Perry Green (old)

Finaliste malheureux du Main Event des World Series en 1981 face à Stu Ungar, Perry Green repense parfois aux circonstances du duel : "Je l'ai poussé à tapis à trois reprises. Il a gagné les trois coups et a décroché le titre. Moi, je suis celui qu'ils ont oublié." Le septuagénaire n'a pourtant jamais raccroché les gants. En 2013, il s'est même hissé en table finale d'un event.

Son nom a moins résisté à l'épreuve du temps que ceux des Doyle Brunson, Sailor Roberts, Amarillo Slim ou Johnny Moss. Pourtant, Perry Green les a tous cotoyés. Occasionnellement, aux tables, il les a même fait plier. Tout en restant, à la différence des Texas Rounders et des requins de l'époque, un véritable amateur.

 

Un statut dont il n'a d'ailleurs par la suite jamais choisi de se défaire. "Lorsque vous avez des responsabilités, cinq enfants... il est plus important d'assumer vos responsabilités que de jouer au poker", estime-t-il aujourd'hui du haut de ses 77 printemps. Sans laisser entrevoir le moindre regret, et même plutôt avec une pointe d'auto-satisfaction. Comme lorsqu'il juge a posteriori "être parvenu à concilier de manière équilibrée les deux facettes de [sa] vie".

 

Natif de Seattle mais installé à Anchorage (Alaska) dès son plus jeune âge, Perry n'en est jamais reparti. C'est là-bas qu'il a disputé ses premiers coups de poker : "Ado, je jouais un peu. Et puis je suis allé à l'armée et les cartes m'ont permis de gagner un peu d'argent. Après mon retour, on a gardé pour habitude d'organiser une petite partie entre amis chaque semaine". C'est aussi là-bas qu'il a entrepris de faire carrière dans le commerce de fourrures animales. Un choix auquel il s'est tenu toute sa vie.

 

Les sirènes de Las Vegas lui ont pourtant très tôt susurré des mots doux à l'oreille. Dès la fin des années 70, il fait partie de la poignée de pionniers qui prennent part aux premières éditions des World Series : "Je me suis retrouvé aux WSOP quand quelqu'un m'a dit "Viens au Horseshoe, ils ont de super parties là-bas !". La première fois que j'y suis allé, ils jouaient beaucoup au lowball. J'ai très vite gagné pas mal d'argent en cash game. À l'époque, je ne connaissais encore rien du jeu en tournoi."

 

Mais loin de se laisser éblouir par les néons, la douceur du climat et tous les excès qui font de Las Vegas une ville aux antipodes de celle d'Anchorage, Perry ne va pas davantage se laisser impressionner par la petite bande qui domine le poker américain de l'époque. Dès 1976, il range aux oubliettes son statut de novice des tournois et remporte son premier titre lors du WSOP 1 000 $ Ace to Five Draw : "J'ai découvert après cette victoire qu'il y avait un bracelet en jeu. À l'époque je n'en savais rien".

 

Après ce premier coup d'éclat assorti d'un gain de 68 300 $, le périple annuel dans le Nevada devient une tradition presque systématiquement couronnée de succès. L'année suivante, il récidive avec brio lors du WSOP 500 $ Ace to Five Draw pour un gain de 10 000 $ et un second bracelet, confirmant du même coup sa domination incontestée dans cette variante. Les tournois de Hold'em, en revanche, n'exercent sur lui aucun pouvoir d'attraction. Tout du moins jusqu'à la parution de Super System en 1979 : "Quand ils jouaient au Hold'em, je ne m'asseyais jamais à la table. Je n'y connaissais rien. Et puis j'ai acheté le bouquin de Doyle. Après l'avoir lu, je me souviens m'être dit "Oh oh, c'est vraiment un super jeu". Alors j'y ai joué un peu, même si les parties de lowball ace-to-five ont toujours gardé ma préférence".

 

L'apprentissage porte ses fruits plus rapidement qu'escompté. Dès l'été suivant, Perry remporte le WSOP 1 500 $ No Limit Hold'em pour un gain de 76 500 $, et surtout un 3e bracelet. Le premier dans une variante autre que le Ace to Five Draw, mais également le dernier de sa carrière à ce jour. Car en dépit par la suite de deux tables finales lors du Main Event, le débonnaire vendeur de fourrure n'aura jamais le bonheur d'humer le parfum d'éternité qui se dégage d'une victoire dans l'épreuve reine.

