mercredi 1 mars 2023 à 15:01
EXCLU

Après avoir dominé le rap-game argentin en devenant champion de freestyle, Alejandro "MC Papo" Lococo s'est attaqué au monde du poker. En moins de deux ans, "La Bestia del Hardcore" a enchainé une table finale lors du Main Event des World Series Of Poker puis trois titres majeurs, dont un lors de l'EPT National Prague pour plus de deux millions de dollars. De passage à Paris à l'occasion de l'European Poker Tour, l'ambassadeur de PokerStars raconte à Fausto sa route vers le succès : un micro dans une main, deux cartes dans l'autre.

Papo 1
Toutes les photos présentées dans cet article sont signées Caroline Darcourt.

Fausto : Salut Papo ! Tu es MC, joueur de poker, ambassadeur, créateur de contenu... Ça fait beaucoup de casquettes. Comment te définirais-tu ?

Papo : Et depuis une semaine, je suis aussi le CEO de Bestia, une équipe d'e-sports ! (rires)

Comment est-ce que je me définirais ? Je dirais d'abord que je suis un être humain. J'aime travailler sur des choses qui me font me sentir vivant. Je pense que la vie est un peu courte. Si quelqu'un me garantissait qu'on avait plus de vies, je ferais peut être moins de choses. Mais comme on ne peut pas en être sur, toutes les activités que je trouves intéressantes, que ce soit un hobby, un travail, un contexte compétitif, j'essaie de m'y mettre à 200 %. Au moins durant un temps suffisant, histoire de pouvoir découvrir cet univers à fond.

J'ai fait comme ça toute ma vie. Avec le freestyle, je me suis investi à 2 000 %. J'ai 31 ans, je rappe depuis plus de seize ans. Le poker, j'étais très récréatif au début. Et puis petit à petit, j'ai pris les choses au sérieux. J'ai été stacké, je suis allé à Vegas... et bien sûr il s'est passé ce qui s'est passé.

On n'a qu'une vie et il ne faut pas perdre de temps, mais comment tu organises ton temps entre ces différentes activités ?

Je suis conscient qu'on ne peut pas faire cinq activités différentes et être le meilleur dans les cinq. Je le sais très bien. Mais on peut être très bon dans ces cinq activités. Ça c'est possible. J'essaie d'établir une hiérarchie des priorités, au moins dans ma tête. Je me fixe des objectifs et je me consacre à ce qui est le plus important pour moi, c'est à dire ma famille, le bonheur, la santé, la santé mentale... Si je commence à faire des choses qui sont en contradiction avec ça, j'arrête tout. Ou je change ma hiérarchie des priorités. La répartition du temps peut évidemment évoluer en fonction de ces critères.

Galères à Mar Del Plata, boucher-charcutier et battles de rap

Papo 2

Ta première activité, c'est le freestyle. Tu l'as exercé pendant des années, jusqu'à atteindre un niveau impressionnant. Comment as-tu travaillé ton jeu pour devenir l'un des meilleurs ?

Dans le freestyle, j'ai beaucoup "try hard" comme on dit. Quand j'ai commencé, la scène était très petite. On était peut-être une quarantaine de rappeurs dans ma ville. On se connaissait tous, mais il n'y avait pas ces championnats, ces marques, ces milliers de personnes dans le public. On rappait sur la place, dans des petits bars. C'était une passion.

L'exposition, la notoriété et l'argent ont été la conséquence d'un groupe de personnes qui se dédient à leur passion. Et quand tu fais quelque chose avec le cœur, avec l'âme et que tu te concentres à fond dessus, c'est difficile qu'il n'en sorte pas quelque chose de bien.

Les marques sont arrivées petit à petit. Au début c'était "Oh, regarde il y a une compét' où on peut gagner un peu, là on peut gagner des fringues". C'était des petits montants. Entre 2010 et 2016, je ne générais quasiment rien avec le rap. Je ne vivais pas du rap, je survivais. J'avais juste de quoi manger, les fins de mois pouvaient étaient dures.

À 25 ans, j'ai trouvé un job dans une entreprise de téléphonie mobile. J'étais vendeur, je gagnais des sous, ça se passait bien... Mais je me suis rendu compte que je n'étais pas heureux. À côté de ça, je terminais à la même période deux fois second du championnat de freestyle argentin. C'est là que je me suis dit qu'il fallait que j'arrête le boulot. J'étais très bon dans mon travail, personne ne vendait plus que moi, je gagnais de l'argent... mais j'ai quand même décidé de tout plaquer pour faire du freestyle.

