Phil Balla Ivey
L'histoire du champagne Cristal ne serait rien de plus qu'une anecdote parmi d'autres si elle ne résumait pas à elle seule plusieurs aspects de la personnalité de Phil Ivey.
Le cadre est celui du Wynn, célèbre et luxueux casino de Las Vegas. Assis à la table d'un des meilleurs restaurants du Strip, Phil est aperçu par quelques fans fortunés, eux-mêmes installés quelques tables plus loin. Les businessmen cherchent naturellement à attirer son attention avec plus d'originalité qu'une simple demande d'autographe.
Ils lui font donc servir une bouteille de champagne Cristal par le personnel du restaurant. La réaction de Phil Ivey, reconnaissant de cette offrande amicale d'environ 500 dollars, ne se fait pas attendre. Elle est à la mesure du personnage puisque les audacieux admirateurs reçoivent 5 bouteilles en retour.
Tout aurait pu en rester là si, à la fois piqués dans leur orgueil et amusés par la situation, les businessmen n'avaient pas décidé de relancer la mise d'Ivey. Celui-ci voit alors les serveurs du restaurant lui apporter une vingtaine de nouvelles bouteilles. S'appuyant sur le même style agressif qui le caractérise à une table de poker, Ivey envoie une relance devant laquelle ses adversaires d'un soir devront s'incliner : 100 bouteilles de l'onéreux nectar. L'impressionnante livraison est accompagnée d'une courte note : "Et je n'arrêterai pas".
En réalité, il n'est pas une semaine sans que Phil ne s'illustre par son attitude en dehors des tables. Une forme de détachement permanent, en particulier face à l'argent. Peu d'hommes sont par exemple capables de perdre des millions au craps en toute sérénité.
Lors des derniers WSOPE, Howard Lederer racontait durant un break comment son ami venait de perdre plus d'un million de dollars au Chinese Poker, sans un battement de paupières. Phil Ivey n'est pas juste pas balla, il est la définition même du balla.

Mindfuck. When you see it...
P-p-p-poker face
Des semaines durant, l'histoire du champagne Cristal va être relayée par les médias de la toile, sans certitude qu'il ne s'agisse de pures spéculations. L'identification de la personne à l'origine de la rumeur tendra pourtant à confirmer que les faits sont réels : Rachida Dati n'y est pour rien, c'est Barry Greenstein, dont on a découvert récemment qu'il se dandinait à merveille, qui aurait le premier évoqué les faits. Interrogé plus tard sur la véracité et les circonstances exactes de cette histoire, Ivey refusera tout simplement de répondre.
Ainsi va Phil Ivey, un homme dont on pense tout connaître, mais dont on ne sait en réalité que ce qu'il veut bien laisser transparaître. Au poker comme dans la vie, Ivey est un mur pour les observateurs, choisissant aussi bien les questions auxquelles il daigne répondre en interview que les émotions susceptibles de filtrer sur son visage à une table de poker.
Sa poker face est d'ailleurs si réputée que son sponsor, FullTilt Poker, en a fait le centre d'une campagne publicitaire des plus réussies. Phil Ivey est en effet connu pour garder son self-control en toutes circonstances.

