Théorie : Range réelle, range perçue, relativiser l'inexploitabilité [incomplet] - Forum poker

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Théorie : Range réelle, range perçue, relativiser l'inexploitabilité [incomplet]

8 Commentaires
Bon.

Ca fait des semaines que j'ai dit que j'écrirais ce machin.

Ca fait déjà pas mal de temps que je l'ai commencé et que je procrastine de le finir.


Je vous le mets déjà en version beta, parce que je pars - encore - en vacances et que j'en verrai jamais le bout si je trouve pas un moyen de me motiver.

Donc zou :




1/ Jeu inexploitable vs jeu optimal


Nous avons déjà parlé dans un précédent article de la façon de rendre son jeu inexploitable (C'était ici). Il s'agit là je pense d'un prérequis indispensable à un jeu solide et gagnant.

Maintenant, jouer un bon poker ne s'arrête pas à cette notion d'inexploitabilité. Il faut souvent aller voir plus loin : jouer de façon inexploitable vous assurera vraisemblablement d'être un gagnant. Néanmoins, en raison de la rake vous ne serez généralement au mieux qu'un petit gagnant, voire un léger perdant si vos adversaires jouent également d'une façon "parfaite" - ce qui, rassurez-vous, n'arrive en pratique jamais dans la vraie vie. C'est à ce moment que plutôt que l'inexploitabilité, on se met à rechercher l'optimalité.

Explication :

Vous jouez à Pierre-Feuille-Ciseau un jeu trivialement inexploitable : 1/3 Pierre, 1/3 Feuille, 1/3 Ciseau. Quelle que soit la stratégie utilisée par votre adversaire il ne pourra jamais être gagnant (vous non plus cependant, mais c'est une autre histoire, l'équilibre est breakeven quelle que soit la façon de jouer de l'adversaire. Nous verrons ultérieurement un équilibre breakeven ou gagnant).

Imaginons que vous jouiez face à quelqu'un ne possédant pas de doigts ( :| ), par conséquent incapable de jouer ciseau. Ses fréquences seront donc { 50% P ; 0% F ; 50% C } . Il ne vous battra toujours pas si vous persistez à jouer votre stratégie { 33% P ; 33% F ; 33% C }, certes. Maintenant peut-être y a-t-il de profiter de son désavantage de manière éhontée (c'est après tout le but ultime du joueur de poker : exploiter les handicapés 8| ), afin de dégager une EV (Expected Value) positive ...

Le contre optimal à la range de votre adversaire est assez trivialement
{ 100% P ; 0% F ; 0% C } : vous ne perdrez jamais et gagnerez 50% du temps lorsqu'il choisira ciseau. Il s'agit là d'une solution hautement exploitable, mais qui restera la meilleure tant que votre adversaire ne s'adaptera pas, ne vous exploitera pas. C'est là un distingo crucial à faire au poker : être exploitable n'importe pas tant que votre adversaire ne vous exploite pas.

"Range". Le mot est lâché. Même s'il semble un peu pompeux pour jouer à pierre-feuille-ciseau, il va nous permettre d'également introduire le concept de range perçue, maintenant que vous êtes totalement familiers du concept, somme toute basique (!), de range. Pour l'illustrer, nous allons quitter le monde de Pierre-Feuille-Ciseau (oooh, quel malheur !) pour - enfin ! - retourner vers celui du poker.

(A dire vrai j'avais commencé à rédiger un exemple totalement con vous mettant en situation de jouer aux World Series of Pierre-Feuille-Ciseau. J'ai abandonné après 1-2h car a/ C'était vraiment très con b/ C'est de toute façon plus clair au poker. Et là, au détour d'une recherche Wikipedia, je découvre qu'un championnat du monde de Pierre-Feuille-Ciseau existe bel et bien ... A Toronto ... Sont fous ces canadiens ...)

BREF !

2/ Exploitabilité et range perçue

i - Range perçue : définition et illustration


Avoir conscience de sa range perçue, c'est un peu comme avoir conscience de son image. En un peu plus poussé. Il ne s'agit pas seulement de dire "j'ai une image agressive, donc dans telle situation je peux raise profitablement". Ca va souvent plus loin : "j'ai une image agressive, et dans telle situation mon adversaire s'imagine que je raise avec la range A, ma main est dans le top de cette range, je peux raise profitablement". En clair il s'agit d'une formalisation, qui va nous aider dans pas mal de situations (et je vous prends le chou avec ça parce que j'aime ce qui est carré. Je suis une espèce de néo-fasciste du poker)

Imaginons que vous soyez de manière générale un joueur TAG, jouant 22/19/6% de 3bet. Prenons deux situations :

A : depuis 100 mains je joue 18/14. Je n'ai encore jamais 3bet.
B : depuis 100 mains je joue 28/26. J'affiche 16.6% de 3b sur 36 occurrences possibles et mes adversaires commencent à s'agacer.

