En début d'après-midi, c'est un message anonyme posté sur le forum anglophone 2+2 qui a tout déclenché :
"PokerStars est parvenu à un accord avec le DoJ pour racheter Full Tilt. D'après ce que j'ai entendu :
- tous les joueurs seront remboursés à 100 % ;
- les deux sites seront en ligne ;
- les deux sites auront leurs propres promotions ;
- les employés restent dans leurs sièges respectifs.
Attendez vous à davantage d'informations aujourd'hui."
Ce message était d'abord effacé par l'équipe de modération du site, avant de réapparaître avec une précision signée NoahSD : "Je ne sais pas si tout cela est vrai, mais plusieurs sources m'ont contacté pour me demander de ne pas supprimer le sujet. Il reste donc ouvert pour le moment".
Alors que la Toile s'enflammait déjà autour de cette invraisemblable rumeur, Alexandre Dreyfus attisait l'excitation avec un Tweet qui serait plus tard repris par Le Figaro dans un article intitulé "Tapie ne rachète pas Full Tilt Poker" : "PokerStars achète Full Tilt pour un montant de 750 millions de dollars, incluant accord avec le DoJ et remboursement total des joueurs. Je suis impressionné !".
Souvent bien informé, l'homme d'affaires français bénéficie d'un crédit important dans la communauté poker. Un crédit qui suffisait à transformer, en fin d'après-midi, la simple rumeur en véritable information.
À Monaco, où le gratin du poker mondial est réuni depuis deux jours pour la finale de la saison 8 de l'European Poker Tour, l'information se répandait à vitesse grand V dans les couloirs du Casino de Monte Carlo. Interloqués, la plupart des joueurs se montraient heureux du remboursement annoncé de l'ensemble des personnes lésées lors de la fermeture de Full Tilt.
Pourtant, du côté de PokerStars, nul n'a hier soir souhaité confirmer ou infirmer l'information. Dans un communiqué diffusé sur le blog PokerStars, Eric Hollreiser, responsable de la communication du groupe, s'est montré plutôt laconique : "Comme vous le savez, PS est actuellement en discussion avec le DoJ. Dans la mesure où ces discussions sont confidentielles, nous ne sommes pas en mesure de commenter les rumeurs. Dès que nous disposerons d'informations à partager publiquement, nous le ferons".
À l'inverse, dans un communiqué diffusé dans la soirée, Laurent Tapie s'est montré bien plus prolixe. Le directeur du Groupe Bernard Tapie a en effet confirmé l'échec des discussions avec le DoJ, livrant au passage de nombreux détails :
"Le Groupe Bernard Tapie a le regret d'annoncer qu'après sept mois de travail intensif, nos efforts pour obtenir l'aval du DoJ dans notre démarche d'acquisition de Full Tilt Poker se sont soldés par un échec. Ce résultat est principalement imputable à deux causes.
La première, c'est que les deux parties ne se sont pas accordées sur la question du remboursement des joueurs non-américains.
Le Groupe Bernard Tapie proposait un plan qui aurait abouti à la réinstauration des comptes-joueurs, avec un droit au retrait des fonds au fil du temps, basé sur la quantité des fonds possédés par le joueur et son activité sur la nouvelle plateforme. Tous les joueurs auraient ainsi eu la possibilité de retirer leur bankroll en totalité à une date donnée, et 94,9 % des joueurs non-américains auraient été intégralement remboursés d'emblée. Le DoJ a quant à lui insisté pour un remboursement total avec un droit au retrait dans les 90 jours pour tous les joueurs. Une requête surprise formulée tardivement, après des mois de discussions de bonne foi de la part du Groupe Bernard Tapie.
Des complications d'ordre réglementaire, et en particulier des questions à propos de la reconnaissance du deal avec le DoJ par certaines autorités internationales, se sont avérées insolubles.
Tous les actifs importants de Full Tilt Poker se situent en dehors des États-Unis. Une cour étrangère pourrait très bien considérer le deal comme une "transaction frauduleuse" et le déclarer invalide ou considérer l'acquéreur comme responsable de toutes les obligations de le société. Étant donné le prix d'achat de 80 millions de dollars, et l'importante somme en cash nécessaire pour relancer le site, ces problèmes se sont révélés trop importants à surmonter.
Le Groupe Bernard Tapie est conscient des espoirs qu'il a générés : auprès des employés désireux de conserver leurs jobs, auprès des joueurs souhaitant récupérer leurs bankrolls et auprès de la communauté poker internationale qui rêve de voir la meilleure plateforme en ligne relancée, assurant ainsi une certaine concurrence dans un marché aujourd'hui totalement dominé par un seul opérateur. Le Groupe Bernard Tapie ne peut pas accepter la fin de ces espoirs.
Pour cette raison, à moins qu'une solution concrète et viable soit trouvée dans les prochains jours pour satisfaire joueurs et employés, nous réactiverons notre plan d'action.
Nous comprenons, d'après des annonces dans la presse, que le DoJ serait parvenu à un accord avec PokerStars qui conduirait à l'acquisition de Full Tilt par l'opérateur. Si ces informations se vérifient, nous pouvons simplement imaginer que PokerStars a accepté les conditions du DoJ au regard des questions légales et financières exposées auparavant. À partir de là, si l'acquisition de Full Tilt par PokerStars signifie que tous les joueurs seront immédiatement remboursés, nous sommes très heureux pour les joueurs, dont le remboursement constituait notre priorité.
Nous regrettons simplement qu'un tel accord aille dans le sens d'une consolidation d'un marché déjà dominé par un seul opérateur, une situation qui soulève des questions sur le plan de la concurrence et qui, sur le long terme, n'est probablement pas bonne pour les joueurs et l'industrie du poker en ligne."
Depuis hier soir, ces inquiétudes sont reprises par un certain nombre de joueurs, qui opposent à des conséquences à court terme très positives (le remboursement des joueurs lésés) des perspectives moins favorables sur le long terme (une situation quasi monopolistique sur le plan international).
Au-delà, de nombreuses questions demeurent aujourd'hui en suspens concernant la nature des discussions entre PokerStars et le DoJ et, surtout, leur état d'avancement. Si de nombreux observateurs font état d'un "done deal", la prudence reste de mise dans l'attente d'une confirmation officielle.



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