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Mr Sneeze

Je vous propose une petite vidéo sur le thème de la zone. En réalité c'est un compte-rendu d'un side event des Master Classics Amsterdam à 1600€, que j'ai joué samedi. Je raconte quelques mains rigolotes, mais j'en profite aussi pour debriefer un peu sur mon état mental durant ce tournoi: bien que j'ai busté en fin de day 1, j'ai été impressioné de ma présence et de la qualité de mon decision-making, dans un tournoi vraiment sharky (yavait du beau monde, j'ai joué quelques mains avec Ole Schemion mais c'était loin d'être le seul top reg).

En termes de sensations, OK j'ai bust avant l'IM, mais ce tournoi est un succès.

Je vous parle donc un peu de ça, ce qu'est la 'zone' au poker selon ma propre expérience, et aussi la sensation de 'flow', quand on est réellement dans ce qu'on fait, attentif et affuté. Ici selon moi, un élément décisif aura été ma discipline à bien rester dans une routine avec mon corps, et dans ma respiration (se recentrer en permanence tout au long de la journée).

Un truc que je mentionne pas dans la vidéo, mais dans les jours qui précèdant le tournoi (la veille surtout), ça m'a beaucoup aidé d'utiliser la visualisation, à la fois quand j'allais courir dehors (tout en courant, je me 'visualise' naviguer les étapes du tournoi), et aussi à l'aide de certaines musiques, qui m'aident à me mettre dans un mental game de guerrier. En gros la préparation est importante aussi, même si j'en parle pas dans la vidéo.

 

Cliquez ici pour la vidéo (sur Vimeo).

Mr Sneeze

Salut les copaings.

 

Vu que je me prépare à faire un twitch MTT incessemment sous peu, j'ai décidé de tester mes configs et d'enregistrer une petite session de Zoom 200 NLHE sur ps.eu.

J'ai fait quasiment que des mtts cette année, mais je me remets au cash game ce mois-ci. Pas déçu de mes sensations, je sais encore à peu près ce que je fais.

 

Voici le lien.

 

Enjoy!

Mr Sneeze

Une nouvelle vidéo LIVE (mais enregistrée, pour éviter de donner trop d'argent à Amazon) illustrant mon approche des MTTs: ici on est en table final d'un 162$ Win the Button.... mais pas encore ITM :P (4 joueurs payés).

Le niveau est plutôt relevé. Mais j'fais ça bien.

 

Je pense qu'il s'agit d'une vidéo vraiment solide: déjà parce que je joue bien, mais aussi parce que les commentaires sont assez riches ('contenu de qualité', on garde ce principe). Au délà de ça, je passe dans beaucoup de situations plus ou moins confortables et enviables dans cette TF du Win the Button, en termes de stack et d'options.

Vous verrez surtout que je ne craque pas et essaie surtout de jouer stratégiquement au mieux, quoi qu'il arrive.

 

Première Partie, cliquez ici pour y accéder.

La suite bientôt!

 

 

Enjoy, learn & crush

 

Mr Sneeze

Salut!

Il y a deux jours je me suis dit que j'allais record une petite session nocturne de grind MTT. C'est comme un Twitch, mais en différé du coup, et sans donner de l'argent à Amazon.

Juste du poker, le grind 'tel que vécu' au quotidien. Commentaires en live, busts en live (hey j'ai quand même fait TF du petit 109$ au final!), et exposition de thinking process.

 

Jespère que ça vous plaira, la vidé est trouvable ICI. (mettez en HD)

Mr Sneeze

Salut les copings, deux courtes, mais efficaces, vidéos sur les tells. J'étais chaud, ça m'a pris comme ça, une volonté spontanée de créer à partir de ce qui n'est pas de la création, mais plutôt du travail méthodique: comment je progresse en tant que joueur.

Dans le cas présent, on parle de poker live, à partir d'un fichier de notes prises lors de deux semaines de grind en septembre.

 

La première partie est ICI.

La seconde partie est ICI.

 

Enjoy, and feed back.

Mr Sneeze

Pas d'écrit cette fois-ci, juste un petit update avec magueule en vidéo, pour surtout parler des projets dans lesquels je suis impliqué.

 

Cliquez ICI pour la vidéo (20minutes)

 

Je mentionne Poker Management System, Ship'it, et SoPoker (bon, on a pas encore fait le site. Mais le mag' est bien là!). Je tiens aussi à remercier Beno pour avoir illustré mon article dans SoPoker (erreur dans l'édition, on a omis de citer sa participation :hmm:), j'adore ses dessins. Le reste des illustrations dans le magazine revient à Marsou :mon-maitre:.

Mr Sneeze

Jouer au poker, c'est la possibilité de gagner sa vie sans travailler. Un beau rêve n'est-ce pas ? Peut-être moins vrai maintenant, ne nous faisons pas d'illusions.

 

Il y a finalement très peu de temps, l'argent circulait gaiement, l'abondance était accessible, avec son corollaire, l'espoir de l'argent facile. A quiconque prêt à affûter un tout petit peu sa stratégie, un potentiel de succès financier bien plus élevé que beaucoup d'activités professionnelles. Le tout sans vraiment travailler, donc.

 

Regardons aujourd'hui le tableau du poker : l'écosystème se casse dramatiquement la gueule. A tous les niveaux. Le rêve de l'argent facile est mort, pour la plupart des joueurs. Donc il faut certainement, maintenant, travailler. Je préfère continuer à dire dire jouer cependant, le terme est plus riche, car jouer, c'est par exemple, jouer avec des structures, des paramètres, remettre en question, bousculer des manières de faire. Travailler est trop linéaire. On peut aussi dire pratiquer, au lieu de jouer.

 

Il n'y a pour moi aucun doute que l'environnement est cappé : l'argent disponible dans le système pour chaque joueur est lié d'une part aux limites qu'il joue et d'autre part à son edge sur chaque limite. Hors les high stakes ne tournent plus, même les midstakes tournent moins. Les joueurs high stakes d'il y a juste quelques années grindent maintenant en dessous de la 5/10 online, simplement parce qu'il n'y a pas assez d'action au dessus, ou que l'action est fournie uniquement par des joueurs encore meilleurs. Le mouvement est visible en live également.

A mesure que les joueurs expérimentés et talentueux descendent de limite pour 'manger', les joueurs médiocres ou faibles se font rétamer la gueule beaucoup plus vite, rendant progressivement la limite moins 'fishy', et forçant petit à petit les mauvais réguliers vers la sortie, ou en tout cas vers une existence beaucoup plus tendue et incertaine.

 

 

Ce mouvement est irrémédiable. Il peut être compensé à certains moment par de l'afflux d'argent frais dans un sous-environnement. Reste que les joueurs perdants, pour la plupart, ne vont pas s'entêter à perdre des années à ce jeu. Il y a tellement d'autres manières de s'occuper dans une vie (et limite, tellement d'autres manières de s'abîmer, autant faire preuve de créativité).

 

Il faut accepter que les barrières à l'entrée ont augmenté dans le poker : le jeu s'est complexifié, il faut maintenant pas mal d'expérience pour s'asseoir à une table de poker (peu importe où, dans un casino, ou online) et espérer ne pas se broke en 3 orbites, tellement tout le monde a progressé.

De fait l'intensité du jeu, le fait qu'on ait tenté de le légitimer comme un sport, avec la compétition des tournois, tout le monde a bien compris que c'était quelque chose de sérieux et pas vraiment comparable avec d'autres jeux de gambleurs. Les gambleurs ont arrêté de gambler dans le poker parce que le jeu est progressivement devenu moins fun pour eux. Sans eux, beaucoup, beaucoup moins, d'argent en circulation.

 

Beaucoup de reguliers n'ont plus le même enthousiasme qu'avant, car sans aucun doute il faut être bien plus fort qu'avant pour gagner de l'argent. Ils voient la variance les impacter plus, la difficulté à se remettre de gros revers, à conserver une bankroll solide. Ils voient moins de fishs les livrer 'facilement'. Car oui, les 'fishs' progressent également.

L'erreur de jugement ici aura été de croire qu'il y a une stratégie pour gagner de l'argent au poker, et qu'une fois trouvée, il n'y avait rien d'autre à faire que de grind. L'erreur est de considérer l'environnement comme statique. Précisément, le déploiement des stratégies par les joueurs changent la nature même de l'environnement. Les considérations sur le jeu évoluent. Les gens n'ouvrent pas les mêmes sizings qu'avant. Ils ne considèrent pas les mains et les situations de la même façon.

 

Donc pour faire simple, faire comme hier et espérer que ça marche demain, ne peut pas marcher dans un environnement évolutif.

 

Quand un joueur progresse, il oblige ses adversaires à progresser, à s'adapter. Inconsciemment, même si personne ne travaille réellement bien son jeu, le simple fait de jouer fait évoluer les stratégies, et les tendances du pool.

 

 

Des stratégies sont naturellement validées par l'environnement, et d'autres rejetées. Certaines stratégies se développent, d'autres disparaissent. Si on considère le no-limit hold'em, il est incontestable que les stratégies preflop s'alignent, tout le monde joue plus ou moins pareillement un nombre important de situations. Les erreurs preflop sont moins importantes qu'avant. Et l'edge potentiel bien moindre. Il faut bien réaliser qu'il n'y a pas si longtemps un joueur gagnant faisait la plupart de son blé sur des erreurs catastrophiques des joueurs sur les premières streets. Moins vrai de nos jours, et même en live les pots restent plus petit, beaucoup moins de joueurs qu'avant open à 8x ou autre fanfaronneries. L'environnement dans sa globalité a simplement compris qu'une bonne manière de gagner à ce jeu était de s'armer de patience et commencer par jouer des ranges tight. Et ne pas trop s'exposer.

 

 

Vu que tout le monde choisit de jouer le waiting game (qui consiste à jouer tight et laisser l'impatience des autres s’empaler sur nos mains décentes), un équilibre se crée dans l'environnement, où certaines stratégies ne peuvent juste plus fonctionner. C'est pour cette raison que le jeu preflop s'uniformise, tant dans les fréquences que dans les sizings. Il y a un point d'équilibre, mais ça ne signifie aucunement qu'on approche là d'un jeu 'GTO'.

 

 

 

 

GTO, le terme est lâché. La communauté en parle beaucoup, c'est un peu son graal, trouver LA stratégie ultime, une stratégie où on ne peut plus perdre, où on n'est pas exposé, pas vulnérable. Etant un grand partisan de la vulnérabilité comme force, j'ai clairement choisi de ne pas donner trop de crédit à toutes ces sornettes.

Car dans le pool des joueurs français ET internationaux, je suis clairement plus avancé que la moyenne en termes de 'range thinking' et de GTO. Mais quand la communauté parle de GTO, ou tente de trouver des 'solutions' GTO à certains spots, souvent il y a erreur. Parce que le jeu que vous jouez n'est pas GTO du tout. Vous utilisez seulement le terme pour décrire un point d'équilibre dans un environnement donné.

 

Peut-être que les meilleurs joueurs de cash game du monde jouent un jeu très équilibré et bien construit à tous les étages : leur bataille devient ainsi une bataille principalement mentale, une bataille de déploiement de leurs choix stratégiques ; c'est à qui résistera le mieux à la pression en fait (c'est ce qui différencie les high stakes du reste du poker d'ailleurs).

Mais pour ce qui est des joueurs en dessous de la 5/10 online (en live, c'est toutes les limites, tous les joueurs), PERSONNE n'est équilibré totalement, loin de là.

 

 

Le field croit être équilibré et s'approcher du GTO. C'est là une totale erreur basée sur plusieurs illusions.

 

La première : contrairement à ce qu'ils croient, très peu de joueurs sont en réelle maîtrise de leur jeu. Ils ne possèdent pas leur jeu. Comme je l'ai évoqué, il y a une sélection naturelle des stratégies qui s'opère dans le jeu : à mesure du jeu, naturellement, certaines stratégies sont évincés. Donc beaucoup de joueurs qui gagnent à un moment gagnent parce que leur stratégie est 'validée'... à ce moment là, à cet endroit là. Qu'ils essaient dans un autre environnement, ou qu'assez de temps passe, et leur stratégie ne sera peut-être plus adaptée du tout. Ce type de joueurs va tendre à s'attacher énormément à ce qui marchait, va lutter pour évoluer, et assez naturellement sortir du jeu un moment ou à un autre.

S'il n'y a pas de flexibilité stratégique, il n'y a pas réelle maîtrise.

 

Etre en maîtrise de son jeu, c'est déjà sortir du mode majoritaire d'apprentissage dans la communauté : l'imitation. Tout le monde fait ça. On regarde des meilleurs joueurs que nous jouer, et on copie ce qu'ils font, car forcément ce sont les meilleurs.

Mais il n'y a pas de compréhension de pourquoi ceci est bien et ceci moins bien. Il n'y a pas de perspective, seulement de l'imitation. Untel fait ça, je vais essayer ! Les sites de coaching suivent ce format, pyramidal, où pour grimper les échelons il s'agit d'observer les meilleurs.

 

Quelque part, ce mode d'apprentissage est extrêmement limité. Déjà, il est passif. Ensuite, il provoque des énormes erreurs dans la mise en place. Par exemple, après avoir observé que pas mal de très bons joueurs défendaient leurs blindes très loose en MTT, une bonne partie des joueurs de MTT s'est mis à défendre les blindes loose. Ils voient un bon truc, et du coup se mettent à le faire, évidemment sans discernement pour les positions relatives, le fait d'être heads-up ou multiawy, les stack sizes, etc. Donc ils font n'importe quoi et croient mieux jouer 'parce qu'ils font comme Untel'. Ben non, c'est pas aussi simple que ça d'être un très bon joueur. Un très bon joueur comprend l'intéraction des ranges entre elles, des boards, et des streets entre elles. Il comprend aussi l'intéraction des joueurs, leur états émotionnels ou faiblesses psychologiques. Ainsi il peut jouer certaines situations comme il le fait.

 

Si on imite seulement, on copie quelque chose qui marche, mais sans la structure qui la sous-tend, sans la solidité derrière qui permet de prendre des bonnes décisions. C'est ce que fait la communauté avec le GTO. Tout le monde se met à user majoritairement de certaines lignes et sizings, de certaines tendances. Le jeu preflop devient doucement de plus en plus comme les ouvertures aux échecs : une manière d'entrer la confrontation. L'edge diminue preflop mais il reste très présent turn et river.

 

Tout le monde reste extrêmement déséquilibré turn et river notamment.

 

 

 

 

Seconde illusion liée au GTO : 'pourquoi' chercher le GTO. Je veux dire, quelles sont les motivations ? J'y vois une claire tendance à la paranoia, la crainte d'être 'exploitable', donc la volonté de se protéger. Et quelque part de devenir imbattable, derrière une belle armure polie et dorée. C'est la volonté de maîtriser.

 

Selon moi, penser vraiment GTO, c'est penser en termes d'intéractions de ranges les unes vis à vis des autres et par rapport au board et à ses ramifications. C'est donc extrêmement complexe et subtil. Quand on rentre là-dedans (l'intéraction de ranges, la 'texture' des boards, dans un sens profond), on est facilement dépassé : il y a juste trop de situations au poker pour que l'esprit humain les maîtrise sans un certain nombre de répétitions et d'expérience consciente (et inconsciente, le corps apprend presque, on sent les spots).

 

La réalité du GTO est très loin d'une stratégie 'fixe', implacable. Le 'vrai' GTO, dans un sens, est le jeu optimal. Ce que cela signifie c'est de déployer les meilleurs stratégies possibles en fonction de ce que nous propose l'environnement. Ce n'est pas quelque chose de 'résolu', ou 'résolvable', c'est un équilibre qui se crée entre les stratégies des joueurs et leurs tentatives de s'exploiter les uns les autres.

De fait, un joueur a un edge sur un autre lorsqu'il gagne au jeu de l'exploitation, quelle que soit sa forme (l'exploitation dominante de nos jours est clairement une exploitation passive : on exploite en ne s'exposant pas, en ayant un jeu très tight et value-oriented, en bluffant très peu mais espérant que nos adversaires callent tout de même). En cherchant à 'devenir inexploitable', le pool a limité l'intéraction joueur à joueur, car la défense (inexploitabilité) a pris le pas sur l'attaque (exploitation des faiblesses de jeu structurelles, ou psychologiques, de nos adversaires).

 

 

Collectivement, les joueurs de poker créent des paradigmes, des manières de faire et de jouer, qui se rapprochent d'un équilibre dans un environnement donné, à un moment donné. Cet équilibre, ou une multitude de sous-équilibres, évolue constamment à mesure que des joueurs innovent pour trouver ce que j'appellerai des 'puits de profitabilité'. Ils cherchent des zones du jeu où ils peuvent trouver un edge. L'edge vient d'une plus grande maîtrise de certaines situations, et une tentative d'inviter nos adversaire sur notre terrain de maîtrise.

Heureusement que ces joueurs existent! Parfois ils font de la m**de, mais parfois, dans leur exploration du chaos ils trouvent des puits de profitabilité qu'ils seront les seuls à exploiter pendant un moment.

 

 

 

 

Il faut bien comprendre la dynamique intéractionnelle du poker, et c'est en cela que c'est un jeu : vos choix intéragissent avec les choix des autres. La solution n'est donc en soi jamais fixe, mais relationnelle, dépendante de paramètres particuliers.

 

En fait, je pense que derrière ce GTO bullshit, il y a en fait une réelle crainte de la communauté face à la complexité du pok. Et donc une tentative de simplification des données, des 'manières de faire'. Plutôt que vraiment chercher le play optimal, on se contente de solutions EV+ (ce qui n'a aucune importance par rapport à la solution la plus EV+). En fait on bâtit surtout des approches permettant de limiter notre exposition. Mais c'est un jeu d'exploitation. Si on ne s'expose pas, on limite notre capacité d'exploitation (ou alors exploitation passive comme mentionnée auparavant).

 

Le GTO, malgré son langage complexe (certains diraient, 'complexifiant'), me semble en réalité une simplification du jeu. Une forme d'auto-justification d'un paradigme plutôt qu'un réel travail sur ce qui marche, ou non. Il n'y a pas d'exploration des possibilités du no-limit hold'em, bien plutôt une réduction des possibles.

Exemple : trop peu de joueurs utilisent des sizings inférieurs à 30%, alors que beaucoup de situations créent des stratégies de bets minuscules excellente ; trop peu de joueurs overbet alors qu'on peut overbet beaucoup de situations pour pas mal de raisons. La communauté dans sa majorité reste cantonnée à des approches simplifiées des possibilités offertes par ce jeu, et puisque la majorité suit cette route, de fait cela donne l'impression qu'on arrive vers une 'résolution' du jeu.

Mais ce n'est pour moi qu'un point d'équilibre, mouvant, une sorte de transition vers autre chose.

 

 

 

Pourquoi je parle de tout cela ? J'ai avancé l'idée que l'environnement devenait plus compétitif, cappé quelque part (on peut évidemment être bon à ce jeu, mais ça implique de devenir meilleur à un rythme plus élevé que la compétition. Personne n'est bon 'en soi', il s'agit toujours juste d'être meilleur que nos adversaires. S'ils changent, on doit changer aussi, donc chaque jour qui passe rend la tâche plus exigeante 'dans l'absolu').

J'ai avancé quelques idées sur le GTO, enfin cette tendance qu'a la communauté à chercher à résoudre le jeu. Je pense que ce qu'on appelle GTO est en fait une tentative collective de conserver un paradigme, une manière de faire, de jouer, qui marchait avant. La crainte évidente de ne plus parvenir à gagner à ce jeu dans le futur (les marges diminuent, sans aucun doute, pas la place pour tout le monde) conduit à la tentative, désespérée presque, de justifier qu'il y a une bonne manière de jouer au poker. 'En soi'.

Comme je l'ai dit, c'est pour moi bullshit car la seule bonne manière est relationnelle, et non statique. La bonne manière n'est juste jamais la même, elle change chaque jour, à chaque table.

Si on ne voit pas ça....

 

 

Ainsi on en arrive à une question : qu'est-ce au fond une approche exploitative ? Est-ce l'opposé d'un jeu GTO ? Non. Pour moi, l'approche exploitative EST le GTO. C'est simplement la meilleure méthode, c'est aussi une méthode plus dangereuse et subtile que le GTO dont parle la communauté. La sécurité est souvent privilégiée (il faut entendre, la sécurité du paradigme actuel de la communauté, les notions qui la rassurent).

 

Je l'ai dit avant, le GTO 'réel', c'est appréhender le jeu dans son intéraction même. Visualiser comment les ranges s'affrontent sur tel ou tel texture, et telle ou telle position relative, à tel ou tel momentum, etc. En bref, c'est une vision globale, une certaine perspective.

Quand la communauté parle de GTO, ça va être par exemple pour parler de fréquence de défense minimum, comme si les adversaires attaquaient suffisamment. PERSONNE n'est suffisamment équilibré turn et river. En très grande majorité, les gens jouent leur main (attachement à certaines mains, sizings transparents, etc), ils barrellent seulement avec de l'équité, ils jouent la force absolue ou moyennement relative de leur main plutôt que ce que dicte réellement la situation. Ils over-bluffent et under-bluffent certains spots.

 

Quand on joue 'GTO' au sens de conscience globale, des ranges, du board, etc, on réalise très bien qu'il y a des situations où notre adversaire bluffe trop, ou pas assez, par exemple. On peut donc, et on doit donc, faire un play explo. Il n'y a pas de fréquence de défense minimum contre quelqu'un qui ne bluffe pas assez. Peu importe son sizing. L'inverse s'applique dans le cas opposé.

 

Le poker est un jeu situationnel. Le jeu explo consiste à attaquer les situations qui nous sont présentées. Une bonne approche est d'étudier les tendances du pool qu'on affronte. En somme, quel est le 'langage' qui se parle, dans mon environnement. Comment vais-je 'parler' à mes adversaires.

Ensuite, quelles sont les situations où une faiblesse structurelle est visible. Il s'agit de creuser pour ces situations. Considérer des lignes alternatives tant pour manœuvrer notre équité optimalement que pour mettre nos adversaires dans des situations d'inconfort (où les erreurs les plus massives naissent).

 

L'équilibre qu'on recherche n'est pas un équilibre absolu, mais la meilleure 'solution' à un environnement donné. Plus un joueur est compétent, plus il sera capable de rapidement trouver des stratégies optimalement exploitantes. Et il peut très bien en avoir une grande diversité.

 

 

 

Je ne suis pas sûr où je veux en venir. Tout ce que je dis est peut-être biaisé parce que je suis autodidacte dans mon apprentissage depuis longtemps. Simplement une description de tendances que j'observe. Je pense que la plupart des regs galèrent dans l'environnement actuel, et selon moi c'est principalement parce qu'ils ne parviennent pas à faire évoluer leur paradigme de 'ce qu'est le pok'. Seulement cela.

 

Le jeu évolue. Evoluez avec lui! Ou bonne chance, et au revoir sous peu.

 

 

 

Mr Sneeze

Pardonnez l'absence d'accent, j'ecris sur un clavier US.

 

Au pok, il est facile de faire ca mal. Etant un grand perfectionniste de nature, cette realite me confronte regulierement. Mais je me soigne.

Des exemples de main jouees ici a Campione d'Italia. Sans tout detailler, dans un tournoi a 500e avec structure exceptionnelle (WSOPc), je decide de folder un bon bluffcatcher river dans un petit pot, sans infos sur mon adversaire. Jai base ma decision sur son clignement de paupieres suspicieusement eleve, presque comme s'il donnait un faux tell. Evidemment il avait le bluff, tout italien qu'il est.

En cash game, dans un pot que jai 3 bet,  je cb flop et check back turn en mode trap contre un joueur un peu hors de controle. River il overbet 300 dans 180 et je decide de fold alors que je comptais snap call. Il faut dire qu'a priori il peut bluff le spot en misant 100e, ce qu'il n'a pas fait. Aussi des choses qu'il m'a dit, le fait qu'il est le type de joueur a utiliser son image pour maximiser sa value, et que jai deja fold des petits pots contre lui. Il n'a aussi jamais mise une si grosse somme avant dans la session. Evidemment il avait le bluff, tout kosovard qu'il est.

Bon, jai une raison a tout cela. Depuis plusieurs mois, je travaille ma solidite. Les parties sont globalement plus difficiles et moins spewy qu'avant, donc il faut faire attention a ne pas call trop comme un debile des annees 90. D'ailleurs les parties que j'ai jouees dernierement sont particulierement tight: online d'abord, que ce soit sur le .fr ou le .com (on est bien dans in ecosysteme en train de mourir), et live egalement, a Amsterdam (parties bien reggish) et a Vegas (qui ne me semble pas l'eldorado).