Un joueur qui ne vous connaît que de cette session relance UTG. Vous l'avez 19/15, avec 37% de steal (un reg plutôt tight en early position, donc).

Vous 3bettez, quelle est votre range perçue dans les situations A et B ?

En A votre adversaire va s'imaginer que vous avez très vraisemblablement une main très forte. Mettons 80% de {AQ+ ; JJ+}, 20% de {random bluffs}. Ainsi même en imaginant que vous bluffiez occasionnellement, il ne pourra pas call ou 4bet sans une main très forte.

En B votre adversaire va très souvent vous voir en carnaval et va vouloir call ou 4bet légèrement.

Aussi, ayant pris conscience de votre range perçue dans chacune de ces situations, quelle devrait être votre range réelle ?

ii - Adaptation de la range réelle à la range perçue


En A une range très polarisée. Clairement vous voulez 3bet vos monstres, comme toujours, mais vous ne voulez vraisemblablement 3bet vos mains fortes, sans plus. Par exemple, 3bet TT, JJ, ou AQ, même s'il s'agit pour certains d'un 3bet automatique ne semble pas très judicieux. Certes, vous allez prendre le pot préflop très souvent. Seulement cela revient à transformer ces mains très fortes en bluffs : si votre adversaire 4bet, alors que vous n'avez pour l'instant jamais 3bet, vous pouvez être convaincu que sa range est dans 80% des cas {QQ+, AK} et fold votre main. Et dans le même temps, quand il n'a PAS {QQ+, AK}, vous perdez l'opportunité de jouer un pot en position avec une main qui domine assez largement sa range. En clair, il ne vous call/4bet quasiment jamais avec une main moins bonne, et fold tout ce que vous battez.

Par contre, pourquoi ne pas profiter des vraisemblables 80% de fold equity dont vous disposez pour 3bet des mains plus marginales, cette fois-ci en effectuant un bluff avec des mains qui ne méritent guère mieux ? Des 87s, des AXs ... En clair des semi-daubes, avec lesquelles semi-bluffer preflop. D'où range polarisée.

Maintenant jusqu'où la polariser, ça dépend de vos goûts. Personnellement quand j'ai une image si tight je vais souvent jusqu'à flat QQ et AK (ça fait des jolis NYBR en plus après) et ne 3b que {KK,AA} pour value. Enfin ça dépend un peu des stakes de jeu, en NL200 toujours je vais 3b QQ/AK, en NL100, beaucoup moins.


Reprenons maintenant la situation B. Vous allez alors opter pour une range mergée. Ce sera optimal car vous pensez que vos adversaire peuvent call/4b light. Du coup 3bet 99+/AQ+ devient plus alléchant (en fait ça dépendra un peu de si vous pensez qu'il va call light, ou 4bet light, enfin vous devriez vous référer à l'article de personne pour ça, sûrement détaillé dans les grandes lignes).


Du coup voilà, en réfléchissant un peu à votre range perçue, vous avez du même coup modifié votre range réelle afin d'optimiser votre jeu préflop. Avec un peu de chances c'est une première pour certains et je ne suis pas totalement inutile à écrire ces lignes :) Maintenant c'est un concept qui s'applique bien plus loin que le jeu préflop en fonction de votre image.


iii - Range perçue : usage par défaut


Ok bon, voilà un titre qui n'a vraiment pas l'air clair. Pas le courage de trouver mieux, je vous embête. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a plus que l'image qu'un joueur nous assigne en fonction des 100 mains qu'on vient de jouer avec lui : il y a aussi celle qu'on projette quand il ne nous connaît pas.

Hein ? Mais qu'est ce que tu racontes, s'il ne nous connaît pas on projette pas d'image ?

En fait si. Par défaut votre adversaire vous imaginera être un joueur moyen de la limite. C'est du coup quelque chose avec lequel il faut savoir composer, notamment parce que dans ces moments de flottement entre deux joueurs, il vous est possible d'énormément vous éloigner de l'inexploitable pour viser au maximum l'optimal - c'était déjà en partie ce qu'on a fait précédemment pour le jeu preflop. En clair, vous allez pouvoir totalement distordre votre range réelle pour essayer d'exploiter les leaks moyens d'un reg de la limite. Ce qui sera moins possible quand il vous connaîtra.