Ou presque.
No Home Jerome
C'est à Riverside, en Californie, que vient au monde Phillip D. Ivey le 1er février 1976. Le petit Ivey n'est toutefois que de passage dans le Golden State : à peine trois mois plus tard, ses parents déménagent pour le New Jersey.
Auprès de son grand-père, fervent amateur de poker, il y apprend les rudiments du jeu. Chez les Ivey, on ne consacre pas les soirées d'hiver à jouer aux dames ou aux petits chevaux, mais au 5-Card Stud. Prudent, son grand-père prend cependant bien soin de lui servir les cartes par le dessous, le mettre ainsi subtilement en garde contre les dangers du poker. Une astuce qui, si elle avait été connue du grand-père de la protégée Limpers, aurait sans doute permis à ses coachs d'économiser 50 000 dollars.
Très tôt, Papy Ivey avait en effet décelé chez le jeune Phil les signes avant-coureurs d'une attirance pour une vie centrée sur le jeu. A posteriori, il est toutefois manifeste que ses stratagèmes n'ont pas fonctionné, et c'est sans doute mieux ainsi.
Vers la fin des années 90, encore adolescent, il quitte le New Jersey pour Atlantic City, où la force intérieure qui le pousse vers le jeu aura tout loisir de s'exercer. C'est à cette époque que lui est attribué son premier surnom : No Home Jerome. Phil n'a en effet pas l'âge de jouer dans les casinos et utilise donc une fausse carte d'identité, au nom de Jerome Graham. Sa véritable identité et son âge, il ne les révèlera aux employés du casino où il a ses habitudes qu'une fois la majorité atteinte.

"Fais pas cette tête Roger, c'est pas comme si on avait
couché ensemble avant que je sois majeur !"
Passage de témoin
Sa première carrière professionnelle débute dans une entreprise de télémarketing. Un job aussi passionnant que la plage horaire de Poker Channel consacrée aux replays des SNG PokerHeaven. Le naturel reprend vite le dessus et il consacre régulièrement des soirées à l'organisation de parties avec ses collègues. Suffisant pour le faire patienter, mais pas pour le dissuader de démissionner et de se consacrer totalement à sa passion.
Il a 23 ans quand, en avril 2000, il inaugure son palmarès d'un premier tournoi important : un 7 Card Stud au Binion's, avec 53 000 dollars à la clé. Sa carrière est lancée. Deux mois plus tard, en juin, il se retrouve pour la première fois en table finale d'un tournoi des World Series Of Poker. Il termine à la 5e place du 2000 dollars No Limit Hold'em, mais conserve l'espoir de conquérir rapidement son premier bracelet.
Tout juste une semaine plus tard, ses rêves sont exaucés. Le tournoi se dispute en Pot Limit Omaha et Ivey fait alors figure de jeune rookie au milieu d'une table finale composée de monstres sacrés comme Dave Ulliott, Phil Hellmuth et surtout Amarillo Slim.
Ce dernier n'a d'ailleurs jamais perdu en table finale d'un tournoi des WSOP. L'histoire n'en est que plus marquante quand, comme un passage de témoin, Phil et Amarillo se hissent au heads-up. Le rookie se montre d'abord patient, voire timide, puis change subitement de rythme en faisant preuve d'une grande agressivité. Amarillo Slim vacille, son stack s'amenuise, les tapis s'envolent, Phil Ivey touche sa ventrale à la turn, la légende est en marche.

"Cette ventrale sur le turn, je la dois à ma grosse chatte."
3 bracelets en 2002 pour Phil Ivey
Avec ce premier bracelet, Ivey empoche 195 000 dollars. L'année suivante, il la consacre essentiellement à de nombreux petits tournois de Las Vegas et Los Angeles, qui deviennent progressivement partie intégrante de son mode de vie. Atteignant très souvent les tables finales, il construit une bankroll conséquente, même si ses performances aux WSOP marquent en revanche une pause en 2001. Il atteint une seule et unique table finale, celle d'un event d'Omaha Hi-Lo.
Tout le monde l'ignore encore, mais la carrière de Phil n'en est en réalité qu'à ses balbutiements. Il entre par la grande porte dans l'histoire du poker et des World Series lors de l'édition suivante en 2002. Comme Phil Hellmuth, Ted Forrest, Puggy Pearson et Jeff Lisandro, il remporte 3 bracelets en une seule année : le 2 500 dollars 7-Card Stud Hi-Lo pour 118 000 dollars ; le 2 000 dollars S.H.O.E. pour 107 000 dollars et le 1 500 dollars 7-Card Stud pour 132 000 dollars.
Contrairement à un joueur comme Phil Hellmuth qui ne compte que sur ses aptitudes en hold'em, Phil Ivey peut se reposer sur des capacités hors normes dans presque toutes les variantes. Participant ainsi chaque année à un très grand nombre de tournois lors des WSOP, il y a fort à parier qu'il détiendra bientôt le record du nombre de bracelets.