Pour faire simple, mes erreurs ont un fondement, meme plusieurs. Les habitudes de jeu ont la vie dure: j'ai dans ma memoire emotionnelle et corporelle tous les calls ou plays spewy que jai fait dans ma carriere. Jai aussi integre le fait que le field ne bluff pas autant river que jaimerais le penser.

La ou je veux en venir, cest que je ne suis pas une machine de pure rationnalite, indifferente a mon passe, mon experience, et mes emotions. Dans le cas de la premiere main decrite, je fais un fold 'explo' base sur un mauvais read, ce qui est une erreur sans infos precisement (j'aurais du call car suffisamment haut dans ma range, bonne cote de pot, etc). Mais cette erreur vient de ma tentative de maximiser mon edge, de prendre les meilleurs decisions possibles, y compris si cela implique des tells ou soul reads. Dans ce processus complexe d'interpretation des informations a la table, on peut facilement se tromper.

Allez une autre, jouee tout a l'heure en cash game. Je raise turn avec un combo draw, vilain call OOP. River je hit flush, et il lead rapidement pour pot. Ma flush n'est pas max du tout. Je sais qu'il a tres peu de bluff, du fait de : sizing, timing, attitude apres le bet. Et surtout, une theorie personnelle, qu'on pourrait appeller le Sobo theorem: quand un joueur call une action agressive turn en etant OOP, surtout s'il s'agit d'un raise, avant de lead big river, en particulier a tapis, et bien il a une range nutted. On devrait donc fold une tonne, y compris des mains tres fortes. Dans certains spots, on peut clairement fold 2nd nuts dans le visage de notre adversaire meduse. En realite, personne ne sait folder des mains nutsees river, ce qui est exactement la raison pour laquelle les joueurs donk bet enorme pour value river apres avoir call turn....
Dans cette main donc je suis pret a folder, tellement pret... Et mes erreurs precedentes, le fait d'avoir fait un play explo et de m'etre trompe, le fait de me faire bluff beaucoup plus ici (Italia...) qu'a mon habitude, je call pour verifier. Il avait les papiers, tout israelien qu'il est.

Ainsi sans aucun doute les erreurs de jugement peuvent en entrainer d'autres. Je ne suis pas une machine rationnelle, et de ce que je vois aux tables reelles ou virtuelles, vous non plus.
Certainement le poker est un jeu d'investissements. Etre un bon investisseur revient ici a etre un bon decision-maker. Notre vision est que derriere le chaos apparent du jeu, un systeme logique se degage. Comme une partie d'echecs, les strategies s'affrontent. Cependant il y a un hic. La facon dont le poker fonctionne. La facon dont nous le construisons plus exactement.
Pour comprendre ce que j'entends, visualisez-vous il y a un an, ou deux, ou cinq. Ce n'est pas seulement que vous etiez probablement moins fort. C'est tout votre paradigme, tout votre schema du jeu qui evolue a chaque nouvel element integre. Tout edifice de raison que vous construisez sera un moment chamboule par le jeu, vous obligeant a detruire et reconstruire votre pyramide de savoir.

Pour comprendre ce que je veux dire encore, aucun livre de poker ne vous transformera en top player. La raison est qu'il n'y a pas de secret, aucun mystere a mettre a jour. Le savoir est perpetuellement remodele a l'aune de notre experience, des adversaires que nous affrontons et de leur propre paradigme.

Le poker est peut etre plus un langage qu'une partie d'echecs perturbee par le facteur chance.

Le secret est qu'il faut s'abimer sur le jeu, encore et encore, se tromper, encore et encore, laisser notre paradigme se deconstruire encore et encore jusqu'a se fluidifier.

Evidemment, l'esprit humain se rassure de la causalite et de l'ordre. Nous sommes des machines biologiques creatrices de sens, a partir de langage symbolique.
Generalement, toute perturbation de cette chaine causale, nous la blamons sur la stupidite de nos adversaires (incapables de comprendre notre langage, qu'on croit Le langage "objectif" du jeu...) ou sur la variance, cette mysterieuse entite qui recompense et punit a sa guise. Je ne m'etends pas plus sur le sujet de la variance, car j'ai ecrit un (bon) article portant sur ce theme, et qui devrait etre publie en format papier sous peu...

Ce que j'essaie maladroitement de dire, c'est quelque part une inevitabilite de l'erreur. Le processus d'apprentissage est infini et tumultueux. Je commence a etre un vieux dans le monde du poker, et ca commence a m'amuser de systematiquement voir mes adversaires penser qu'ils ont compris, oui, aucun doute, ils savent comment se joue ce jeu.
Moi je ne sais pas, j'essaie beaucoup de choses, je doute souvent aussi. Et petit a petit, je me vois tout de meme passer des etapes, et grimper au dessus de ma propre tete. Chaque jour le poker est le meme, chaque jour il est different.

 

Qu'est ce qui ferait un bon decision-maker?
    ⁃    Capacite a engranger des informations (deja grosse limite pour pas mal de raisons: nos perceptions sont toujours limitees et parfois voilees, notre esprit est paresseux et ne pioche pas facilement sans une forte discipline. Ou alors il suffit d'avoir faim, d'etre fatigue...)
    ⁃    Capacite a analyser ces informations correctement : c'est la chose tres difficile, on peut se tromper sur les facteurs pertinents par exemple. Un biais cognitif tres frequent consiste a donner plus de poids a ce qui confirme nos hypotheses initiales. Ainsi dans le monde de la recherche, lorsqu'une equipe essaie de prouver quelque chose, le risque est grand de donner plus de valeur a tous les elements qui justifient l'hypothese de depart, plutot qu'a ceux qui la refutent. Ce biais existe dans le monde rationnel, critique, de la science, rendant d'ailleurs beaucoup de "conclusions" facilement invalidables. Comment ne pourrait-il pas exister dans une main de poker jouee entre humains bourres d'adrenaline et de testosterone?
    ⁃    Capacite a mettre en relation plusieurs spheres d'information. C'est pour moi la le plus grand signe d'intelligence, cette mise en relation des donnees.

Je pourrais detailler chaque element, mais il existe quantite d'ouvrages excellents traitant du fonctionnement de notre esprit, la paresse de notre esprit analytique (et ainsi notre tendance a prendre des decisions basees sur nos premieres impressions, par exemple), les illusions perceptives, biais cognitifs, etc.

Ce que je suggere, c'est surtout que le poker est infiniment complexe, et pour devenir un bon decision-maker, il va falloir engranger beaucoup d'experience. Par experience, je n'entends pas seulement le temps passe a jouer, car quantite de joueurs jouent depuis des annees, ou des centaines de milliers de mains, sans pour autant avoir l'air d'avoir appris beaucoup. Non, il faut considerer temps de jeu multiplie par la concentration, l'attention, et aussi la digestion. Il s'agit donc de jouer, pratiquer avec conscience. L'infinite des situations creees par le poker nous pousse irremediablement a la faute. Et comme tout joueur l'a surement remarque, il ne suffit pas toujours de connaitre le bon play pour l'effectuer: il est facile de cliquer sur le mauvais bouton, ou de ne pas oser faire un bon bluff en live. Non, il faut que l'apprentissage passe dans la chair, dans la detresse autant que dans l'euphorie. Et je ne parle meme pas des erreurs que nous faisons sans savoir (encore!) qu'il s'agit d'erreurs! A mesure de nos erreurs, nous avons la possibilite de faire evoluer nos schemas mentaux, nos modeles, paradigme a propos du jeu. Nous gagnons en finesse. C'est la une possibilite, mais clairement tout le monde ne la saisit pas. Beaucoup restent dans leur zone de confort, continuent de faire ce qui marche, ou ce qui a marche, plus ou moins, sans trop savoir pourquoi. En ce sens, ils croient avoir resolu le jeu, et evidemment ne comprennent pas pourquoi le jeu ne les recompense pas ou plus.


Dans tout cela, je n'ai meme pas evoque le poids des emotions dans nos decisions.... Mais celles ci sont excessivement presentes et guident nos choix de maniere phenomenale. Je disais au debut de cet article etre perfectionniste. C'est, je pense une bonne chose de toujours douter de soi-meme, de chercher a toujours faire mieux. Mais cela peut aussi etre un frein, car sans confiance on ne va certainement pas jouer au top: j'ai observe que parfois je n'ose plus faire confiance a mes reads, ou alors je cherche un "systeme" qui resoudrait le jeu, ou en tout cas m'eviterait la douleur de perdre.... Ou encore chercher a prouver de differentes facons que je suis bon, voire le meilleur. Ce genre de choses, qui exterieurement peuvent ressembler a un ego fort, quand clairement il s'agit d'un ego fragile. Chez d'autres joueurs j'ai observe les ravages de l'exces de confiance.

Il y a aussi, evidemment, massivement, ce qui se passe dans notre vie en general : sommes-nous heureux, equilibres? Cherchons nous a compenser des choses dans le poker? Le poker est-il ou devient-il notre seule source de gratification? Auquel cas on risque fort d'etre ballote par les fluctuations du jeu, et prendre nos decisions en fonction... Par exemple, on perds plein de tournois, on a pas tellement de satisfactions hors poker...comment esperer avoir la confiance et discipline de gagner le prochain tournoi? Ca n'arrivera pas, car notre capacite a prendre des bonnes decisions est totalement floutee....

Il faut en fait un doute permanent, une capacite a douter de ses propres perceptions, de sa propre rationnalite, de ses propres systemes, et en meme temps avoir la confiance necessaire pour jouer sans crainte ni exces d'orgueil! Vous rendez vous compte de l'exigence de la tache?! Par ailleurs, et c'est tres important, il n'y a pas de terrain d'entrainement au poker. Evidemment on peut bosser son jeu en dehors des tables, ou jouer des stakes plus basses. Mais ca ne sert que partiellement. Vous pouvez avoir un grand savoir technique developpe en dehors des tables et galerer a l'appliquer sous la pression.... Ah tiens, voila un autre parametre perturbant nos decisions: notre capacite a gerer la pression! Et celle ci est frequente et multi-facettes.


Ma conclusion: le poker vous abimera. Si vous etes pret a accepter cette realite (c'est a dire d'echouer systematiquement pour grandir), ou comme le heros de kung fu panda, vous faire defoncer et dire "oh yeah, give me more"' alors vous avez de mon point de vue compris quelque chose. En acceptant la destruction de votre ego opere par le jeu, la tension permanente, vous autorisez en realite votre ego a devenir plus fort car plus souple, vous autorisez vos ailes a se deployer.... Evidemment il ne s'agit pas d'etre masochiste et d'aimer perdre, car alors vous devenez un gambler, rien de plus. Cela je pense, est assez clair.


Sur ce, may the force be with you, always.

Mr Sneeze

Random thoughts

Life is my teacher

 

 

 

J'ai l'impression que je pars avec plein d'inconvenients au poker. Impatient, très loin d'être calme parfois, angoissé socialement. Mon côté bagarreur a le facheux inconvénient de m'inciter à gagner tous les coups que je joue : ce qui est un bien pour un mal au poker, il est évidemment avantageux d'être 'dur à jouer', mais être dur à jouer ne garantit en rien de jouer un poker gagnant.

Donc je travaille ça, et c'est un fastidieux processus.

 

Ya tellement d'aspects du jeu que j'ai travaillé et exploré, j'me sens serein (simplement parce que je sais quelles sont mes forces, et pas grand-monde peut test. Oui pendant que tu browse ton smartphone, j'observe tout et j'en arrive à littérallement sentir la table après quelque temps: là est ma sérénité).

 

Mais dans le même temps, quelle distance (insurmontable presque) me sépare de la maîtrise ! La raison, bien simple, est que mes 'forces' (vitales) sont totalement à double tranchant dans le poker, et me menacent constamment de faire un coup à côté de la plaque. J'suis p'tet dur à jouer, mais put**ng j'ai du mal à me jouer moi-même parfois. Foutu primate alpha male débilos schizophène

 

Simplement pour survivre dans ce jeu, je dois discipliner ma personnalité beaucoup plus que d'autres. Donc au final je suis un gros bosseur. C'est le côté plus de la journée, bravo Thomas, tu bosses (il paraît que c'est une qualité reconnue socialement).

 

 

 

J'ai dit dans mon précédent article que j'acceptais les erreurs dans le processus d'apprentissage. En réalité, c'est infernal à quel point ce jeu nous donne toutes les opportunités d'exprimer notre ego (chacun sa façon), pour systématiquement le réduire en pièce. J'arrive pas à mettre de meilleurs mots dessus, sur cette vrilleuse de sens contenue dans un jeu de cartes.

Comme chacun y met son ego à sa façon, tout le monde n'est pas 'réduit en pièce' de la même façon, ni pour les mêmes raisons.

 

En ce qui me concerne, ce qui me tilt le plus c'est de faire des mauvais plays. C'est dans cette frustration très fréquente que le poker réduit mon ego en pièces. Qu'il me fait alternativement croire et douter. Poker = matrice de nos propres illusions. Prenez 2 minutes pour mettre à jour vos propres illusions :).

 

f*ck, ça me rend ouf d'être si loin de la maîtrise. Je veux dire, finalement, c'est ça que je cherche dans le poker: une sorte de dépassement, la conviction que je peux améliorer ma performance avec du travail et du temps. Et je bosse une tonne, de manière autodidacte et non-linéaire, certes, mais ya des trucs qui bougent, tout le temps.

Dans ce mouvement, que d'erreurs....

J'admire parfois les joueurs super solides dans le poker, qui suivent leur stratégie de manière très systématique (ils peuvent être soides ET agressifs, hein). Qui ne dévient pas. J'ai un peu choisi de dévier tout le temps on dirait, et du coup, je m'expose à mort. Là aussi, ça peut être une force. Ma résilience aux 'choses' augmente démentiellement. Mais, peut-être, juste peut-être, si j'arrêtais autant de m'exposer à faire des erreurs (c'est-à-dire en faisant comme les joueurs super solides, en oubliant quelque part d'exploiter mes adversaires) alors je gagnerais plus.

Incertitude.

 

Bon, les choses prennent du temps. Je sais pas, peut-être suis-je plus exigeant avec moi-même que la moyenne, que c'est normal de galérer sur des trucs comme ça. Au final, le temps, l'expérience, sont décisifs sur ce chemin de 'maîtrise'.

Je remarque qu'il m'arrive misplay une main précisément parce que je travaille quelque chose. Par exemple, si je veux bosser sur un leak que j'ai, une mauvaise tendance (un moment donné, c'est toujours dynamique évidemment. Par exemple les leaks qui s'exposent ici à Vegas ne sont pas des leaks à Amsterdam ou à Paris. Des leaks qui s'exposent sur le .com ne sont pas forcément des leaks sur le .fr, et vice-versa), je vais le conscientiser, essayer délibéremment de pas faire une erreur. Et dans ces cas là, je vais parfois louper un spot parce que je suis en train de bosser mon truc sur un certain plan. Ex typique: louper un bon bluff quand on essaie de calmer ses tendances maniac. Ou faire un mauvais fold quand on veut arrêter d'être une station dans certaines situations. Faire un bluff de m**de en essayant d'apprendre à bluff plus. Peu importe, vous voyez l'idée.

 

Quand il y a excès, on cherche à le contenir. Ce faisant, on pousse dans une direction. Et on se retrouve à nouveau déséquilibré.

C'est assez frustrant.

Pas encore trouvé de meilleure manière de procéder ceci dit.

 

 

Pour maintenant, plan de route (ce post est mega auto-centré, j'suis désolé mais c'est mon blog aussi) visant à améliorer la qualité de jeu:

- Prendre le temps de réflexion river, potentiellement vraiment sortir de la zone, consciemment, pour ré-analyser: c'est important parce que l'environnement m'impose de m'adapter. De manière générale j'aime jouer dans un 'flow', mais ici mon savoir intégré au niveau inconscient (donc du savoir maîtrisé, quelque part) fait des erreurs. Ca indique qu'il est temps de fouiller dans la machine en gros. Re-conscientiser, repenser à un niveau beta plutôt que meta-.

- Amener un calepin à la table, prendre des notes pour mieux me structurer dans mes reads sur les joueurs (= prendre des décisions aussi éduquées que possible). Je pense que j'ai besoin d'un peu plus de méthode, d'où cette idée.

- Amener un livre et potentiellement lire parfois, simplement pour diminuer mon intensité, être plus calme, moins combatif.

- Ré-orienter ma stratégie vers la value, parce que là avec ma dégaine on pense que je tiens plus d'Ole Schemion que de Chris Ferguson (à tout hasard)

 

 

On va essayer de faire ça bien pour la suite. Un peu frustré de ma première semaine pour l'instant.

 

Valar Morghulis

 

 

 

Mr Sneeze

3 jours que je suis ici, ou 3 nuits, je sais pas quelle heure il est en fait.

 

J'ai commencé doucement le poker du coup, je joue pas au top. Fais un mtt hier où je joue assez meeh mais survis tout de même au day 2 avec stack de départ. Voulu joué en cash tranquille aujourd'hui. Perdu 300bb, 100 en 1/3 et 200 en 2/5. Joué " à l'européenne ". Ya un temps d'adaptation. Je l'accepte. Ca fait chi** mais je commence à remarquer ce pattern: quand je développe un jeu explo dans un sous-environnement pokéristique particulier (un endroit surtout), dès que j'arrive dans un nouveau environnement le radar est un peu off.

 

Ca fait chi**, mais je commence à remarquer ce pattern qu'on fait souvent les choses pas au top, nous joueurs de poker 'cherchant à gagner'. Mais c'est juste un trait humain.

En tout cas je réalise un truc, qui me diffère de beaucoup de 'collègues' (ou amis, ou rivaux, ou autre chose, le poker c'est spécial) : I take full responsibility for my actions. I don't blame variance, or luck. I know and accept my destiny (which is, ultimately, to die). Therefore I accept to make mistakes.

 

Pourquoi blâmer la variance, ever? La variance, c'est la roulette de l'argent qu'on appelle poker. C'est l'ingrédient du cocktail en somme. Alors la blâme pas, ta mère nouricière. A laquelle tu es addicte au passage.

 

La seule variance, c'est nous. C'est notre attitude par rapport au game. Au jeu 'Poker', et aussi au game en général, if you know what I mean. On est faibles, tous, faut pas se leurrer. Et un peu fous aussi, une bande de primates qui s'amuse avec des lumières. Avez-vouz déjà remarqué le toit rouillé du Rio. Ou les gens qui vivent dehors, dans la ville, à différents endroits. Avez-vous songé à l'absurdité énergétique, au gachis que crée se lieu. Pour que nous 'hommes du monde' puissions battre les cartes et l'argent. C'est n'importe quoi.

 

Bon. Tout cela stimule mon instinct de combat, et je sais que je vais le mettre à la table. Sur la table en somme. Mais alors je risque de jouer à l'européenne. Ou à l'asiat après tout, j'ai souvent du metagame avec les asiats. On ne sait pas tout simplement.

 

 

 

"Full responsibility"

 

 

A la table de poker, c'est vous qui créez votre monde, votre réalité. Votre attitude, votre posture même, font partie de l'équation. Tout en fait. Si vous êtes plus occupés à mater des culs (ou des nuques, en l'occurrence) qu'a jouer un poker de qualité, faut pas s'étonner de randomly spew. Parce que nos émotions nous mènent, tous autant que nous sommes. Nous réagissons simplement différemment, tous, à ces mêmes émotions -qui nous mènent.

Désir / rejet. Bien / mal. Ca sent bon / ca sent pas bon.

 

Accepter la responsabilité totale, c'est accepter la maîtrise. De se mettre sur cette voie, où toute action est perfectible. Chaque erreur est à accepter, pas à rejeter sur un objet extérieur. Je fais ça dans ma vie courante depuis quelque temps maintenant, et c'est assez délicieux je dois vous dire. De ne plus se blâmer.

Ah bon, dans un processus d'apprentissage, il faut faire des erreurs?! Bon, voilà, un des secrets du poker: le processus ne s'arrête pas. Donc erreurs, tout le temps, tout le monde. Tout le temps. Quand on y réfléchit vraiment, tout le monde est la moitié du temps en semi-tilt à une table live. C'est assez intéressant. Ca ouvre des pistes en termes d'edges à développer.

 

Etre humain, c'est être traversé d'irrationalité. J'ai fait le drôle de choix de l'accepter, et de ce fait (on en revient à: se permettre de faire des erreurs), mon processus d'apprentissage du poker est rigoureux. Car j'apprends de chaque main, réellement. Au final c'est même pas un effort. C'est l'Art du poker, qui depuis le début m'a fasciné.

 

Au poker, on apprend à se connaître par l'erreur. Ne craignez pas de suivre vos reads. Affinez-les ainsi. Ne craignez pas d'être pris pour un fish. Car c'est la meilleure image du monde pour développer un poker profitable, et indétectable. Pour un temps.

 

Full responsibility = Freedom from guilt

 

Bien à vous, à plus.

Mr Sneeze

Perceived range

J'ai beaucoup réfléchi à ce que je pourrais continuer d'écrire sur ce blog.

 

J'adore théoriser, penser poker, et donc écrire poker aussi, car malgré l'effort que ça demande, sur le long terme ça structure mon apprentissage et renforce mon attitude à la table. Cependant, j'ai beaucoup grandi, et il m'apparait de plus en plus évident que la vie est multiple, complexe, et certainement pas uni-dimensionnelle. Ainsi, prodiguer des conseils ou des attitudes profitables 'dans le jeu du poker' a quelque chose de potentiellement assez inutile.

 

Pourquoi cela? Parce que le poker est un jeu de maîtrise, et cette maîtrise est complexe, potentiellement totalisante (elle prend et incorpore beaucoup d'aspects de la vie d'une personne, au point parfois de l'engloutir) ; cette maîtrise est aussi bâtie sur l'experience, et surtout sur une pratique attentive et conscientisée.

Quels que soient les aspects de votre jeu que vous voulez travailler, le poker n'accepte pas de réponse définitive, de réponse toute faite. Je dis ça, et dans le même temps, je suis assez d'accord avec Daniel Negreanu qui disait je ne sais plus où (un podcast mental game je pense): le poker est un jeu beaucoup plus simple que tout le monde aime à le penser.

Mais il n'y a pas de recette magique, il n'y a pas 'une bonne manière'.

 

Ainsi de plus en plus, je réalise que ce qui fonctionne pour moi n'a pas de raison particulière de fonctionner chez les autres, car c'est lié à comment j'ai mené ma vie jusqu'à ce point précis, cet instant précis. Beaucoup de mes attitudes changent avec le temps, mes certitudes également. Beaucoup de joueurs talentueux ont d'autres approches. Ce n'est pas facile de gagner sa vie au poker, ce n'est pas facile de 'faire ça bien' (sur tous les plans, y compris un équilibre psychologique. Car de fait, on rencontre des joueurs talentueux mais malheureusement pour eux un peu perdus dans leur vie). Mais même si ce n'est pas facile, il y a beaucoup de manières différentes d'y arriver et de l'entretenir.

 

Facteur décisif déjà: être bon au poker n'a aucune, strictement aucune influence sur nos résultats futurs. Evidemment, ya la variance des cartes, oui ya ça. Mais c'est tellement rien en comparaison de la variance dans la qualité de jeu des joueurs, leur focus, leur attitude. Donc ouais, contrairement à beaucoup de domaines, on ne fait jamais ses preuves dans le poker, ou alors on fait ses preuves potentiellement à chaque main qu'on joue, et voilà, c'est tout.

Donc on en revient à ce point crucial: la maîtrise, ce n'est pas quelque chose qui s'obtient. Ce n'est pas 'savoir la bonne réponse'. La bonne réponse n'est jamais la même en fait.

 

Quelle est la bonne attitude à avoir? Cela dépend. Quelle sont les meilleures décisions possibles dans cette main particulière? Dans ce tournoi? A cette table de cash? En tant que joueurs (cherchant à gagner), nous sommes fondamentalement des décideurs, nous devons donc devenir experts en décision, et ces décisions sont à TOUS les étages. Beaucoup gagneraient à introduire plus de flexibilité dans leur decision-making. Personnellement, je gagne à renforcer ma solidité, résister à ma tendance naturelle à être 'trop' flexible. Mais clairement la tendance générale dans toute tentative de maîtrise d'un domaine, c'est de manquer de flexibilité et de s'attacher désespéremment à nos forces (mais ce qui marchait un moment.... ne va pas toujours marcher). Tant de gens ont un mal fou à questionner leurs paradigmes, visions des choses. Je suis dans la tendance opposée, mon travail est donc fondamentalement différent du travail d'un autre (et pas forcément plus facile).

 

Le matériau qui nous permet de décider et investir sur ces décisions, c'est nous-même. Notre corps, notre esprit. Et tout ce que ça implique en terme de fluctuance.