Tu avais un objectif en tête ?

Je voulais être champion. Jusque-là j'avais toujours fini deuxième. Je me disais que si je me mettais à rapper huit heures par jour, je finirais par gagner. C'est donc ce que j'ai fait. Je me suis entraîné davantage. Et l'année suivante, je n'ai pas fait mieux que quatrième. Je ne comprenais pas. Je me suis demandé ce qu'il venait de se passer. Surtout que d'un point de vue financier, ça devenait très compliqué pour moi. C'est en 2015 que je suis devenu papa et je n'avais pas d'emploi stable. J'ai alors dû retrouver un job, cette fois dans une charcuterie.

J'étais triste parce que j'avais laissé derrière moi un bon boulot. Je rêvais de devenir champion de rap, mais je n'avais pas réussi. Il fallait redescendre sur terre.

Je croyais que ta route vers le succès avait été plus directe, mais il y a eu plusieurs complications en chemin...

Quand je travaillais à la charcuterie, il y avait un bar à 50 mètres avec des battles de rap. Parfois, je demandais à des collègues de me couvrir. Je partais quinze minutes, je gagnais et je revenais à la charcuterie.

Comment cette situation a-t-elle changé pour de bon ?

J'ai eu un souci de santé, une sorte d'infarctus dans l'intestin. J'ai dû aller à l'hôpital en urgence. Le patron du local où je travaillais m'a appelé pour me dire "Si tu ne viens pas demain, tu es viré". Je lui ai répondu que j'étais hospitalisé, mais il n'a rien voulu savoir : "Ce n'est pas mon problème, tu es viré et je ne te donnerai pas l'argent que je te dois".

Aujourd'hui, je le remercie. S'il ne m'avait pas dit ça, je ne serais pas là aujourd'hui. Je suis sorti de l'hôpital, mais je devais encore payer le loyer. J'habitais sur la côté à Mar Del Plata, à quatre heures de la capitale. Je me demandais comment j'allais pouvoir nourrir ma famille, et puis finalement je me suis décidé à faire ce que je savais faire de mieux : rapper dans la rue.

Un jour, je suis quand même allé passer un entretien dans une entreprise immobilière qui appartenait à un membre de ma famille. Je suis monté dans un colectivo, un bus argentin, et j'ai croisé Nacho Greco, un collègue de freestyle qui s'apprêtait à rapper dans le bus. J'avais déjà essayé de faire ça, mais souvent le conducteur me l'interdisait. Nacho a commencé puis il m'a invité à le rejoindre. Et comme je portais un costume et de belles chaussures pour mon entretien, les gens sont devenus fous en nous voyant rapper dans le bus. On a récolté un peu de sous que mon pote m'a proposé de partager. J'ai décliné sa proposition mais quand il m'a invité à remettre ça le lendemain, j'ai sauté sur l'occasion. On s'est mis à rapper ensemble dans tous les colectivos.

C'est comme ça qu'en 2016, j'ai passé huit ou dix heures par jour à rapper et à enchaîner les shows de deux ou trois minutes, dans la rue ou dans les bus. Quand je suis arrivé à la compét' de Red Bull, j'étais plus préparé que jamais. C'est cette année-là que je suis devenu champion d'Argentine.

La reconnaissance, le succès... et le poker !

Papo 3

Ce titre marque un tournant dans ta carrière.

Ça a été un changement total pour moi. Je savais déjà que j'avais le niveau, mais je n'avais pas encore la reconnaissance. Et il se trouve que la reconnaissance, le personnage, sont tout aussi importants que le talent. Je connais beaucoup d'artistes qui ont plus de talent que tous ceux qu'on entend chanter partout, mais qui n'ont jamais eu la chance d'obtenir la reconnaissance.

Moi j'ai eu la chance de devenir champion d'Argentine, et à partir de là le téléphone n'a plus arrêté de sonner. Les shows dans la rue, c'était fini. On m'appelait pour des performances à la télé, pour des évènements... J'avais désormais une vraie stabilité financière, et par la suite je n'ai fait que continuer de grimper dans le rap.

Aujourd'hui, tu restes actif sur la scène freestyle ?