"Tu l'as vu, Barry, ce con qui pense faire mieux que moi ?"
"S'il te cause des problèmes, appelle M. Drummond."
Le main event ? Je t'aime, moi non plus.
Son année 2002 aurait même pu être encore plus flamboyante, s'il n'avait échoué à la 23e place du main event. Entre l'épreuve reine et Phil Ivey, c'est le début d'une longue histoire de "je t'aime, moi non plus". Aucun autre joueur n'est parvenu à se hisser dans le top 25 du main event aussi souvent que lui, que ce soit sur un field de 600 joueurs comme en 2002 ou de 7 000 comme en 2009.
Abonné aux places d'honneur, jamais encore il n'a triomphé. La mésaventure qu'il connaît en 2003 est d'ailleurs assez symptomatique de cette relation compliquée. Alors qu'il ne reste plus que 10 joueurs en course, une confrontation a lieu entre Phil et Chris Moneymaker. Sur un board, QQx9, les tapis s'envolent. Moneymaker dévoile AQ pour un brelan, Ivey une paire de 9 servie pour un full. La rivière est un as qui crucifie Ivey et ses espoirs de victoire.
Il échoue sur ce violent bad beat à une place d'une table finale qui verra s'imposer son bourreau. Restant fidèle à lui-même, il se lève calmement et quitte la salle sous les applaudissements, presque impassible.

"Hé kris, pa U le tps de te le dir tt a leur,
mé va crevé en enfer conar"
Le Big Game du Bellagio, featuring Phil Ivey
Très performant en tournoi, Phil Ivey est surtout un joueur régulier des tables de poker high stakes, aussi bien en live qu'online. Il fait ainsi partie des joueurs qu'on retrouve le plus souvent dans la Bobby's Room du Bellagio, une petite zone dans laquelle sont jouées les plus grosses sommes. C'est là qu'il participe régulièrement à ce que l'on appelle le Big Game : une table de 4K-8K mixed cash-game.
En matière de jeu en ligne, il s'illustre tout autant comme membre de la team FullTilt Pro. Plus qu'un simple joueur sponsorisé, il fait d'ailleurs partie des membres fondateurs de la poker room, dont la team s'est tout récemment enrichie d'une très fine touche de glamour.
Le plus souvent, Phil s'asseoit aux tables de No Limit 500-1K ou Limit 2K-4K. En 2007, il a affiché environ 2 millions de gains online, avant de passer la vitesse supérieure en 2008 avec 7 millions empochés, puis 6 millions en 2009. La première moitié de l'année 2010 l'a vu légèrement ralentir son rythme. Ces derniers temps, il joue nettement moins en ligne.
Côté tournois, Phil Ivey poursuit en 2005 son histoire particulière avec le main event en terminant au 20e rang. Peu avant, il remportait son 5e bracelet dans le 5 000 dollars Pot Limit Omaha, son second dans cette variante.

"On fait tous le même geste, mais on est pas tous balla."
L'enchaînement des résultats
Le gain de 635 000 dollars à l'occasion de ce 5e bracelet n'est toutefois rien en comparaison de ce qui va suivre quelques mois plus tard. En novembre 2005, il remporte un million de dollars en remportant le Monte Carlo Millions Tournament. Dans un rush phénoménal, il enchaîne dès le lendemain, toujours à Monte Carlo, avec un succès dans le FullTilt Invitational. Cette victoire intervient dans un tournoi des plus relevés, puisque les places d'honneur sont respectivement réservées à John Juanda, Dave Ulliott, Chris Ferguson, Gus Hansen, Phil Hellmuth et Mike Matusow. Il empoche à cette occasion 600 000 dollars supplémentaires.
Un tel niveau de réussite impressionne. Son jeu est disséqué par tous les observateurs afin de copier la recette miracle. Lui dit s'appuyer sur un instinct qui ne le trahit que rarement et une faculté à se mettre à la place de son adversaire pour mieux le comprendre. Mais la vérité est peut-être ailleurs…