Le poker, ET la vie, apportent tellement de situations qui vont nous sortir de notre zone de confort. C'est en cela que la maîtrise est subtile et difficile.

Evidemment quand tout marche pour nous, on peut naviguer sans trop de problème. Un moment ou un autre cependant, personne n'est épargné par les vents de l'existence (toutes les manières sont possibles). On ne compte plus les gens abbatus par un coup de bâton de trop, dans leur vie ; dans le poker de même, ne ne compte plus les étoiles filantes (ont connu du succès, le succès temporaire a amené l'échec au final). Le facteur déterminant de sélection des bons joueurs au poker va plutôt être leur capacité à se relever de leurs propres débacles. Et des débacles, des perditions, il y en a dans le monde du poker. C'est seulement que les 'vainqueurs' d'un moment sont beaucoup plus visibles que tous ceux qui 'échouent' (vrai sur d'autres aspect, l'écriture de l'Histoire par ex).

 

Quelle attitude donc? Ca dépend. Mais mieux vaut être flexible, mieux vaut ne pas s'accrocher trop à ce qui ne marche plus. L'écosystème est perpétuellement changeant, personne ne joue aujourd'hui comme il y a seulement quelques années. De nouvelles stratégies deviennent populaires, plus de joueurs ont gagné en solidité et résilience mentale. C'est juste plus dur, donc il n'est plus temps pour les recettes toutes-faites.

Ainsi, la bonne question n'est pas: comment être bon au poker, comme un fait général, absolu et définitif, mais plutôt : le poker crée une infinité de situations perturbantes et nouvelles, comment les naviguer?

 

 

J'écoutais un podcast récemment sur le sujet du talent, et du travail.

L'auteur suggérait que les meilleurs niveaux de performance dans tous les domaines étaient construits sur les attitudes suivantes:

A) Se mettre autant que possible dans des situations à ' la pointe de nos compétences ', autrement dit risquer de faire des erreurs, parce que nous sommes à la limite de notre skill, là où il n'est pas encore bien intégré, bien maîtrisé. C'est ainsi que le savoir est renforcé, par la mise à l'épreuve. Il faut plonger un peu la tête dans le feu, voir ce qui se passe, et en tirer les meilleures leçons.

B) Sentir, accepter de sentir, accepter tout court, les erreurs, malgré la douleur et frustration que cela crée pour quiconque dans une approche compétitive. Il n'y a pas de réelle progression sans lutte. La sensation de 'chi**' dans un domaine qu'on investit, est extrêmement difficile à dépasser pour un être humain. Usuellement, en réaction, les humains vont principalement éviter ces situations d'inconfort. Il y a cette tendance fort naturelle à préférer faire ce qu'on sait faire plutôt qu'à s'exposer à s'humilier aux yeux des autres (si on donne de l'importance à leur regard), et juste s'exposer à se sentir mal parce qu'on a fait une erreur. On se juge, tellement facilement, et le jugement amène aussi les attentes / aspirations, la peur, et une diminution du courage global. Dans le poker, c'est extrêmement présent. Très peu de joueurs sont prêts à explorer la compexité du jeu en No-limit parce qu'ils ne veulent pas risquer de chi** lamentablement dans leurs expérimentations. Sans aucun doute une de mes plus grandes forces en tant que joueur est d'avoir donné et redonné dans l'expérimentation de ce qu'on pouvait faire avec ce jeu.

S'exposer aux erreurs, les comprendre non pas comme des erreurs justement, mais des nécessités, est difficile mais crucial. On pourrait aussi bien dire: s'exposer à des situations marginales. Le meilleur dans un domaine sera plus facilement celui qui est sorti de sa coquille pour évoluer dans des situations confrontantes. L'expérience bâtie est simplement exponentiellement plus grande.

C) Incarner notre apprentissage dans un processus conscientisé. Cela veut dire digérer notre processus de travail et de progression en le mettant constamment en perspective et en questionnement. Qu'est-ce que je pourrais faire d'autre, de mieux? Quels sont les présuposés que j'ai qui peuvent être subtilement erronés? Quelles sont les émotions qui bloquent un apprentissage libre et fluide? Il est nécessaire d'opérer des temps de recul et de contemplation, plutôt qu'être la tête dans le guidon, car c'est alors qu'on peut faire évoluer nos structures (= nos manières) mêmes d'apprentissage. A ce sujet, trouver des moyens de créer du feedback (des moyens de mesurer l'évolution de notre apprentissage), est également crucial. Il s'agit de pouvoir faire des hypothèses, les tester, et ensuite avancer vers des conclusions, qui sont aussi des nouvelles hypothèses.

 

Exemple simple et courant chez pas mal de joueurs gagnants au poker, symptomatique d'un processus d'apprentissage non conscientisé, sans vraie prise de recul : l'incpacacité à sortir d'un système, ou d'un format de jeu, pour s'exposer à de nouveaux apprentissages. Principalement parce que le temps de la prise de recul n'est pas pris, il n'y a pas de possibilité de réelle évolution. Ainsi, pas mal de joueurs gagnants vont gagner avec consistance pendant un moment (par exemple sur un format précis), puis le jeu les éjectera naturellement, car le point de rupture sera atteint: ils auront résisté efficacement avec leur méthode face à un écosystème changeant, mais un moment ils n'auront pas les compétences de la remise en cause et de l'adaptation profonde, réelle (on ne parle pas ici, de seulement incorporer des nouvelles manières d'accumuler des jetons, c'est plus vaste).

J'ajouterai un point très important à ce sujet: la totale intéraction, dépendance même, entre nos idées, nos émotions, et nos actions. C'est sûrement un peu cela que j'implique quand je parle d'attitude. Changer d'attitude peut passer par exemple par une gestion de nos émotions (clairement ce que j'ai le plus travaillé depuis deux ans dans ma pratique du poker), qui à son tour va créer des cycles vertueux dans les pensées que nous produisons et les actions / réactions que nous choisissons. On peut aussi changer nos actions (nos habitudes au quotidien: assez diabolique d'efficacité, mais très difficile en pratique) afin que nos 'états' changent.

=> Incarner son apprentissage, c'est prendre en compte cette multi-dimensionnalité, et ça n'implique pas du tout d'aller dans sur-complexité. C'est plutôt, se considérer et se sentir à la fois comme Un (un individu formant un tout, tout est lié) et comme Multiple ( 'je' est traversé par de multiples choses, potentiellement paradoxales ou en conflit. Comment équilibrer tout cela?).

Juste, ce fait: nous sommes humains, et basiquement un humain arrive pas à grand chose s'il ne se gère pas bien sur ces différents aspects (entremêlés).

 

 

Donc ouais, clairement, ne croyez pas aux recettes magiques si vous avez de l'ambition dans le poker. Croyez en vous, en ce que vous pouvez faire à partir du matériau qui est votre vie. Ce que vous voulez faire, aussi. Dans le même podcast, le sujet de la motivation (afin de travailler ces états de haute performance) était abordé: plutôt que quelque chose d'interne, qui viendrait du fond de nous, peut-être s'agit-il en fait de quelque chose d'externe. Par exemple observer la réussite de nos pairs: si lui peut le faire, pourquoi pas moi? Que puis-je faire pour le rejoindre?

En partant de là, l'efficacité de se visualiser dans le futur comme 'la personne qu'on veut être' est très importante. Cela crée une direction dans l'apprentissage.

 

 

Il faut bien noter aussi, qu'en adoptant cette approche du poker comme une activité athlétique, on maximise aussi nos compétences pokéristiques sur un plan plus large: on développe la capacité à se dépasser, se développer, et tout basiquement la capacité d'apprendre. Les conditions si perturbatrices du poker peuvent créer chez certains joueurs cette attitude d'exigence vis-à-vis d'eux-mêmes qui certainement leur servira dans d'autres aspects de leur vies, ou autres domaines de compétence (d'autres fields).

 

 

Je me permets de me recentrer sur ma petite personne d'1m90: j'ai énormément bossé depuis quelques mois. Et j'ai principalement bossé sans jouer, car j'ai surtout travaillé à laisser des mutations s'opérer. Ce qui marchait bien pour moi avant dans ma vie s'est mis à moins fonctionner. Nécessité de changer de paradigme, s'ouvrir au nouveau. Quelque part, arrêter de s'entêter dans les conneries.

Ce travail a été très fructueux dans le sens où j'ai mieux compris quelle forme de travail je devais fournir : il s'agit de 'faire avec' ma sensibilité (extrême), ma permabilité aux éléments qui m'entourent, et aussi me traversent. Pourquoi cela? parce que j'ai fait le choix, indépendemment du poker, d'ouvrir les portes de la perception dans mon existence, c'est ma poutre, ma structure vitale. Me sentir vivant, ressentir. (Ma technique est simple, elle tourne entièrement autour de la respiration. Je suis plus conscient qu'avant, car avant je ne me sentais pas autant inspirer et expirer. En revenant à la respiration, ma vie a pris une densité démentiellement plus importante, chaque jour est vaste.)

Fondamentalement, cela m'a posé des obstacles assez évident dans le poker, qui n'ont rien à voir avec mon niveau technique (exemple tout simple: une tendance à chercher trop, si cela est possible, les situations marginales justement. Je dois quelque part ralentir le processus que j'ai décrit au dessus, car chez moi il opère naturellement, trop facilement).

Mais ça m'a aussi ouvert des portes. Depuis facilement 2 ans, je travaille mon jeu complètement de façon auto-didacte, et mon apprentissage est totalement orienté sur mes ressentis, et sur les propres hypothèses que je formule. Et c'est bien pour cela qu'il est difficile de transmettre ce qui marche pour moi, car cela marche pour des raisons précises et définies. Je travaille (avec succès) à faire de ma sensibilité une arme. A une table de live, en tout cas c'est ce qu'on m'a dit, je parais parfois comme un 'radar', qui capte manifestement plus d'informations que la moyenne (et ainsi se retrouve parfois surchargé d'informations et d'émotions, c'est là l'inconvénient, enfin la faiblesse à gérer).

 

Sur un plan personnel, j'ai décidé de renoncer à des 'idéaux' que j'avais pour m'exposer beaucoup plus à la confrontation avec l'altérité: ça s'est incarné dans mon déménagement pour Amsterdam, qui a eu lieu il y a un mois.

Sans aucun doute, les conditions pokeristiques sont meilleures ici qu'en France :). Mais en vérité j'suis surtout venu ici pour avoir le plaisir de voir 50+ jolies filles par jour. Etant un peu un renard solitaire, vivre dans une capitale est évidemment confrontant. Mais j'ai réalisé que c'était exactement ce qu'il me fallait. Le ressenti est toujours là après un mois de vie dans la ville du spliff et des fietsen.

 

En termes de résultats, mon premier mois en Hollanderie est un des meilleurs de ma carrière, bien aidé par une perf dans un Scoop (3ème d'un 100€ du dimanche, et surtout une énorme satisfaction dans la qualité de jeu déployée tout au long du tournoi). Mais aussi cohérent avec le travail pokéristique que j'ai fait ces derniers mois, en premier lieu le réel questionnement que j'ai eu pendant mes 3 mois de break: ai-je toujours envie de jouer? ne suis-je pas en train de me perdre dans ma vie?

Bah j'me suis retrouvé.

Après le break j'ai arrêté de faire le con. J'ai pris au sérieux des stakes moisies. Pendant plusieurs mois, inspiré par un autre joueur de pokey, spécialisé en MTT depuis des années, j'ai lancé des sessions MTT small buy-in. En m'attelant à bien jouer même quand je deep runnais le classico ou la fièvre en monotable pour finalement gagner 32€. Ouais, ca change de l'intensité des high stakes. Mais quel travail massif j'ai fait sur moi pour dépasser l'addiction à l'adrénaline. Pour accepter que le jeu, c'était le jeu, qu'il fallait respecter le jeu. Respecter ses adversaires, quels qu'ils soient. Se respecter soi-même, au final. Et juste bien faire le taf', sans laisser les p'tites émotions parasites individuelles prendre le contrôle (ce qu'on veut prouver, l'ego de la domination à la table, ou peu importe ce qui s'applique pour vous).

Et, certes pas d'énorme de perf sur cette période, mais des résultats, quelque shipperies satisfaisantes. Des indices clairs que le travail avait des répercussions.

Et ici à Amsterdam des résultats sur tous les tableaux. Des deep run prometteurs (22ème du scoop 500€, 15ème du bigger 55 sur ps.com, un bon day 1 sur le highroller 1K wina bien que pas d'ITM au final), des sessions live en mode pillard viking. Un jeu fondamentalement beaucoup plus solide mais tough (enfin!) en cash game online. Ca se sent, quand on joue bien (ou juste mieux).

 

Je n'ai pas perdu de temps en sortant du jeu. En breakant totalement. Puis en jouant des low stakes le temps qu'il fallait. J'ai littéralement oublié la rentabilité, je suis de toute façon un hippie anti-productif et fièrement opposé à la marche de notre société, junkie à l'agitation. J'ai travaillé ma patience, toutes les variétés de patience en fait. En premier lieu, être patient avec l'animal que je suis. On a tous autant de qualités que d'obstacles (souvant naissant de ces mêmes qualités). L'inverse est aussi vrai. Les barrières que nous avons à dépasser nous transcendent. Ce que j'ai eu à dépasser, ça m'a pris du temps, mais finalement la patience (et aussi donc, bizarrement, l'obstination) paye. Je le sens, et je ne dis pas ça à cause des résultats récents. Des résultats, c'est juste des résultats, ça mesure pas grand-chose en soi. Mais je sais d'où viennent ces résultats récents, ils viennent d'un vrai renforcement dans l'application des mes skills (de mes forces) et des stratégies plus adéquates pour naviguer / gérer mes faiblesses. Deep run 3 gros tournois ne veut rien dire évidemment, mais les deep run en monotable ou quasi monotable avec un niveau de focus et d'effort, c'est déjà moins du hasard, car on peut sentir à quel point on a bien joué, ou non (avec l'expérience, et à ce niveau là, au niveau de l'expérience d'évaluer son skill à un moment T, je commence à avoir du bagage par rapport au field dans le monde du poker).

 

Ma motivation pokéristique est à un relatif pic (dans le même temps, le jeu m'obsède carrément moins qu'avant, je suis motivé, mais pas obsédé). Et pourtant, je joue peu. Je travaille beaucoup mais dans la préparation plutôt. Quand j'arrive, c'est pour être un viking. Et ca a l'air de marcher. J'ai bien l'intention de concentrer la motivation dans une attitude assez relachée donc, privilégiant mon bien-être (si je ne veux pas jouer, si je veux arrêter, ben c'est ok. C'est comme folder. Juste un fold.), et quand je joue, autant que possible, je joue. Je me mets en mode open dans mes perceptions, je joue avec les possibilités, je suis totalement concentré et présent (toutes choses relatives à mon potentiel du moment T, d'où tout le reste de nos actions dans notre vie, les habitudes qu'on prend, ce qu'on mange, etc).

Ca avait déjà très bien fonctionné, cette approche, à Vegas. Je crois que je tiens un truc. Le taf continue.

 

Dans tous les cas, je suis fondamentalement: pas pressé.

 

Aujourd'hui, je vois ma vie, ma carrière, en rétrospective, et je contemple. 27 ans de vie, c'est beaucoup, quand on a activé le bouton conscience (peu importe la forme que cela prend, chacun est différent). Et put**n de vraiment, j'me sens adulte, vieux parfois même, comme si j'avais vécu 12 vies, déjà. Je sens une force énorme, une résilience mentale que je n'ai jamais connu. Et j'embrasse cela parce que j'ai aussi embrassé à quel point les erreurs et les faiblesses étaient déterminantes des forces. Faut se laisser casser, faut brûler comme le phoenix et renaître tout neuf, paf.

Au fond, la vie est bien faite. Elle nous mets des bâtons dans les roues pour nous forcer à exprimer notre potentiel. Ainsi, pas besoin de parler de justice, ou qu'on mérite (ou ne mérite pas) quoi que ce soit. On a littéralement ce qu'il nous faut, et littéralement ce qu'on choisit d'avoir. Dans le même ordre d'idée, une phrase d'un maître zen : 'chaque personne a exactement la quantité de problèmes qu'elle souhaite avoir, ni plus ni moins'. Si vous comprenez cela, vous saurez ce que vous avez à faire. Et vous le ferez.

 

Aujourd'hui, les éléments s'alignent bien pour moi. Je suis dans une put**n de ville dans un appart balla, avec un colloc super et des renardes partout dans la ville. Le poker m'enthousiasme. Bientôt le WPT Amsterdam. Que je jouerai seulement si j'le sens, mais étant donné les excellentes sensations autant en MTT (online) qu'en live (cash), ya moyen que les éléments s'alignent bien, là. Et toute façon ya encore Vegas cette année, où je jouerai quelques trucs en plus du cash game.

 

 

Encore un article qui commence apparemment sans inspiration et qui finit à n'en plus finir! Oh well.

 

Doei!

Mr Sneeze

Ah ça fait longtemps qu'on était pas passé ici. Ya comme de la poussière dans les coins.

Je regrette de n'avoir pas plus écrit, car c'est toujours un exercice enrichissant. Et quelques personnes m'ont rappellé que j'avais un blog récemment! Pour ma décharge, j'ai eu une année intense-bizarre-métamorphose, comme ça semble devenir la norme depuis que je cultive la conscience de l'instant présent. Comme si je vivais et renaissais chaque jour. Enfin chaque instant, potentiellement, bien qu'évidemment je ne sois pas TOUJOURS en pleine conscience, ni même que je le recherche, comme une pseudo-toute-puissance. Non, juste je cultive la pratique du boudhisme (cad la méditation), et j'apprend un art de vivre on va dire. BREF. Ca rend ma vie certainement différente d'avant, je change d'avis fréquemment, parfois comme très récemment je prends un break poker de 3 mois et j'en profite pour ne rien faire (pas d'internet du tout pendant un bon moment), et aussi prendre le temps d'aller en Chine.

 

Mais venons en ce qui vous intéresse, le Pokey.

Well, the Game. The Game is still there.

Dans mon dernier post, qui date du début de l'année, je parlais d'un rapport contrasté au poker, marqué par les années. La difficulté du jeu, enfin ce qu'il provoque, aussi des addictions mélées. La difficulté à gérer mes émotions à la table, pas parce que je régresse, mais parce que ma sensibilité et mon contact à mes propres émotions s'enrichit de jour en jour. En commançant les arts martiaux et la méditation, je pensais que ça allait m'aider au poker, et de fait ça me rend la tâche plus difficile, subtilement difficile! Jsuis bon, honnêtement. J'ai du skill, et de la créativité, et la ténacité, l'âme du guerrier. Mais je ressens tellement de choses depuis quelques années, les gens, les endroits, moi-même, parfois je m'y perds comme dans une tempête. Donc voilà, le thème, depuis un bon moment, pour continuer à survivre dans l'écosystème du poker, c'est la gestion émotionnelle. J'ai aucun doute qu'une relation épanouie avec une fille géniale m'apaiserait grandement sur ce plan-là, mais j'en rencontre pas tous les jours!

 

Ainsi, cette année, j'ai traversé des bons moments de doute. J'ai moins joué à certains moments, j'ai mal joué à d'autres. Bien aussi parfois, excellement parfois. Un peu sur un coup de tête, après 2-3 mois de play moyen, je décide d'aller à Vegas. Je décide aussi d'y aller pour bosser. Pas pour fétarder, pas pour bader non plus.

Là-bas, pas de pétard pendant un mois. Avec le décalage horaire, j'me réveille les premiers jours aux aurores. C'est cool, ça me permet de courir quand il fait pas encore une chaleur étouffante. J'ai trouvé un supermarché qui vend des bons produits en vrac, des noix, quelques légumes et fruits 'organic', en tout cas je commence à avoir l'oeil à ce niveau-là, vivant à la campagne et aimant la nature. Des super jus de proto-biotiques, des jus mélangés à du thé fermanté généralement, générant ainsi des centaines de millions de bactéries bénéfiques à notre organisme: de fait une tuerie. Comme une drogue, mais absolument saine et naturelle. Ca m'a permis de jouer des MTT avec un niveau de focus jamais vécu. Et, en jouant Martin Jacobson dans un 1.5k WSOP (6 max à ce moment là), je vois qu'il boit la même boisson... Prends soin de ton corps et de tes organes surtout, c'est aussi ça le 'connais toi toi-même'.

Je fais des salades. Je prends un soin particulier à cuisiner et à bien manger. Mes premiers pas dans un casino de Vegas ont eu lieu au Rio, mais l'endroit a une atmosphère assez sale et dégoulinante, donc je me tourne plus naturellement vers le Venetian, assurément un des meilleurs endroits pour jouer au poker au monde, de ma modeste expérience! Je grind en journée. En 5/10. Je fais des sessions courtes. Je sais que je suis là pour 6 semaines. Je joue au top, ou je quitte. Je fais des breaks quand j'veux, et je reste pas à la table 4 h de suite comme une larve, je vais prendre le soleil pour compenser le drôle d'air climatisé, probablement enrichi en oxygène!

 

 

Personne me connait ici, et je ne connais rien du poker américain. J'entre discret, 70bb, et discret aussi dans le reste, qui je suis, comment j'me comporte. J'écoute, et je regarde. J'ai des bonnes idées aussi. Des moves que je ne décrirai pas ici, mais qui me permettent de manipuler les situations à mon avantage d'une manière dévastatrice. Pour faire simple, c'est passer pour un reg-fish en étant le meilleur joueur à la table (à ce moment là s'entend, j'étais le plus présent peut-être, plutôt). Bref, je sens les spots, je suis affuté. Je crush en toute tranquilité.

Quand je grind au bellagio, je prends des jus de carotte toute la journée. Je vais fumer des clopes certes. Je m'emplis aussi de cendre et de feu, le feu de Vegas, le désert autour, toute cette agitation absurde et ce gachis d'eau. Ces gens, qui viennent comme à dysneyland payer super cher pour faire des trucs, honnêtement assez pourris (comparons ça à l'ambiance de certains bars européens que diable!). Genre regarder la fontaine de feu wooow trop cool. Et ensuite payer 25$ pour un burger.

Bref, cette ville n'a aucun sens. Mais je suis là pour bosser, et en l'occurence je fais bien le boulot. Je sens que c'est un tournant. Tout ce que je n'arrivaits pas à faire depuis plusieurs mois, avoir une discipline de jeu (cad, en ce qui me concerne, gérer mes émotions à la table!), MALGRE la méditation et le kung fu (qui de fait, m'aident mieux à gérer ma vie en dehors de la table, nous avons donc là un mystère, un paradoxe)...... ici, à Vegas, le temple de la décadence humaine, je la trouve, cette discipline.

 

Chaque jour pour aller et revenir du Venetian à mon logement, je marche une demi-heure, souvent donc sur le soleil brûlant. Le temps de vraiment voir la ville. Passer au dessus du highway près du Rio. Voir ces files incessantes de voiture qui vont et viennent dans la ville-lumière au milieu de l'ombre et du désert, le futile au milieu du Rien. Passer dans les rues, sur le strip, voir tout ce qui s'y passe, les milliers de vies qui s'y déploient de manières si différentes. Les gens qui bossent, les autres. Moi je bosse.

 

 

Je m'essaie aux tournois avec des résultats plus mitigés, mais quand même un deep run dans un wsop (celui où Erwann Pécheux fait runner-up), un mixed max bien sharky pour un 1k5 (9max day1, 6max day 2, HU day 3, TF 8 handed) ; et autres sensations sympa, genre finir chip leader d'un gros mtt du Venetian fin du day 1. Un 3k 6max où j'hérite d'une table très difficile avec un top reg américain et surtout deux jeunes canailles allemandes à ma gauche, des gars vraiment trop bon quoi. J'étais impressionné, moi qui suis toujours à chercher l'edge, là je dois me battre pour pas me faire violer. Je survis jusqu'au bout du Day1. Pas assez de cartes pour batailler sur une table qui n'offre quasi aucun spot. Rare que je ressente ça à une table!

Et le main event. Non prévu, mais j'ai rarement aussi bien joué de ma vie qu'ici à Vegas, et qu'est-ce que je cherche d'autre dans ce jeu, que de vaincre des sommets?

Day 1, like a star. J'finis top 10 de mon day. Pas que j'ai spécialement run good, genre stacker flush avec full hein, non j'ai juste bourriné tout le monde et pris tous les spots d'explo. Gérant mon image avec beaucoup de précaution. Un moment, j'ai risqué de perdre 70k sur 90k (stack de départ 30k) dans un bluff que je savais fonctionner 100% du temps, ou pas loin. J'avais saisi mon adversaire. Je sais qu'il a overpaire. Je sais qu'il n'a jamais mieux qu'une paire sur ce board 875 78, moi j'ai seulement AQhi en sandwish dans un pot squeezé. Certes, sa paire est souvent QQ+.

