Un des bluffs les moins chers et les plus rentables, le resteal est une corde que vous devez avoir à votre arc, surtout si vous êtes un pratiquant régulier de tournois, en particulier de MTT (Multitable Tournaments). Quand l'utiliser, comment l'utiliser, à quelle fréquence... Lumière sur ce move qui doit devenir un classique de votre arsenal.

L'article proposé s'est inspiré de plusieurs sources, notamment d'une discussion initiée par Ansky sur le forum 2+2.

Qu'est-ce qu'un resteal ?

Un resteal est le fait de surrelancer un adversaire dont on soupçonne qu'il n'a relancé que dans le but de voler les blinds, c'est-à-dire un adversaire qui aurait relancé sans une main légitime, voire avec une poubelle. Généralement, cette situation se fait sur un joueur qui a relancé depuis une position tardive, le plus souvent du bouton ou du cut-off.

Le terme resteal est employé car cette surrelance n'est pas fait faite avec une main forte. Le but de cette manœuvre est de remporter le coup preflop, en amenant l'adversaire en question à se coucher. C'est une forme de bluff.

Notamment en tournoi, à mesure que les blinds augmentent et a fortiori quand les antes ont fait leur apparition, le resteal est une arme efficace qui permet de conserver un tapis correct sans avoir à attendre de recevoir de bonnes mains de départ.

Cependant, c'est un bluff. Et, comme tout bluff qui se respecte, c'est un move à utiliser avec parcimonie et à bon escient.

Les conditions pour réussir un resteal

  • Votre position : le resteal doit être effectué du bouton ou des blinds, plus rarement du cut-off. L'idée est que, moins il y a de joueurs à parler après vous, moins il y a de chances que l'un d'eux se réveille avec une grosse main. Vous devez donc être parmi les derniers à parler preflop.
  • Le relanceur initial : il est nécessaire qu'il soit plutôt large preflop. Ne vous embringuez pas dans une galère à tenter un resteal contre un joueur serré. Il doit être capable de coucher une main preflop (oui, certains en sont incapables et, dès lors qu'il ont engagé un jeton dans un coup, paieront toutes les futures relances pour voir le flop, au cas où). Il ne faut pas non plus qu'il ait relancé dans les tout premiers de parole, ce qui indiquerait trop souvent une main trop forte pour être jetée preflop. Il faut aussi que son tapis ne soit pas trop petit, sans quoi il aurait les cotes pour vous suivre, quelle que soit sa main, et votre resteal serait raté car fait au mauvais moment.
  • Les joueurs après vous : il ne doit pas y avoir trop de joueurs à parler après vous (cf. votre position). Ils ne faut pas non plus qu'il aient un tapis si petit qu'il les inciterait à engager tous leurs jetons, ou même à simplement vous payer, offrant ainsi des cotes au relanceur initial qui l'amèneraient à suivre à son tour, vous mettant ainsi dans une situation très inconfortable : beaucoup d'argent au pot, trois joueurs dans le coup et une main faible : ce n'est pas l'idéal.
  • Vos cartes : bien que la qualité de votre main ne soit qu'un facteur mineur quant à la décision de procéder à un resteal ou pas, il existe toujours un risque que le relanceur initial paie votre surrelance. C'est pourquoi de petits connecteurs assortis (Carte 10 de pique Carte 9 de pique, Carte 9 de carreau Carte 8 de carreau, Carte 8 de coeur Carte 7 de coeur) sont des mains qui se prêtent bien au resteal, grâce à leur propension à bien se défendre face aux mains susceptibles de vous payer (Carte 2 Carte 2, Carte As Carte 10+).
  • L'évaluation du ratio risque/récompense : c'est un élément fondamental à prendre compte. En effet, avant d'envisager un resteal, vous devez vous assurer que la récompense est supérieure au risque. Généralement, il est admis que le tapis idéal pour faire un resteal est compris entre 13 et 18BB. Si vous avez 20BB, vous prenez un risque un peu grand et il est préférable d'attendre une meilleure opportunité. Avec moins de 13BB, le problème est que vous manquez de fold equity (pourcentage de chance que votre adversaire se couche avant le flop). En clair, si un joueur relance à 3BB et que vous poussez avec par exemple 10BB, vous donnerez à votre adversaire de tellement bonnes cotes qu'il sera presque obligé de vous payer. Admettons que les blinds soient 50/100 et que votre adversaire ouvre à 300. Si vous envoyez votre tapis de 1 000 jetons au bouton, votre adversaire aura des de 2 contre 1 : il devra payer 700 pour espérer remporter un pot de 1 450. Ainsi, il lui suffit de remporter le coup 1 fois sur 3 pour justifier un call de sa part. Pourquoi lui suffit-il de remporter le coup 1 fois sur 3 ? C'est un calcul relativement simple. Il suffit de déterminer notre equité. Avec des cotes de 2 contre 1, l'equité est égale à 33% (1/3 x100). L'equité est un pourcentage qui nous indique le nombre de fois au minimum que nous devons remporter le coup pour que notre call soit rentable. En bref, on constate donc que dans cet exemple votre tapis n'est pas assez profond pour lui mettre réellement la pression.