Le secret de sa réussite dévoilé :
Phil Ivey ne serait qu'un vulgaire Tatayet.
Un phil-anthrope
En dehors des tables, Phil Ivey n'est pas qu'un degen flambant des millions de dollars en prop bets. Il s'illustre aussi par des dons importants aux œuvres caritatives, en particulier à l'association new-yorkaise Excel, qui vient en aide aux enfants défavorisés.
Sa philanthropie ne s'arrête d'ailleurs pas aux dons. Il organise par exemple régulièrement des tournois caritatifs. En 2008, il a même créé la Budding Ivey Foundation, une structure qui vise à poursuivre les bonnes œuvres auxquelles son grand-père se consacrait.
Son attitude à la table et en dehors en fait un joueur extrêmement populaire. Les diverses émissions de télévision consacrées au poker ne s'y trompent d'ailleurs pas, puisqu'il fait partie des joueurs les plus régulièrement invités. Ses récentes performances dans l'émission High Stakes Poker démontrent au passage, à qui en doutait encore, qu'il domine assez nettement le poker mondial.
Adulé aussi bien sur les forums communautaires online que par la frange plus traditionnelle du public, il a pour lui l'atout de séduire toutes les générations.

Un fan-club particulièrement dynamique.
Corporation vs Andy Beal
En 2004, Andy Beal, mathématicien milliardaire de 54 ans connu pour avoir fait fortune dans les banques et l'immobilier, s'est mis en tête d'affronter quelques-uns des plus grands joueurs de poker de la planète. Après avoir perdu des millions lors de ce défi, il s'est juré de ne plus jamais s'asseoir à une table.
Au début de l'année 2006, il fait pourtant machine arrière. Durant plusieurs jours, le Wynn va être le théâtre d'un affrontement qui l'opposera à un pool de grands noms du poker international : Doyle Brunson, Johnny Chan, Jennifer Harman…
A la surprise générale, Andy Beal prend d'abord le dessus. Alors qu'il s'apprête à être opposé à Phil Ivey en Heads-up Limit Hold'em 25K/50K, il est gagnant d'environ 13 milions de dollars dans le challenge.
De façon spectaculaire, Ivey va inverser la tendance : 2 millions le premier soir, puis presque 3 de plus le lendemain, pour enfin porter l'estocade avec 12 autres millions le dernier soir. En à peine 3 jours, soit la durée moyenne d'un call de Roger Hairabedian avec QQ pour moins de 20BB, Phil Ivey a gagné 16,6 millions de dollars face à Andy Beal.
Ce dernier décidera alors d'arrêter le poker pour de bon. Aux dernières nouvelles, le mathématicien n'a toujours pas été revu à une table, ni compris les raisons d'une telle déroute.