Je sais aussi, dans ces yeux, dans ce qu'il est, qu'il ne va pas risquer son tournoi, ever, ever, sachant qu'il lui reste 150bb derrière river (ou un truc du style!). Mon image est suffisamment bonne. Les éléments sont alignés correctement. Je vais donc check-raise énorme au flop (snap call), barrel énorme turn (snap call), puis shove river et patienter 1, 2 minutes peut-être, avant de voir mon adversaire muck face up KK. Je ne montre pas le bluff.

Bref, je m'emballe même pas de mes 'exploits' slash 'hero bluff'. Je bosse, et j'exploite, comme un loup des steppes. Dans un jour comme ça, je vois les formidables progrès dans mon jeu, dans ma gestion aussi.

 

 

Day 2, 2 jours après. Jme suis préparé. Sur tous les plans. Je pense stratégie. Je pense errements du mental, je pense qui risque de craque,r pourquoi, quand, est-ce que moi je craque? Je sais aussi les illusions qui doivent se créer dans ses cas là avec un gros stack, vouloir gamble avec les jetons. Jle savais, mais je ne croyais pas que ça m'arriverait. Juste un truc à se méfier. Je joue si bien depuis plus d'un mois, certes parfois je fais des erreurs, mais je m'en relève et me gère bien.

Et là, je ne peux juste pas expliquer. Je suis passé à côté. La pression de l'évènement, qui ne m'avait pas effleurée au day 1, me revient dans la gueule d'un coup. Pris dans une spirale négative de mauvais spots et de mauvaises décisions, comme quelque chose dont on ne peut pas s'extirper. Ca n'a rien à voir avec le poker. C'est juste mon âme que j'explore dans le poker autant que dans tout le reste. Parfois mon âme est en lutte avec elle-même, a des comportements auto-destructifs.

 

Bon. Au moins je suis pas le seul terrien comme ça. Savoir qui je suis ne me rend pas invincible, ni infaillible, loin de là.

 

En tout cas, l'enjeu est là. Je grandis, en tant que personne, je développe une grande force interne qui, parfois, me rend très performant à ce jeu. Et parfois, je me prends les pieds dans le tapis, je m'égare moi-même à penser trop, je remets en cause mes reads instinctifs, je doute, et je ne joue plus au top. Pire même, vu que je garde l'habitude de vouloir exploiter tous les edges, parfois je développe des stratégies trop complexes et inadéquates. Parfois je ferais mieux d'oublier mon skill, parce qu'il me fait déjouer.

Je n'oublie pas que j'ai dû, au cours de ma vie, dépasser une très grande timidité. Et maintenant je m'assois aux tables avec des sharks, et je suis l'un des sharks. J'aime le jeu parce qu'il me force à me dépasser en permanence, et parfois me force à dépasser des gros blocages. Je me sens fort parfois, car je le suis, et je sais que je dégage cette force. Mais je suis aussi fragile, pas si serein, à moitié fou peut-être. Les deux en même temps. Yin et Yang. Nos faiblesses alimentent nos dépassements. Nos égarements nous font trouver la Voie.

Dans ma vie, j'ai cherché à ouvrir les portes de la perception. Mais je suis encore jeune là-dedans, et peut-être trop intrépide: j'ai accepté de plonger la tête la première dans une nouvelle forme de sensibilité (sentir avec le bide), force est de constater que je ne contrôle pas toujours le dragon que j'ai éveillé en moi!

 

 

Pourquoi cela arrive-t-il lors du tournoi le plus important du monde? J'ai fait au mieux niveau préparation. Bordel, j'suis vraiment une m**de. J'peux rester des heures à méditer, face au mur, j'peux endurer pas mal de truc, et là j'suis incapable de me tenir? Incapable de rester en contrôle, tight, sans forcer les choses, dans un event où j'ai un edge massif? Je suis rarement scared money, peu importe les montants. Au day 1, le fait de ne pas l'être pas permis de dépeçer ma table. Au day 2, ça m'a fait bust en 4h. J'aurais adoré que l'argent ait une valeur pour moi dans ce day, que je sois un peu plus en phase avec les fish nits qui composent la majorité du field, et qui clairement ne veulent pas bust. Je ne crains pas de bust, cette 'force' s'est révélée en l'ocurrence très préjudiciable.

 

J'ai chié ; gâché une opportunité. Juste après avoir bust, je suis comme sous le choc de ce que je viens de faire, cette force en moi qui peut brûler 10 000$ parce qu'elle sait que ça n'a aucune importance. Ca m'effraie presque. Jamais je n'aurais fait ça avant. Et puis, je m'allonge, j'essaie de calmer mon esprit, et mon corps, tous deux perturbés par l'échec. Me revient alors clairement une sensation de Deauville, fin du festival, après avoir bust de plusieurs gros MTTs, je m'inscris dans un 1.5k€, résolu à faire de mon mieux. Je fais de mon mieux pendant 3h. Et puis sur un coup à la con, j'engage mon tapis en semi-bluff contre le brelan évident du nit de la table. Je l'savais, j'l'ai fait quand même.

Je sors de la salle de tournoi, et là me vient le vent marin, les odeurs, les sons des mouettes. En quelques minutes à peine je me sens mieux. Mais dans la salle de tournoi, j'avais la gerbe. Je voulais sortir, j'en pouvais plus de ce jeu, et aussi de ces personnes qui le jouent.

Dans ces moments là, c'est simplement mon corps qui veut se lever de sa chaise. Sortir de cette compétition acharnée, m'éloigner des gens perdus dans une pâle addiction au jeu. C'est en cela que les pratiques que je fais se révèlent préjudiciables à la table. J'écoute plus mon corps qu'avant, beaucoup plus. C'est devenu la priorité dans ma vie d'être honnête avec moi même, et là, ici et maintenant, avec ce qui vient. Parfois je dois sortir du jeu, souvent, plus souvent que les autres, ce pourquoi je dois être l'un des joueurs pro faisant le moins de volume en France! Mais, j'suis toujours là. En sous-marin, sous le radar.

 

Cet été je vais grind à Aix-en-Provence. Lors d'une session nocturne sur une 5/10 extrêmement profitable, je spew un stack contre mon pote (bon il me dit après que mon hero call fait sens, que j'ai déchatté la situation, mais quelque part on sait tous les deux qu'il bluff jamais là-dessus, malgré son degré de compétence incroyable. Juste une question de timing plutôt. Il peut bluffer cette situation, mais juste pas là tout de suite). En plus sur une table facile où toute personne rationnelle voudrait ne pas jouer contre son pote, qui est le seul autre shark de la table, et se concentrer sur les joueurs faibles. Les requins ne se mangent pas entre eux n'est-ce pas. Et moi si. C'est mon pote, on se connait super bien, il est fort, moi aussi, c'est lui que je veux affronter. Les autres ils m'ennuient, ils pigent rien. Ils me forcent pas à me dépasser. Qu'est-ce que je cherche, au fond, si j'en viens à oublier / mépriser la première raison qui m'amène à la table, cad gagner de l'argent (facile!) ? Pourquoi ce besoin de chercher plus de difficulté, plus d'obstacles? Ne suis-je pas en train de devenir un gambleur fou, qui gamble avec sa vie et son devenir?

Je sors de là en me disant sérieusement: c'est fini. Ma carrière, c'est fini. J'observe mon corps et mon esprit méticuleusement auto-détruire mon skill, comme s'ils voulaient me broke pour que je sorte de ce put**n de casino. C'est comme si l'éveil de la conscience boudhiste en moi, la sagesse et la compassion aussi, me rendaient allergique au jeu. Comme un paradoxe existentiel, qui s'exprime malgré tous mes efforts.

 

Parfois j'me dis, ça serait si simple, il suffit que je joue au poker avec la même conscience que quand je médite. Sans recherche. Et alors le jeu est facile, et surtout je ne me tâche pas, je ne me perds pas dans les illusions du jeu. Souvent, c'est à peu près le cas. Mais quand je me déçois moi-même méchemment, c'est trop dur à vivre, je me dis que c'est ptet pas ma place.

 

Bref, je sors du jeu. Réellement. Je pense à arrêter définitivement, alors même que Vegas m'a montré que je pouvais jouer avec les meilleurs du monde, et que j'avais ma place dans l'arène. Que je le veuille ou non, j'ai fait mon chemin dans ce jeu. Je pense par moi-même, j'ai mes propres approches. Pu besoin d'imiter les pros dans des vidéos haha, je fais du jeu ce dont j'en ai envie. Je perturbe. Un top reg bulgare vient me voir un jour à Vegas, me dit: j'ai cru au départ que t'étais un fish, maintenant je me rends compte que t'es un des meilleurs ici. Je sais, mec. Je peux l'être. Quand les éléments sont bien alignés. Quand je suis pas entraîné par la tempête de mes ressentis. Comment un être si fragile que moi peut parvenir à être si fort parfois? Si fort dans l'adversité généralement?

Bref, j'en ai marre, ce jeu crée trop de souffrance, je dois trop forcer ma nature pour être bon.

 

Je ne joue pas pendant 3 mois. Je m'assois dans des cafés, pendant des heures, j'écris, des choses, mais pas sur le poker, plutôt sur les mouvements d'âme, sur l'existence, les gens qui passent et m'entourent sur cette place magnifique d'Aix. J'écris ce qu'ils m'inspirent, le reflet du soleil et les sons. J'me dis, il serait peut-être temps de faire autre chose de ta vie. Ecrire un bouquin, revenir à l'Art, revenir à la sérénité. Faire un job simple, plutôt qu'un combat du quotidien. Et d'ailleurs, pourquoi ai-je un guerrier en moi? Pourquoi cet appel du sang en même temps que cet appel à en sortir?

Méditer, c'est juste s'assoir. Je fais ça. Je suis assis, je laisse le monde être autour de moi. Il me donne une grande inspiration.

 

Je passe des jours sans internet, simplement à 'être'. Lire, écrire. Rester conscient du temps réel, plutôt que me perdre dans l'Ecran Rétinien. Que c'est bon, de ce permettre cette respiration. Mon plus long break depuis que je joue. Et je pense, beaucoup de personnes, quand elles prennent des vacances, s'agitent à faire des choses. Moi j'ai accepté de laisser couler, laisser infuser. Je connais très peu de gens qui aiment à faire comme je fais, cad sentir comme chaque jour est unique. Même quand on se fait chi**, c'est unique. Fuir dans le divertissement permanent comme notre société le permet tellement, ça ne résoud pas l'Angoisse, et ça je pense qu'on le sait tous, quelque part.

Je pars en Chine. J'apprends des choses. Je vois qu'un jour futur, peut-être, j'irai là-bas apprendre auprès de ce maître de Tai Chi, dans une montagne taoiste sacrée en plein milieu de la Chine. Un chemin de vie qui se dessine, un possible.

Et en même temps, 'chaque choix en efface mille autres'.

 

Et là je reviens, tout doucement. Le poker est toujours là. Je tâche à ce qu'il ne soit pas au centre de mes pensées, je tâche à ce qu'il passe toujours après la Pratique, désormais. Ca reste un travail. On verra, si j'arrive à continuer mon bout de chemin dans ce monde. J'ai les forces pour, il s'agit pour maintenant de les faire travailler ensemble, ces forces, plutôt que les voir s'opposer! Trouver l'apaisement en fait. Je suis bien la seule baltringue engagé dans une quête existentielle dans le poker, tout en ayant une partie de moi profondément anarchiste et chaotique, qui crache sur l'argent, la réussite, la gloire, toutes ses illusions dont se nourrissent les Hommes pour croire qu'ils existent.

J'aime mon pseudo, avec les années. Mr Sneeze. Mr Atchoum. C'est ça. C'est qui je suis. Parfois j'éternue de toute mon âme. Vivre, c'est un gigantesque chaos. Une tempête incessante, qui nous porte comme feuille morte. Mais qui est prêt à voir cette réalité? La réalité que nous vivons et mourrons? Que la mort, précisément, n'est pas un accident ; même la seule chose non-accidentelle, puisqu'inéluctable. La Vie, plutôt, est l'accident perpétuel dans la Mort.

 

 

Lors du main event day 1, le soir vers le dinner break, une grosse tempête s'abat sur Vegas. Le Rio est proche de mon logement, alors je cours sous les trombes d'eau pour manger un morceau. Pour revenir, la pluie a presque cessé, mais les rues sont inondées. Plus personne dans les rues, et l'eau, l'eau partout dans cette ville au milieu du désert. Il y a comme une atmosphère de catastrophe, enfin tout est à l'envers à l'endroit. L'eau partout, donc plus vraiment de trottoir dans la rue. Il faut sauter au dessus des flaques énormes, passer dans la boue, escalader une grille un moment. Les voitures, paralysées. Et là, baigné dans la lumière du soleil d'Orage, je sens que j'adore ça. J'adore ce chaos, quand les éléments se perturbent, et que je me sens vivre, simplement dans le contact avec mes sens, la matière et les choses. La Réalité de la tempête, les éléments qui prennent le dessus sur les Hommes, et leur ville bizarre. Dans le Rio, l'eau traverse le plafond, inonde légèrement la salle de tournoi. Le Réel, qui pénètre dans l'Illusion.

 

Et moi, un sourire aux lèvres et dans ma cage thoracique, à sauter dans la boue, au milieu de la Force Brute des éléments.

 

Mr Sneeze

J'ai concocté un pseudo-compte rendu de mon expérience dans la finale du Winamax Poker Tour. Pourquoi pseudo? Parce qu'en fait je parle surtout d'autres choses, ma situation dans le poker, les habitudes entretenues, la nécessité de sortir du jeu pour maintenir équilibre et performance. L'intensité du jeu, l'adrénaline.

Promis, j'évoque quand même la main où jai bust.

Le compte-rendu sur vimeo.

Vu que je suis pas avare en blablatage, une deuxième partie est même en préparation.

Mr Sneeze

Aujourd'hui, un petit podcast, en 2 parties, centré sur la connaissance de soi au poker. Le fil directeur: les commentaires laissés sur le précédent post du blog,

J’interagis avec Laurent, ami et collègue ;). On bosse ensemble depuis quelques mois.

Et voici le podcast, en 2 parties.

1ère partie.

2ème partie.

http://www.clubpoker.net/video-poker/podcast-connaissance-soir-part-1/vp-x2eqxro

Mr Sneeze

Fearless

Au fur et à mesure des années, j'ai observé mon potentiel augmenter. Le plus grand obstacle à notre vrai potentiel est la peur, toujours la peur. Il est facile de blâmer la vie, mais la vie ne fait que nous révéler. On peut blâmer les autres, mais les autres ne nous indiquent que nos limitations objectives.

Si l'on pouvait se libérer de la peur, ne pourrait-on pas réaliser plus aisément notre vraie nature?

Je ne vais pas blablater comme d'habitude. Simplement évoquer un sujet qui m'a fait réfléchir ces derniers mois.

On parle parfois, dans le poker ou ailleurs, de personnes 'sans peur'. C'est une illusion extérieure, de même que les personnes excellant dans domaine quelconque donnent une impression de facilité et de spontanéité à autrui, bien que cette facilité ait été forgée dans la peine. "A force de".

Etre sans peur, cela n'est pas possible. Etant donné qu'il s'agit d'une de nos émotions les plus fortes et les plus révélatrices aussi (de même que l'angoisse), on cherche à l'éviter. A rester rassuré, rester en contrôle.

Chercher à 'vaincre' la peur, à la faire disparaître, c'est du refoulement.

Ce qu'on peut faire par contre, c'est plonger dans la peur, la vivre au fond des tripes, la laisser infuser comme un thé. Ainsi, l'objectif n'est plus de ne pas craindre, mais de 'ne pas craindre de craindre'. Ne pas avoir peur d'avoir peur. Donc avoir peur. En acceptant de ressentir la peur, en ne craignant plus cette sensation désagréable, en acceptant d'être bousculé en fait, petit à petit on apprend à la connaître.

Si on ne craint pas la peur, on n'a plus peur de rien, ni de personne. Bien qu'on la ressente encore!

Je me suis bien rendu compte ces derniers temps que je dégageais cette impression chez les autres, chez certains autres en tout cas. Et pourtant je sais ce qui se passe en moi, je connais les tempêtes qui m'animent. Mais ce que je dégage, c'est souvent une force profonde et sereine.

Je ne suis pas dénué de peur. Je suis un accroc à la peur. J'aime tester les limites de ma sensibilité.

On ne vainc pas la peur, mais on apprend à la connaître. En la connaissant, elle ne nous contrôle plus.

D'ailleurs, on dit souvent qu'on a peur de l'inconnu.

Tout ce que je dis peut s'appliquer à la force. La force, c'est célébrer sa faiblesse, sa fragilité. Se protéger en s'entourant d'un mur, ce n'est pas de la force. Accepter de se faire toucher par la vie et par les autres, c'est là la vraie force. La force c'est la capacité à être atteint, à être brisé et à se reconstruire. Ce n'est certainement pas être 'incassable'.

Penser que la force s'oppose à la sensibilité, c'est un sûr moyen de manquer de résistance. C'est un sûr moyen de se faire fissurer par le temps.

Si on recherche trop la force, on n'en possède pas. Seulement le masque de la force. Si on recherche à conjurer la peur, on sera peureux d'âme, car on évitera toute situation déstabilisante.

En pensant de cette manière, on en vient à apprendre autrement. On en vient à célébrer les erreurs, les obstacles et les difficultés. On en vient à ne plus rien éviter, et ne plus rien chercher non plus.

On en vient à voir les Maîtres avec un nouveau regard, aussi. Soudainement, la maîtrise n'est plus quelque chose d'éloigné, d’insaisissable, d'étranger. C'est quelque chose présent ici et maintenant, et toujours.

On est chacun son propre maître ; peu y parviennent parce qu'ils gardent et entretiennent l'illusion qu'il y a quelque chose à atteindre, à obtenir. Prisonniers d'une vision idéale, ils ne l'atteignent jamais.

PS: je vous propose de me suggérer un thème pour un prochain post, si certains d'entre vous ont des idées! Je prendrai ce qui m'inspire le plus!

Mr Sneeze

J'écris en référence au et au sujet du forum. Ca va être long, et si ça vous saoule RAF. Parfois il faut prendre le temps, la culture zapping ne permet pas vraiment d'aller loin dans la vie.

Je tiens à dire d'abord que le poker est un jeu extrêmement difficile, pesant émotionnellement et mentalement. Très peu peuvent devenir pro, encore moins peuvent le rester plus que 2-3 ans (le nombre d'étoiles filantes est impressionnant, que ce soit parce que les joueurs surestiment leur niveau ou parce que le poker finit par les drainer). Etre pro de poker implique un stress phénoménal, de profonds moments de doutes. Le fait est qu'on est absolument responsable de nos résultats, et qu'on est aussi tout seul là-dedans ; les gens qui sont les plus aptes à nous aider sont aussi nos adversaires. Il y a une compétitivité incroyable dans le poker, comparable au sport de haut niveau, et pourtant au poker plus qu'ailleurs on est seuls (on a pas une équipe de kinés et coachs derrière nous pour nous guider et encadrer, non il faut faire ça nous même).

Donc gagner sa vie au poker est difficile ; beaucoup en rêvent, peu y arrivent. Ceux qui y arrivent réalisent souvent (tel Artplay) que ça n'en vaut pas forcément la peine, que le poids du jeu est trop important.

Cette difficulté est massive. La plus grande difficulté au poker selon moi, c'est de naviguer à travers les illusions que nous créons à travers l'intermédiation du jeu. La première des illusions, fondamentale, partagée par récréatifs et pros (et la raison qu'il y a de l'argent dans le jeu), est qu'il est facile de gagner de l'argent en jouant à un jeu. Beaucoup d'argent même, et il suffit de jouer pour ça! Je vous renvoie à ?p=3406006 que j'avais déjà écrit il y a plusieurs mois. Pas de secrets, il faut travailler pour gagner au poker.

Je vais essayer d'énumérer quelques illusions que les joueurs mettent dans le poker. Pour moi, la 'désillusion' vient de la non-compréhension de l'illusion initiale, ou de la compréhension tardive. Comprendre l'illusion et s'en garder, c'est ainsi éviter la désillusion du poker.

  • Il est facile de fantasmer sur l'argent que gagnent certains joueurs, sur une période significative ou du fait d'un one-time. La réalité est que le succès est toujours plus visible que l'échec, et que pour un top pro qui amasse des millions (ou moins, on s'en fout), il y a 100 joueurs qui ont tenté et qui se sont cassé la gueule, ou en tout cas qui ont eu des résultats beaucoup plus modestes. Voir les 'success stories' dans le poker ne nous indique pas le nombre de 'fail stories'. L'industrie du poker, via les joueurs sponsorisés et le marketing des MTTs (notamment, mais aussi des grosses parties de cash game télévisées, ou le rail des high stakes games), alimente cette illusion de facilité, et c'est bien compréhensible puisque c'est ce qui convainc les joueurs de tous niveaux d'investir leur argent dans un jeu de carte.

    • L'illusion de la liberté. En réalité ce n'est pas une illusion: le poker plus qu'une infinité d'autres activités nous offre une vaste liberté d'action. Pas de boss, pas d'obligation de jouer si on ne veut pas, pas d'obligation de se réveiller le matin ; en bref on peut jouer au poker et vivre à notre convenance. Mais c'est là que ça bloque: une grande liberté implique une grande responsabilité. On ne peut pas prendre la liberté d'un côté et manquer de responsabilité de l'autre (c'est là l'illusion de beaucoup). Rien ne vient facilement dans la vie. Vu qu'on est libre de nos actions dans le poker (personne viendra nous gronder, et personne viendra nous aider non plus), on est libre de faire n'importe quoi, d'adopter des comportements malsains et destructifs. Ce que font beaucoup de joueurs: vu qu'ils n'ont plus de barrières, ils se laissent aller, mangent mal, se gèrent mal, jouent dans les pires conditions, et très vite leur winrate s'effondre, le poker devient un labeur, un grind journalier nécessaire. Le grind devient ce qui leur permet de financer leurs mauvaises habitudes!!! Et ainsi la liberté offerte par le poker devient la pire des prisons. mais ce n'est pas le poker qui emprisonne, c'est nous-mêmes.

    Hier soir mon maître de méditation zen a dit, citant un moine Chinois du 7ème siècle (courant du Chan): 'Je suis libre de moi, donc libre de tout'. AD: Erreur dans ma citation, il s'agit de Shunryu Suzuki, un maître zen contemporain, aujourd'hui décédé, qui enseignait en Californie dans les années 70. La racine de la pratique reste la même cependant (elle traverse les âges, depuis 2500 ans), et l'idée a toujours sa place ici.

    L'illusion des êtres humains, c'est de chercher la liberté à l'extérieur d'eux-mêmes. Dans l'argent, ou dans la reconnaissance, dans la non-contrainte en fait. Mais la contrainte existe partout, elle est corolaire de la liberté. Se contenter de peu c'est être riche. On peut avoir tout l'argent du monde et être misérable, et c'est là une forme de stupidité / cupidité avancée. Le poker nous promet la liberté, mais en fait il nous mets en face de nous-même: arriverons-nous à nous libérer de nous-mêmes dans ce jeu où toutes nos pulsions ressortent si facilement? Arriverons-nous à naviguer au milieu de nos pulsions en gardant la tête froide? Arriverons nous à nous gérer? A nous comprendre et à travailler sur nos tendances? Ce n'est pas quelque chose qui viendra sans efforts, et si on ne le comprend pas très vite, alors oui le poker enfermera, le poker nous bouffera.

    L'espace de liberté qu'offre le poker laisse nos pulsions inconscientes totalement libres. Le jeu, par sa fureur et sa nervosité, peut faire de nous des addicts, des esclaves, de différentes manières.

    En ce qui me concerne, cela fait un bon moment que j'ai décidé de considérer le jeu comme 'réalisation' (voir d'autres billets du blog), et donc comme une opportunité de me connaître, de me gérer et d'évoluer. Je vois la liberté comme pratique ; c'est quelque chose qui se travaille.

    En tout cas ce qui se passe, c'est que les joueurs se font prendre par l'illusion. Dans la vie, l'accumulation d'argent et de reconnaissance est une illusion. Tout cela meure avec nous. Vous pouvez gagner 100k tous les ans (ou 100M), faire tous les projets que vous voulez, chercher à vous réaliser dans ces projets, ces 'rêves' ; de fait vous pouvez mourir demain, et à chaque seconde de votre vie. La vie est fragile, et elle ne nous appartient pas. S'illusionner de l'argent, vouloir s'enivrer du pouvoir que procure celui-ci, ou de la puissance ressentie dans le jeu, ce sont des attitudes de contrôle, la recherche de conjurer la mort. Je ne dis pas qu'on peut éviter ces 'désirs', mais clairement on peut choisir de ne pas les alimenter, de les laisser à leur place ; ils viennent, et ils partent, comme ils sont venus.