Aujourd'hui, je ne le fais plus que par passion. Je ne considère plus ça comme un travail. Je le fais parce que j'en ai la possibilité et parce que j'aime ça. Le rap, la connexion avec les gens...

Tu as remporté ces titres en freestyle, et maintenant tu remportes des titres sur la scène poker. On va y aller pas à pas : quand as-tu disputé ta première partie ?

C'était dans la maison de mes parents, avec mon grand-frère et ses amis. J'étais encore un ado. Mon frère et ses potes jouaient au poker fermé, à cinq cartes. Ils m'ont appris, j'ai trouvé ça amusant et ça m'a rendu curieux.

Plus tard, alors que je devais avoir 18 ans, j'étais avec mon meilleur ami et je suis tombé sur du poker à la télé, avec deux cartes cette fois. Je ne comprenais pas le Hold'em, mais je voyais les chapeaux, les lunettes, les prix, et les personnages comme Doyle Brunson, Phil Ivey, Moneymaker, tous ces joueurs emblématiques. Ça a attiré mon attention et c'est à partir de là que j'ai voulu apprendre vraiment. Je me suis acheté un livre qui s'appelle "La Senda del Ganador", un bouquin écrit par l'Argentin Juan Zubiri. J'ai découvert ce qu'était un C-bet, un 3-bet... J'avais l'impression d'être dans Matrix.

Je me suis rendu au casino de Mar Del Plata, le Casino Central, et puis j'ai joué en cash sur la plus petite table que j'ai trouvée. J'ai posé pour 200 pesos, et je suis sorti avec 2 000. Je me suis dit que c'était très facile. Qu'avec simplement quelques c-bets, je pouvais gagner beaucoup.

Évidemment ça n'a pas toujours été aussi simple, mais c'est à partir de ce moment là que le poker a systématiquement été présent dans ma vie. Je jouais souventen cash game, et puis j'ai commencé à être un peu stacké. Et à côté de ça, mon niveau de rap augmentait aussi beaucoup. Il fallait donc que je fasse des choix difficiles. J'ai alors renoncé à mon emploi et au poker pour me consacrer totalement au rap.

Il y a eu comme une pause avec le poker ?

C'était un peu une activité secondaire, en parallèle du rap dans les colectivos. J'ai été stacké pendant un an à peine, avant mon titre à la Batalla Red Bull. Après, je n'avais plus beaucoup de temps parce que j'enchaînais les shows. Je ne pensais pas que j'allais pouvoir vraiment revenir au jeu. Et puis j'ai fini par me dire que peut être, je pouvais être un "hybride". Rapper, jouer au poker et combiner les deux.

Après tout j'avais déjà un bon niveau d'exposition. J'étais suivi par 80 000 personnes sur les réseaux sociaux, ce qui était assez énorme pour moi à l'époque (NDLR : il en est aujourd'hui à 2,3 millions sur Instagram). J'ai pris contact avec un casino de Punta Del Este et je leur ai fait part de mon idée. On a conclu un deal qui m'a permis de jouer des tournois, et peu de temps après j'ai gagné mon premier. C'était l'équivalent d'un 600 $ et j'ai pris 20 000 $. Pour moi c'était quelque chose d'incroyable. Je ne gagnais pas ces sommes là avec le rap.

Après ça, j'ai joué de plus en plus et des tournois de plus en plus gros. Je voyais que le niveau était accessible, que le poker en live pouvait être très généreux. J'ai repris du stacking et aussi du coaching auprès de joueurs professionnels argentins.

Des joueurs qu'on connait ?

Oui, Ivan Luca. Pour moi, c'était le meilleur joueur argentin. Il m'a fait découvrir une nouvelle vision du jeu. Pour moi, le poker c'était une tasse de café. J'ai appris que c'était tout un univers.

Je suis allé pour la première fois aux WSOP en 2019, avec lui, mais ça s'est très mal passé. Je n'ai atteint qu'une seule fois les places payées, sur mon tout dernier tournoi. C'était une expérience difficile. Trente jours sur place à perdre de l'argent, à sauter d'une table à l'autre... C'était dur mentalement. Je me suis dit que je voulais faire autre chose, revenir à fond dans le rap et à la création de contenus.

De la case broke à la table finale du Main Event

Papo 4

Tu as failli arrêter après ce Vegas ?

