45mn après avoir lu le topic, voici ce qu'il en sort.
Je ne me suis pas relu (j'ai horreur de le faire à chaud), donc possible qu'il y ait quelques petites fautes de frappe par ci par là.
La fin est ouverte, et peut tendre vers un développement plus approfondi.

Feeling Good
C’est un signe, ce n’est pas possible autrement.
Tant de coïncidences en une seule et même journées ne sauraient être le fruit du hasard !
Cela a commencé très tôt ce matin. 7h41 pour être précis. Un coup de fil qui allait à jamais changer mon existence. Laurent, mon supérieur, m’annonce que ce n’est pas la peine de venir travailler aujourd’hui. Un incendie nocturne a dévasté nos bureaux. La boîte n’était pas assurée et va devoir déposer le bilan. Je me retrouve au chômage.
Je raccroche, sous le choc. A la radio Aznavour, qui n’en a probablement rien à battre de mes petits problème, chantonne :
« On se regarde en chiens d'faïence
On essaie de lire dans les yeux
Du voisin plein de méfiance
J'ai pris trois cartes et lui deux cartes
Vous combien d'cartes ? - moi juste une carte
Ah !..faut se méfier y'a du bluff dans l'air... »
Heureusement, ma femme est partie travailler il y a dix minutes. Je vais avoir toute la journée pour trouver mes mots. Je me sens vide, sonné. J’ai mal au bide et au crâne, comme au sortir d’une nuit de beuverie. J’ai l’impression que la bile suinte de tous les pores de ma peau et je retourne sous la douche, quittée il y a quelques instants seulement. Immobile et canonique depuis deux minutes sous le jet réglé à la puissance maximale, je pousse un hurlement. Ce ne sont pas les nerfs qui lâchent, juste l’eau chaude qui vient à manquer. Black day.
Le soir venu, je suis prêt. J’ai répété mon speech et acheté une bonne bouteille de vin. La tactique est simple : après deux verres , comme elle ne tient pas très bien l’alcool, je devrais pouvoir réussir à la man½uvrer sans trop de dégâts. Il faut dire qu’elle est du genre sanguine, et je ne me sens pas trop d’humeur à être fouetté ce soir.
20h34. J’entends la porte d’entrée grincer. Bobonne pénètre en courant dans le salon, renversant au passage la bouteille de St Emilion 2005 qui s’écrase avec fracas sur le parquet.
- Y’a la version longue de « Léon » sur Canal Plus, ça commence dans 5 minutes...
Oui, j’ai une femme fanatique de Luc Besson. Mais qui n’a jamais vu aucun vrai film de Luc Besson. Elle est raide dingue des Yamakasi, mais n’a jamais entendu parler du « Dernier Combat ». Elle s’esclaffe comme une truie devant « Taxi » mais n’a jamais voulu voir « Le Grand Bleu » parce que c’est « trop long »… quel boulet !
- Ben quoi ? Tu vas laisser le pinard tâcher le parquet ou quoi ? Va chercher la serpillère !
sal*pe. Dire que j’ai voulu prendre des gants pour ne pas trop la peiner.
- Ben au moins ça profitera à quelqu’un. Je suis sûr que le couple d’alcolos du dessous va se faire une joie de lécher le plafond ce soir. Ah oui et au fait : je suis au chômage.
Je savoure le moment. L’expression sur son visage n’a pas de prix. Sa bouche s’ouvre et se ferme en cadence, sans qu’aucun son ne puisse en sortir. Seul signe restant d’activité neurologique.
Elle finit par retrouver la motricité nécessaire et gagne la chambre sans un mot. La porte claque, me signifiant en substance que ce soir le seul cuir que je pourrai caresser sera celui du canapé. Je ne me gêne d’ailleurs pas pour me vautrer sur ce dernier sans plus attendre.
« Léon ». Sans doute le meilleur film de Besson, avec « Nikita ». La bonne époque du début des années 90, quand il était encore un vrai cinéaste. Même si je l’ai déjà vu une bonne dizaine de fois, je ne me lasse pas de la prestation de Gary Oldman.
The End. Nathalie Portman, dans le jardin de l’orphelinat, s’adresse à la plante verte. Mes lèvres bougent en même temps que les siennes : « I think we’ll be OK here Leon ».
Fondu au noir, le générique de fin prend le relais. « Shape of my heart », extrait de mon album préféré de Sting. Là encore, je connais les paroles par c½ur et fredonne :
“He deals the cards as a meditation
And those he plays never suspect
He doesn’t play for the money he wins
He doesn’t play for the respect
He deals the cards to find the answer
The sacred geometry of chance
The hidden law of probable outcome
The numbers lead a dance”
Je repense alors à Charles Aznavour. Amusant de réaliser que la première chanson du matin et la dernière du soir parlent des cartes. Mon doigt court sur la télécommande, prêt à mettre la télé en veille, lorsque s’affiche en bas de l’écran : « Tout de suite, le World Poker Tour présenté par Patrick Bruel et Denis Balbir ».
C’est quoi ce bordel ? Les cartes encore ! Je ne savais pas que Canal Plus diffusait des matchs de poker. Pour ce que je regarde la télé ! Et c’est Patrick Bruel qui présente ? Je me souviens bien avoir lu dans un magazine qu’il était le meilleur joueur français, et champion du monde. Regardons voir ce que cela donne.
1h du matin. En m’installant devant l’ordinateur, j’entends des ronflements inhumains transpercer la cloison me séparant de la chambre. J’enfile un casque et lance Itunes. La page d’accueil du site cité par Patrick Bruel pendant l’émission s’affiche.
Dans ma main, ma carte bleue. Sur mon visage un grand sourire.
Je sais à présent ce que je veux faire de ma vie…