    Quand je vois des joueurs (comme l'exprime Artplay), qui dit continuer à jouer au poker pour l'argent qu'il en tire, bien qu'il considère parfois cela comme 'un jeu de m**de', ma foi la désillusion est évidente et inévitable. On ne tire aucune liberté, aucune connaissance, aucune maîtrise, et aucune réelle fierté, dans l'accumulation d'argent en soi. L'argent c'est de la matière morte, de la matière fécale pour prendre des termes psychanalitiques. Dans notre monde, tout le monde célèbre pourtant l'argent, son pouvoir d'échange, d'usage, et son pouvoir symbolique. C'est là pour moi une illusion, et de l'illusion nait la désillusion (la médiocrité que ressent un joueur gagnant 100k / an, parce qu'il est maintenant désillusionné, et l'outrage que cela crée chez ceux qui sont pris dans l'illusion, et qui croient que s'ils gagnaient 100k il seraient forcément plus heureux).

    Ce n'est pas ce que je fais. Je n'aime pas l'argent, je le méprise. Je n'aime pas la reconnaissance non plus, en tout cas j'essaie de faire attention à ce qu'elle ne me bouffe pas.

    Je ne gagne pas 100K/an (cette année peut-être, mais pas les années précédentes). Et pourtant je suis riche. Très riche. La raison est que je me contente de peu, je n'alimente pas trop mes désirs, j'essaie de garder mon ego à sa place, en contrôle. Je peux aisément vivre avec 1000€ par mois et être le plus heureux des hommes. Alors quand je gagne 3 fois cette somme ou plus, qu'est-ce que je vais me casser le cul à gagner plus?

    J'adore le poker. Evidemment je suis passé par toutes les sortes de doutes, le jeu m'a souvent obsédé et rendu très mal ; il a fréquemment perturbé mon sommeil et aussi l'harmonie de mes journées. Mais je n'ai jamais été désillusionné. Et d'ailleurs le jeu m'obsède beaucoup, beaucoup moins qu'avant.

    Je ne joue pas au poker pour l'argent. Je joue parce qu'il me passionne.

    Je joue au poker pour ce qu'il m'apprend. Pour ce qu'il révèle. Il fait sortir tellement d'états, et avec une telle intensité et profondeur, que j'en fais une pratique de connaissance de soi. En travaillant des leaks dans mon mental game, pour améliorer mon jeu, j'ai aussi déraciné des tendances à la colère et à la puissance qui s'exprimaient dans bien d'autres aspects de mon existence. Grâce au poker, j'ai appris à dompter la bête qui était en moi. Et la bête est toujours là, il faut la dompter chaque jour.

    Le poker m'offre une gestion totale de mon temps. Il m'offre du temps libre, mais encore faut-il le prendre! (ce que beaucoup de gens ne peuvent faire, complètement angoissés à l'idée de ne rien faire)

    De fait dans ma vie, j'ai progressivement abandonné toute volonté d'exister. Je n'ai pas de réel projet de vie, je n'ai pas envie d'accomplir quelque chose. Vivre est suffisant, sans laisser trop de traces. Ce qui me mène, c'est le 'Connais-toi toi-même', cette sagesse qui remonte à l'antiquité. Il ne s'agit pas d'être égoiste. Permettez-moi de citer Maître Dogen, un japonais du XIII ème siècle:

    'Apprendre la voie du boudhisme, c'est s'étudier soi-même.

    S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même.

    S'oublier soi-même c'est être certifié par toutes les existences du cosmos.

    Etre certifié par toutes les existences du cosmos, c'est dépouiller son propre corps-esprit et celui des autres'.

    C'est là la Voie que je suis. On en revient à la liberté: 'je suis libre de moi, donc libre de tout'. Se libérer de soi-même, c'est de là que vient la véritable liberté, la véritable joie, la véritable connaissance aussi (on peut avoir toutes les connaissances du monde mais être ignorant, car prisonnier de soi-même, de ses conditionnements).

    Je cherche donc en premier lieu dans le poker une connaissance de moi. Une connaissance de mes états, de mes pulsions, de mes failles et de mes forces. Et une connaissance du détachement vis-à-vis de tout cela. La connaissance que ces états, ces tendances, ne sont pas figées dans le marbre. Que toute cela ne m'appartient même pas, mais est fruit des circonstances et des conditionnements passés.

    Le poker apprend à laisser passer tous les attachements, parce que quand on joue, quantités d'émotions et de pensées absurdes vont nous saisir. On devient comme des singes dans le jeu. Il y a là un potentiel d'enfermement, mais du même coup un potentiel de libération, par apprentissage de la contrainte.

    La plupart des joueurs voient l'adversité comme quelque chose de désagréable, quand en fait l'adversité est le meilleur maître. On apprend en tombant. Le poker nous offre une adversité illimité. Et je ne parle pas de la compétition avec les adversaires, bien que cela fasse partie du tout, mais de la lutte contre nous-même qui se déploie dès qu'on s'assoie à une table de poker. Cette adversité là n'a pas de limite. Les meilleurs joueurs le savent. Les médiocres pensent qu'ils luttent contre les autres.

    Par ailleurs, le poker m'apporte argent et temps. Laissez-moi vous dire ce que je fais de mon temps, ce que j'aime à faire de ma vie. L'an dernier, à la fin de l'hiver, je suis parti seul dans un trou paumé des montagnes ardéchoises, dans une ancienne maison de berger loin d'être correctement isolée. Je suis parti seul, une semaine, avec une température nocturne intérieure de 0 à 5°C. Ma seule nourriture fut: un sac de haricots et un sac de farine, ainsi que quelques noix. Je n'ai pris aucun divertissement, pas de musique, pas de livre, si ce n'est l'oeuvre complète de Tchouang-Tseu, un penseur Chinois ayant vécu il y a 25 siècles (le genre de bouquin dont on ne peut pas lire plus de quelques pages d'un coup, tant c'est profond. On lit 3 pages, et on les laisse infuser une après-midi. Impossible à lire compulsivement).

    Je devais me laver dans de l'eau glacée. Je devais marcher 25km tous les jours simplement pour maintenir ma chaleur corporelle. Le midi, je ne mangeais que quelques noix. Je m'alimentais du souffle, et des éléments de la nature. J'ai ressenti des angoisses incroyables, des sensations de vertige, de grandeur et de petitesse. J'ai observé la folie de l'esprit, sa tendance à s'accrocher à tout. Pendant une journée (entière) j'ai eu une chanson dans la tête. Indélogeable. Au milieu des arbres et du silence. Je n'ai croisé personne en une semaine, en tout cas je n'ai parlé à personne. Après ces quelques jours, après avoir traversé une myriade d'états et de peurs, mon esprit s'est apaisé. Je suis revenu à la ville un nouvel homme.

    C'est ce que j'aime faire quand j'ai du temps. La semaine prochaine je vais marcher dans les Vosges, avec une tente, un de mes meilleurs amis, et pas grand chose d'autre. Je suis fondamentalement un anti-balla.

    J'ai beaucoup voyagé au Maroc, mais j'y vais pas pour squatter dans un Ryad à Marrakech, non je marche dans l'Atlas, je dors à la belle étoile dans les forêts de cèdres avec les chiens sauvages qui aboient à quelques kilomètres et me font dormir d'un seul oeil.

    Je me suis toujours senti mal à l'aise dans le fait d'être 'servi', ou de payer pour trop de services. Je préfère autant faire le max par moi-même, y compris me faire à manger.

    Qu'est-ce que le poker me permet de faire? Il me permet d'avoir du temps de contemplation. Je ne vais pas trop développer ici parce que l'extrême majorité des gens ne comprennent pas du tout la nature de la contemplation. Ils croient qu'il s'agit d'une admiration béate devant l'univers, quelque chose d'un peu stupide et de pas très intéressant. En réalité la contemplation c'est faire silence. Quand on trouve le silence, alors on commence à entendre, et à voir. Quand on se libère de soi-même, on voit la vie qui se déploie à travers nous. On voit la vie au-delà de soi.

    La contemplation, ce n'est pas la paresse. C'est un travail incessant, un travail de lâcher-prise. Quelque part, le plus confrontant des travaux, parce qu'on s'attaque directement à l'ego. C'est l'acceptation absolue de ce qui est. L'acceptation absolue de l'interdépendance, et de l'impermanence. L'acceptation que notre vie est comme une cascade, elle coule, jaillit, et très vite elle rejoint la grande rivière ; très vite on vit et très vite on meurt. S'attacher à nos possessions (l'argent, mais aussi nos diverses identités), c'est l'ego qui résiste à la réalité de l'Etre. Cette tension qui nous traverse, tous, entre ego et Etre, depuis des millénaires, c'est le mouvement de la vie humaine.

    Ma vie, c'est plonger dans cette connaissance, plonger dans cette liberté. Remonter à la racine. Accepter la tension comme caractéristique de notre être, et trouver une paix dans cette tension même. Voir que l'angoisse est ce qui nous met en mouvement, plutôt que de compulsivement chercher à fuir l'angoisse (plus on fuit, plus on est poursuivi....).

    Alors ma vie tourne autour de certaines pratiques. La méditation zen et le kung fu me nourrissent et me libèrent. Mais je dois pourtant toujours me forcer à pratiquer. Quelque chose résiste toujours en moi, comme chez tout le monde. C'est normal, c'est ça être Homme (plutôt qu'arbre par exemple. Bien que l'homme puisse beaucoup s'inspirer des arbres pour se réaliser!). Le poker lui-même devient une pratique de réalisation. L'argent que j'y gagne me permet surtout de continuer à jouer, donc continuer à pratiquer ce jeu qui apprend tant sur nous et sur les hommes en général. Evidemment que je ressens du stress et des difficultés dans le poker. Mais j'aime ces difficultés.

    J'aime profiter de mon temps pour faire à manger. J'aime beaucoup manger, mais j'aime aussi la simplicité. Je vais ramasser des fruits quand je peux, sinon je trouve des graines et des légumes et je me fais des soupes de paysan, toutes simples, toutes bonnes, extrêmement nutritives et saines. Hier je me suis fais des falafel maison. Une seule boulette nourrit suffisamment pour aller faire une aprem de randonnée.

    Je profite de mon temps pour travailler l'énergétique. Evidemment j'explore cela dans le kung fu par exemple, mais aussi dans tout. Tout tourne autour du souffle (le Chi, l'énergie vitale fondamentale), rien n'est plus important dans notre vie, et pourtant bien peu sont ceux qui connaissent ce mystère. Surtout à notre époque! Mais l'énergie c'est en fait tout ce dont on s'alimente. Donc la nourriture. Un simple bol de graines préparé en conscience nourrit plus profondément qu'un steak de boeuf servi dans la plupart des restaurants. Mais personne ne me croira là-dessus, et ça ne me pose aucun problème, je suis suffisamment heureux d'avoir pu entrer en contact avec ces 'secrets' millénaristes. Ceux qui veulent s'intéresser à cela, je peux vous en dire plus. Mais vous pouvez aussi trouver par vous-mêmes, les gens qui cherchent ne manquent pas.

    L'autre jour, j'ai fait mon propre dentifrice, et mon propre déodorant. Naturels, extrêmement économiques, et écologiques. J'avais déjà mon propre produit vaisselle, non-polluant. J'aime trop la nature pour rejeter des m**des dans mes tuyaux. Mon empreinte sur le monde est minime. J'ai une machine à laver manuelle, que j'ai volontairement préférée à une machine électrique. Cela semble stupide, une perte de temps, que de devoir essorer ses habits à la main, à l'ancienne. Pour moi c'est une hygiène de vie, une gestion de moi-même. Quand je fais la lessive, ou la vaisselle, c'est un moment de pratique physique, de concentration et d'oubli de moi-même. Je prends volontairement du temps pour pratiquer, et c'est tout l'inverse de la perte de temps. C'est par la pratique, par l'usage du monde, que l'on apprend. Je parle là de la maîtrise de nous-mêmes et de notre environnement, le type de maîtrise que les arts martiaux enseignent depuis des millénaires. La maîtrise, c'est la pratique, et faire la vaisselle peut être une pratique de réalisation, de même que marcher sur du sable. On peut faire n'importe quoi et en apprendre, de fait, il suffit de mettre sa conscience en éveil sur ce qu'on fait, ici et maintenant. Faire la vaisselle, ce n'est pas 'perdre du temps de vie', c'est une occasion de pratique de conscience. Le poker en est une aussi, mais si on néglige certaines pratiques au profit d'autres, si on cherche uniquement le plaisir, le divertissement et qu'on fuit la contrainte, très vite le déséquilibre et la disharmonie s'installent.

    Dans notre monde, tout le monde veut toujours gagner du temps, foutre un croque-monsieur industriellement préparé au micro-ondes, et se dépêcher de se jeter dans un divertissement quelconque. Il n'y a pas de fin dans ce mouvement, pas de répit, pas de paix. Ca ne mène à rien. Chercher à gagner du temps, c'est le plus sûr moyen de passer à côté de sa vie.

    Aussi, gagner du temps a généralement un coût (par exemple s'acheter de la bouffe pré-préparée dégueu), et il faut alors travailler pour financer ce 'gain' de temps. Où est le gain au final, quand on est obligé de travailler plus? Je cherche très peu à gagner du temps, et donc j'ai très peu besoin de travailler.

    Quand je vais dans un endroit nouveau, je ne prends pas les transports. Je ne prends pas de cartes, je ne visite rien de spécial. Je marche, je me laisse guider par l'intuition et les sens. Je prends le temps de vivre, même s'il n'y a pas une direction précise.

    Le poker m'offre cela, parce que si je veux je peux prendre le jour off. Evidemment, je fais moins de volume que la plupart des 'pros'. Mais je m'en fous, je suis riche, et je suis assez bon et assez passionné pour continuer à gagner ma vie avec ce jeu. Je ne suis pas le meilleur, mais ma pratique est apaisée et profonde. Très loin de moi l'idée de gagner le plus possible pour arrêter et faire autre chose. Non, je veux juste continuer à vivre comme cela autant que possible, et si les circonstances changent, ma foi je changerai avec elles. C'est cela que m'apprend le poker également: l'environnement change, chaque situation est unique, il faut toujours s'adapter. La vie c'est pareil.

    Je me suis laissé aller à parler librement. J'ai choisi de le faire parce que mon approche est contraire à la plupart des gens, à la plupart des pros, et pourtant je sens que j'en tire le meilleur. J'essaie de vivre ma vie avec conscience, à chaque instant, chaque inspir, chaque expir, chaque pas, chaque action, chaque pensée et émotion. Je vie le poker pareillement, et le poker est à dire vrai un excellent maître dans la connaissance de soi. Je n'ai jamais eu le blues du poker. Je ne me suis jamais questionné sur mon utilité sociale. Il faut bien voir que le monde des hommes est toujours changeant: la réussite sociale ne veut rien dire, car elle dépend des circonstances et de la chance ; les principes de réussite changent à chaque génération. Ils ne dépendent de personne, et notre réalisation n'a certainement rien à voir avec tout cela, de mon point de vue tout le moins.

    Mon référentiel, c'est l'Univers. Le monde des hommes c'est une chose, et évidemment j'en fais partie. Mais la vie est partout, sous une infinité de formes, et la grandeur de l'homme c'est de pouvoir contempler la vie au-delà de lui-même (au delà de la société, mais aussi au delà de sa propre individualité, de sa propre identité, son propre ego).

    Homo Sapiens Sapiens. L'homme qui 'sait qu'il sait'. Dans le mouvement du 'savoir qui se connait lui-même', il y a quelque chose d'illimité. C'est notre liberté et même notre devoir d'explorer la connaissance cyclique qui nous est ainsi offerte. S'abîmer dans l'existence en courant après les illusions, c'est malheureusement le quotidien de la majorité des hommes depuis toujours, mais la vie ne nous l'impose pas, c'est nous-même qui refusons de nous accorder avec le Réel.

    A ceux qui sont allés jusqu'au bout, bravo à vous, merci d'avoir pris le temps, et à une prochaine.

Mr Sneeze

Crazy monkey

http://www.youtube.com/watch?v=bulibjyaQ0s

L'esprit est un singe fou. Le poker nous offre une bonne opportunité d'étudier le singe qui est en nous :).

Après être sorti du tournoi Club Poker Series, je marche un peu dans Paris, et inévitablement, la main de mon élimination me revient en tête. D'autres mains reviennent aussi. Est-ce que j'ai vraiment joué mon A-game? Qu'est-ce que j'aurais pu faire différemment?

Ou encore, j'aurais (faire X, ou Y). Quand j'ai commencé à trop penser au conditionnel, je me suis forcé à m'arrêter, et de là de meilleurs choses sont apparues.

C'est très facile de se remettre en question après avoir bust un tournoi. C'est vrai aussi après une session de cash game perdante, bien que moins intense. J'ai beau avoir de l'expérience, savoir que je vais bust avant la TF dans 95% des MTTs que je joue, j'ai systématiquement un choc après avoir bust d'un tournoi. Même online, alors que j'ai encore 6 tables running! Sortir d'un tournoi, c'est souvent une défaite personnelle.

Pareil après une session de cash difficile (parfois, remise en cause même après une session gagnante, si ya par exemple un coup que je pense avoir mal joué).

Quand je lis des posts de joueurs de poker, ou que je les écoute parler, j'observe le même genre de réaction que chez moi: le fameux j'aurais dû. J'aurais dû shove le flop, j'aurais gagné le coup. J'aurais dû attendre de voir le flop, il aurait foldé AK plutôt que toucher son A river! Selon le niveau des joueurs, le 'jaurais dû' sera plus ou moins évolué, stratégiquement parlant. Les 'j'aurais dû' d'un bon joueur seront généralement plus sensés que ceux d'un joueur moins aguerri ; par exemple, un bon joueur pourra se dire qu'il aurait dû quitter la table plus tôt, parce que la fatigue l'a empêché de prendre une bonne décision. Il peut y avoir une leçon à tirer du conditionnel, des choses à travailler pour éviter qu'elles ne se reproduisent.

Bon donc, alors que je marchais, je me suis rendu compte: quoi qu'il arrive, à chaque fois qu'une session de poker ne se passe pas aussi bien que je l'espère (ce qui va arriver très souvent, le poker étant ce qu'il étant), mon esprit va s'activer et chercher à se rassurer (ou à s'inquiéter, jsuis pas tellement sûr :P). C'est là qu'est le singe fou. En permanence en train de naviguer entre passé et futur, il n'arrive pas à se contenter du présent. Pourtant, le présent, c'est la seule chose réelle. J'étais dans le tournoi avant le dinner break, je ne l'étais plus après. De même que je n'étais pas dans le tournoi avant qu'il commence. Pourquoi être affecté par une perte qui n'en est pas une? Certes j'ai perdu le buy-in, mais ça je le savais dès le début non?

C'est aussi simple que cela.

Le singe fou, c'est aussi l'attachement. Par exemple, j'ai un gros stack, je vais ship ce tournoi! Wait, il reste 60 joueurs, être chip leader maintenant c'est cool, mais ça garantit pas grand chose. Certains joueurs veulent être big stacks aussi vite que possible, alors même qu'avoir 3 fois l'average au bout de 2h ne garantit même pas d'être ITM, loin de là.

Situation hypothétique de CG: vous gagnez une tonne. Vous êtes très vite up de 3 ou 4 caves. A la fin de votre session, vous n'êtes plus up que d'une demi-cave. Si on regarde dans l'absolu, c'est certainement un très bon résultat, dépendant de la durée de la session. Pourtant, pour quasiment tout être humain, ce résultat sera perçu comme une défaite. 'Man, j'étais up de X€! Maintenant je ne gagne 'que' Y€ '. Comparez cette situation avec un joueur qui perd plusieurs caves en début de session et finit up de juste 3 big blinds. Sa session lui paraîtra comme une victoire. 'Yes, j'ai remonté la pente!'.

L'un se sentira mal, l'autre bien. Les 2 ont pourtant torts. Ils ont laissé le singe fou prendre le contrôle, ils se sont laissés séduire par l'attachement, chacun de manière opposée. L'un en s'attachant à la victoire, l'autre à la défaite, considérées en termes de résultat. Nous savons tous que le succès au poker ne dépend certainement pas des fluctuations journalières. Ca n'empêche pas d'être attaché à ces dernières! Même avec de l'expérience.

On s'attache aussi à d'autres choses. 'put**n combien de temps va durer mon bad run!' Well good news, ce run n'est pas le tien. Il n'appartient à personne, il n'existe même pas, il n'y a que l'illusion de l'attachement. La seule chose qui existe, c'est la main en cours. Ce qui est arrivé la main précédente, ou les 3 millions de mains précédant, n'est pas à vous.

Accumuler une pile de jetons ne vous garantit rien dans un tournoi. Gagner 3 caves en cash game ne vous rend pas propriétaire de ces caves, en tout cas pas avant que vous quittiez la table (et même en la quittant, l'argent reviendra sûrement au jeu le lendemain, et vous pourrez perdre ces 3 caves à ce moment là!). L'argent en jeu n'est plus à nous, et pourtant il y a cette maladie universellement répandue de l'attachement. De là les montagnes russes émotionnelles du poker. Le singe fou s'amuse de ces montagnes russes, il s'en enivre, il est prompt à l'addiction.

Mais qui a véritablement envie de se libérer de l'addiction, du high du poker? Il faut savoir ce que l'on veut, et une fois qu'on le sait, se plaindre de la souffrance qu'on alimente devient sans fondement.

La pensée au conditionnel, la pensée qui cherche à changer le passé ou à se projeter dans le futur ('dans le futur, jamais je spew!), c'est l'ego, la volonté de contrôle. C'est aussi l'enfer. Je ne dis pas qu'il ne faut pas apprendre de nos erreurs, ou anticiper l'avenir. Mais cette compulsivité à remodeler un passé qui nous dérange (par exemple un passé où on perd), c'est l'enfer. Cette tendance n'a pas de limite, chacun l'alimente ou la calme à sa manière, dans la mesure de sa liberté et de son pouvoir.

'Si seulement j'avais pris la caisse X au supermarché, je serais rentré plus vite chez moi.'

'Si seulement j'avais parlé plus tôt à cette fille, peut-être que j'aurais eu une chance'.

'Si seulement je pouvais ne jamais me tromper, je serais un mec génial ! '

'Si seulement j'avais autant de chance que cet abruti, je gagnerais des millions au poker ! '

'Si seulement j'étais riche....'

A ce stade je pense que vous voyez bien à quel point le singe se réveille dès qu'on joue au poker. Mais il est là partout, dans tout ce qu'on fait. Il est chez tout le monde. Qu'on soit joueur ou non-joueur, homme ou femme, français ou indien, pauvre ou riche, en pleine santé ou non.

Certains travaillent à le discipliner. Certains parviennent à l'observer, d'autres croient qu'ils sont le singe, il s'identifient à ses humeurs. Prendre un pas de côté par rapport à ce qui nous traverse, c'est le premier pas pour sortir de l'ignorance. Cette ignorance n'a rien à voir avec ce qu'on sait, ou ce qu'on ne sait pas. Ce n'est pas une question de connaissance, mais de vision juste.

Pour ce qui est de mon singe, après qu'il ait commencé à parler au conditionnel, je me suis rendu compte que la remise en cause était sans fondement. Evidemment que j'aurais pu jouer des coups différemment. Evidemment que je fais des erreurs quand je joue. Tout le monde en fait, tout le temps. Evidemment que j'aimerais jouer parfaitement chaque jour, être une sorte de demi-dieu clairvoyant, jamais en proie à l'humiliation et l'impuissance de la défaite. Evidemment que je préférerais gagner tous les coups que je joue (wait, what? :D).

Autant dans le poker que dans la vie en général, j'aurai ce singe qui viendra me parler, et qui cherchera à remodeler passé ou futur, qui cherchera à m'éloigner de la paix du moment présent ; et je serai tenté, à chaque fois. Mais chaque fois que je décide de laisser passer, de me dire 'ce qui est, est', je deviens plus libre. Plutôt que de tourner en boucle, mon corps-esprit s'apaise, et les choses deviennent plus claires. Pas de regret, pas de remords. J'ai fait de mon mieux, et oui, mon mieux est perfectible. Et parfois, je ferai aussi mon pire. C'est ça être humain, nous sommes des créatures fragiles et perfectibles. Est-ce que je vais laisser mon mieux me tourmenter? Mon pire? La variation de mes états? La variation du monde qui m'entoure? Ce que pensent les gens? Le succès qui m'arrive? Les difficultés et échecs que j'affronte?