Il y a eu le Covid dans la foulée. Je n'avais plus de revenus, il fallait me réinventer. Je me suis mis à streamer sur Twitch, ma communauté a grossi et mon travail a retrouvé une certaine stabilité. J'ai signé un premier deal avec partypoker, ça s'est bien passé, et quand le contrat s'est terminé c'est Pokerstars qui est arrivé. C'était le rêve pour moi, c'était là que j'avais toujours joué depuis tout jeune. C'est à ce moment-là que je me suis dit que je pouvais reprendre le poker sérieusement, mais cette fois en jouant uniquement pour moi.

Les WSOP arrivent, avec ce Main Event durant lequel tu traverses les jours jusqu'en table finale. Comment tu vis cet énorme deep run ?

Je crois beaucoup dans les énergies. Je sentais en moi que j'allais atteindre la table finale. Avant même d'aller à Vegas, je le disais à ma femme et dans mes vlogs quotidiens sur YouTube. Quand c'est arrivé, c'était à la fois magique et inexplicable.

Toute cette énergie... Tous ces moments que j'ai vécus durant ce Main Event, ils font partie des moments où je me suis senti le plus connecté avec moi-même, avec l'environnement. J'avais une confiance absolue dans le fait que j'allais y arriver. Aujourd'hui, je regrette évidemment de ne pas avoir concrétisé un peu plus loin, de ne pas m'être concentré sur la victoire... Je suis arrivé en table finale avec le deuxième tapis et je me suis fait éliminer à la septième place.

Tous les joueurs rêvent d'atteindre la table finale du Main Event des World Series, mais il y en a peu qui ont la chance d'y parvenir. Un an et demi plus tard, est-ceque tu réalises l'exploit que tu as accompli ?

Plus le temps passe et plus je me rends compte de la difficulté et de l'accomplissement que ça représentait. La réalité, c'est que le poker a été très généreux avec moi. C'est difficile de vraiment en prendre la mesure. D'autant qu'après les WSOP, je pars à Punta Del Este et je gagne un tournoi. Et derrière je vais à Prague pour mon premier EPT, et je gagne encore deux tournois : l'Eureka pour 417 820 € devant 3 157 joueurs, puis un autre tournoi à 2 000 €. C'est quasiment impossible quelque chose comme ca. Si on me l'avait annoncé avant, je ne l'aurais pas cru.

Comment tu as vécu cet enchainement improbable de succès. Tu t'es dit que tu marchais sur l'eau ?

Je pense que pour créer quelque chose, il faut d'abord y croire. Je pense que la majorité des gens qui réalisent de grandes choses, ils croyaient d'abord qu'ils en étaient capables. Il ne faut pas juste rêver, il faut croire en ce que tu rêves.

Il y a plein d'éléments importants dans les cartes : la théorie, le mental, les maths... Néanmoins je pense qu'il y a des personnes qui, dans des moments importants de leur vie, ressentent la bonne décision. Ton âme, ton cœur, ton corps te disent "Fais le !". Ton cerveau, le contexte social ou ton entourage vont évidemment te dire "Ne le fais pas !". J'ai un exemple très clair avec cette main où j'envoie un 6-bet turn à Vegas.

Contre Karim Rebei ?

Exactement. Si ça c'était mal passé, on m'aurait détruit ! Faire un 6-bet bluff, presque sans aucune fold equity, et par dessus le marché en demie du Main Event... En cas d'échec, on m'aurait pris pour un imbécile, un fou... Mais comme ça s'est bien passé, on a dit que c'était l'un des plus grands coups de l'histoire, que j'étais un génie... Je pense que les gens sont très result-oriented. Il faut être tranquille avec les décisions que tu prends. Je suis très loin de jouer GTO au poker. J'ai des bases théoriques, mais je suis un joueur intuitif. Cette main en est un bon exemple.

Le controle énergétique est très important. Mais si je commence à trop développer le thème des énergies que je ressens, les gens vont penser que je suis un fou.

Cette finale a changé beaucoup de choses pour toi : ta carrière, ta notoriété, tes finances... Comment se passe le retour sur terre ?

