lundi 7 août 2017 à 14:12
EXCLU

Une voix, un sourire, une carrière... et des anecdotes ! Mike Sexton a croisé la route de Gaëlle à Las Vegas, et il en a profité pour aborder avec elle de nombreux sujets passionnants : sa victoire lors du WPT Montréal, ses années World Poker Tour, son nouveau rôle auprès de PartyPoker, et surtout l'évolution du paysage du poker lors de ces vingt dernières années.

Mike Sexton

Salut Mike et merci pour ta disponibilité. Alors que tu as été le visage du World Poker Tour durant quinze ans, tu viens d'annoncer ton départ afin d'endosser le costume de directeur général de Party Poker. Peux-tu nous parler de ce nouveau challenge ?

En fait, cette aventure avec PartyPoker a débuté il y a bien plus longtemps que mon partenariat avec le World Poker Tour. J'adore évidemment le WPT, et je pense que le groupe a fait beaucoup pour le développement du poker dans le monde, mais quand cette opportunité avec PartyPoker s'est présentée je ne pouvais pas la laisser passer.

À mes yeux le poker est en expansion aujourd'hui. Nous avons des tournois énormes partout dans le monde et je pense qu'on peut continuer dans cette voie. Il y a énormément de projets actuellement chez PartyPoker, et beaucoup de travail à faire aussi. La compagnie a un énorme potentiel. Je voulais saisir cette chance de faire partie de l'aventure.

Cette décision représente naturellement un moment très important dans ma carrière. Ce n'a pas été un choix facile, car je ne pouvais pas rester avec le WPT en parallèle. Il aurait été question de confit d'intérêts. Cette opportunité était vraiment intéressante, alors je l'ai saisie.

 

Puisque tu l'évoques, tu as effectivement joué un rôle important lors de la création de PartyPoker en 2001. Peux-tu nous en dire un mot ?

On m'a appelé deux jours avant Noël, en 2000, pour me faire part de ce projet de création d'une nouvelle plateforme de poker en ligne. Ils cherchaient quelqu'un qui connaissait bien le poker pour les aiguiller. J'ai été engagé tout de suite et une semaine plus tard, j'étais en Inde avec les développeurs du site, en train d'expliquer les règles du poker aux ingénieurs. On a vraiment démarré de zéro ! Absolument personne dans l'entreprise ne connaissait le poker. Pour autant, ils voulaient lancer leur room. C'était le boom du poker à l'époque. Alors mon rôle c'était ça au début : expliquer aux programmeurs comment faire une table de poker, avec un bouton, des blindes, comment miser... Il fallait tout expliquer. C'était du Limit Hold'em au début. Ensuite j'ai expliqué les autres jeux et un mois plus tard, j'étais cette fois en République dominicaine, où se trouvait le service client à l'époque, pour donner des cours à tout le monde.

Nous avons lancé le site en 2001 et nous avons pris le leadership du marché mondial pendant quatre ans. Partir de rien et parvenir à ce niveau, ça représentait un succès incroyable. On a vraiment vécu une aventure extraordinaire.

 

Le Black Friday a dû représenter un moment très difficile pour vous. Penses-tu que le poker est dans la bonne direction actuellement et qu'il revient en force ?

Oui, je l'espère en tout cas. Quand l'UIGEA (Unlawful Internet Gambling Enforcement Act) a été adopté aux États-Unis, les choses sont devenues très compliquées. Nous avons dû arrêter de proposer notre offre de jeux d'argent aux joueurs américains. Aucun méfait de notre part n'était prouvé, mais nos avocats ont estimé que nous pourrions être poursuivis à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Notre seul choix était de nous retirer du marché américain.

Cette décision a été très douloureuse, car à l'époque les États-Unis représentaient 70 % de notre activité. Certains de nos concurrents, comme Full Tilt et PokerStars, ont fait le choix de rester. Cette stratégie leur a d'abord souri, puis quelques années plus tard il y a eu le Black Friday et ils ont dû partir à leur tour.

Désormais, nous espérons tous le retour du poker en ligne aux États-Unis. C'est déjà le cas dans quelques États, et il ne nous reste plus qu'à souhaiter un effet domino au niveau national. Je suis assez optimiste.

 

Que peux-tu dire de ces quinze années passées auprès du World Poker Tour ? Comment as-tu évolué tout au long de cette aventure ?