Je ne possède rien de tout cela.

L'impermanence est la réalité de toute chose, le défi de la réalisation pour un humain est d'accorder cette réalité avec le mouvement infini de résistance (l'ego, le refus de notre mortalité, de notre finitude) qui nous anime. C'est cela, être en phase avec l'univers.

Si le poker m'apprend chaque jour à me libérer, comment aurais-je un jour envie d'arrêter?

Mr Sneeze

... ce qui est difficile c'est de gérer notre esprit. Enfin toute la société de cellules qui nous compose.

D'abord une main.

PokerStars Hand #117289761603: Hold'em No Limit (€1/€2 EUR) - 2014/06/09 1:55:34 CET [2014/06/08 19:55:34 ET]

Table 'Ampella III' 6-max Seat #4 is the button

Seat 1: King_ZeManel (€244 in chips)

Seat 2: Avatard789 (€317.53 in chips)

Seat 3: Cha444_Fr (€329 in chips)

Seat 4: Joelapioche (€283.57 in chips)

Seat 5: TITOUT92 (€110 in chips)

Seat 6: almk93 (€301.31 in chips)

TITOUT92: posts small blind €1

almk93: posts big blind €2

*** HOLE CARDS ***

Dealt to Joelapioche :9d:9s

King_ZeManel: folds

Avatard789: folds

Cha444_Fr: raises €4 to €6

Joelapioche: calls €6

TITOUT92: folds

almk93: folds

*** FLOP *** :Jd:9c:8d

Cha444_Fr: bets €10

Joelapioche: calls €10

*** TURN *** :Jd:9c:8d:5s

Cha444_Fr: checks

Joelapioche: bets €27

Cha444_Fr: raises €55 to €82

Joelapioche: calls €55

*** RIVER *** :Jd:9c:8d:5s:4h

Cha444_Fr: bets €231 and is all-in

Joelapioche: calls €185.57 and is all-in

Uncalled bet (€45.43) returned to Cha444_Fr

*** SHOW DOWN ***

Cha444_Fr: shows :Qh:Th (a straight, Eight to Queen)

Joelapioche: shows :9d:9s (three of a kind, Nines)

Cha444_Fr collected €567.14 from pot

Une main contre un joueur agressif de PS. On s'est déjà pas mal cherchés dans des sessions passées, je pense avoir une bonne idée de sa manière de jouer.

De ce que je sais de mon adversaire, et de ce que je sens de la situation, cette main est un easy fold river.

Description émotionnelle ingame: - je mise la turn, confiant d'avoir la meilleure main la plupart du temps, j'ai de la value à bet.

- vilain check-raise, et tout de suite je me sens plus du tout confiant sur la force de ma main. Il y a des situations où je danse intérieurement quand j'ai un brelan et que mon adversaire check-raise la turn. Ici, je tank parce que je pense à ce que je vais faire à la river (vilain construit le pot de telle manière à pouvoir shove river, donc il est essentiel que je planifie, que j'estime sa range correctement).

- pourtant sur le coup, je n'arrive pas à faire cette analyse correctement. Je suis en fin de session, il y a du bruit autour (une partie de Fifa), j'ai eu une journée fatigante. Tout ce que j'ai, c'est ce malaise dans le bide, la sensation que je suis pas bon. Cette sensation ne ment pas: elle est construite par des années d'expérience, des centaines de milliers de mains jouées.

- river, je n'ai pas amélioré, je dois fold. Mais mon esprit n'est pas clair, je suis pris par mes émotions, pris par l'action, le pot qui a grossi. Mon bide me dit toujours la même chose, par contre ma tête me dit: 'hey t'as un set contre un joueur bien trop loose, vous êtes bouton vs cutoff, et vous avez de l'historique'. Ce que me dit ma tête est vrai, mais ce n'est pas pertinent. C'est de l'information parasite, qui ne me permet pas de prendre la décision optimale. Au final il y a confusion sur ce que je devrais faire, je prends la mauvaise décision, et je décide d'arrêter ma session juste après.

Ce qui est cool, j'ai la discipline d'accepter que je ne suis plus au top, même si les tables sont belles ; j'ai aussi la bienveillance d'accepter que je ne peux pas TOUJOURS être au top, que je fais des erreurs, et que je n'ai pas toujours la force de continuer à bien jouer après un mauvais call. C'est ok, personne ne peut jouer un poker parfait tout le temps, c'est ça d'être humain.

Pour ceux à qui le fold ne paraît pas clair river, la raison est toute simple: vilain open 38% au cutoff, je suis presque sûr qu'il a tous les QT dans sa range, ce qui fait 16 combos ; il a aussi tous les 76s, et peut-être des 76o. Pas tout à fait impossible qu'il ait un set, mais je pense qu'il va plutôt barrel.

Evidemment je peux théoriquement trouver des bluffs dans sa range, mais j'ai dit avoir une bonne idée de la manière de jouer de vilain, et je doute qu'il choisisse ce spot pour bluffer vu la texture du board, son image, et mon image.

Je suis assez convaincu que la plupart des tirages vont choisir de bet la turn plutôt que check-raise, et pourraient aussi check-call (je pense pas que vilain soit assez bon pour check-call, je crois qu'il va avoir une tendance à trop barrel dès qu'il a de l'équité). Avec 99 je bloque des mains qui pourraient s'amuser à bluff du genre :9d :Xd, ou T9s (il reste qu'un seul combo).

Sur ce genre de board, la réaction à avoir n'est pas: le board est drawy, c'est facile de semi-bluff, on a un brelan, on fold pas. Plutôt: je pense que mon adversaire est déséquilibré, il a de 16 à 20 combos de straight qu'il va avoir envie de jouer comme ça (je touche souvent le board, je vais souvent avoir des mains qui ont de l'équité et qui vont vouloir call un raise turn, voire hero call river) ; par contre il y a très peu de moins bonnes mains qu'il va value (55-88 ; ces mains vont plutôt barrel que check-raise), et il y a aussi très peu de bluffs : ok on peut mettre ATdd dans sa range, mais pareil, cette main va pas toujours check-raise, mais plutôt barrel, et même s'il check-raise, ça fait 1 seul combo! soyons sympas, et disons qu'on trouve 4 combos de semi-bluffs.. est-ce que ces semi-bluffs vont toujours bluffer la river? probablement pas. On se retrouve river avec 16 combos de value crédbles, et difficilement plus de 3 combos de bluff => easy fold.

Vilain est ptet agressif (preflop notamment), ce spot se révèle être un spot où il ne bluff pas assez (et où personne ne bluff assez, probablement, et avec raison, vu que tout le monde call trop!!!).

Pourquoi y-a-til des moments où on est 'in the zone', où toutes nos décisions sont bonnes et correctement renseignées? Pourquoi au contraire y-a-t-il ces moments où nous avons du mal à nous faire confiance? A suivre nos instincts? Il y a la fatigue, l'impatience, la peur, tout cela et beaucoup d'autres choses.

La réalité c'est qu'il y a une énorme variance dans la qualité de notre jeu, de même qu'il y a variance dans nos résultats, dans les cartes qui tombent. C'est l'une des réalités du jeu, qu'il faut accepter, embrasser, et gérer le mieux possible. Pour moi cela revient à travailler la conscience du moment présent. Par exemple, j'ai fait une erreur sur cette main, mais je n'ai pas fait l'erreur de continuer à jouer après. Dans d'autres situations, je pourrais être capable de juste prendre un court break, et de continuer à grinder, parce que j'ai la force de digérer mon erreur ; il y a aussi des fois où l'erreur arrivera, je la verrai tout de suite, et je n'aurai même pas à prendre de break : je saurai que je peux continuer à bien jouer malgré ce revers. Chaque situation est unique, l'important est de rester dans le moment présent, dans l'écoute objective des mouvements, forces, énergies, émotions qui nous traversent (et que nous ne contrôlons pas complètement!).

En l'occurrence la meilleure solution était de m'arrêter, et d'apprendre pour l'avenir à me méfier de la fatigue mentale.

Le poker c'est facile. Voilà ce que je pense qu'il suffit de faire au poker pour gagner:

1) Etablir un read, cad lire la situation.

2) Estimer les possibilités d'action.

3) Trouver la meilleure ligne d'action.

4) La suivre.

C'est valable lorsqu'on joue une main, mais ça peut aussi s'appliquer à nous-même, notre gestion émotionelle, le choix stratégique de jouer ou de ne pas jouer, et de jouer où / comment.

Pourquoi est-ce que ça ne vient pas facilement? Voici pour moi les difficultés que tout le monde rencontre dans ce jeu, qui nous éloignent de la 'facilité'.

1) Pour ce qui est d'établir un read, il est aisé d'être aveugle à certaines informations (ou changements d'informations), il est aisé de donner trop de poids à certains facteurs plutôt que d'autres, il est aisé de projeter nos tendances chez les autres, il est aisé de se faire prendre par ses émotions, il est aisé de donner trop d'importance au tracker, etc etc. Ex d'erreur: mon adversaire est agressif donc il bluff forcément souvent. C'est absolument faux: quantité de joueurs sont ultra-crazy preflop mais ne vont jamais bluffer certains spots postflop. A contrario d'autres joueurs peuvent exploiter une image supper nitty pour sortir des bluffs de l'espace postflop. C'est facile de généraliser des tendances, et c'est pour ça que si vous classez vos adversaires en 'TAG' ou 'LAG', vous loupez tout ce qui se passe. 2 joueurs peuvent avoir les mêmes stats et faire des choses totalement différentes. Il y a des LAGs nitty et des TAGs spewy.

2) Sur les possibilités d'action: vous avez le droit de faire ce que vous voulez au poker, surtout au no-limit. Vous avez le droit de limper, de minraise, de shove pour 40 fois le pot, vous avez le droit d'open-fold AA si vous voulez (j'ai pas dit que c'était correct, mais vous avez le droit). Tellement de joueurs se ferment des possibles. C'est peut-être plus facile, plus pratique de toujours bet entre la moitié du pot et le pot, mais ce n'est certainement pas optimal tout le temps. 90% des regs semblent oublier qu'ils ont le droit de miser 1/4 pot ou 3 fois le pot. De même en MTT, tout le monde minraise preflop maintenant, c'est la mode. C'est ptet le mieux à faire dans pas mal de cas, mais c'est autorisé d'open 5bb, de même qu'il est autorisé de reraise shove 70bb si vous avez envie. Au poker, si vous n'êtes pas ouverts à tous les possibles, vous laissez de l'argent sur la table.

Pour moi, la raison pour laquelle la majorité des joueurs ne pensent même pas à certaines possibilités, c'est la peur d'échouer. Etre créatif, expérimenter, implique de se tromper. La peur de l'échec empêche de devenir un maître. Mickael Jordan a loupé plus de paniers qu'il n'en a mis.

3) Choisir la meilleure ligne d'action: c'est très lié au point 2). Si on n'envisage pas certains possibles, la meilleure ligne d'action est souvent 'standard'. C'est en effet la meilleure ligne d'action dans un spectre d'action limité. Dans un spectre d'action illimité, ou au moins plus large, trouver la meilleure ligne d'action impose d'accepter une plus grande incertitude, un plus grand risque. Je me retrouve parfois à faire des bluffs qui ont l'air absolument débiles, mais ils ne le sont pas ; ou en tout cas ils m'apprennent quelque chose: ils me permettent d'explorer des possibles ; même si je me trompe maintenant, ça m'apprend à trouver des plays 'impossibles' pour d'autres joueurs.

Une des difficultés principales à choisir la meilleure ligne d'action est l'incertitude inhérente au poker. Il est très difficile, même pour des joueur aguerris, de faire certains folds par exemple, car lorsqu'on fold on ne voit pas la main adverse. Il y a incertitude, et notre esprit préfère avoir tort mais être sûr que de douter. Cela dénote encore une fois une peur, un manque de confiance dans nos forces, dans nos reads et notre aptitude à prendre la meilleure décision. Ce pourquoi à partir de quelques revers on peut facilement avoir un bon joueur se retrouver incapable de faire des bons folds, et aussi incapable de faire des moves trop risqués ; et c'est comme cela qu'un joueur gagnant perd sa racine, sa confiance, et s'effondre. C'est très facile.

Comme avant, si nos émotions s'impliquent à ce stade, on en arrive à privilégier des lignes d'actions qui ne sont pas optimales (par exemple renoncer à un bluff parce que trop risqué). Une autre difficulté est le pilotage automatique, où on prend une décision par habitude, sans la remise en cause salutaire (il ne faut évidemment pas toujours tout remettre en cause, gros danger). Etre habitué au 'standard', avoir du mal à raisonner par soi-même mais préférer suivre l'avis de la communauté, nous éloigne aussi de l'action juste. Ce qui fait que quantité de joueurs auto-stack off AK et QQ preflop alors qu'il y a clairement des situations où c'est EV-. Décision automatique. Alors qu'il suffit de faire les maths et de se rendre compte qu'on perd une tonne sur ces spots.

Et je vois ça jusqu'en NL1000 donc c'est un leak répandu.

4) Suivre son choix. En live, c'est le moment où les jetons ou les cartes passent la ligne. Online, c'est cliquer sur un bouton. Quoi de plus facile que de cliquer sur un bouton? Et pourtant, qui n'a pas connu le 'finger tilt'? Je sais que je dois fold, tout me dit que je dois fold, mes instincts, mes émotions (un malaise par ex), mon analyse rationnelle, mais f*ck j'appuie sur call au dernier moment.

Cette étape n'est pas forcément la plus facile à régler. C'est très courant de voir des joueurs savoir quelle est la bonne décision, et pourtant 'call perdant' ou whatever.

Je vous conseille cette lecture: Tommy Angelo

Si vous avez du mal avec certaines décisions, changez les règles du jeu. Vous ne vous asseyez pas à la table pour gagner, mais pour apprendre à folder. Ou apprendre à quoi que ce soit. C'est votre objectif aujourd'hui. En faisant ça, on peut de fait s'entraîner à suivre ses choix, ce qui fait de nous des joueurs de poker plus accomplis.

A noter aussi: si ce que je dis au-dessus est vrai, il est facile de prendre des mauvaises décisions au poker, à plusieurs niveaux (collecte de l'information, organisation de celle-ci, décision, action). Cela peut être incroyablement tiltant d'avoir ce décalage entre notre potentiel, notre capacité d'analyse, et nos mauvais plays parfois. Décalage entre A-game et C-game.

Comment expliquer cette variance de nos états? Pourquoi devenons-nous le pire des calling stations parfois? Le bluffeur stupide? Parce qu'on cherche tous quelque chose dans le poker, et ce quelque chose nous aveugle.

Voir ce qui perturbe notre clarté intérieure, c'est devenir un meilleur joueur de poker, c'est aussi utiliser le poker pour mieux se connaître, cad s'éveiller au tissu d'illusions qui nous constitue, et s'en libérer, pas à pas.

Sur ce, je vous laisse!

Mr Sneeze

Dans la première vidéo je commente 3 mains jouées au cours du DSO Saint-Amand de la semaine dernière, où j'ai fini premier. La qualité visuelle est parfois mauvaise, mais je pense qu'on arrive à suivre.

Dans la seconde, j'aborde des aspects plus généraux, plus psychologiques, sur mon approche du tournoi.

http://www.dailymotion.com/video/x1tcqq5_3-mains-du-dso_sport

http://www.dailymotion.com/video/x1tcr3i_commentaires-generaux_sport

Mr Sneeze

Keep rising

Le poker est un environnement changeant. Le jeu a beaucoup changé au 21ème siècle, et on peut clairement se rendre compte d'évolutions de tendances d'un mois à l'autre, si on grind régulièrement.

On peut regarder les vidéos de 2008 des meilleurs joueurs de l'époque, et s'inspirer de leur talent et intelligence, mais si on se contente d'imiter leurs stratégies, on n'aura certainement pas le niveau de succès qu'ils ont eu. Parce que jouer en mid / high stakes en 2014 n'est pas du tout la même chose qu'en 2008.

La réalité est que tout le monde progresse, parce que l'information se diffuse, les stratégies gagnantes sont émulées, etc.

Ca effraie pas mal de regulars (parce que leurs stratégies se révèlent avec le temps moins efficaces), mais perso je trouve ça super de participer par mes efforts à l'évolution collective du jeu. Quand on grandit en tant que joueur de poker, par la compétition, on fait aussi grandir le jeu, à une autre échelle.

Une grande erreur serait de considérer le poker comme un système, comme quelque chose qu'on peut résoudre. Chaque situation est toujours nouvelle, et unique. Tout change tout le temps.

J'expérimente très souvent des nouvelles stratégies. Mais aucune n'a une utilité absolue ; il faut développer un éventail de tours, évaluer les paramètres critiques, et prendre une décision. Et je suis convaincu que pour être un vrai killer, il faut être ouvert à tout, absolument tout. Il faut être capable d'avoir toutes les vitesses imaginables. Jouer comme un nit un spot, et comme un pur maniac une autre ; de même d'un jour à l'autre, d'un mois à l'autre, d'une table à l'autre, on peut avoir tous les styles. Plutôt qu'avoir un style, mieux vaut prendre la forme qui convient, comme l'eau qui prend la forme du récipient qui la contient.

Les joueurs intermédiaires veulent être 'agressifs', ou 'LAG'. (C'est plus rare de vouloir être un nit :D!) Ils veulent se prouver des choses, ou alors prouver aux autres.

Seuls les grands joueurs comprennent la juste mesure, l'agression sélective. Et c'est tout un art que de trouver les bons spots. Ils ne forcent pas les choses, ils pêchent. Quand le bon spot se présente, ils n'abandonnent pas.

Ils évitent les mauvaises situations.

En bref, ils se donnent la possibilité de minimiser leurs propres erreurs (inévitables!) et de maximiser celles des autres. C'est là une approche très différente que celle du wannabe-LAG, qui veut gagner tout, tout de suite, et agresse tous les spots possibles sans faculté d'arbitrage. Au final il fait des big moves, certains réussissent, certains échouent. Dans le lot, la marge d'erreur et de tilt est assez grande.

J'ai longtemps été un spewtard. Capable de sortir un pur bluff n'importe quand (et du coup un peu trop souvent). Ce qui fait de moi un meilleur joueur que jamais, ce ne sont pas les gros bluffs ou gros calls que je fais. C'est plutôt ce que je ne fais plus, ce que je réfrène. Je célèbre mes folds beaucoup plus qu'avant. Je célèbre le fait de jouer nitty quand c'est approprié. Je ne suis plus aussi frustré qu'avant par le fait de ne faire que fold à une table juteuse si c'est ce qui se révèle le mieux.

Je célèbre aussi les sessions qui se passent mal, mais où je n'essaie plus de faire que ça aille bien. C'est une grande victoire pour moi que d'être capable d'accepter (pas en théorie, je parle à un niveau émotionnel profond) qu'une session peut être perdante, que c'est la réalité de ma pratique.

J'attends les bons spots, si yen a pas tant pis, j'arrête ma session et je reprends le lendemain. C'est ok de ne pas gagner tout de suite. Rien ne presse. C'est aussi ça penser sur le long terme (adopter la mentalité du pêcheur).

Il y a également un aspect social dans le poker, la communauté. Les joueurs s'imitent en permanence les uns les autres. C'est assez splendide comme processus. Tout se diffuse. Cependant, je pense que beaucoup de personnes sont trop attachées à ce que la communauté considère comme juste ; ils sont pris dans le regard social: il est psychologiquement plus intuitif pour l'Homme (profondément grégaire) de copier la majorité plutôt que de faire quelque chose de différent. Ainsi, il peut être difficile pour certaines personnes de sortir du 'dogme'. Et pourtant dans le poker il n'y a pas d'institution véritable!

C'est une pure méritocratie ; pas de patron, pas de guide absolue. Pour vraiment passer un palier, il faut être autodidacte. Car il n'y a pas de règle sur ce qu'on est autorisé à faire: on le voit bien à la table, tellement de stratégies gagnantes cohabitent. Rien ne vous empêche de minraise le flop, même si c'est un move de fish. Rien ne vous oblige à multibarrel. Alors ne pas oser faire un truc contre-nature parce que personne le fait, c'est quelque part brider son potentiel, à mon sens en tout cas.

J'ai beaucoup expérimenté tout seul, indépendamment des sites de coaching ou forums. Je prends un maximum de ces ressources, mais je n'en suis pas dépendant. Je suis sûr que plein de regs considèrent que je fais souvent nimps. C'est ça d'expérimenter. Ca veut dire faire des erreurs, voir ce qui marche et ne marche pas.

Ne pas faire cela, c'est rester prisonnier d'un système de pensée, c'est se refuser la possibilité de vraiment arriver au top. Evidemment cela implique des échecs, des revers et difficultés. Mais qui n'est pas prêt à affronter ça ne peut pas survivre longtemps dans le poker.

Le meilleur talent au poker est l'adaptation. Il faut une grande souplesse d'esprit, une grande aptitude à la remise en cause, pour évoluer. Et qui n'évolue pas meurt.

Ainsi, pour survivre dans cet environnement hyper-compétitif, il faut accepter de trébucher parfois. La différence entre les joueurs au top et les joueurs moyens? Les premiers ont avalé leur ego. Ils ont compris qu'il fallait totalement se détacher des résultats monétaires, et aussi se détacher des processus d'essais et d'erreurs.

Pour simplifier: les joueurs faibles tilt quand ils perdent de l'argent.

Les joueurs plus avancés peuvent encore tilter quand ils perdent de l'argent, mais deviennent surtout fous quand ils font une erreur.

Les joueurs accomplis acceptent de faire des erreurs chaque jour. Ils ont digéré cet aspect des choses. Ils ont compris qu'ils allaient expérimenter une dose importante de frustration du fait des fluctuations, qu'il fallait à chaque instant tirer le meilleur enseignement possible de la situation, mais ensuite immédiatement s'en détacher.

S'ils perdent une main, ils jouent la suivante. Point.

Pour être bon au poker, il suffit de prendre les meilleures décisions possibles. Pourtant, quel travail mental il faut accomplir afin de se donner les moyens de prendre les meilleures décisions possibles aussi souvent que possible!

Mr Sneeze

Ce billet constitue la suite du je vous invite donc à le lire avant.

Donc j'ai avancé l'hypothèse que le poker constituait un terrain d'expression de nos pulsions de puissance, et en même temps un jeu qui punit ces mêmes pulsions.

Je vais essayer de voir maintenant, plus positivement, comment je pense qu'il est possible de se réaliser dans la pratique du poker.

La réalisation est un concept compliqué. Souvent, se réaliser consiste plus à lâcher prise qu'a accomplir quelque chose, et c'est de ce fait assez contre-intuitif à comprendre. Pour moi, se réaliser, c'est suivre la Voie. Ca veut dire apprendre de chaque expérience, et s'incarner dans le moment présent à la lumière de l'expérience accumulée. C'est exprimer notre potentiel de vie, et faire grandir la conscience. Ca demande à la fois une grande volonté, et en même temps un abandon de la volonté.

Se réaliser dans une pratique comme le poker implique partiellement de 'réussir'. Mais pas forcément nécessairement, et surtout pas uniquement. Un des dangers du poker est que l'argent compte comme points: il est l'indicateur de la réussite. Ceux qui gagnent le plus d'argent sont ceux qui réussissent le mieux à ce jeu. Mais l'argent est une matière morte. Consacrer sa vie à l'argent, c'est renoncer à vivre, c'est mourir.

Dans le même ordre d'idée, réussir dans le poker veut dire être bon, reconnu par ses pairs, craint même peut-être. La compétition est au coeur du jeu: ainsi arriver au sommet de la pyramide, jouer parmi les meilleurs, constitue un facteur de réussite. Mais ce n'est certainement pas une réalisation, si cette réussite n'est pas canalisée et harmonisée. Ainsi il existe beaucoup de joueurs très talentueux, mais qui ont quelque part consacré leur vie au jeu, ce qui est un peu moins mortifère que de consacrer sa vie à l'argent, mais tout de même pas très vivant.

Leur bonheur dépend de leurs résultats, et ils font ainsi une double erreur de conscience de mon point de vue: la première est de céder aux sirènes de leur ego, en cherchant du pouvoir. La réussite compétitive alimente notre satisfaction égotique, et ce n'est certainement pas une mauvais chose en soi ; cependant, ça le devient si notre ego prend toute la place, cad qu'on veut seulement vaincre et dominer, et qu'on utilise un jeu de domination pour cela. La seconde erreur est d'oublier la nature chaotique du poker, comme je l'ai déjà souligné dans d'autres articles, qui conduit à des moments de satisfaction ou de souffrance sans lien (direct en tout cas) avec le talent et le travail.