C'était très étrange en réalité. Quand j'ai vécu ça, j'avais déjà un bon niveau de vie. Dans le poker, j'étais encore un anonyme entre guillemets. PokerStars ne m'avait choisi que pour la communauté que je pouvais attirer. Mais très vite, c'est devenu beaucoup plus que ça. Dans tous les évènements où j'allais, les gens du monde entier m'arrêtaient, me demandaient des photos... J'ai réalisé que j'avais déjà vécu ça, mais avec le rap !

En Argentine, c'était encore plus étrange. J'ai eu presque une dépression au départ. Tout le monde savait que j'avais gagné 1 250 000 $. Et je me suis senti très exposé. En Argentine, il y a une crise économique très forte, depuis des années. Et dans les journaux, la télé, on parlait de cet argent que j'avais gagné. Alors qu'il y a des gens qui gagnent beaucoup plus et qu'on ne voit jamais. Mais j'étais un personnage public. Et plutôt que de réduire la voilure, j'ai eu cet enchaînement de titres. Sur un plan personnel, c'était une période assez bizarre. Aujourd'hui, j'a pu le digérer et j'ai accepté cette nouvelle position que j'ai dans le poker, qui n'est plus seulement celle du rappeur qui joue aux cartes.

"La confrontation, c'est ma spécialité"

Papo 5

Tu as dit dans plusieurs interviews que le freestyle te sert pour le poker et le poker pour le freestyle. Comment ton expérience dans les battles t'aide à une table de poker ?

Dans le freestyle, tu te confrontes à une personne. Pas seulement avec les mots, mais physiquement, sur une scène, face à des milliers de personnes. Quand tu me dis des choses qui m'affectent, je dois les recevoir, les transformer et te renvoyer le coup pour qu'il t'affecte encore plus.

Au poker, il y a beaucoup de confrontations, ces duels de regards, pour essayer de te déstabiliser et d'obtenir un tell. Moi, c'est ma spécialité. Il m'est d'ailleurs arrivé de répondre à un commentaire, et que ça passe mal chez l'adversaire, de l'incommoder avec des mots, sans que ce soit volontaire. C'est juste que c'est mon métier d'utiliser les mots. Et encore, je ne parle pas bien anglais.

Mais je pense que la parole, les gestes, les réactions, me permettent parfois de diriger mon rival vers un certain point. Ça peut l'inciter à des folds, à des calls... Cela arrive souvent au poker. Beaucoup de joueurs oublient qu'on joue contre des personnes. Des personnes qui peuvent réagir, se réveiller, se braquer quand tu leurs dis des choses. Une mauvaise parole ou une bonne parole peuvent changer le cours d'un coup dans un tournoi.

Qu'est-ce qui est le plus difficile : être un joueur gagnant au poker ou être un bon freestyler ?

Pfiou... Ma réponse va forcément être biaisée par mon propre parcours. Le succès au poker est arrivé beaucoup plus rapidement qu'en freestyle. Les contextes sont totalement différents : dans le premier il y a systématiquement des prix, et dans l'autre presque jamais. Pour chaque activité, atteindre le très haut niveau est extrêmement difficile. Mais pour le rap, il faut développer des qualités sociales que le poker n'exige pas.

Il y a beaucoup de joueurs de poker de très haut niveau qui sont très introvertis. Je pense qu'il leur serait très difficile de monter sur une scène et de cracher quelque chose de dur à la tête d'un adversaire, face à des milliers de personnes. Le poker est plus ouvert à tous les profils. Si tu es plutôt timide, tu peux faire du poker online et personne ne va te juger. Alors que tu ne peux pas faire de compétition de rap depuis ta chambre. Et je pense que le poker apporte beaucoup de choses qu'on peut utiliser dans la vie, plus que dans les battles.

Le poker m'a apporté des notions qui ont changé ma manière de voir les choses, et même ma manière de me comporter. Je fais attention à l'EV (expected value) de chaque chose. Par exemple, si ce soir je veux me prendre un hamburger, je sais que l'EV est négative pour mon corps. J'interprète mes actions et mes choix de manière différente.

Qu'est-ce qui donne le plus de frissons : monter sur une scène pour une battle devant des milliers de personnes, ou s'asseoir en table finale du Main Event des World Series avec des millions en jeu ?

Les deux m'ont donné la chair de poule. Littéralement. Tous les poils hérissés. Et rien qu'en me rappelant de certains moments, ça me revient. Le hero-call avec deux dames, le moment où je lève les bras au ciel après la quinte backdoor... Dans les battles, je me souviens du cri des gens, des explosions du public, de toute cette énergie... Dans les deux cas, ce sont des moments à double facette. Très stressants, avec des conclusions qui peuvent te rendre très heureux ou très triste.