Eclaircissons le propos en prenant deux exemples :

Le premier sera simpliste : j'ai pour habitude de minraise toutes mes ouvertures du bouton, pour diverses raisons. Maintenant si d'aventure lorsque j'ai le bouton pour la première fois contre des blindes qui ne me connaissent pas, je me trouve en possession de {AK ; QQ+}, je ne vais certainement pas me priver de raise à 3, voire 3,5BB. Théoriquement c'est hautement exploitable : je raise plus fort mes monstres. En pratique votre adversaire ne vous connaît pas, et vous n'avez aucune raison de vous en priver. Le même raisonnement peut facilement s'appliquer à des sizings de 4bet, en fonction de là où vous souhaitez pousser votre adversaire.

Pour faire un pont avec mon précédent article, un autre leak exploitable lorsque votre adversaire ne vous connaît pas est de profiter d'une des principales tendances de tous les regs du monde : partir à bet dès que ça check sur eux. Imaginons la première rencontre face à un reg, vous avez une main type AJ sur un board A97. Extrêmement régulièrement si vous partez à check vous allez récupérer deux bets flop et turn face à toute la range d'air de votre adversaire. Pour quelle raison ? Parce que de leur point de vue, votre range perçue est celle que vont avoir beaucoup de regs checkant ce flop : des 98, des TT, QQ, etc. Or il n'en sera rien.

A terme, si vous souhaitez check/call des QQ, 98 sur ce genre de flop, vous aurez certes l'occasion de vous bâtir une range équilibrée et inexploitable comme nous l'avons vu la dernière fois. Ici il s'agit avant tout de tirer un profit maximal de cette main en jouant au mieux par rapport à la range perçue moyenne.








Voilà, bon, à terme je pense ajouter des paragraphes à gauche à droite, et surtout revenir sur la notion d'inexploitabilité, en particularité dans les situations rares, où grosso modo on n'a plus rien à foutre d'être exploitable puisque l'adversaire ne pourra virtuellement jamais nous observer suffisamment souvent. Ca méritera un gros paragraphe avec des exemples à l'appui.

(et je viens de voir après publication que c'est quand même pas mal dense, bref)

J'espère qu'en l'état ça pourra déjà en intéresser quelques-uns :)

Voilà, bonne fin de vacances pour ceux qui y sont encore !


Sylvain.

8 commentaire(s) pour ce billet

Page 1 sur 1

Ladymix 

22 août 2009 - 09:29
merci ! vivement la suite...
0

Moustak76 

22 août 2009 - 09:59
Très intéressant, merci !
Des concept qu'on a un peu dans la tête, mais les voir écrit ça met en place les idées dans ma tête de joueur de NL20.

THx
0

ChicNN 

29 août 2009 - 01:05
Salut ! Magnifique ton blog, j'ai plus que 2-3 articles à lire et en plus je me suis régaler :D
Chouette boulot, avec les touches d'humour qui font qu'on s'ennuie pas !
Demain, je retourne "grinder" si on peut dire, ma NL2 8|
Bonne continuation,
Thx.
0

Duncan301 

01 septembre 2009 - 20:21
Très bon début ! bien écrit, plaisant a lire en plus. vivement la suite.

Duncan, champion du monde de pierre/feuille/ciseaux/Spock 1997
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Dgd 

25 septembre 2009 - 05:59
Du très bon,

comme toujours !

merci
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nartoof 

04 janvier 2010 - 15:14
J'aime bien ta facon d'écrire tes articles, on comprend vite :)

C'est marrant, j'avais décidé de bosser l'exploitabilité dans mon jeu et j'ai lu tes articles, j'ai l'impression de pas mal appliquer le concept mais certains point ne sont pas encore acquis, et tu les as bien expliqués, je te remercie :)

J'ai pris conscience d'une belle erreur en tout cas, j'ai tendance a merger ma range quand je suis un gros 3betteur a la table de manière naturelle, mais je deviens très scared sur les 4bet, ce qui est évidemment un gros leak :/

A corriger :)

Merci encore pour ton article !!
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messier 

01 juin 2010 - 12:46
merci article interresant !!!
sauf que :

"partir à bet dès que ça check sur eux. Imaginons la première rencontre face à un reg, vous avez une main type AJ sur un board A97. Extrêmement régulièrement si vous partez à check vous allez récupérer deux bets flop et turn face à toute la range d'air de votre adversaire. "

desolé je comprends pas :shock:

"partir a check" ca veut dire quoi?
"partir a bet" non plus :shock:
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ArtPlay 

01 juin 2010 - 20:33
Commencer à check (dans l'optique de continuer). Respectivement pour "bet".

C'était quand même pas difficile à extrapoler du contexte :D
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