Je tiens à noter encore une fois que le poker privilégie certaines pulsions et caractères: les caractères obsessionnels, les personnalités très compétitives, auront certainement beaucoup plus d'aptitude à affiner leur jeu et à progresser dans cet univers où, au fond, il s'agit avant tout de survivre.

Mais mon idée est que la réalisation ne saurait se limiter à la simple réussite dans le poker ; si on limite la réalisation à cela, alors elle est au fond similaire à n'importe quelle activité qui amène du 'succès', de la 'reconnaissance', et du 'pouvoir'. Tout cela oublie une réalité fondamentale, qui est que l'on vit, que l'ont meurt surtout (autrement dit que notre vie ne nous appartient pas, et donc encore moins ce qu'on réalise. Or on s'attache à nos réalisations comme si elles pouvaient conjurer notre finitude), et que l'on est doué de conscience. Nous avons quelque part une responsabilité à faire émerger cette conscience, et ainsi à ne pas se retrouver dévoré par nos pratiques, sinon celles-ci deviennent stériles.

Donc la réalisation, ce n'est pas la réussite. Si l'on confond les deux, alors on fuit (ou on court après quelque chose, ce qui revient au fond au même). On peut être joueur de poker et ne plus être heureux, ça semble même assez commun. Quantité de grinders ont commencé le poker avec une passion, et finissent avec un job. Etre un 'sad grinder', c'est être esclave du poker, esclave de l'argent. Il n'y a pas de réalisation, parce que la réussite se fait sans conscience et sans joie (pas de volonté d'apprendre du jeu).

Bien, on arrive à mon hypothèse principale: si le jeu donne la possibilité d'exprimer nos désirs, pulsions, obsessions, il ouvre en même temps la porte à une élévation (permanente) de conscience. Comme je l'ai dit, le poker nous séduit, révèle nos pulsions, et les punit. Si on veut dominer, on finira par perdre (= notre énergie se retournera contre nous). Si on veut ressentir de l'adrénaline, on finira par perdre (= on va forcer les choses).

Mais de la même manière, le poker récompense ceux qui se connaissent. Le poker est réalisation parce qu'il nous encourage à nous connaître à un niveau très intime. En cherchant à progresser dans le poker et à survivre en étant pro, on se rend compte que tout ce qu'on fait dans notre vie influence notre jeu. Ainsi si l'on mange mal, si l'on dort mal, on limite énormément notre marge de progression, la persistance de notre A-game, et aussi, très important, le plaisir qu'on a à jouer. Si l'on ne connaît pas intimement nos pulsions, alors on ne détectera pas le tilt quand il viendra, on aura du mal à prendre un break quand il le faut, à ne pas jouer quand les conditions sont mauvaises, ou au contraire à se forcer à jouer dans d'autres situations ; bref on rester le jouet des forces inconscientes, et je pense que ces forces finissent d'une façon ou d'une autre par nous confronter à des revers, dans la matrice du poker.

Je suis convaincu de ce que j'avance, en tout cas en ce qui me concerne, parce que j'avais il y a quelque temps des blocages dans mon jeu, que j'ai réussi à identifier (des leaks). Cependant, ce que je n'arrivais pas à comprendre, c'est pourquoi ils étaient toujours là. Parfois je jouais tellement mal sans comprendre pourquoi, ça semblait tellement loin de ce que j'étais censé connaître en théorie. Alors j'ai remonté le fil dans mon esprit, j'ai vraiment essayé de m'écouter, d'identifier (sans jugement) ce que je ressentais quand je faisais des moves que je savais évidemment mauvais. Je me suis étudié moi-même, en prenant de la distance et en même temps en plongeant complètement dans mes entrailles. En remontant le fil, j'ai fait émerger des contenus en moi, des tissus d'émotions, qui bien que souterrains voulaient s'exprimer, et trouvaient que le poker était après tout un endroit particulièrement privilégié. Petit à petit, en ayant fait émerger ces émotions, les gros leaks que j'avais (surtout du tilt incompréhensible en fait) ont disparu. Je me suis senti mieux dans ma vie, parce que j'avais accepté d'écouter ce qui voulait parler en moi, et je jouais mieux, parce que je n'étais plus surpris par mes démons.

Ca a été un moment décisif dans mon rapport au jeu, qui m'a fait passer des paliers importants sur lesquels je bloquais. A terme je pense que tous les joueurs arrivent à des paliers insurmontables, et ils restent bloqués tant qu'il ne se sont pas trouvés (eux-mêmes, rien à chercher à l'extérieur, il s'agit de s'écouter).

Depuis lors, il n'y a plus de différence pour moi entre le poker et le reste de la vie. J'ai la même approche: tout est expérience, tout est présence, tout est conscience. Chaque instant de ma vie est l'occasion d'affiner ma conscience, et d'être plus honnête avec moi-même.

De même, chaque instant dans le poker peut être un apprentissage. Et quand on voit les choses comme ça, alors le jeu prend une autre dimension, et la passion ne meurt pas.

Le poker est créateur de moultes frustrations => je vois ça comme un exercice. Je ressens de l'exaspération, de l'impatience, de l'agressivité? de la confiance excessive? un manque de motivation?

Très bien, je respire, j'écoute, je laisse s'exprimer ce qui doit s'exprimer. Ainsi je me connais mieux, et plus je me connais, mieux je joue au poker. Et je dois naviguer dans ce tissu de frustrations, dans le fait d'être impuissant par rapport aux cartes que je reçois (et d'autres facteurs aussi, impliqués par le fait d'être entouré d'être humains qui ont des idées, des volontés et l'usage de la parole) d'avoir des mauvaises passes, essayer de ne pas me créer des illusions sur mon niveau de jeu, garder la confiance, etc.

Il est si facile de se mentir au poker. Blâmer la variance. Croire qu'on maîtrise des choses qu'on ne maîtrise pas. Si facile de perdre confiance. Si facile de dérégler son jeu, ou au contraire de ne pas réussir à le faire évoluer. Il est facile de devenir obsédé par les cartes, les résultats, l'agression qu'on prend dans la gueule. Toutes ces choses, de par leur violence et leur complexité, nous enseignent à garder notre racine, garder notre base. Faire silence à l'intérieur, et écouter ce qui se passe, autour de nous et en nous. Et à partir de là prendre les meilleures décisions possibles, sur une multitude de plans (tactiquement, stratégiquement, dans une main, dans une session, à la table, ou en dehors, etc). Et savoir qu'on va quand même se tromper! C'est pas grave, l'échec aussi fait partie de la Voie. Certainement pas la chose la plus facile à accepter, surtout pour les gens un peu perfectionnistes, ou qui ont des attentes pour eux-mêmes. C'est là toute la problématique du poker: comment faire le mieux qu'on peut dans le moment présent, tout en sachant que ce faisant, on va quand même échouer sur une base régulière? Qu'on va quand même encore se mentir, mais de manière plus subtile à chaque fois?

Et qu'il faudra retourner au front avec la même passion, la même innocence et gravité mêlées?

Le poker est réalisation parce qu'il nous oblige à écouter ce qui doit être écouté, et à faire taire ce qui doit être tu. Il nous oblige à cesser l'usage du mensonge à notre propre égard. Dans pas mal de boulots, on peut faire illusions vis à vis de ses collègues, de son boss, de ses clients. Dans le poker, on peut mentir autant qu'on veut, ça marchera pas. Grand paradoxe pour un jeu qui paraît basé sur la conquête d'information et le fait d'en dissimuler!

Vous connaissez ce grand mystère du poker: il faut penser sur le long terme, mais pour cela il faut complètement être dans le moment présent. Il n'y a pas de 'good run' ou 'bad run'. Seulement la main que je joue actuellement. Il faut faire le mieux qu'on peut dans la main en cours. C'est tout ce qu'il y a à faire! Pas si simple, n'est-ce pas?

La seule manière de vraiment jouer sur le long terme est de ne pas être affecté par le chaos permanent du poker. Il faut oublier le long terme pour concentrer son énergie sur l'absolu du moment présent. Alors le long terme se réalise de lui-même.

Le poker est réalisation parce qu'il nous enseigne à vivre dans le moment présent.

La seule façon de faire ça est d'être le plus conscient possible. Pour être concentré sur le moment présent, il faut faire taire toute la m**de qu'on a dans la tête, et qui veut nous ramener dans le passé (mécanisme du regret) ou fantasmer sur le futur. Pour être bon dans la main en cours, il faut donc trouver des moments d'apaiser le mental. C'est pour moi un énorme exercice de conscience que nous amène donc le poker: il nous oblige à discipliner notre mental, à canaliser les forces qui le mouvent à chaque instant. Se concentrer sur le moment présent à la table de poker nous aide à connaître le fonctionnement de notre corps-esprit (faut arrêter avec cette division à la con :)).

Donc, pour bien être clair: je dis que le poker récompense ceux qui se trouvent, et je dis aussi que le poker fait émerger des situations d'apprentissage (qu'on ne peut pas saisir si on est obnubilé par l'argent ou la réussite!). Pour éviter tous les pièges créés par nous-mêmes et par le jeu, il faut faire un véritable effort: c'est cet effort qui est réalisation. Le poker nous guide donc sur la voie en nous enseignant la souffrance. En apprenant à ne pas entretenir la souffrance impliquée par le poker, on devient plus libre de soi-même, et on devient un meilleur joueur. L'ego prend cher, mais la réalisation n'est plus le règne de l'ego. C'est le règne de la Voie. La Voie, c'est accepter de mourir sans renoncer à vivre.

La réalisation dans le poker, c'est se rendre compte que le poker est un maître spirituel, parce qu'il nous apprend à vivre dans la liberté et la vérité. Si on ne se libère pas de nos pulsions, le jeu nous punit. Si on refuse de se regarder en face, le jeu nous punit. Je rappelle que le jeu peut punir d'une infinité de façons. Vous pouvez perdre, ne plus avoir le succès que vous aviez, ou le succès escompté. Vous pouvez aussi avoir du succès mais devenir une coquille vide en dehors du poker. Vous pouvez vous détruire la tête parce que vous devenez obsédé par le jeu et/ou l'argent.

Ce n'est pas excessivement clair, j'en suis désolé, mais ce sont des choses difficiles à exprimer, surtout qu'à ma connaissance très peu de gens ont le même genre d'approche que moi dans le poker. J'ai d'ailleurs très peu d'amis dans le monde du poker, et ai donc assez peu l'occasion d'affiner mes idées et de les confronter avec d'autres joueurs conscients de la beauté de leur pratique.

Je complèterai possiblement cet article, peut-être me faudra-t-il préciser la notion de réalisation. Sinon, je donnerai des méthodes pratiques que j'utilise pour développer ma conscience, dans le jeu et en dehors.

Mr Sneeze

WARNING: cet article est long. Et c'est que la première partie.

Intro

Drôle de jeu. Un jeu où on prend cher, en permanence, et de plein de manières. Avez-vous remarqué que le poker privilégie les caractères obsessionnels ? Il y a les gambleurs, les accrocs à l'adrénaline. Il y a les 'pros' aussi , c'est-à-dire ceux qui ne viennent pas (seulement ?) pour se détruire... mais qui sont tout de même souvent très junkies (poker junkies) Quand je suis à une table, je vois des jambes qui tremblent, des mains qui s'agitent, des chip tricks et shuffles, des tics, des yeux grand ouverts ; je vois et sens de la nervosité qui traverse l'espace comme un courant électrique. Gambleurs ou pros, il y a souvent de l'obsession. Les corps penchés sur la table, tremblements, les mains qui jouent avec les jetons, frénétiquement. Tout le monde se fait prendre par ça.

Même online, je ressens très souvent une excitation assez violente dès que je commence une session ; ça se calme parfois au fur et à mesure, mais pas toujours. Au point d'en avoir du mal à dormir parfois, la tête encombrée d'un mélange d'émotions et de données brutes (l'enchaînement cyclique du même ; toujours des mains, des cartes, des actions, et le chaos qui ordonne, si vous permettez l'expression). La transition entre 'vie normale' et poker est parfois brutale et teinte d'étrangeté.

Quelle est cette énergie que les gens cherchent dans le poker ? Cette énergie qu'ils cherchent, ils l'alimentent aussi, et le jeu leur permet de se 'brancher'. De quoi nous, joueurs, nous nourrissons-nous dans notre pratique ? Certes il y a l'adrénaline, l'excitation, la compétition. Mais est-ce vraiment tout ? Est-ce qu'on supporte la folie du jeu (et des gens qui y jouent) simplement parce qu'il nous donne notre dose hormonale ? Il doit y avoir autre chose.

Puissance et castration (première partie)

Je dis 'le poker est réalisation', car telle est mon approche. Je sais que tous les joueurs ne la partagent pas, et quasiment tous obéissent quelque part à des pulsions destructrices. Il faut bien voir le poker pour ce qu'il est : une grande machine à laver qui, du simple fait de la force centrifuge, plaque tout le monde sur les bords jusqu'à la gerbe.

Qu'est-ce que le poker ? La grande castratrice. Je m'aventurerais à dire que le poker ressemble parfois à une réunion d'impuissants (volontaires?). Je ne dis certainement pas ça comme un jugement, mais plus comme une catégorisation psychique. Je vais développer, en incorporant mon expérience personnelle à ce sujet.

L'expérience du jeu est du domaine de la castration, parce que le mouvement chaotique des cartes devient un cadre d'expression de notre Désir. Le nombre d'aspirations que les humains peuvent mettre dans le poker est assez phénoménal. Autant d'illusions ! Fatalement, le poker nous brise, souvent, sans prévenir, ou en prévenant. Le poker nous rend impuissant. Ce peut être parce que la river anéantit nos espoirs dans une main, ou bien parce qu'on tombe aux portes d'une table finale, ou bien parce qu'on jouit de faire coucher nos adversaires par notre agressivité, avant que cette dernière ne se retourne contre nous-même, et que le jeu lui-même nous dévore. A ce niveau là, chacun aura son expérience.

Le jeu nous dévore. Pourquoi cherchons nous à nous faire dévorer ? Est-ce pour tester nos limites ? Un jeu avec le destin, symbolisé par le hasard des cartes ? Pourquoi cette obsession des joueurs de poker à revenir chaque jour prendre cher, de façon très répétitive et en même temps toujours neuve ? Sommes nous des adeptes de la torture ?

J'avais déjà parlé du live dans d'autres posts, mais comment expliquer ce mystère des grinders qui viennent chaque jour pour se plaindre qu'ils n'ont pas 'touché de jeu depuis 3 h', et qu'ils sont damnés ? Qu'ils mériteraient que les cartes leurs soient plus favorables ? Est-ce qu'ils ont vraiment pas pigé que le poker est intrinsèquement frustration ? Pourquoi reviennent-ils, si c'est pour toujours se plaindre ?

Pourquoi joue-t-on à ce jeu jusqu'au dégoût ? Qui n'a pas connu l'expérience de rentrer chez lui lessivé, sans énergie et sans argent, bref, réduit à l'impuissance par un jeu ?

Quand est-il des gens qui se réalisent dans le jeu, au sens où ils ont un certain succès, ils ont de l'argent et de la reconnaissance, mais qui ne parviennent pas à trouver l'harmonie dans leur vie, en tout cas pas en dehors des tables ? C'est quelque chose que je sens me menacer (se retrouver envahi par le jeu), et j'ai vu de nombreux joueurs vidés comme des truites par les cartes. Leur vie, c'est le poker. Pas de copines, pas d'amis en dehors. Les cartes, matin et soir, au goûter, et à la pause clope. Ils se consument, ils brûlent à l'intérieur au rythme du tabac fumé et des revers infligés par le poker.

Une des raisons, à mon sens, de notre volonté à toujours retourner au combat, est que le poker offre des armes. Evidemment, il finit par nous les retirer. Mais pendant un moment, on peut expérimenter la puissance. Un exemple qui me semble significatif, et un travers que peu évitent : j'ai vu quantité de joueurs claquer leurs mains monstres sur la table, comme s'ils étaient fiers d'avoir touché un carré ou quelque chose comme ça. Toucher un carré, c'est le genre de sentiment de puissance qu'on peut ressentir. Ce sentiment est à mettre en relation avec celui du vide, le désert de cartes, ces moments où on n'arrive pas à toucher des mains, ou alors on les perd.

Si ce genre de sentiments (la fierté de toucher une couleur, et la montrer avec un petit sourire) est plutôt l'apanage des joueurs récréatifs (d'ailleurs ça semble parfois plus important pour eux de toucher des 'belles mains' que de gagner des gros coups), la même chose existe sous un mode un peu différent chez les joueurs plus expérimentés. Un bon joueur pourra se sentir infiniment puissant quand il est 'in the zone', que toutes ses décisions sont précises et justes, qu'il sent ce qui se passe et ne se laisse pas prendre par la nervosité ambiante. Et il se sentira tout aussi misérable quand il n'arrivera pas à se concentrer, ou qu'il perdra des tonnes à une table de fishs, qu'il fera des moves affreux, etc. En général, plus on progresse, plus la frustration est lié à la qualité de notre jeu plutôt qu'aux cartes. Mais peu importe, le mouvement est similaire : une dialectique entre exercice d'un pouvoir, d'une certaine domination, et d'autre part le corollaire : frustration, impuissance. Echec.

Qu'on y songe : dans une très large mesure, bien qu'on puisse (et doive) prendre les meilleurs décisions possibles à chaque instant (sur beaucoup d'aspects d'ailleurs!), on se retrouve quasiment tout le temps dépendant des mains qu'on reçoit (et du board, et des actions aléatoires qui vont se tisser autour de nous, etc). Qu'on y songe : quand on joue au poker, on se bat contre ses voisins. Mais on se fout pas des uppercut ou des coups de savate. Non, on se bat avec des mains. Pas les nôtres, celles qu'on reçoit. Ces mains nous donneront parfois la puissance d'un titan, d'un colosse, golem, ou magicien. Et parfois les mains nous réduiront au rang d'insecte se débattant dans la bouche d'un merle.

Une situation que j'ai vécue au casino en décembre. NL1000 au casino de Lille, la table est composée de regs que je commence à connaître, et de joueurs faibles, globalement une table dont tout pro pourrait rêver. Beaucoup d'argent à la table, et des joueurs qui n'ont pas peur de gambler, donc les jetons volent, ya un pot de 1000€ ou plus tous les 5 mains (pour caricaturer). Je suis limité dans mes actions par la structure de la table (je peux pas vraiment bluffer les gambleurs fous, et vu qu'ils sont tous à ma gauche, je peux pas non plus jouer trop large). Je monte un stack, je suis content de mon jeu. Il y a ce reg asiatique, très mauvais (mais il ne le sait apparemment pas), dans le genre tight weak super évident dans son jeu. Je le lis comme s'il retournait ses cartes. C'est aussi le genre à avoir peur du board et du croupier : par exemple après avoir mis sont argent au milieu avec un set, il regardera son adversaire avec angoisse et demandera 't'as la couleur ?', avant de prudemment retourner sa main monstre, évidemment gagnante.

Un moment, alors qu'il limp et que je le relance, je remarque qu'il me regarde avec agacement et frustration, et je sens alors son sentiment : il m'en veut. Déjà que la table est folle avec des mauvais joueurs qui ont pas peur de mettre plein d'argent au milieu (ce qu'il déteste faire, à moins d'avoir les nuts, et encore), mais en plus il y a moi, un joueur agressif qui n'a pas peur d'abuser ce weak-tight, ni de perdre son argent. Et un moment j'ai eu cette sensation très étrange : en me demandant pourquoi ce gars venait très souvent jouer alors que son expérience à la table était principalement la peur (de se faire craquer, de perdre de l'argent, etc), j'en suis arrivé à la conclusion qu'il voulait se faire punir. Quelque chose dans sa personnalité voulait souffrir. De fait, même dans les situations normalement les plus jouissives du poker (comme se retrouver all-in avec une main monstre), ce joueur souffrait de la possibilité de perdre. Je me suis donc dit que c'est ça qui l'excitait. Il voulait prendre cher, se sentir impuissant et ballotté par les forces des cartes et des autres joueurs.

A partir de là, alors que je jouais avec ma pile de jetons qui commençait à devenir imposante, j'ai un moment ressenti une grande puissance, comme si mon stack était un phallus (= non pas un pénis, mais un objet de pouvoir), et que mes jetons étaient des armes, que je pouvais utiliser pour faire souffrir mes adversaires, en jouant mieux qu'eux. Alors je me suis dit, 'ok ce gars veut souffrir ? J'vais lui donner ce qu'il attend'. Remarquez qu'en ressentant ça, je me rendais bien compte de ce qui se passait, ce qui est à dire vrai assez troublant.Si certains mettent leurs pulsions masochistes dans le jeu, il est assez logique que d'autres y mettent leurs pulsions sadiques, leurs pulsions de domination. Je pense à vrai dire que le rapport le plus fréquent au poker est celui du sadisme, et non pas du masochisme, mais tout cela s'entrecoupe.

Bref, le point est que je me sentais puissant. J'avais des jetons, j'étais up, je jouais bien, des joueurs me craignaient, yavait du fish. Finalement, dans un pot avec option, je perds 2500€ sur un coup contre les gambleurs fous, un spot assez inévitable où je fais très vite grossir le pot avec KK et me retrouve contre des ranges tellement wide que je suis contraint d'engager mon tapis avec seulement une overpaire. Je n'ai pas, je pense, mal joué. Juste un coup où j'ai un monstre à une table folle où personne ne fold, et où nécessairement il va y avoir des swings. Et c'est ça le poker. C'est la castration. Plein d'espoir et d'attachement, pour au final tout s'évapore sur une main.

Un exemple de castration télévisée :

Le poker c'est ça. On monte un tapis, on se voit déjà au sommet du monde, et là, paf. C'est fini, comme c'est venu. Il y a un investissement libidinal phénoménal et fascinant des joueurs dans les cartes. Le visage de Matt Affleck, et sa réaction, sont à ce titre très instructifs : on voit sa force, sa confiance et jouissance de se retrouver all-in avec AA contre l'autre big stack. Il se voit déjà gagner le coup, il se voit déjà avec le bracelet. Et bam, river, tout s'effondre. Mais rien n'existait avant qu'il n'entretienne ses illusions ! Le titre était encore loin. mais déjà dans son esprit. C'est le poker.

Je prends juste un moment pour vous raconter un détail de cette main où je perds 2500 et décide de quitter en trombe le casino. On est 4way au flop, avec les 3 spots de la table et moi premier de parole (j'ai relancé 110€ preflop avec une option à 20€, le pot est donc déjà de 450€ au flop). Le tye à ma gauche a plus de 3000€ devant lui, et je me dis qu'il faudra faire gaffe à pas forcément spew contre lui, vu comment il est deep... ironique que je perde mon stack contre lui après cette pensée XD !

Le flop est 235r. Je c-bet, et le joueur à ma gauche flat (à noter qu'il allait limper preflop, et qu'il a finalement call rapidement mon big raise. Sa range est très wide : any pair, any broadway, et plein de cartes avec un A dedans ou deux cartes suitées) ; le second joueur shove pour 900€ (un total touriste qui tire une fierté de son indifférence à l'argent... par exemple il tire un sentiment de puissance dans le fait de ne pas avoir 'peur' de suivre n'importe qu'elle relance preflop). Bon donc j'ai un easy call, et l'autre call aussi assez rapidement. A ce stade on a pas loin de 3000€ dans le pot, et il me reste genre 1350€. La turn est un 3. La situation pue un peu, parce que le premier vilain peut tout à fait avoir A4s, ptet 46s, et aussi any set. Il peut aussi avoir AJ, QQ (oui il limperait ça), A5, 54. Donc assez clairement soit il me crush, soit il a une main avec une certaine équité, et qui va toujours check behind si je check. Vu que le pot est déjà énorme et que j'ai souvent la meilleure main, je shove.