 

En 1981, il a 45 ans lorsqu'il se retrouve assis en face de Stu Ungar pour l'ultime duel du plus gros tournoi de l'année. Cinq mois plus tôt, il s'est incliné face à Junior Whited en heads up du Super Bowl of Poker, un événement alors du même acabit que les World Series à l'exception notable d'un succès moindre auprès des amateurs. Mais cette fois, il est hors de question que la victoire lui échappe à nouveau.

 

Stu Ungar, son adversaire, n'en est encore qu'aux prémices d'un parcours qui lui vaudra plus tard le statut de légende. "Il ne m'impressionnait pas", commente Perry avec trente ans de recul. "Lors de ce tournoi, j'ai été beaucoup plus agressif que lui. Si la chance n'avait pas tourné en sa faveur, les choses auraient été différentes". La chance, ce sont trois mains au cours desquelles il pousse le jeune loup à engager son tapis : d'abord infructueusement avec T9s face à 55, puis avec AK contre AQ pour un partage, et enfin avec Tc2c face à AcJc sur un board Jx9c8c pour un nouveau coup perdu.

 

"Il a gagné les trois coups et a décroché le titre. Et moi je suis le gars qu'ils ont oublié", soupire aujourd'hui Perry Green. Et même s'il omet qu'un peu plus tôt durant cette même table finale, la chance lui avait également souri lorsqu'il avait touché face à Bobby Baldwin l'un des deux seuls outs susceptibles de le maintenir en vie (QQ vs 99 sur un flop 943), le vieil homme est dans le vrai quand il évoque le souvenir peu vivace que garde de lui la planète poker.

 

Car après 1981, les performances se sont faites plus espacées : plusieurs accessits jusqu'en 1983, dont une 2e place lors d'un WSOP 1 000 $ Limit Omaha ; une absence totale du circuit durant trois ans ; un retour au premier plan avec, en 1991, une 5e place lors du Main Event et surtout une occasion ratée de réécrire l'Histoire ; des tables finales régulières dans les années 90, dont une 3e place lors d'un WSOP 3 000 $ PLHE en 1997 ; et enfin quelques sursauts épisodiques dans les années 2000.

 

Il faut dire que s'il n'a jamais coupé le cordon avec les tables de poker de Las Vegas, sa vie de famille a naturellement repris le dessus au fil des trois dernières décennies : "Depuis 30 ans, mes participations aux WSOP ont été ponctuelles. J'ai dû m'inscrire huit fois au Main Event. Le reste du temps je dois dire que j'ai été assez occupé. J'ai travaillé... Je suis vraiment un amateur, vous savez". Un amateur certes, mais diablement passionné comme en témoigne son militantisme actif, en 2005, en faveur de la légalisation du poker dans son état d'adoption. Une action de lobbying massivement relayée par les médias locaux et qui lui a valu le surnom d'Alaska's Poker Guru.

 

Aujourd'hui, à 77 ans, la flamme reste intacte : "Je joue régulièrement dans une petite partie entre amis. Environ cinq ou six fois par an". Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Depuis 2010, Perry a remis au goût du jour la tradition du périple annuel dans le Nevada. Et avec le soutien de son épouse Gloria, de 20 ans sa cadette, le vétéran est loin d'y faire de la figuration : une 8e place il y a trois ans lors du WSOP 5 000 $ PLO Hi-Lo 8 ; une 152e place lors du Main Event l'an dernier ; ou encore il y a quelques jours une 9e place au terme du WSOP 1 500 $ PLO Hi-Lo. Un ultime fait d'arme qui devrait achever de le convaincre — si tant est que c'était nécessaire — de remettre le métier sur l'ouvrage l'an prochain. "Si j'étais plus jeune, rien ne m'empêcherait de parcourir le monde et de disputer des tournois un peu partout", confie-t-il avec cette lueur dans le regard qu'ont les gens sur lesquels le temps n'exerce aucune prise.