"Juste avant le HU, je lui ai organisé un débat sur les
maths avec Lord Mahammer et jou0eur. Il a craqué."
Phil Ivey, Tiger Woods of Poker
En dehors du poker, Phil Ivey a de nombreuses passions, au premier rang desquelles figure le basket-ball. Fan des Lakers, des Houston Rockets et des Buffalo Bills, il est fréquent de le voir vêtu d'un maillot aux couleurs d'une de ses équipes favorites. C'est également un fervent amateur de jeux vidéo, mais aussi de golf.
Phil participe ainsi régulièrement aux World Series Of Golf, une compétition dans laquelle, contrairement aux épreuves de golf traditionnelles, la victoire ne dépend pas directement du nombre de coups joués. Les WSOG reposent au contraire sur un système de mises équivalent à celui du poker. Chaque joueur débute avec un stack qui va faire l'objet pour chaque trou de mises et de relances. Les trous se disputent par groupes de 6 joueurs et les mises sont remportées par le joueur qui réalise le meilleur score à chaque étape du parcours. En 2007, Phil Ivey a d'ailleurs terminé à la 3e place de l'événement.
Comme toutes les disciplines auxquelles il s'adonne, le golf est également sujet aux prop bets. Ayant un jour gagné un pari avec Marc Goodwin et Ram Vaswani sur une partie de golf, il se voit reprocher par ces derniers d'avoir menti sur son handicap. "J'en mettrais ma main à couper !" s'exclame alors Julien Van Lang. En réalité, il n'en est rien : Ivey avait simplement mis à profit les dernières semaines pour suivre un entraînement intensif.
Mais ce qui vient en premier à l'esprit quand on parle de Phil Ivey et de golf, c'est son surnom de Tiger Woods of Poker. En y réfléchissant un peu, on se rend d'ailleurs compte du caractère saugrenu de ce sobriquet. Un peu comme si Johnny Chan devenait le Jackie Chan du poker, ce surnom est directement lié à sa condition d'afro-américain, couplé au fait qu'il a plutôt bien réussi dans la vie.

"Quand il y en a un, ça va..."
Une passion dévorante pour les paris
L'exemple de la partie de golf illustre bien le célèbre penchant d'Ivey pour les paris. Les exemples sont trop nombreux pour être cités exhaustivement, tant il met à profit toutes les occasions pour assouvir cette passion. De la finale du Super Bowl, qui a pu lui occasionner en un seul et unique pari une perte colossale de 2 millions de dollars, au main event des WSOP en 2009, pour lequel il avait contracté un grand nombre de prop bets, tantôt sur son éventuelle victoire, tantôt sur son possible échec.
Durant la saison 6 d'High Stakes Poker, il parie un million de dollars avec Tom Dwan sur sa capacité à rester végétarien pendant un an. Quelques semaines plus tard, devant une assiette de poulet, il appelle durrrr pour lui demander de mettre fin à l'engagement sous la condition d'un versement libératoire de 150 000 dollars.
Récemment, les médias poker se sont fait l'écho du tout dernier pari l'opposant à son ami, et voisin, Howard Lederer sur son aptitude à remporter deux bracelets lors des deux prochaines éditions des World Series. L'enjeu ? Rien de moins que 5 millions de dollars.

"Et je te parie 5 autres millions de dollars que
moi, je ne gagnerai plus jamais un bracelet !"
Une année 2009 mouvementée
Après une période de disette durant les 3 éditions précédentes, les WSOP vont particulèrement sourire à Phil en 2009. Il remporte en effet deux bracelets : le 2 500 dollars No Limit 2-7 Draw Lowball, pour 96 000 dollars, après avoir dominé un parterre de 147 joueurs parmi les meilleurs spécialistes de la variante ; et le 2 500 dollars Omaha Hi-Lo / 7 Card Stud Hi-Lo, pour 220 000 dollars, après avoir débuté la table finale en 7e position. Ces deux nouveaux trophées portent son total à 7, ce qui en fait le 6e joueur le plus couronné aux WSOP, à égalité avec Billy Baxter.
Phil est aussi le plus jeune joueur à avoir obtenu 7 bracelets. Il ne lui aura en effet fallu que 33 ans pour les conquérir, alors que Phil Hellmuth aura lui attendu 4 années supplémentaires. Avec 9 années d'écart entre son premier et son dernier bracelet, il est également, avec Johnny Moss (ce dernier bénéficiant de fields moindres et d'un premier bracelet attribué par vote), le joueur à avoir obtenu dans le laps de temps le plus court ses 7 bracelets. Autant d'éléments qui laissent penser que d'autres records pourraient tomber dans les prochaines années. Phil Ivey va vite, très vite.