C'est assez marrant la façon dont tout ça a commencé. Je jouais un gros tournoi de la fin des années 90 : The Tournament of Champions of Poker. Pour moi, ça reste un des plus beaux tournois de l'histoire du poker. Au bout de ma quatrième participation, j'ai fini par atteindre les places payées. J'ai alors demandé à Steve Lipscomb que la table finale soit filmée afin que je puisse la diffuser et la commenter sur internet. C'était assez inédit et avant-gardiste comme démarche.

Au final, il a été très impressionné du résultat. Alors quand quelques années plus tard il a créé le World Poker Tour, il est venu me voir pour me dire qu'il avait une bonne et une mauvaise nouvelle : "La bonne, c'est que je te veux comme commentateur du WPT. La mauvaise c'est que si tu acceptes, tu ne peux pas participer aux tournois". C'était une proposition très excitante et j'ai immédiatement accepté.

Nous sommes restés ensemble pendant quinze ans, avec beaucoup de bons moments et de souvenirs. Voir le groupe évoluer au fil des années a représenté une expérience formidable. Je suis vraiment fier d'avoir fait partie de cette aventure, qui je pense a changé le monde du poker pour toujours.

 

Quels sont tes souvenirs les plus mémorables de ton parcours sous la bannière du World Poker Tour ?

Le meilleur, c'est certainement la victoire à Montréal l'an dernier ! J'ai atteint quatre tables finales sur ce circuit et j'étais heureux d'enfin m'imposer.

Sinon, je pense à la victoire de Doyle Brunson sur le WPT Legends of Poker. Il était le premier champion du Main Event à décrocher un titre WPT, et c'est surtout un excellent ami. Il est membre du Hall of Fame, c'est un pilier de la planète poker, un parrain en quelque sorte. Sa victoire a été un moment fantastique. C'était à la fois génial pour lui, pour le poker, pour le WPT... Je pense aussi que c'est celle qui m'a inspiré les sentiments les plus forts.

 

Ta carrière est d'une longévité rare. Ta première ligne Hendon Mob remonte à 1984. Que peux-tu dire de cette époque, forcément bien différente du milieu d'aujourd'hui ? Pouvais-tu à l'époque imaginer un parcours comme celui qui a été le tien ?

Je pense que j'ai été un peu plus visionnaire que pas mal d'autres observateurs ou acteurs de l'industrie du poker. J'ai toujours pensé que ce jeu pouvait rencontrer un franc succès avec des sponsors et une exposition TV. À l'époque me disait que j'étais fou quand j'affirmais que les tournois seraient un jour télévisés.

Pour être honnête, la réalité a même dépassé mes attentes. Personne ne pouvait imaginer un boom comme celui-ci. Quand le World Poker Tour a commencé à mettre du poker en prime time chaque semaine, le succès a été immédiat. Sur les cinq premières années, l'audience a explosé. C'est vraiment génial d'avoir pu assister et participer à cette époque magique.

Quant à mon parcours de joueur, il faut effectivement remonter à pas mal d'années pour retrouver la trace de mes premiers résultats. Je suis là depuis un moment ! Mes premiers World Series, c'était en 1984. J'ai atteint deux tables finales et j'ai tout de suite su que je serais de retour chaque année. J'ai d'ailleurs emménagé à Las Vegas peu après.

 

Tu es un joueur de mixed games depuis tes débuts. Comment as-tu fait pour rester dans la course compte tenu de l'explosion du niveau moyen ces trente dernières années ?

Oui, aujourd'hui les joueurs sont tellement meilleurs qu'à mes débuts ! Ça n'a absolument plus rien à voir. À l'époque on ne jouais qu'en mixed games. Il y avait extrêmement peu de moyens pour apprendre et s'améliorer : aucun livre, pas d'internet... Alors quand on se ruinait au casino du coin, on n'avait pas d'autre option en rentrant à la maison que de se creuser la tête pour identifier nos erreurs.

Avant de déménager à Las Vegas, j'étais déjà un pro des mixed games depuis des années en Caroline du Nord, et ce en ne disputant que des parties privées. On avait un dicton là-bas à l'époque : "Si tu peux expliquer le jeu, tu peux dealer aussi". On jouait tout un tas de variantes différentes à chaque fois, ce qui nous permettait de tout apprendre : du poker à tirage, avec un board, avec des cartes à remplacer... C'est un très bon conseil à donner aux joueurs qui veulent devenir pro : ne vous limitez pas au Hold'em ! Plus on varie les plaisirs, plus on apprend à s'adapter. C'est ce qui m'a permis de rester compétitif. Il faut connaître un maximum de variantes car les joueurs que vous voulez affronter, les baleines, peuvent aller s'asseoir à une table d'Omaha, de Stud, de Deuce... Vous voulez forcément pouvoir les suivre.

