Revue de presse
La revue de presse va être assez impressionnante.
Le Monde (06.10.2009) : Le marché des jeux en ligne aiguise les appétits
Discuté en séance à l'Assemblée nationale à partir du mercredi 7 octobre, le projet de loi sur l'ouverture des jeux d'argent en ligne porte la signature du ministre du budget, Eric Woerth. L'opposition y voit en filigrane la griffe de quelques "happy few" admis, le soir du 6 mai 2007, à partager au Fouquet's la victoire de Nicolas Sarkozy. Le marché des jeux en ligne pourrait générer 3,5 milliards d'euros d'ici à 2015, estiment certains experts. Des grands noms du monde des jeux, du sport et des médias lorgnent sur le jackpot. Sans attendre que les textes soient votés, ils ont déjà pris leurs jetons pour s'asseoir à la table.
Après avoir fait fortune grâce à la vente de sa société de production Endemol, Stéphane Courbit vise à présent le marché des jeux en ligne. Avec Mangas Gaming, qu'il possède à parts égales avec la Société des bains de mer (SBM, contrôlée par la principauté de Monaco), il détient plusieurs sites de paris sportifs et de poker implantés en Europe : Betclic, Expekt.com, Bet-at-home.com, Poker.fr, Nordicbet.com. Betclic s'est associé avec Europe 1, propriété du groupe Lagardère, en commençant à diffuser des spots publicitaires en toute illégalité.
"Nuit du Fouquet's"
Pour les médias, en effet, la publicité pour les paris sportifs et les jeux en ligne pourrait représenter une manne juteuse. Bwin organise avec Le Journal du dimanche, qui dépend du groupe Lagardère, le JDD.fr Poker Tour et a signé un partenariat avec le groupe Amaury (Le Parisien, L'Equipe, France-Football, etc.) pour créer un site Web qui s'appellera Sajoo.fr. Direct 8, propriété de Vincent Bolloré, a créé Direct Poker en lien avec le site Pokerstars.fr. TF1 et Eurosport (Martin Bouygues), quant à eux, ont lancé leur propre site de paris, Eurosportbet, déjà opérationnel en Grande-Bretagne.
Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH et du quotidien économique Les Echos, détient 10 % des actions de Betfair. A la suite du lobbying intense qu'il a mené auprès des autorités, l'échange de paris, opération par laquelle les clients d'un opérateur peuvent passer des paris entre eux, a été inclus dans la réglementation française.
L'animateur Arthur va prendre une participation de 25 % dans la société de paris sportifs qu'Endemol est en train de monter. Le groupe Lucien Barrière, dirigé par Dominique Desseigne, le patron du Fouquet's, s'est lancé dans les casinos en ligne avec Lecroupier.fr. Tandis que son concurrent direct, Patrick Partouche, fer de lance de l'offensive pour casser le monopole de la Française des jeux et du PMU sur les jeux d'argent, a créé plusieurs sites comme Poker770.com, Poker. com, Partouchepoker.com, malgré une décision de justice l'ayant condamné, en mars 2007, à douze mois de prison avec sursis et 40 000 euros d'amende pour avoir passé un accord avec une société gérant depuis Bélize le site Poker770.
Tous ou presque étaient de la fameuse "nuit du Fouquet's". La plupart ont leurs entrées auprès du chef de l'Etat. Dans un calendrier parlementaire obligeant tant de textes législatifs à patienter, celui-ci a bénéficié d'un créneau prioritaire dès le début de la session. "Quelle est l'impérieuse nécessité qui a conduit le gouvernement à placer ce projet en tête de son agenda ?", s'interroge Gaëtan Gorce (PS, Nièvre), porte-parole du groupe socialiste sur ce texte.
Pour le gouvernement, le développement de l'offre illégale de jeux sur Internet concurrence déjà les monopoles historiques, la Française des jeux, PMU et casinos : entre 4 000 et 5 000 sites seraient actifs sur le marché français, 3 millions de personnes joueraient déjà sur Internet, selon une enquête Ipsos publiée en juillet. Mieux vaut, considère-t-il, une "libéralisation régulée" qu'une "ouverture subie". "Le gouvernement met le doigt dans un engrenage, estime M. Gorce. Ce sera la dernière station avant la libéralisation totale."
L'opposition s'étonne aussi que, dans une période de crise budgétaire, le gouvernement se prive des recettes fiscales prélevées sur le chiffre d'affaires des opérateurs historiques. Le gouvernement assure que le montant global des recettes fiscales ne baissera pas. Toutefois, les opérateurs prêts à investir le marché font cause commune pour parvenir à en faire baisser les taux et l'assiette.
