino".

Bien évidemment, Andy ne revient pas à chaque fois avec de gros butins. À quatre reprises, il est revenu au pays sans même un ITM. "Un jour, je suis allé en Bulgarie avec ma copine pour un festival et une fois sur place, on a appris qu'il était annulé. Heureusement, la Bulgarie est un pays génial pour sortir en ville et boire des coups. Les cocktails coutent 2 €, parfois moins, et ils adorent les grillades. Je n'ai pas ramené le drapeau bulgare, mais on a bien bu et bien mangé".

Devenu expert en drapeaux, le Britannique espère conquérir de nouveaux étendards pour sa campagne 2020. Après l'Europe et l'Amérique du Nord, Andrew veut explorer d'autres continents. "Je ne serai plus le numéro 1 mondial des drapeaux l'année prochaine, mais je veux voir de nouvelles destinations. Ca me plairait beaucoup de jouer en Afrique ou en Asie par exemple". Début janvier, il ramène d'ailleurs son premier drapeau africain lors des WSOP-C Marrakech. Il compte même en ajouter d'autres mais le COVID-19 change brutalement ses plans.

De retour à Preston, Andrew retrouve ses platines et sa vie de grinder online le temps du confinement. Back to the roots, ce qui n'est pas pour déplaire à l'Anglais qui aime toujours autant les tournois midstakes sur la room Grosvenor, dont il est devenu un des ambassadeurs. Cette épidémie lui a même fait prendre conscience de la chance qu'il s'est offert de multiplier les expériences lives autour du monde. "Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud. On ne sait pas ce qu'il se passera dans un an. Notre santé ou notre motivation peut faiblir, les lois peuvent changer... Le Corona est un bon exemple : il peut même y avoir une épidémie qui bouleverse les opportunités de jeu. Je suis heureux d'en avoir bien profiter. Et j'en reprofiterai quand ca sera possible. Je ne veux pas avoir de regrets".

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