Un des bluffs les moins chers et les plus rentables, le resteal est une corde que vous devez avoir à votre arc, surtout si vous êtes un pratiquant régulier de tournois, en particulier de MTT (Multitable Tournaments). Quand l'utiliser, comment l'utiliser, à quelle fréquence... Lumière sur ce move qui doit devenir un classique de votre arsenal.
L'article proposé s'est inspiré de plusieurs sources, notamment d'une discussion initiée par Ansky sur le forum 2+2.
Un resteal est le fait de surrelancer un adversaire dont on soupçonne qu'il n'a relancé que dans le but de voler les blinds, c'est-à-dire un adversaire qui aurait relancé sans une main légitime, voire avec une poubelle. Généralement, cette situation se fait sur un joueur qui a relancé depuis une position tardive, le plus souvent du bouton ou du cut-off.
Le terme resteal est employé car cette surrelance n'est pas fait faite avec une main forte. Le but de cette manœuvre est de remporter le coup preflop, en amenant l'adversaire en question à se coucher. C'est une forme de bluff.
Notamment en tournoi, à mesure que les blinds augmentent et a fortiori quand les antes ont fait leur apparition, le resteal est une arme efficace qui permet de conserver un tapis correct sans avoir à attendre de recevoir de bonnes mains de départ.
Cependant, c'est un bluff. Et, comme tout bluff qui se respecte, c'est un move à utiliser avec parcimonie et à bon escient.
,
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) sont des mains qui se prêtent bien au resteal, grâce à leur propension à bien se défendre face aux mains susceptibles de vous payer (
,
+).Le resteal est un bluff. C'est un move risqué, c'est pourquoi il ne faut pas faire un resteal dans ces conditions :
Afin de rentabiliser au maximum vos resteals, ciblez les tapis moyens (ou les grands tapis d'un joueur solide). Certaines situations augmentent beaucoup vos chances de succès (la bulle, la table finale et/ou quand les prix à gagner deviennent conséquent). Le resteal devient alors très efficace car vous pouvez exercer, d'une part, beaucoup de pression sur les joueurs « weak-tight » qui auront peur de se faire éliminer : c'est la fear equity. D'autre part, vous pouvez aussi piéger des joueurs agressifs qui ont tendance à relancer avec n'importe quoi en fin de parole dans ces situations de bulle, car ils pensent empocher les blinds sans résistance.
La position est primordiale : c'est dans les blinds que vous avez le meilleur ratio risque/récompense et, par définition, le moins de risque qu'un joueur après vous ait une très bonne main.
Il est parfois intéressant de surrelancer un joueur qui a ouvert en milieu de parole car cela donne une (impression de) force supplémentaire à votre move. Toutefois, le risque est aussi plus grand qu'il ait une main légitime ou qu'un joueur situé à votre gauche se réveille avec un monstre.
Voilà, après ces explications théoriques un peu longuettes, il est temps de passer à la pratique. Pour ce faire, je vais détailler quelques mains intéressantes.
Pour commencer, j'ai choisi une main jouée par Sheets (un joueur pro qui est notamment reconnu pour son expertise en Sit'N Go). C'est un cas d'école : tous les éléments sont réunis pour un resteal réussi. Le joueur au Hi-Jack ouvre à 3600 (3BB) et Sheets se trouve au BB avec un tapis de 21'000. Sheets va envoyer son tapis avec
car il considère que c'est une occasion rêvée pour faire un resteal :

Comme deuxième exemple, j'ai pris une main que j'ai jouée lors du Freeroll Supernova sur Pokerstars.

Cet exemple démontre l'efficacité du resteal. Après plus de cinq heures de jeu, j'arrive en table finale, et nous ne sommes plus que 7 joueurs. J'ai
au cut-off et je relance à 3BB, espérant empocher les blinds et les antes. Hélas, la BB envoie son tapis et je suis contraint de coucher ma main.