 

Tu as connu le boom du poker à la fin des années 90 puis au début des années 2000. Comment as-tu pu voir ce phénomène arriver ?

Le World Poker Tour est arrivé à la télévision pour la première fois en 2003. Avant ça les poker rooms se portaient très mal dans tout le pays. Beaucoup de casinos fermaient leurs salles pour faire des économies. Le poker n'était pas vraiment populaire à l'époque. Il prenait de l'espace, nécessitait des équipes qualifiées... Bref, c'était coûteux. Installer des machines à sous à la place était beaucoup plus rentable.

Une fois que le poker a commencé à être diffusé à la télévision, ça a changé beaucoup de choses. Les gens voulaient faire comme à la télé, affronter ces joueurs qu'ils y voyaient... La demande de poker dans les casinos a explosé et de nombreuses salles ont fait leur apparition. Le poker est devenu populaire d'un coup, c'était incroyable ! Avant ça c'était impossible de trouver dans le pays une partie de No Limit Hold'em qui tournait tous les jours. C'était quelque chose qui ne se voyait que pendant les World Series, et puis en plus on jouait principalement en Limit à cette époque. Aujourd'hui on trouve du No Limit à peu près partout.

 

Ce qui est intéressant dans ton parcours, c'est que tu fais partie de deux mondes depuis le début : celui des joueurs et celui des professionnels de l'industrie. D'après toi, qu'est-ce qui a le plus changé ces vingt dernières années, et quel travail reste-t-il encore à accomplir ?

J'ai été uniquement joueur pendant 25 ans avant d'endosser le costume de commentateur pour le World Poker Tour. Pendant très longtemps, je n'ai pas eu de fiche de paie. Bref, je me suis toujours considéré avant tout comme un joueur.

J'ai ensuite intégré l'industrie du poker progressivement. C'est en particulier lors de la création de PartyPoker que j'ai découvert un tout autre aspect du monde du jeu. Je m'estime très chanceux d'avoir pu connaître tout ça, ces deux facettes du poker. Et rester joueur tout en obtenant un salaire à la fin du mois est quelque chose de plutôt sympa naturellement. Ça ôte pas mal de pression.

Beaucoup de jeunes joueurs me voyaient uniquement comme un commentateur à une époque, mais ça a pas mal évolué. La plupart des gens aujourd'hui me considèrent comme un joueur à part entière et réalisent que c'est ce que j'ai fait toute ma vie, bien avant le World Poker Tour. D'ailleurs, même je représente bien entendu l'ancienne génération, je pense être assez bien accepté par les nouvelles. Les jeunes savent que je suis passé par les mêmes étapes qu'eux, et que j'ai conscience de la difficulté que cela représente de gagner sa vie avec le poker. Quiconque a vécu grâce au jeu durant vingt ans mérite le respect, car c'est une vie difficile et en particulier sur la durée.

Malheureusement, et à l'inverse, j'ai le sentiment que certaines attitudes vis-à-vis des croupiers perdurent. Je ne supporte pas de voir des joueurs se montrer grossiers ou méprisants à leur égard. Le constat vaut également vis-à-vis des autres joueurs de la table d'ailleurs. Se moquer d'adversaires parce qu'on estime qu'ils jouent mal, il n'y a rien de plus stupide ! Il n'est pas rare de voir un pro se permettre de mal juger ou de mal parler à un joueur récréatif. La conséquence la plus immédiate, c'est que ce dernier ne va pas vouloir revenir jouer. Je ne comprends vraiment pas comment on peut critiquer quelqu'un qui vient jouer son argent au même titre que toi. Tout le monde doit pouvoir avoir le droit de pratiquer le poker sans subir en retour des moqueries ou des critiques. Penser le contraire, c'est tuer le jeu. Certains de ces pros autoproclamés peuvent à peine se permettre de payer leur loyer, d'autres doivent se faire financer pour jouer certaines parties... Tout ça pour en venir à critiquer un mec qui est peut-être millionnaire et joue simplement pour son plaisir. Qui est le bouffon dans une telle situation ? Celui qui peut à peine payer son loyer ou celui qui vient à la table pour s'amuser ?