Quelques erreurs courantes

Le resteal est un bluff. C'est un move risqué, c'est pourquoi il ne faut pas faire un resteal dans ces conditions :

  • face à la mauvaise cible. Méfiez-vous notamment des calling stations qui ne sont pas en mesure de coucher une main dès qu'ils ont investi quelques jetons dans le coup.
  • sans fold equity. Comme nous l'avons déjà vu, il est dangereux de pousser avec un tapis inférieur à 13BB car vous offrez des cotes trop alléchantes à votre adversaire.
  • avec un stack trop important. Dès que vous avez plus de 20BB, demandez-vous si le risque pris n'est pas supérieur au gain potentiel.
  • trop fréquemment, car vos adversaires risquent de s'en rendre compte et peuvent vous piéger avec une bonne main, ou suivre votre tapis avec des mains plus marginales (Ax ou même Kx).

Augmenter vos chances de succès

Afin de rentabiliser au maximum vos resteals, ciblez les tapis moyens (ou les grands tapis d'un joueur solide). Certaines situations augmentent beaucoup vos chances de succès (la bulle, la table finale et/ou quand les prix à gagner deviennent conséquent). Le resteal devient alors très efficace car vous pouvez exercer, d'une part, beaucoup de pression sur les joueurs « weak-tight » qui auront peur de se faire éliminer : c'est la fear equity. D'autre part, vous pouvez aussi piéger des joueurs agressifs qui ont tendance à relancer avec n'importe quoi en fin de parole dans ces situations de bulle, car ils pensent empocher les blinds sans résistance.

La position est primordiale : c'est dans les blinds que vous avez le meilleur ratio risque/récompense et, par définition, le moins de risque qu'un joueur après vous ait une très bonne main.

Il est parfois intéressant de surrelancer un joueur qui a ouvert en milieu de parole car cela donne une (impression de) force supplémentaire à votre move. Toutefois, le risque est aussi plus grand qu'il ait une main légitime ou qu'un joueur situé à votre gauche se réveille avec un monstre.

Voilà, après ces explications théoriques un peu longuettes, il est temps de passer à la pratique. Pour ce faire, je vais détailler quelques mains intéressantes.

Le timing idéal pour un resteal

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En bref, Sheets balance son tapis et son adversaire se couche instantanément.

Pour commencer, j'ai choisi une main jouée par Sheets (un joueur pro qui est notamment reconnu pour son expertise en Sit'N Go). C'est un cas d'école : tous les éléments sont réunis pour un resteal réussi. Le joueur au Hi-Jack ouvre à 3600 (3BB) et Sheets se trouve au BB avec un tapis de 21'000. Sheets va envoyer son tapis avec Carte 6 de trèfle Carte 5 de trèfle car il considère que c'est une occasion rêvée pour faire un resteal :

[img]

  • Il a le tapis idéal pour un resteal : entre 17 et 18BB.
  • Le relanceur a lui aussi le tapis idéal ; c'est-à-dire un tapis moyen, qui lui permettra de conserver suffisamment de marge de manœuvre s'il couche sa main.
  • Le relanceur est plutôt agressif mais Sheets sait qu'il est capable de coucher une main.
  • On arrive près des places payées ,ce qui offre à Sheets un moyen supplémentaire d'exercer une pression.
  • S'il est suivi, Sheets a une main qui « fonctionne bien » face aux types de mains face auxquelles il risque de tomber : son équité est correcte.
  • Il est en BB, donc aucun joueur ne parle après lui. Il ne court donc pas le risque qu'un joueur sur sa gauche se réveille avec une grosse main.
  • De plus, en poussant face à un relanceur en milieu de parole, la main de Sheets appraît plus forte que ce qu'elle n'est réellement. Sheets a également l'image d'un joueur serré ce qui, dans ce cas, est tout à son avantage.

Zone de danger

Super nova

Comme deuxième exemple, j'ai pris une main que j'ai jouée lors du Freeroll Supernova sur Pokerstars.