Chose intéressante, alors que j'empile mon stack et commence à faire mine de l'avancer, vilain fait la même chose que moi, comme s'il allait call si je mise. Ce tell me conforte dans ma décision (je vois généralement ce tell comme une tentative de décourager une mise ou relance). Donc, confiant que la probabilité qu'il ait les nuts diminue, j'avance mon stack. Et il se met à réfléchir pendant bien 2 min. Jsuis content, ça veut dire que ma main est bonne, vraisemblablement. Finalement il call, l'autre vilain demande qu'on retourne, je dis ok, je montre mon KK, il montre AKo, et le vilain qui avait tank ne retourne pas sa main mais dit qu'il a AA. Ok, f*ck, je commence à mettre mon manteau, c'est la vie jvais perdre un gros coup. La river est un 2, et là vilain retourne sa main sur la table (en la claquant) et en criant : 'carré' ! Et il montre 22. Je n'ai aucune explication pour l'attitude de vilain. Ni pour son tell, ni pour son tank/call turn, ni pour le fait qu'il dise qu'il a AA et ne montre pas, ni pour le fait qu'il jouisse autant de toucher un carré dans un spot où il a concrètement chatté, indépendamment de ses maigres qualités pokéristiques. A noter que vilain est du genre à se plaindre fréquemment, et à haute voix, quand le board vient J22 et qu'il avait J22. 'Tu te rends compte, j'avais full ! J'ai vraiment pas de chance'. Ce coup où il touche un carré n'est sûrement pas pour lui un coup de chance, plus quelque chose qu'il mérite pour toutes les fois où il fold 93o et ne touche donc pas une suite.

En bref, je trouve cette histoire très intéressante pour ce que j'essaie de développer.

Ce qui m'a beaucoup marqué c'est de ressentir successivement cette puissance (dans ce que je pouvais faire avec mes jetons à la table) et cette impuissance (perdre un énorme pot sans pouvoir y faire grand chose, et en plus souffrir de la stupidité ou perversité de mon adversaire). En rentrant chez moi je me suis dit : 'ok poker, c'est bien toi le maître, je m'incline devant ta puissance, à l'avenir j'éviterai de trop me sentir sur un nuage parce que je gagne des coups'. Le poker ne tolère pas ce genre de sentiments très longtemps, et les brise implacablement.

A ce stade, on est comme au départ de cet article dans un épais brouillard. Il y a ce jeu, dans lesquels les joueurs mettent une énergie gigantesque, qui menace de tous les dévorer un par un, et qui les brise, tous en même temps, chaque jour, tout le temps. Comment un jeu peut-il concentrer autant de frustration et de violence, et pourtant avoir un tel succès ? Qu'on soit récréatif ou pro, on prend cher. Même avec l'expérience, on continue à prendre cher parce qu'on reconfigure de nouvelles illusions.

Je formule ici une hypothèse : de toutes les manières imaginables les humains sont guidés par la volonté de puissance. C'est le désir d'exister. Exister, c'est-à-dire savoir qu'on vit et qu'on meurt. La réalité est que toute vie retourne à la poussière, et que toute l'identité qu'on cherche à polir et à renforcer n'est qu'une parmi des milliards, et des milliards de morts avant nous. On peut faire ce qu'on veut dans notre vie, accomplir quoi que ce soit, accumuler tout, peu importe, on va quand même mourir, et le soleil va mourir, et les galaxies s'effondrent et renaissent, etc. Bref, on est un petit rien doué de conscience et qui veut défier son destin. A ce titre le poker est une pratique psychiquement grandiose : le Désir d'existence de l'Homme peut s'y incarner, sous toutes les formes imaginables ; la jouissance, à portée de main. Et en même temps, la Faucheuse. La réalité du poker, c'est une hécatombe. Des amputations, des défaites et des pertes. Des joueurs qui se brisent, financièrement et psychologiquement. Des pros qui jettent l'éponge, ou développent tellement de mauvaises habitudes qu'ils en deviennent fous, des résidus d'humains. Au fond, jouer au poker c'est vivre nos mouvements profonds de manière condensée, avec une effectivité et une brutalité assez uniques. Donc l'hypothèse : on joue au poker parce que le poker résonne avec ce qui est peut-être le plus fondamental dans nos vies : la dialectique entre désir et réalité. On éprouve cela, et on se sent totalement vivant. Parfois plus vivants que dans le sexe.

Est-ce que vous commencez à voir où je veux en venir, quand je dis 'le poker est réalisation' ? Jpense qu'il y a déjà assez à digérer pour maintenant. Ce qui est sûr, c'est que je continuerai ce long article plus tard, dans une seconde partie.

Mr Sneeze

Pendant longtemps je ne jouais pas de MTTs. Et puis je m'y suis mis depuis 1 an ou quoi. Je suis loin d'être un crack, je joue peut-être 250 tournois / an, mais j'y réfléchis suffisamment imo.

Je vais exposer ici quelques idées que j'ai sur les tournois, du point de vue d'un professionnel, et au niveau du mental game.

En premier lieu, je me rends compte que mon gain horaire est beaucoup plus faible en MTT qu'en cash game, et je pense qu'il doit sûrement en être de même pour la plupart des joueurs compétents. Evidemment, les premières places font rêver. Investir 100€ (whatever) et gagner 10 000€ est toujours super cool. La réalité, évidente, est pourtant que je gagne assez peu par heure passée à jouer des tournois ; les gros gains sont rares. Si je devais estimer, je dirais sûrement entre 10 et 20€/h (évidemment je suis encore assez peu expérimenté en tournoi, et j'ai longtemps spew, donc je peux espérer que mon gain horaire augmente avec le temps). Relativement au temps passé, le cash game est donc bien plus profitable.

Voyons maintenant au niveau énergie: les tournois demandent une concentration bien plus importante. Peut-être est-ce parce que je suis moins habitué, mais rester attentif à l'évolution des stack sizes, l'augmentation des blindes, qui vient de perdre un gros coup, etc, réclame de l'énergie. Ajouté à cela les courtes pause (5 min/heure), et l'impossibilité de prendre un break quand on le sent. En cash game, je peux juste fermer mes tables une heure si je sens que j'ai besoin de décompresser, je fais un peu d'exercice, je mange un truc, et je retourne au combat. Basiquement je peux gérer mon niveau énergétique beaucoup mieux. Alors que les tournois, c'est un marathon où on peut pas vraiment s'arrêter pour reprendre son souffle, à moins de bust.

Or, l'edge créé autour de la table (quand prendre une pause, quand s'arrêter, quand changer de table, quand rajouter des tables, etc) est pour moi une des raisons majeures de mes résultats au poker. En tournoi, ces décisions sont sévèrement limitées: on ne choisit pas ses horaires, ni ses pauses, ni ses tables. On ne peut pas se lever d'une table même si on a 3 pro agressifs à notre gauche.

Au final, plus d'énergie requise pour moins de gain horaire, un edge plus aléatoire ; il semble que je devrais simplement arrêter les tournois.

Au niveau psychologique, les tournois sont très difficiles. J'ai beaucoup de respect pour les professionnels qui ne jouent que des tournois, et peu ou pas de cash game. En effet, en cash game, évidemment il y a de la variance, mais on est quelque part récompensé ou puni beaucoup plus vite. En tournoi on peut très bien jouer parfaitement 4 coups, mais si on joue mal le 5ème on bust ; la même situation en cash game est plus 'soutenable', bien que non optimale évidemment (on aimerait éviter les erreurs), parce qu'on reste en course.

C'est très frustrant de jouer parfaitement dans un tournoi, pour finalement perdre un flip, jouer optimalement avec un stack de 20bb, et perdre sur une confrontation random. Vu que 10-15% des fields de MTT sont ITM, ça veut dire que même un joueur incroyable ne va sûrement pas être ITM plus de 50% du temps.

Il faut voir les MTTs comme des grandes loteries. Prenons un tournoi avec 100 joueurs. Plutôt qu'avoir une chance sur 100 de gagner, un bon joueur aura peut-être 2 ou 3% de chance de gagner. Son edge est donc réel, potentiellement massif, et pourtant il gagnera excessivement rarement. A l'inverse un joueur très faible aura peut-être 0.1% de chance de gagner.

Faire une TF est évidemment rare. Pourtant, la frustration est énorme lorsqu'on échoue aux portes de la TF, ou même qu'on fait deuxième. Donc au final les tournois sont source de grande souffrance mentale, où nos résultats sur un tournoi donné sont très dépendants d'un run good.

Au final, l'approche mentale des tournois me semble: jouer bien jusqu'à ce que le run good arrive. Et surtout ne pas mal jouer quand il arrive! Cela semble très difficile: maintenir un jeu solide quand la variance nous fait valser est un des défis mentaux les plus importants au poker.

Donc j'ai beaucoup de respect pour les MTT pros, qui savent qu'ils auront rarement de gratification psychologique, et pourtant arrivent à continuer à retourner au combat (la plupart de leurs sessions seront perdantes). C'est vraiment différent du cash game.

Pourquoi les joueurs aiment tellement les tournois? Parce qu'ils rêvent de la win, parce qu'il veulent la reconnaissance de leurs pairs, parce qu'ils valorisent plus la compétition et la gloire que l'argent, parce que les joueurs récréatifs peuvent s'amuser à prix fixe, parce que ça leur permet de jouer contre des pros sans se ruiner, parce que ça permet aux pros de jouer contre des joueurs faibles.

Du fait de la variance énorme des tournois, beaucoup surestiment leur edge. Beaucoup d'étoiles filantes se déclarent 'pro' en MTT parce qu'ils ont run good sur quelques tournois. Très vite, ils vont déchanter, ne serait-ce parce qu'ils ne supporteront pas de faire une année négative après avoir gagné une grosse somme l'année précédente (au niveau psychologique, ils vont s'attendre à ce que leurs résultats perdurent: ils se retrouvent complètement biaisés, incapables de voir la variance et leur bonne fortune, et se croyant au final meilleurs qu'ils sont, ne méritant pas de perdre, et ne comprenant pas pourquoi ils ne gagnent pas un WSOP).

Les situations en tournois étant rarement expérimentées (on fait rarement une TF), la variance prend une place importante: ainsi si un joueur joue spewy à la bulle de la TF et chatte, arrive chip leader et gagne le tournoi => il va facilement se créer un biais psychologique où il va associer l'agressivité au gain, alors que concrètement il a spew, et que sa stratégie ne se révèle pas la meilleure sur le long terme. Cela est vraie aussi à l'inverse: si on fait un move qui nous fait bust deep dans un tournoi, notre esprit va l'enregistrer comme mauvais, alors que c'était potentiellement très EV+.

Ces biais sont difficiles à éviter. Au final, il y a de l'edge en tournoi... parce que tout le monde se trompe sur son edge.

Après ce vaste topo, pourquoi donc continuer à jouer des MTTs? En premier lieu parce que j'ai encore beaucoup à progresser et que j'aimerais voir jusqu'où je peux pousser mon edge. Ensuite parce qu'il y a quelque chose de très excitant à se retrouver deep dans un tournoi, malgré les frustrations associées.

Et parce que jouer des MTTs me fait beaucoup progresser à tous les niveaux. Mon gain horaire est peut-être plus faible en MTT, mais depuis que j'en joue mon gain horaire augmente en cash game.

Les raisons? La première est qu'en tournoi, il est nécessaire d'être très attentif aux dynamiques et de saisir les bons spots (très important de bien 'sentir' quand on a un spot de squeeze ou de steal, et quand c'est pas un bon spot) ; cela m'aide beaucoup à exploiter les dynamiques en cash game. Aussi, on apprend plus à faire des hero folds en MTT ; ainsi je me retrouve à fold des mains en CG que j'arrivais pas à lâcher avant.

Ensuite jouer des marathons MTTs améliore mon endurance physique et mentale + quand je joue des tournois et du cash en simultané, la concentration sur les MTTs me permet de jouer aussi plus patient en cash (moins spewy), et en même temps plus concentré.

Enfin les tournois me font réfléchir sur différents aspects techniques et psychologiques du jeu: sizings, pression qu'on peut mettre en fonction des stacks, à quel moment changer de vitesse, etc. Et puis le fait que chaque main soit si importante en tournoi (on veut vraiment pas bust débilement) me force à me concentrer beaucoup plus et à réfléchir sur les gros pots en cash. Avant j'étais trop rapide dans mes décisions, trop spewy dans les gros pots. Le fait d'expérimenter la pression des tournois me rend au final plus en contrôle dans les gros coups de cash game (je suis dans la main, et rien que dans la main).

Je terminerai par cette note: beaucoup de regs de MTTs m'ont paru très perfectibles. Parfois je vois des joueurs ayant eu du succès en MTTs s'essayer au CG, et souvent ils spew comme des bons pigeons. Je les blâme pas, j'ai longtemps spew en MTT parce que je paniquais dès que j'avais moins de 40bb (lol), trop habitué à jouer 100bb+ poker. Beaucoup de joueurs de MTT, même reconnus, ont en fait de gros leaks (des déséquilibres dans leurs ranges), à mon humble avis, et doivent leur succès à de la variance positive, et aussi certainement une stratégie non-optimale mais suffisamment bonne pour durer. Aussi, encore une fois, beaucoup surestiment leur edge.

Par contre, les top joueurs de MTT sont pour moi des énormes modèles, bien que je suis quasi-certain que le CG restera toujours mon terrain de prédilection. Les excellents joueurs de MTT sont vraiment sick, et n'auront aucun mal à bien jouer en cash game. Ils sont juste tellement bons pour comprendre l'importance de chaque situation, et naviguent sans erreur sur les dynamiques de la table (même, ils créent la dynamique qu'ils veulent). Ils savent quand il faut prendre des moves high variance, quand exploiter leur image et comment. En bref, ils m'inspirent. Je joue donc des tournois pour apprendre leurs tours :).

Mr Sneeze

Quelques idées en plus sur la variance.

Vous voyez parfois à la table des joueurs, généralement relativement âgés et old school. Ces joueurs sont des (mauvais) nits. Généralement ils jouent ultra weak et obvious, surprotégeant leurs mains faites 'parce qu'ils ne veulent pas se faire craquer'. Aussi le genre de joueur grognon, assez désagréable à la table, et qui se plaint s'il ne touche pas 3 sets par heure. Et je comprends, ça doit être assez chiant de jouer comme ça. Il s'agit de joueurs très prévisibles, et de ce fait très mauvais, bien qu'ils ne le penseront sûrement pas eux-mêmes (ils peuvent être très légèrement gagnants, vu qu'il existe toujours d'autres joueurs prêt à les livrer).

Mais là n'est pas mon point: je pense que ces joueurs un peu aigris jouent comme cela parce qu'ils ont peur de la variance. Ils ont peur des cartes, peur du dealer. Cette aversion au risque les décourage de se mettre dans des situations marginales ou compliquées: leur but est de toucher des belles cartes et de gagner, puisqu'ils ont des bonnes cartes. Une premium preflop mérite de gagner pour eux, s'ils perdent c'est qu'ils se font craquer (remarquez dans les termes comme ils ne prennent aucune responsabilité pour leur échec). Ce qu'ils ne comprennent pas du tout, c'est que leur style ultra-lisible et stupide ne peut pas être gagnant, ou alors si peu ; or qui dit winrate faible dit énorme variance.

Par ailleurs, vu que ces joueurs attendent des mains fortes preflop pour ensuite bombarder dès qu'ils touchent TP ou mieux, et que tout le monde à la table le sait ou le voit, et bien ils vont généralement gagner un petit pot (pas de résistance, ils ne vont pas se faire bluff non plus), ou perdre un gros, puisque toute l'action qu'ils génèrent se matérialise contre des ranges qui les battent.

Ainsi ces joueurs craintifs de la variance se retrouvent ballotés plus que d'autres par elle: d'une part parce qu'ils sont breakeven, légèrement gagnants ou légèrement perdants (et c'est là qu'il y aura le plus de variance), d'autre part parce que leur style implique que leurs mains tiennent, et il y a beaucoup de variance là-dedans. Or, ça tombe très bien pour eux, puisque ces joueurs ne sont pas là pour vraiment gagner (IMO), mais pour pouvoir se plaindre du sort. Etant sujets à beaucoup de variance (de leur faute, du fait de leurs actions, de leur 'transparence'), mais la haïssant, attendant d'elle qu'elle soit toujours de leur côté comme si c'était normal de recevoir AA et d'automatiquement gagner 2 stacks, ces 'specimens' sont pour les vrais étudiants du jeu un bon modèle (à ne pas suivre).

Observez votre rapport à la variance, vous pourriez bien en apprendre plus que vous ne le pensez sur les désirs inconscients que vous mettez dans le jeu, sur les leaks mentaux que vous avez et qui vous font perdre, voire même sur votre vision du monde et de votre propre existence.

Je considère les joueurs cités au-dessus comme faibles. Ils m'exaspèrent souvent à la table ; c'est comme s'ils n'étaient pas vivants: ils viennent tous les jours pour grinder, et semblent jouer à l'inverse des gambleurs de roulette, mais ont en eux la même pulsion auto-destructrice, avec cette propension à se plaindre des cartes, ou quoi que ce soit. Mais pourquoi revenez-vous pour vous faire du mal? Que cherchez-vous dans le poker si ce n'est vous faire punir? Etes vous obligés d'infliger vos tendances masochistes aux autres? Je n'aime pas jouer contre vous, et je ne pense pas être sadique, mais vous vous mettez dans une position où je serai obligé de vous punir à la table, et où je n'hésiterai pas à vous faire tilter si je le peux ; après tout vous occupez un siège qui pourrait être pris par un joueur plus fun (tant dans le jeu que dans la présence).

Hate mode off#

A l'opposé de ce spectre il y a les gambleurs fous, un autre genre de joueur. Vous savez, le genre à avoir toujours des milliers d'euros sur lui, et qui joue pourtant atrocement ; le genre à ne jamais fold preflop, à se sentir personnellement attaqué si on 'vole' son option. Beaucoup de destructivité chez ces joueurs également, mais je les aime beaucoup plus. D'abord ils sont fun à jouer, ils sont des catalyseurs incroyables pour une table, et c'est souvent ce qu'ils veulent: être au centre de l'attention. J'aime l'action qu'ils procurent. Et quelque part, ils m'impressionnent. Ces joueurs sont l'inverse des précédents: ils ont une aversion négative au risque, cad qu'ils valorisent le risque sur le gain: ils sont accros à la variance! Ils peuvent ainsi devenir accidentellement des joueurs gagnants contre les joueurs scared money, parce qu'ils créent une telle variance qu'ils transforment certains joueurs a priori compétents en gros fishs nitty / obvious. Evidemment, ils ne veulent pas au fond d'eux être gagnants, donc ils trouveront un moyen d'augmenter encore les frontières de la variance (par exemple en faisant un flash in the dark), au point de finir par perdre, et rentrer chez eux repus.

Il y a quand même quelque chose qui m'impressionne chez ces gambleurs: ils n'ont aucune crainte de laisser leur destin entre les mains de la variance. Alors que les nits aigris la fuient comme la peste, les gambleurs la recherchent. Pour cela, ils ont souvent une très grande présence à la table, et une personnalité relativement intéressante, de mon point de vue. Ce sont des gens qui n'ont pas peur de la vie. Pas peur d'être ridicules, pas peur de perdre, pas peur des montagnes russes émotionnelles. Ils ont un détachement qui devrait inspirer les joueurs pro (évidemment il ne s'agit pas de jouer spewy, mais de voir qu'il est possible d'être détaché... reste à être détaché ET équilibré).

On lit souvent sur les forums: 'stack off sur ce spot, si tu perds c'est juste la variance', ou bien 'en cash game, tu dois prendre tous les spots EV+, peu importe la variance'. Autant je suis d'accord (je pense qu'au final on réduit sa variance en augmentant son edge), autant il faut nuancer. Tout le monde est affecté à sa manière par la variance. Autant le conseil est vrai dans l'absolu, si nous étions des robots ; mais étant des humains naviguant aux émotions (ce n'est pas forcément une faiblesse, loin de là), il s'agit bien de considérer comment on gère la variance, avant de se dire qu'elle n'a pas d'importance (cela contredit en apparence ce que je disais dans mon précédent post sur la 'vacuité de la variance', mais au fond non, car les illusions sont le moteur de notre vie).

Pour le dire simplement: si vous avez peur de l'eau, n'allez pas en haute mer.

Perso je suis plutôt du genre gambleur, au fond. J'aime le risque, j'aime l'action. J'aime jouer avec la psychologie de mes adversaires, qu'ils croient que je me tape de l'argent devant moi. Et honnêtement, c'est plutôt un leak. Ca me rend chiant à jouer sur certains spots, mais ça me fait aussi un peu spew (tellement moins qu'avant pourtant!). Du coup, il est pour moi avisé de faire attention : en suivant certains conseils relatifs à la variance, on peut en arriver à jouer complètement crazy, à relancer beaucoup trop, beaucoup trop souvent.

Pourquoi? Parce qu'en commençant à se dire 'peu importe la variance, seul compte l'EV', et bien on croit voir de l'EV potentiel partout, alors qu'en fait on s'est fait entraîner par l'excitation, et que ce qu'on recherche, c'est en fait plus de variance, plus de montagnes russes. Le danger est donc de se faire entraîner par une pulsion qui trouverait sa justification dans une réflexion consciente ; le danger est que cette pulsion se développe et se renforce en toute impunité.

En bref, il faut se garder pour certaines personnes de l'indifférence à la variance, parce qu'on devient facilement un maniac (c'est dur d'être un bon maniac). Pour les personnes ayant naturellement une aversion au risque, certes oui, il faut chercher à se détacher de la variance, ne plus la craindre.

Je dirai quand en fait qu'il n'y a pas de règle absolue. Si vous êtes scared money, que vous avez une petite bankroll, ou que vous savez que perdre un gros pot vous fera jouer super mal après, et bien vous avez le droit d'abandonner un peu d'EV sur la table pour espérer avoir moins de variance (attention à ne pas tomber dans le piège des nits, qui récoltent plus de variance qu'ils n'en voudraient). Faites ce qui vous semble le mieux, vous seul êtes responsables de vos cartes et de toutes vos actions à la table.

Dire qu'on se fiche de la variance est peut-être vrai pour un grinder online avec une énorme bankroll, qui joue chaque jour contre les mêmes regs. Mais dire qu'on se fiche de la variance à une table très juteuse de cash game live est à mon avis une erreur. Le jeu live est différent du online, le long terme n'a rien à voir, et du coup la variance non plus.

Il y a en effet une donnée fondamentale particulièrement prononcée en live, mais aussi vraie online: les gens sont affectés par leurs résultats, et sont affectés par les résultats des autres. Se foutre de la variance peut amener à se foutre de ce fait, or ce peut être une erreur. Vous pourriez bien vous retrouver dans une situation où votre conscience vous dit 'peu importe t'as perdu une cave, variance', mais où des forces inconscientes remuent en vous en vous murmurant 'tu te rends compte que tu viens de perdre un loyer?' Si vous refoulez ces forces inconscientes, vous vous exposez à de gros dégâts.

Si vous ne souffrez pas de perdre une cave c'est bien. Mais êtes-vous sûr que les autres s'en foutent? Perdre un gros pot peut sacrément endommager votre momentum. Les gens croient consciemment ou inconsciemment aux rushs. Quelqu'un qui perd reçoit généralement moins de crédit, se fait plus bluff, plus hero call, etc. Si vous êtes bon pour gérer votre image, savoir comment vos adversaires vous perçoivent, le crédit qu'ils vous donnent, etc, vous verrez qu'il y a une énorme opportunité d'edge dans ce domaine. Si par contre vous ne parvenez pas à saisir les changements de dynamique, de ce que les autres attendent de vous, etc, alors rentrer dans des spots high variance vous entraîne aussi dans un inconnu où vos perceptions ne sont pas en phase avec les perceptions de vos adversaires ; vous pourriez bien y perdre votre edge, parce que c'est là le cœur du jeu: avoir un coup d'avance sur nos adversaires, avoir une idée de comment ils nous perçoivent et quels sont leurs plans.

En live, vous n'avez pas une image tight ou une image loose. C'est pas ça qui importe. Mais jvais pas révéler tous mes secrets non plus ;).

Au fond, ce qui sort de cela selon moi, c'est qu'il est primordial de saisir aussi précisément que possible comment chacun à la table se comporte par rapport à la variance (pour lui-même mais aussi pour les autres). Est-ce qu'il y a de la crainte? Est-ce qu'il y a 'désir de variance'?

Certains joueurs considèrent comme un crime que leurs mains perdent, et en appellent au jugement de la court martiale (la table, le dealer, le floor): 'c'est moche' (comme si au poker la justice et la beauté s'accordaient sur un point: la meilleure main de départ doit gagner).

Certains joueurs considèrent comme un kiff de craquer les mains des serrures. Vous vous êtes déjà demandés pourquoi? Essayez.

Ces deux exemples opposés sont riches en enseignement sur la manière dont vos adversaires considèrent le jeu, à un niveau psychologiquement très profond.

En conclusion, je me répète, car cela résume assez bien ma raison de jouer au poker ("Connais toi toi même") :

Le choix est toujours votre: si vous plongez suffisamment en vous, vous devriez pouvoir éclaircir quelles sont vos peurs ou vos désirs liés à la variance ; à partir de là, vous pourrez prendre des choix éclairés sur votre jeu, et même sur votre vie en général.

GL, feedback welcome.

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