Le respect envers le staff et les autres joueurs, ça a toujours été mon combat. Si tu es pro, c'est aussi ton rôle de faire que le récréatif prenne du bon temps, rigole, s'amuse... Bref, qu'il ait envie de revenir ! C'est quelque chose qui devrait être évident pour tout le monde.

"J'ai eu la chance de faire une belle carrière et de vivre des choses incroyables. J'ai le sentiment que c'est normal de donner de mon temps en retour."

Mike Sexton et Gaëlle

Une idée assez répandue dans le monde du poker veut que les anciennes générations ne sont pas aussi talentueuses que les nouvelles. Toi qui as une longue carrière derrière toi et qui viens de remporter un titre WPT, qu'as-tu à y répondre ?

Je suis un ancien et j'aime les joueurs old-school, mais la vérité c'est que j'ai assisté à toutes les tables finales du WPT depuis quinze ans et qu'il faut se rendre à l'évidence : les jeunes sont bien meilleurs, ce n'est même pas comparable. Quand certains joueurs de l'ancienne époque étaient en table finale, je souhaitais leur victoire mais constatais bien que les jeunes dominaient la table. C'est d'ailleurs le cas sur tous les tournois du circuit, pas seulement ceux du WPT.

Ceci s'explique principalement par le niveau d'éducation, sans commune mesure avec celui de l'époque. Quand j'ai débuté, les stars se nommaient Amarillo Slim, Puggy Pearson... Ils étaient certes de bons joueurs, mais à la base ils étaient surtout des pros du billard. Ce n'est qu'ensuite qu'ils ont réalisé qu'ils pouvaient gagner plus d'argent au poker.

D'une manière plus générale, le niveau d'étude des pros s'arrêtait au lycée. Aujourd'hui la plupart des bons joueurs ont fait de longues études. Tous ceux qui débarquent sont très intelligents et éduqués. Et puis il y a tellement d'outils à leur disposition maintenant ! Tous les livres sur la technique, les logiciels, les vidéos de coaching... Et puis ils peuvent jouer en quelques mois des millions de mains. Moi il m'a fallu dix ans ! C'est tellement plus simple aujourd'hui de s'améliorer rapidement. Ils sont juste très malins, très doués... Si on ne s'améliore pas en même temps qu'eux, on est dehors.

 

Les autres jeux d'argent ont aussi tenu une place importante dans ta carrière. Tu as d'ailleurs publié récemment un livre intitulé Life's a gamble. Comment as-tu combiné cette passion du gambling et des paris avec ta carrière de joueur ? Trouver un équilibre ne doit pas être simple...

J'ai toujours gagné de l'argent au poker. Toute ma vie j'ai eu cette chance. Donc même quand il m'arrivait de passer par la case broke à cause du gambling, j'ai toujours pu trouver des gens prêts à me financer. Stu Ungar, Chip Reese, Puggy Pearson... C'est ce qui m'a permis de toujours être en action.

C'est surtout en paris sportifs que j'ai perdu des fortunes. Je n'en suis pas fier du tout. On parle de plusieurs millions. Parier, ça a toujours été plus fort que moi. Je le répète, je n'en suis pas fier. Mais si ça peut aider d'autres personnes à prendre conscience de leurs problèmes, alors ce livre est une bonne chose. C'est tout ce que je souhaite.

Personnellement, si j'avais la possibilité de tout recommencer, je ne retomberais pas dans le piège. J'espère que les jeunes joueurs ne commettront pas cette erreur. C'est tellement facile de tomber là-dedans, de passer un coup de fil à son bookmaker le week-end et de placer plein de paris. On ne voit pas l'argent passer qu'on a déjà misé une tonne en quelques minutes. On entre dans un cercle vicieux et on se retrouve coincé. C'est difficile de se battre contre ça, on ne peut pas gagner.

C'est une partie de ma vie que je voulais partager pour éventuellement aider quelques personnes à ne pas tomber dans les mêmes pièges, et in fine perdre tout leur argent comme ça a été le cas pour moi.

 

Dans une interview, tu déclarais être resté broke pendant 25 ans à cause de ça. Tu estimais aussi qu'il était très difficile de concilier paris sportifs et vie familiale. Tu le penses toujours ?

Oui, quand tu es gambleur tu dois composer avec des hauts et des bas, mais ta famille elle n'a pas demandé cette vie. C'est quelque chose qui implique beaucoup de tensions. J'ai été marié trois fois. La vie de gambleur n'est facile pour personne.