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Cet exemple démontre l'efficacité du resteal. Après plus de cinq heures de jeu, j'arrive en table finale, et nous ne sommes plus que 7 joueurs. J'ai Carte As de pique Carte 6 de trèfle au cut-off et je relance à 3BB, espérant empocher les blinds et les antes. Hélas, la BB envoie son tapis et je suis contraint de coucher ma main.

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Nous sommes dans une configuration typique de resteal et malgré cela, il est délicat pour moi de payer son tapis. En effet, la BB n'a que 14BB (116/8) et en envoyant son tapis, il a l'opportunité de gagner un joli pot de 40 000 jetons, ce qui représente un tiers de son tapis.

De mon côté, si je me couche, il me reste encore 17BB, et je conserve toutes mes chances durant cette table finale.

Suite au tapis du BB, j'ai des cotes de 1,6 contre 1. Autrement dit, je dois investir encore 92 000 jetons pour espérer remporter le pot de 147 000. Avec de telles cotes, j'ai une pot equity de 38% (=½,6 x 100) : je dois remporter le coup au moins 38% du temps pour que mon call soit tactiquement correct (qu'il mon call me rapporte des jetons).

Lorsqu'on prend une décision en tournoi, il faut généralement distinguer entre 2 niveaux : tactique (la bataille) et stratégique (la guerre). Le premier niveau correspond au moment du coup. Est-ce que j'ai les cotes pour suivre ? Le deuxième niveau englobe le tournoi dans son ensemble. Quelle sera ma situation si je paie son tapis et que je perds le coup ? Puis-je me permettre de coucher cette main à ce stade du tournoi ? En tournoi, il arrive fréquemment qu'une décision correcte tactiquement soit incorrecte d'un point de vue stratégique. C'est l'exemple classique d'un satellite où il y a par exemple 10 entrées pour un grand tournoi. Il reste 11 joueurs et vous avez Carte As Carte As avec un tapis dans la moyenne. Vous allez certainement vous coucher si un gros tapis engage tous ses jetons, car la survie prime alors sur le fait d'accumuler des jetons.

Après réflexion, je pense que mon fold est une erreur sur le plan tactique. En effet, dans cette situation, la BB peut littéralement pousser avec n'importe quelles cartes en mains, et avec Carte As de pique Carte 6 de trèfle, j'ai en principe 56% de chances de remporter le coup fasse à une main aléatoire.

Le problème pour moi se situe au niveau stratégique et c'est ce qui fait que du resteal une arme si efficace. En effet, la BB devient l'agresseur et c'est toujours plus délicat de payer un tapis que de faire tapis soi-même. De plus, si je perds cette main, je suis pratiquement éliminé du tournoi car il ne me restera que très peu de jetons Par ailleurs, il y a quand même un écart de plusieurs centaines de dollars entre les places, ce qui me rajoute une pression supplémentaire.

En résumé, je suis dans une situation délicate avec un tapis de 20BB car, en relançant de cette position, j'allais très certainement devenir la cible idéale pour un resteal. La table était composée de joueurs agressifs et expérimentés et ma relance avant le flop était donc certainement une erreur, sachant que je n'étais pas prêt à payer une surrelance avec ma main.

Connaissez votre adversaire

Annette

Voilà une main surprenante qui oppose deux ténors du poker online : Annette_15 (Annette Obrestad) et Zangbezan24 (Sorrel Mizzi). Ils sont très agressifs et se connaissent très bien.

Annette_15 relance à 3BB avec Carte As de coeur Carte 7 de carreau au cut-off et Zangbezan24 fait une surrelance à 4 200 au bouton.

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C'est un cas particulier de resteal car les deux joueurs ont encore beaucoup de jetons et le surrelanceur (le restealer présumé) n'a pas envoyé son tapis.

Dans cette situation, Annette_15 sait très bien que Zangbezan24 peut surrelancer avec any 2 cards au bouton car c'est un coup standard. Elle pense que si son adversaire avait une très forte main (QQ+), il aurait certainement simplement suivi afin de la piéger et/ou d'inciter un des joueurs blinds à pousser son tapis pour faire un squeeze play, auquel cas il aurait suivi avec sa très forte main camouflée.

Après que les joueurs de blinds se sont couchés, Annette est certaine de très souvent avoir une meilleure main que celle de Sorel. De plus, celui-ci a encore 20 000 jetons derrière lui et elle sait qu'il est en mesure de se coucher si elle envoie son tapis. Dès lors, sûre de sa lecture et de son analyse, elle part à tapis et remporte un joli pot.