Le freestyle ne te donne pas le temps de te sentir mal. Au poker, si tu joues mal, tu es assis à table, tu vois les jetons que tu as perdus et tu rumines ce que tu as fait. Et ça peut durer des heures. Alors qu'en freestyle, tu n'as pas le temps de repenser à ça.

Mais dans les deux cas, j'ai pleuré. J'ai pleuré quand je suis devenu champion d'Argentine, et j'ai pleuré quand j'ai été éliminé du Main Event. J'avais aussi les larmes quand j'ai soulevé le trophée à Prague.

Quand on n'était plus que quatorze, j'ai fait un hero call sur trois streets avec une cinquième paire. Ce coup me faisait passer large chipleader. Sur la river, je riais tout seul en pensant "Si après avoir fait un mauvais hero call en table finale du Main Event, je perds encore sur un mauvais hero call ici, alors qu'on joue pour un demi-million, on va forcément me traiter de tous les noms. Mais après tout je m'en fous de ça, parce que je crois que je suis devant. Call !".

Ça a été beaucoup d'émotions. Mais ça me couterait de devoir choisir entre les émotions du poker et du freestyle.

Tu as été champion de freestyle. Tu es maintenant champion de poker. Quels conseils peux-tu partager avec tous les gens qui veulent réussir dans leur domaine ? Quelle est la recette Papo ?

Le plus important pour avoir du succès, c'est de faire quelque chose que tu aimes. L'inverse est très compliqué, car tu vas être amené à te battre contre des gens qui sont passionnés. À chaque fois que je suis à une table, j'aime ça. Quand je sais que j'ai un Main Event à jouer, je me parfume, je me prépare, et je veux me sentir beau parce que je vais aimer ce que je vais faire. Il m'arrive la même chose dans le rap. Par exemple dans quelques jours (NDLR : les 3 et 4 mars), je participerai aux championnats d'Argentine de Freestyle. Je suis heureux de me dire que je serai à l'endroit que j'aime, à la place que je veux.

Ensuite, il faut se donner à 200 %. Donner le meilleur de soi-même pour que ça se passe bien. Sinon, tu es condamné à plafonner à un niveau qu'on pourrait qualifier d'ordinaire. Il y a toujours quelqu'un qui fera plus que toi. Dans le poker, il y en a qui ont une nutrition équilibrée, un sommeil impeccable, qui ouvrent Pio Solver tous les jours... Quand j'arrive au petit-déj' et que je vois tous les pros prendre des fruits alors que moi je prends un sandwich, je sais que je suis déjà en train de perdre (rires). Ensuite, il faut se poser des questions. C'est un conseil très important. Qu'est ce qui te rend heureux ? Qu'est-ce que t'apporte ce que tu fais ? Ça permet de se fixer des priorités et de savoir ce qui te rend heureux.

Tu évoques la passion, le travail... Il n'y aurait pas un autre élément caractéristique de la recette Papo ? J'ai l'impression que tu fais des coups que personne d'autres ne fait, que tu es un joueur à part...

C'est une bonne question. Quand j'évoquais Pio Solver, c'était pour montrer qu'il y en a toujours qui se forcent plus que d'autres. Peut-être que ma manière de me forcer est différente. Je fais du bio-décodage (NDLR : une médecine alternative qui relie les troubles physiques aux chocs émotionnels), de la programmation neuro-linguistique (NDLR : une thérapie brève qui regroupe des techniques de communication), je fais attention que ce que je dis soit en adéquation avec ce que je suis, j'écoute des mantras... Mais ce sont mes croyances ! Je le fais pour le poker et pour tout. Tu peux me voir aux tables en train de lire des mantras, toujours différents en fonction des destinations. J'essaie d'identifier les facteurs externes qui peuvent influencer mon jeu. J'essaie d'être le plus présent possible, sans mon ego, sans mes préoccupations, sans mon téléphone. Juste être là à jouer aux cartes.

Merci Papo et on te souhaite la même réussite lors des prochains championnats de freestyle !

Papo face à Fausto
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Alejandro "MC Papo" Lococo : l'interview-fleuve du phénomène argentin
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