Comme je l'ai dit, j'ai joué au poker toute ma vie. J'ai donc l'habitude des hauts et des bas. Quand je perdais, je me disais que de toute façon je regagnerais cet argent plus tard. Ça ne me dérangeait pas. Ce qui me dérange en revanche, c'est quand je regarde en arrière et que je prends conscience d'avoir travaillé des semaines entières pour gagner de l'argent aux tables de poker... pour finalement tout reperdre en l'espace d'un week-end à cause des paris. C'est tellement frustrant.

Non seulement je pariais toujours bien aussi de ce que me permettait ma bankroll, mais en plus je manquais de jugeote. Il me fallait donc rejouer au poker pour payer les bookmakers, et ce petit manège reprenait de plus belle la semaine suivante.

Gérer son argent, en tant que joueur pro, c'est bien plus important selon moi que d'avoir un excellent niveau. On peut être un super gestionnaire et un joueur moyen, et au final gagner bien plus d'argent et mieux vivre qu'un joueur très talentueux mais mauvais gestionnaire. Moi j'appartenais à cette seconde catégorie. Je ne faisais que jeter l'argent pas les fenêtres et c'est une partie de ma vie que je regrette profondément. Comme on dit, la vie nous fait apprendre. Malheureusement dans mon cas il a fallu 50 ans pour que j'apprenne !

 

Ce travers a tout de même donné lieu à quelques anecdotes de légende, comme ce pari de golf avec Doyle Brunson et Huck Seed...

Oui, j'ai fait tout un tas de paris sur le golf, souvent pour des montants importants. La plupart datent de l'époque où l'aventure PartyPoker a commencé. On gagnait alors beaucoup d'argent, et je me suis mis à parier de plus en plus gros. Je me suis rendu compte à la longue que quand tu es un mauvais gestionnaire, gagner plus d'argent ne sert absolument à rien. Quand je gagnais correctement ma vie au poker, j'allais miser 5 000 $ le week-end. Mais quand je gagnais des millions, j'ajoutais un 0 chaque week-end.

À l'époque, tous les pros du poker jouaient beaucoup au golf et pariaient sur leurs propres parties. Quand la nouvelle génération est arrivée à la fin des années 90, les Phil Ivey et Daniel Negreanu se sont mis au golf eux aussi. Stu Ungar s'y est aussi mis sur le tard. Ces gars étaient de vrais gambleurs et ils ont pas mal fait monter les enchères. Il y avait une vraie atmosphère de gambling high stakes. Ils pouvaient parier 50 000 $ ou plus sur un seul trou. Les autres golfeurs, qui étaient souvent de meilleurs joueurs, n'en revenaient pas de voir ces jeunes miser des sommes aussi importantes. Ils ne comprenaient pas qu'on puisse miser 50 000 $ entre amis sur un trou.

Un jour, je me suis retrouvé dans un match épique. Je faisais équipe avec Doyle Brunson contre Huck Seed et Howard Lederer. Il y avait environ 800 000 $ en jeu. C'est déjà beaucoup aujourd'hui, mais ça l'était encore plus à l'époque. Le match a eu lieu à Las Vegas, lors de la plus chaude journée de l'été. Toute la ville était au courant de ce pari, et toutes les voiturettes de golf arrivaient pour nous suivre. Des tas de gens n'étaient venus que pour ça. On se serait cru sur un tournoi international !

Huck Seed a joué son meilleur golf ce jour-là. Il a été impressionnant. Mais heureusement pour nous, Howard est lui complètement passé à côté de son sujet. C'est ce qui a fini par leur coûter la victoire. J'ai gagné deux paris sur des trous pour 350 000 $, j'étais super excité. En plus Doyle me stackait à l'époque, donc j'étais en freeroll. Il fallait vraiment y être pour y croire. C'était de la folie ! Si ça avait pu être télévisé, aucun doute sur le fait que ça aurait fait un carton.

 

Tu te vois encore voyager pas mal de temps sur le circuit ?

Non, en fait mon contrat avec PartyPoker court sur les quatre prochaines années. Je vais donc travailler à fond, et ensuite on verra ce qu'il adviendra. On a de gros objectif. Le but est de reprendre le dessus sur PokerStars. Il faut se souvenir que nous étions devant avant de devoir quitter les États-Unis. Nous voulons donc retrouver la première place et contribuer au retour du poker en ligne aux États-Unis.