À gauche, des piles Energizer. À droite, des alcalines standards.
Une année 2009 vraiment mouvementée
Son rush lors des WSOP 2009, Phil l'attribue d'une part à la chance, d'autre part à davantage de sommeil que durant les années précédentes. Beaucoup plus qu'à l'accoutumée, il s'est en effet focalisé sur les World Series au détriment des parties parallèles et de la vie nocturne de Vegas.
Une fois n'est pas coutume, en guise de cerise sur le gâteau, il parvient à se hisser aux places d'honneur du main event et donne ainsi un coup de projecteur sur les November Nine. Pour la deuxième fois de sa carrière en table finale de l'épreuve reine, il sort à la 7e place après que le AQ de Darvin Moon a dominé son AK. Il lui en faut toutefois beaucoup plus pour laisser transparaître ses émotions. Imperturbable, Phil continue tranquillement de manger la pomme qu'il a dans les mains. Petit prix de consolation : 1,4 million de dollars.
Un mois plus tard, en décembre, la chance ne lui sourit pas davantage. Phil divorce en effet de son amour de jeunesse après 7 ans de mariage. Il avait rencontré son épouse Lucietta sur les bancs du collège. Son train de vie à grande vitesse a vraisemblablement eu raison de leur histoire.

Dans la file d'attente pour les 14 ans de Zahia.
1er de la All Time Money List
En janvier 2010, Phil Ivey a terminé à la 2e place du High Roller des Aussie Millions. Remportant à cette occasion près d'un demi million de dollars, il a du même coup porté son total de gains en tournois live à près de 13 millions de dollars, ce qui le place en tête de la All Time Money List des gains en live.
Parmi ces 13 millions de dollars de gains, 40 % sont issus des World Series et environ 3 millions proviennent du circuit WPT, sur lequel Phil a atteint 8 tables finales. Son palmarès sur le World Poker Tour compte une victoire, acquise en 2008 lors du WPT LA Poker Classic avec 1,5 millions de dollars à la clé.
Au sommet de la All Time Money List, Phil devance désormais Jamie Gold 3e, qui sera très probablement amené à quitter le podium dans un futur proche, et Daniel Negreanu, qui occupe la 2e place après avoir longtemps mené les débats.

"Henri Leconte a bien été 5e à l'ATP, hein Phil ?"
Phil Ivey, un joueur polyvalent
Il est notable que les 7 bracelets à son actif à ce jour ont été remportés dans 6 variantes différentes. Contrairement à Phil Hellmuth dont tous les bracelets proviennent du hold'em, Phil n'est d'ailleurs titulaire d'aucun trophée des WSOP dans cette variante.
Un constat qui s'explique toutefois davantage par des choix que des carences. Ivey considère en effet que les tournois de No Limit Hold'em sont plus difficiles à gagner, la faute à des fields généralement très importants. Aussi, entre un tournoi de No Limit Hold'em comptant 1 000 participants et un event de Stud rassemblant moins de 300 joueurs, il choisit invariablement le second.
Dans le même esprit, quand on lui demande ce qu'il aimerait changer aux WSOP, il répond qu'il ajouterait davantage de tournois en HORSE. Et lorsqu'on le questionne sur Tom Dwan, il insiste sur le fait que c'est un grand joueur de NL Hold'em et de Pot Limit Omaha, mais qu'il lui faudrait maîtriser toutes les variantes pour être le meilleur joueur du monde. Sans prendre la peine d'indiquer qui selon lui campe aujourd'hui ce rôle…
Si vous souhaitez lui poser directement la question, c'est à Las Vegas, où il vit depuis plusieurs années, que vous aurez le plus de chances de le croiser. Evitez de vous adresser à son adresse habituelle : sa maison, voisine de celles d'Howard Lederer, André Agassi ou encore David Copperfield, est actuellement en vente pour la modique somme de 2 millions de dollars. Préférez en revanche vous rendre sur le Strip au Aria Resort and Casino, dans la salle de poker high stakes à son nom.
Luxe et simplicité. Ainsi va Phil Ivey, le meilleur joueur de poker du monde.