Cet exemple montre bien l'importance de bien connaître son adversaire avant d'effectuer un move aussi risqué ; c'est-à-dire jouer son tournoi avec une main relativement marginale alors qu'on a encore un tapis de 40BB.

Pris la main dans le sac

Ajunglen

Voici un exemple qui montre l'importance de savoir identifier les situations de resteal afin d'en tirer profit. AJunglen (un jeune joueur de poker online) relance à 2 500 (2.5BB) au cut-off avec Carte As de trèfle Carte Valet de coeur. Le joueur au bouton envoie immédiatement son tapis de 35 000 jetons et les blinds se couchent. Que faire ? Carte As de trèfle Carte Valet de coeur est une bonne main, mais elle fait courir le risque à Ajunglen d'être largement dominé par Carte As Carte Roi ou Carte As Carte Dame. En outre, il pourrait envisager de se coucher, car il lui resterait alors encore 15BB.

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Du point de vue d'Ajunglen, suivre est relativement facile car :

  • Il connait le joueur au bouton et il sait qu'il est très agressif. Il peut dès lors très bien relancer avec une main marginale.
  • Avec 35 000 chips, il le couvre très largement, et il couvre aussi les blinds. Le bouton ne risque donc pas énormément sur ce coup.
  • De plus, la relance d'AJunglen au cut-off n'est pas le synonyme d'une main forte, d'autant plus qu'il a encore 15BB derrière lui et qu'il est en mesure de se coucher.

Ces éléments réunis amènent AJunglen à payer le tapis car le bouton peut facilement être mis sur un resteal. En l'occurrence, il va doubler face à Carte As de coeur Carte 7 de carreau du bouton. Là encore, c'est un cas particulier de resteal où le bouton utilise la puissance de son tapis pour s'emparer du coup preflop. Par ailleurs, AJunglen n'était pas sur un vol car il avait une main de relance tout à fait légitime dans cette position.

Une bien belle main, monsieur

Tri2

Voici une tentative ratée de resteal, qui met en évidence quelques erreurs à éviter.

C'est une main jouée lors d'un tournoi freeroll qualificatif sur Everest Poker. Je suis en BB avec une poubelle en main (Carte 8 de coeur Carte 3 de carreau). Le bouton fait une minirelance, ce que j'interprète comme un signe de faiblesse de sa part. Fort de ma lecture, j'envoie mon tapis.

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Le bouton me paie avec J7o et je me fais éliminer sans gloire du tournoi. Moralité, une bonne lecture ne suffit pas et mon resteal s'avère être une erreur pour plusieurs raisons :

  • D'abord, je n'avais pas suffisamment de fold equity. Même face à une minirelance, je ne pouvais pas exercer suffisamment de pression avec mon tapis de 8BB. En poussant tous mes jetons, mon adversaire avait des cotes de 1,7 contre 1 : il avait 920 jetons à ajouter pour espérer gagner un pot de 1 595. Il a donc une équité de 37% (½,7 x 100).
  • Ensuite, le bouton pouvait se permettre de payer mon tapis car il conserverait un tapis suffisant en cas de défaite.
  • Enfin, il est toujours très risqué de faire ce genre de move dans un tournoi sans enjeu car la probabilité d'être suivi par n'importe qui et n'importe quoi est énorme.

Fold equity : zéro

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Voici une autre main jouée par Sheets qui souligne l'importance de bien connaître ses adversaires et qui montre comment la prise en compte de la hauteur des tapis respectifs nous aide à prendre de bonnes décisions.

Sheets relance à 3BB avec Carte As de carreau Carte 8 de trèfle au cut-off. Il n'y a que cinq joueurs à la table : c'est donc une assez bonne main dans cette situation.

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Le BB envoie son tapis et Sheets, après réflexion, décide de se coucher. Pourquoi ? Voici les raisons principales :

  • Sheets sait que le joueur de BB est un bon joueur et qu'il joue serré. Dès lors, puisqu'il fait tapis avec seulement 11BB, c'est-à-dire sans fold equity, c'est qu'il a certainement une très bonne main (Carte 10 Carte 10+, Carte As Carte Valet+), car il doit s'attendre à ce que Sheets le paie.
  • Sur le plan stratégique, Sheets préfère conserver intact son tapis de 360 000 jetons (36BB), et ainsi garder une très bonne marge de manœuvre plutôt que de se risquer à un call hasardeux. Même sur le plan tactique, le fold est justifié si on est certain que le BB nous domine. En effet, Sheets doit rajouter 89 000 pour un pot de 170 000, ce qui lui offre des très bonnes cotes de 1.9-à-1. Dès lors, il doit gagner le coup seulement 35% des fois pour que le call soit correct. Toutefois, si on est certain que le joueur de BB a Carte 10 Carte 10+, Carte As Carte Dame+, on est vraiment loin derrière avec Carte As de carreau Carte 8 car on ne remporter le coup que 26% des fois.