Malgré les garde-fous entourant le projet de loi, celui-ci soulève des inquiétudes : facilités de blanchiment d'argent, risques de conflits d'intérêts entre les activités de paris et les compétitions sportives, hausse de l'addiction aux jeux... En dépit de questions en suspens, le gouvernement presse pour l'adoption rapide du texte.
Patrick Roger
Le Monde (06.10.2010) : De la course hippique au poker, une centaine d'opérateurs candidats
Après de nombreux mois de réflexions et de négociations, Eric Woerth, ministre du budget, a fini par mettre au point le projet de loi sur l'ouverture à la concurrence du marché des jeux et paris en ligne que les députés vont examiner à partir du 7 octobre. Le gouvernement souhaite, idéalement, que le nouveau dispositif soit prêt pour la Coupe du monde de football organisée par l'Afrique du Sud à l'été 2010.
Pour le gouvernement, il s'agit d'encadrer l'offre de jeux sur Internet et de répondre aux attentes des opérateurs français. Pour Jean-François Lamour, le rapporteur du projet de loi, "seule une offre légale, attractive, diversifiée et concurrentielle, permettra de lutter efficacement contre l'offre illégale qui aura alors tendance à mécaniquement s'assécher".
Le texte oblige les opérateurs à demander une licence d'exploitation auprès de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel). Cette Autorité sera en outre chargée de comparer la conformité des activités avec la loi, de rechercher d'éventuels délits et de lutter contre l'addiction.
L'"arrêt Santa Casa"
Selon les estimations, une centaine d'opérateurs pourraient faire acte de candidature pour les trois types de jeu : paris hippiques, paris sportifs et poker. Pour l'instant, seuls la Française des jeux et le PMU peuvent proposer des paris hippiques et sportifs sur Internet. Mais alors que la commission des finances avait rendu ses derniers arbitrages fin juillet, et que Bruxelles avait donné son aval, un événement a bousculé le bel ordonnancement.
La Cour de justice européenne, dans un arrêt rendu mardi 8 septembre a en effet jugé légitime la volonté d'un Etat, en l'occurrence le Portugal, d'interdire l'opérateur de jeux d'argent en ligne Bwin, installé à Gibraltar. La Cour a ainsi tranché en faveur du monopole historique, l'opérateur de loterie Santa Casa de Misericordia de Lisboa (Le Monde du 10 septembre). L'"arrêt Santa Casa", a été un véritable coup de théâtre : M. Woerth a immédiatement réagi en affirmant que cet arrêt ne remettait pas en question le projet de loi.
Toutefois, comme l'a reconnu Sébastien Proto, directeur de cabinet de M. Woerth : "Avec la décision portugaise, le débat s'est politisé. Il risque d'être plus vif sur le champ d'ouverture et sur tous les outils de lutte contre les sites illégaux."
François Bostnavaron et Laurence Girard
Libération.fr (06.10.09) : Dénoncé par la gauche, le texte sur les jeux en ligne arrive à l'Assemblée
«Cadeau aux amis du Fouquet’s», instauration d’une «société casino». Très attendu par les opérateurs, le projet de loi sur les jeux en ligne, examiné mercredi par les députés, est critiqué avec virulence par l’opposition.
«Au moment où la crise s’aggrave et le chômage monte, le seul projet de loi» de début de la session ordinaire à l’Assemblée, «c’est casser le monopole de la Française des jeux», a dénoncé le président du groupe PS Jean-Marc Ayrault. Cette «seconde nuit du Fouquet’s va sortir de l’argent de l’Etat», prévient-on au PS, la Française des jeux versant quelque «126 millions à la Sécurité sociale».
Et, selon Aurélie Filippetti, «pour faire passer la pilule auprès des casinos tiers, on diminue la fiscalité sur les jeux». Un coût de «40 millions d’euros aux contribuables», chiffre la députée de Moselle.
«Extrêmement juteux»
Après la décision de justice européenne donnant raison au Portugal - qui a interdit à une société autrichienne d’organiser des jeux en ligne -, le PS conteste, en outre, l’argument selon lequel la libéralisation des jeux répond à une «obligation» de Bruxelles. A en croire Ayrault, «ce n’est rien d’autre qu’un engagement non-écrit du président de la République à l’égard de ses amis les plus proches». En effet, argue-t-il, «dans la liste des bénéficiaires» (casinotiers, médias, producteurs), «on retrouve la liste des invités du Fouquet’s» pour lesquels «la mise en concurrence et l’ouverture massive des jeux» s’annonce «extrêmement juteuse».
Le député de la Nièvre, Gaëtan Gorce, juge, lui, dangereux de «mettre le doigt dans l’engrenage» car si «la législation peut paraître relativement protectrice, elle ne pourra pas tenir par rapport à la pression des principaux opérateurs». Médecins, Michèle Delaunay et Valérie Fourneyron mettent, de leur côté, en garde «contre le risque d’addiction» induit par ce texte.