Nous sommes dans une configuration typique de resteal et malgré cela, il est délicat pour moi de payer son tapis. En effet, la BB n'a que 14BB (116/8) et en envoyant son tapis, il a l'opportunité de gagner un joli pot de 40 000 jetons, ce qui représente un tiers de son tapis.
De mon côté, si je me couche, il me reste encore 17BB, et je conserve toutes mes chances durant cette table finale.
Suite au tapis du BB, j'ai des cotes de 1,6 contre 1. Autrement dit, je dois investir encore 92 000 jetons pour espérer remporter le pot de 147 000. Avec de telles cotes, j'ai une pot equity de 38% (=½,6 x 100) : je dois remporter le coup au moins 38% du temps pour que mon call soit tactiquement correct (qu'il mon call me rapporte des jetons).
Lorsqu'on prend une décision en tournoi, il faut généralement distinguer entre 2 niveaux : tactique (la bataille) et stratégique (la guerre). Le premier niveau correspond au moment du coup. Est-ce que j'ai les cotes pour suivre ? Le deuxième niveau englobe le tournoi dans son ensemble. Quelle sera ma situation si je paie son tapis et que je perds le coup ? Puis-je me permettre de coucher cette main à ce stade du tournoi ? En tournoi, il arrive fréquemment qu'une décision correcte tactiquement soit incorrecte d'un point de vue stratégique. C'est l'exemple classique d'un satellite où il y a par exemple 10 entrées pour un grand tournoi. Il reste 11 joueurs et vous avez
avec un tapis dans la moyenne. Vous allez certainement vous coucher si un gros tapis engage tous ses jetons, car la survie prime alors sur le fait d'accumuler des jetons.
Après réflexion, je pense que mon fold est une erreur sur le plan tactique. En effet, dans cette situation, la BB peut littéralement pousser avec n'importe quelles cartes en mains, et avec
, j'ai en principe 56% de chances de remporter le coup fasse à une main aléatoire.
Le problème pour moi se situe au niveau stratégique et c'est ce qui fait que du resteal une arme si efficace. En effet, la BB devient l'agresseur et c'est toujours plus délicat de payer un tapis que de faire tapis soi-même. De plus, si je perds cette main, je suis pratiquement éliminé du tournoi car il ne me restera que très peu de jetons Par ailleurs, il y a quand même un écart de plusieurs centaines de dollars entre les places, ce qui me rajoute une pression supplémentaire.
En résumé, je suis dans une situation délicate avec un tapis de 20BB car, en relançant de cette position, j'allais très certainement devenir la cible idéale pour un resteal. La table était composée de joueurs agressifs et expérimentés et ma relance avant le flop était donc certainement une erreur, sachant que je n'étais pas prêt à payer une surrelance avec ma main.
Voilà une main surprenante qui oppose deux ténors du poker online : Annette_15 (Annette Obrestad) et Zangbezan24 (Sorrel Mizzi). Ils sont très agressifs et se connaissent très bien.
Annette_15 relance à 3BB avec
au cut-off et Zangbezan24 fait une surrelance à 4 200 au bouton.

C'est un cas particulier de resteal car les deux joueurs ont encore beaucoup de jetons et le surrelanceur (le restealer présumé) n'a pas envoyé son tapis.
Dans cette situation, Annette_15 sait très bien que Zangbezan24 peut surrelancer avec any 2 cards au bouton car c'est un coup standard. Elle pense que si son adversaire avait une très forte main (QQ+), il aurait certainement simplement suivi afin de la piéger et/ou d'inciter un des joueurs blinds à pousser son tapis pour faire un squeeze play, auquel cas il aurait suivi avec sa très forte main camouflée.
Après que les joueurs de blinds se sont couchés, Annette est certaine de très souvent avoir une meilleure main que celle de Sorel. De plus, celui-ci a encore 20 000 jetons derrière lui et elle sait qu'il est en mesure de se coucher si elle envoie son tapis. Dès lors, sûre de sa lecture et de son analyse, elle part à tapis et remporte un joli pot.
Cet exemple montre bien l'importance de bien connaître son adversaire avant d'effectuer un move aussi risqué ; c'est-à-dire jouer son tournoi avec une main relativement marginale alors qu'on a encore un tapis de 40BB.
Voici un exemple qui montre l'importance de savoir identifier les situations de resteal afin d'en tirer profit. AJunglen (un jeune joueur de poker online) relance à 2 500 (2.5BB) au cut-off avec
. Le joueur au bouton envoie immédiatement son tapis de 35 000 jetons et les blinds se couchent. Que faire ?
est une bonne main, mais elle fait courir le risque à Ajunglen d'être largement dominé par
ou
. En outre, il pourrait envisager de se coucher, car il lui resterait alors encore 15BB.