On a également de gros tournois live à venir en 2018, avec des garanties énormes de cinq à dix millions de dollars. Nous voulons offrir l'opportunité aux joueurs de participer à des événements majeurs. On revient en force dans le poker et c'est une aventure passionnante. L'équipe est ultra motivée à l'idée de redonner à PartyPoker ses galons. Je suis très heureux de ces projets qui vont contribué à faire aller le poker de l'avant.

Sur un plan plus personnel, je compte toujours jouer quelques tournois : le WPT Tournament of Champions, les tournois PartyPoker à Sotchi en septembre puis Punta Cana en novembre. On a plein de satellites et j'espère que les joueurs apprécieront notre démarche.

 

Comment décrirais-tu la responsabilité d'un ambassadeur du poker ? Qu'est-ce qu'il faut pour être un bon représentant ?

La première chose, c'est qu'il faut profondément aimer le jeu. Ensuite il faut avoir la volonté de voir le jeu se développer. Et enfin il faut savoir être toujours à l'écoute, cordial, disponible pour des photos ou des interviews... Il faut que ce soit naturel. Donner de son temps pour le poker, renvoyer l'ascenseur en ayant conscience de tout ce qu'il nous a apporté, c'est très important.

Personnellement, j'ai eu la chance de faire une belle carrière et de vivre des choses incroyables aussi bien en tant que joueur qu'en tant qu'acteur de l'industrie. J'ai le sentiment que c'est normal de donner de mon temps en retour. C'est presque une obligation. Je dois beaucoup à ce jeu et quand on est un joueur qui a connu le succès, on a la responsabilité d'œuvrer à notre échelle à la croissance du poker. Il ne faut pas rester centré sur soi-même et ignorer tous ces rouages de la machinerie qui nous ont permis de jouer dans de bonnes conditions.

Vos commentaires sur cette news dans le forum :
Mike Sexton : interview d'une légende du poker US
Cette news a suscité 1 commentaire :

Régalade.

Sick legend. Il ne reste que Doyle et Seidel de plus mythiques dans la planète poker, Kaplan ient juste derrière.

J'aime beaucoup le passage sur les pros qui critiquent les joueurs récréatifs.

 

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Lire le commentaire sur le forum
Les news à la Une
mercredi 16 août 2017 à 14:43
EXCLU
Alexandre Luneau : interview d'un jeune retraité des tables de poker

Alexandre Luneau n'est plus un joueur de poker professionnel. Après dix ans d'une irrésistible ascension jusqu'aux plus belles tables de cash game en ligne, le jeune trentenaire a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure. Ses projets, ses envies, les années Winamax, la quête avortée du bracelet WSOP, son regard sur son parcours : Alex nous dit tout dans un long entretien réalisé à Paris il y a dix jours. Une lecture à compléter avec celle de ses adieux au Team Pro.

mardi 15 août 2017 à 18:57
Molly's Game : la bande-annonce du film avec Jessica Chastain

L'adaptation sur grand écran des mémoires de Molly Bloom se dévoile à travers une première bande-annonce. Passée en quelques années du statut de serveuse à celui d'organisatrice multimillionnaire de parties de poker clandestines, la jeune femme y sera interprétée par Jessica Chastain. Idris Elba, Kevin Costner et Michael Cera figurent également au casting.

jeudi 10 août 2017 à 8:31
Télex

Sans surprise, notre championnat estival par équipe se referme sur la victoire des After Eight. Grands habitués de l'exercice, zebezt, goulgoul, Tom Larson et SHARKDURRR décrochent chacun un package d'une valeur de 850 € pour le Winamax Poker Open de Dublin. Un cinquième larron aura la chance de se joindre à eux : le vainqueur de la petite finale individuelle programmée ce jeudi à 21h.

vendredi 4 août 2017 à 14:44
France, Espagne, Italie, Portugal : des marchés aux trajectoires comparables

S'ils n'affichent pas la même ancienneté, ni la même fiscalité ou le même périmètre, les marchés espagnol, français, italien et portugais du poker en ligne souffrent aujourd'hui tous de maux semblables. En attendant une prochaine redistribution des cartes, chacun d'entre eux enregistre une irrémédiable baisse de son activité cash game.

Tournois gratuits et prix ajoutés

Le Club Poker organise des freerolls avec bonus et des tournois spéciaux avec ajouts de prix.
Pour en bénéficier gratuitement, inscrivez-vous sur nos sites de poker partenaires :

Tournois Club Poker
6-MAX
$2.20
mercredi 23 août 2017 à 19:04
$125 ajoutés
6-MAX
$2.20
mercredi 30 août 2017 à 19:04
$125 ajoutés