 

Pour la petite histoire, Sheets s'est couché et le joueur en BB lui a montré Carte As de pique Carte Roi de pique.

Une situation intéressante

roothlus

Comme dernier exemple, je vais prendre une main jouée par Roothlus (un bon joueur qui est connu pour avoir fait plusieurs tables finales du Sunday Million sur Pokerstars) : c'est une main issue du tournoi rebuy à 100$ de Pokerstars. A ce moment du tournoi, il ne reste plus que deux tables. Roothlus est de BB avec Carte 8 de carreau Carte 6 de carreau et fait face à la relance du chipleader, assis au cut-off.

pokerstove2

Roothlus a posté cette main sur le forum américain Pocketfives où il demandait si, dans cette situation, il était intéressant ou non de faire un resteal en poussant son tapis. Sa question a suscité beaucoup de réponses ; il est intéressant de noter que les avis divergeaient. Il y avait clairement des partisans et des opposants au « re-steal » et on trouvait dans les deux camps de très forts joueurs.

 

Pour les partisans, il fallait pousser car :

  • Le gros stack avait déjà beaucoup relancé les coups précédents et il pouvait très bien le faire à nouveau sans une main légitime.
  • Roothlus a une image solide et il doit l'exploiter.
  • Carte 8 de carreau Carte 6 de carreau est une bonne main pour un resteal.
  • Même avec un tapis de 18BB, il faut engranger des jetons ; c'est vraiment une belle occasion de le faire, surtout si on veut avoir une chance de finir dans les 3 premiers.

Pour les opposants, il fallait se coucher car :

  • Le gros stack a montré à chaque fois de bonnes mains lorsqu'il a été payé.
  • Avec 225 000 chips, il peut se permettre le luxe de payer sans risquer trop.
  • Roothlus a encore 18BB et il est encore 2e en jetons à la table. Il peut donc patienter un peu et saisir une meilleure occasion. Autrement dit, le resteal n'est pas une nécessité dans cette situation. Si Roothlus avait eu 15BB et le relanceur dans les 25BB, il est clair que le resteal aurait été beaucoup plus justifié.

Pour étayer la discussion, nous pouvons essayer de quantifier la valeur du resteal dans cette situation. Admettons que le gros stack relance avec le top 20% des mains (Carte 3 Carte 3+, Carte As Carte 4+, Carte Roi Carte Valet+,) mais qu'il ne paiera notre tapis qu'avec le le top 10% des mains (Carte 4 Carte 4+, Carte As de pique Carte 9 de pique+, Carte As de trèfle Carte 10 de carreau+). Autrement dit, il paiera notre tapis une fois sur deux ; nous avons 50% de fold equity.

Il s'agit maintenant de calculer les chances que notre main remporte le coup à l'abattage en cas de call du grand stack :

[img]

On calcule ensuite la somme des 3 cas de figure :

  • Roothlus fait tapis et n'est pas payé : 0,5 x 19 600 = 9 800
  • Roothlus fait tapis, est payé, et gagne le coup : 0,17 x 80 595 = 13 701
  • Roothlus fait tapis, est payé, et perd le coup : 0,33 x (-72 995) = -24 088

9 800 +13 701 - 24 088 = -587 : le resteal de Roothlus a une espérance négative.

 

Il est intéressant de relever qu'il suffit que Roothlus effectue son resteal avec un tapis légèrement inférieur (17 BB au lieu de 18BB) pour que son coup ait une espérance de gain en jetons positive. De même, si sa fold equity est légèrement supérieure à 50%, son resteal devient aussi profitable.

Conclusion sur le resteal

Cette discussion démontre bien que le resteal est un sujet complexe. Il y a des éléments objectifs à considérer (particulièrement la taille de votre tapis et celui de votre adversaire) et aussi des éléments subjectifs (l'analyse de votre adversaire afin d'évaluer votre fold equity). Le resteal étant souvent employé lors des tournois et des Sit'N Go, il est intéressant d'en connaître les bases afin d'être à même de l'utiliser ou de le détecter chez vos adversaires. J'espère que cet article a pu répondre à ce double objectif.

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