 

Animé par une passion qui transpire de chacun de ses mots, le vieil homme ressasse ses souvenirs mais garde surtout dans un coin de la tête l'idée d'en construire de nouveaux. De son passé glorieux, il ne semble garder ni remord ni regret. À ses yeux, qu'importe donc si les joueurs de la nouvelle génération ne le reconnaissent pas à la table. Qu'importe, également, si ses va-et-vient dans l'Amazon Room ne sont pas ponctués des mêmes égards et cérémonials que ceux de son ami Doyle. Et qu'importe, enfin, si son portrait ne trône pas sur l'un des murs du Convention Center du Rio : "Tant qu'il n'y en a pas non plus dans mon bureau de poste, je suis content".

Flashback : Perry Green lors de son duel face à Stu Ungar en 1981

Sommaire des articles : Joueurs internationaux

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En 1989, dans l'un des casinos historiques de Vegas, un homme de 24 ans rêve de révolutionner le monde du poker.

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1996. Daniel Negreanu a 22 ans. Assis devant une des machines à sous de l'aéroport de Las Vegas, il glisse mécaniquement dans la fente les quelques pièces qui lui restent. Bientôt, une hôtesse annoncera l'embarquement des passagers pour le vol à destination de Toronto.

Comme d'habitude, c'est allégé de plusieurs milliers de dollars qu'il s'apprête à quitter le Nevada. Cette scène, qu'il ne connaît que trop bien, il se dit que c'est la dernière fois qu'il la vit. Sans savoir si c'est parce qu'il ne reviendra plus, ou au contraire parce que le sort lui sera plus clément la prochaine fois.

Scotty Nguyen : de Nha Trang à Las Vegas

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La vie rêvée de Teddy KGB

Teddy KGB à la table

Bien avant d'avoir entendu parler de Phil Ivey, Tom Dwan ou Daniel Negreanu, les amateurs de poker se sont passionnés pour le jeu d'un Russe, organisateur de parties illégales. De lui, on ne sait presque rien, si ce n'est qu'on ne risque pas de trouver son établissement dans les pages jaunes.

Son surnom mémorable ne pouvait demeurer plus longtemps sans vie. Voici donc le récit (presque véritable) du parcours de cet homme resté dans l'ombre de l'Histoire du poker : Teddy KGB.

24 heures avec Tom Dwan

Tom Dwan

Tom Dwan, c'est à seulement 24 ans plusieurs de millions de dollars de gains engrangés aux tables de cash-game offrant les plus hauts enjeux. Celui qui a rejoint la team FullTilt en novembre 2009 a franchi les échelons de novice à légende plus vite que n'importe quel autre joueur. En juin dernier, l'Américain se payait même le luxe de faire trembler les fondements de la planète poker en pariant des millions sur sa conquête d'un bracelet WSOP, exploit finalement raté d'un cheveu.

Doyle Brunson, la force tranquille

Doyle Brunson 4 en 1

Ce n'est pas Jacques Séguéla qui a conseillé ce titre à SuperCaddy (qui ne possède même pas de Rolex), mais il n'est de plus juste formule qui décrive Doyle Brunson. Géant du poker, légende vivante, millionnaire, le seul joueur qu'on applaudit lorsqu'il est éliminé du main Event des WSOP a toujours le sourire aux lèvres. Récit d'un homme au parcours rocambolesque.

Perry Green, celui qu'ils ont oublié

Perry Green (old)

Finaliste malheureux du Main Event des World Series en 1981 face à Stu Ungar, Perry Green repense parfois aux circonstances du duel : "Je l'ai poussé à tapis à trois reprises. Il a gagné les trois coups et a décroché le titre. Moi, je suis celui qu'ils ont oublié." Le septuagénaire n'a pourtant jamais raccroché les gants. En 2013, il s'est même hissé en table finale d'un event.

Gus Hansen, le pionnier des degens scandinaves

Gus Hansen

Gus Hansen fait partie de ces joueurs qui, lors de chacun de leurs tournois, creusent un peu plus le clivage entre leurs admirateurs et leurs détracteurs. Son style peu académique, basé sur un éventail de mains très large, a parfois tendance à énerver ses adversaires.

Tony G, la grande gueule

Tony G

Le tennis avait John McEnroe, le poker a Tony G. Loin de l'image calme et posée que véhiculent souvent les joueurs, les principaux atouts de ce Lituanien sont la gouaille et la provocation.

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Phil Laak

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