Des critiques reprises même à droite, à mi-voix, par le patron des députés UMP, Jean-François Copé, qui juge «indispensable» la mise en place «d’une politique de prévention de l’addiction au jeu» et s’interroge aussi sur «le contrôle des circuits de financement».
Le lobby des opérateurs «arrivé en force»
Le gouvernement souhaite que le dispositif - consistant, d'après lui, à régulariser les paris en ligne afin de les contrôler - soit prêt pour la Coupe du Monde de football, à l’été 2010. «Prêt pour que les médias qui ont acheté les droits de retransmission puissent faire entrer la publicité dans leur recettes», rétorque Valérie Fourneyron, la députée-maire de Rouen.
Le PCF a dénoncé un risque «d’élargissement considérable de ces jeux». De plus, «aucune mesure n’est prise pour empêcher un dévoiement vers des mafias et le blanchiment d’argent», relève le porte-parole des députés communistes Roland Muzeau.
Le lobby des opérateurs de jeux en ligne s’est fortement mobilisé autour d’un texte qu’il attend de longue date. «Ils sont arrivés en force», témoigne Michèle Delaunay. La presse parlementaire a ainsi été conviée, par courriels, à des «entretiens» avec des «spécialistes de la concurrence».
(Source AFP)
Lefigaro.fr (07.10.2009) : Le projet de Loi arrive à l'Assemblée
Le projet de loi sur l'ouverture à la concurrence des paris en ligne va être présenté ce mercredi à l'Assemblée. Il devrait mettre fin au monopole de la Française des jeux, du PMU et des casinos.
La France va mettre fin au monopole de la Française des jeux, du PMU et des casinos sur le marché des paris sportifs en ligne, afin de se mettre en conformité avec la législation européenne, et ce avant la Coupe du monde de football en juin 2010.
Présenté ce mercredi à l'Assemblée par Eric Woerth, le ministre du Budget, le projet de loi devrait détailler les missions de la future Autorité de régulation des jeux en ligne. La lutte contre le blanchiment d'argent, la protection des mineurs et les conditions de délivrance des licences ainsi que la lutte contre l'addiction des joueurs seront les thèmes majeurs développés.
Un marché de 675 millions d'euros en 2012
La Française des jeux aura fort à faire pour conserver ses parts de marché alors qu'on s'attend à ce qu'une cinquantaine d'établissements soient légalisés. La Française des jeux a réalisé en 2008 un chiffre d'affaires de 9,2 milliards d'euros, dont 220 millions en paris, dans le réseau physique et sur internet.
Selon le cabinet Price Waterhouse Coopers, en 2012, le marché français des jeux en ligne devrait s'établir à 675 millions d'euros, dont 300 rien que pour les paris sportifs. Une ouverture à la concurrence dont vont profiter nombre d'acteurs.
Le marché total des jeux en ligne (légal et illégal) est estimé entre 2,3 et 3,1 milliards d'euros. Ces chiffres , publiés par dans une étude du cabinet Precepta, ont de quoi attisé les convoitises. Des centaines d'opérateurs ont vu le jour récemment, dans l'espoir de rafler une part du gâteau.
Les rachats, alliances et autres rapprochements se sont multipliés, avec notamment le rachat de Betclic et de Nordicbet par le groupe Mangas Capital Gaming. Même de grands groupes non issus du secteur des jeux d'argent pourraient rentrer sur le marché. Parmi ces poids lourds des médias, des télécommunications ou de l'informatique, citons notamment Orange, M6, Amaury etYahoo !.
Si les jeux d'argent rapportent à l'Etat quelques 5 milliards d'euros chaque année en prélèvement fiscal, Eric Woerth a prévenu ce mercredi dans les colonnes de Le Parisien/Aujourd'hui en France que « ce ne sera pas une poule aux ½ufs d'or pour l'Etat ». «Il ne faut pas croire que des centaines de millions d'euros vont tomber du ciel » a ajouté le ministre.
Le problème de l'addiction
Patrick Partouche, le président du groupe de casinos éponyme, a souhaité mercredi réagir aux propos de Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée, qui soulignait le problème de l'addiction au jeu avec cette ouverture à la concurrence. Patrick Partouche a ainsi rejeté les craintes de voir l'addiction augmenter chez les adeptes de paris en ligne.
« Il n'y a que nous (les français) qui contrôlions l'identité et le fait que ces gens-là ne soient pas mineurs ni interdits de jeu. Alors j'aime bien entendre, moi, des leçons sur l'addiction! », a-t-il déclaré sur la radio BFM.
G.Puech