Du point de vue d'Ajunglen, suivre est relativement facile car :
Ces éléments réunis amènent AJunglen à payer le tapis car le bouton peut facilement être mis sur un resteal. En l'occurrence, il va doubler face à
du bouton. Là encore, c'est un cas particulier de resteal où le bouton utilise la puissance de son tapis pour s'emparer du coup preflop. Par ailleurs, AJunglen n'était pas sur un vol car il avait une main de relance tout à fait légitime dans cette position.
Voici une tentative ratée de resteal, qui met en évidence quelques erreurs à éviter.
C'est une main jouée lors d'un tournoi freeroll qualificatif sur Everest Poker. Je suis en BB avec une poubelle en main (
). Le bouton fait une minirelance, ce que j'interprète comme un signe de faiblesse de sa part. Fort de ma lecture, j'envoie mon tapis.

Le bouton me paie avec J7o et je me fais éliminer sans gloire du tournoi. Moralité, une bonne lecture ne suffit pas et mon resteal s'avère être une erreur pour plusieurs raisons :
Voici une autre main jouée par Sheets qui souligne l'importance de bien connaître ses adversaires et qui montre comment la prise en compte de la hauteur des tapis respectifs nous aide à prendre de bonnes décisions.
Sheets relance à 3BB avec
au cut-off. Il n'y a que cinq joueurs à la table : c'est donc une assez bonne main dans cette situation.

Le BB envoie son tapis et Sheets, après réflexion, décide de se coucher. Pourquoi ? Voici les raisons principales :
+,
+), car il doit s'attendre à ce que Sheets le paie.
+,
+}, on est vraiment loin derrière avec
car on ne remporter le coup que 26% des fois.Pour la petite histoire, Sheets s'est couché et le joueur en BB lui a montré
.
Comme dernier exemple, je vais prendre une main jouée par Roothlus (un bon joueur qui est connu pour avoir fait plusieurs tables finales du Sunday Million sur Pokerstars) : c'est une main issue du tournoi rebuy à 100$ de Pokerstars. A ce moment du tournoi, il ne reste plus que deux tables. Roothlus est de BB avec
et fait face à la relance du chipleader, assis au cut-off.

Roothlus a posté cette main sur le forum américain Pocketfives où il demandait si, dans cette situation, il était intéressant ou non de faire un resteal en poussant son tapis. Sa question a suscité beaucoup de réponses ; il est intéressant de noter que les avis divergeaient. Il y avait clairement des partisans et des opposants au « re-steal » et on trouvait dans les deux camps de très forts joueurs.
Pour les partisans, il fallait pousser car :
est une bonne main pour un resteal.Pour les opposants, il fallait se coucher car :
Pour étayer la discussion, nous pouvons essayer de quantifier la valeur du resteal dans cette situation. Admettons que le gros stack relance avec le top 20% des mains (
+,
+,
+,) mais qu'il ne paiera notre tapis qu'avec le le top 10% des mains (
+,
+,
+). Autrement dit, il paiera notre tapis une fois sur deux ; nous avons 50% de fold equity.
Il s'agit maintenant de calculer les chances que notre main remporte le coup à l'abattage en cas de call du grand stack :

On calcule ensuite la somme des 3 cas de figure :
9 800 +13 701 - 24 088 = -587 : le resteal de Roothlus a une espérance négative.
Il est intéressant de relever qu'il suffit que Roothlus effectue son resteal avec un tapis légèrement inférieur (17 BB au lieu de 18BB) pour que son coup ait une espérance de gain en jetons positive. De même, si sa fold equity est légèrement supérieure à 50%, son resteal devient aussi profitable.
Cette discussion démontre bien que le resteal est un sujet complexe. Il y a des éléments objectifs à considérer (particulièrement la taille de votre tapis et celui de votre adversaire) et aussi des éléments subjectifs (l'analyse de votre adversaire afin d'évaluer votre fold equity). Le resteal étant souvent employé lors des tournois et des Sit'N Go, il est intéressant d'en connaître les bases afin d'être à même de l'utiliser ou de le détecter chez vos adversaires. J'espère que cet article a pu répondre à ce double objectif.
Certaines situations rencontrées fréquemment au poker amènent le joueur à être tiraillé entre deux réflexes opposés. Quand on a une paire, on aimerait voir l'abattage pour pas cher. Mais avec un tirage, on jouerait différemment. Personne décortique la situation pour vous aider à prendre la bonne décision.
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