Doyle Brunson 4 en 1

Ce n'est pas Jacques Séguéla qui a conseillé ce titre à SuperCaddy (qui ne possède même pas de Rolex), mais il n'est de plus juste formule qui décrive Doyle Brunson. Géant du poker, légende vivante, millionnaire, le seul joueur qu'on applaudit lorsqu'il est éliminé du main Event des WSOP a toujours le sourire aux lèvres. Récit d'un homme au parcours rocambolesque.

Doyle Brunson, ce n'est pas n'importe qui

Dans la vraie vie, quand un jeune basketteur voit ses espoirs de carrière professionnelle se briser en même temps que sa jambe, il finit au mieux prof d'EPS, au pire reg du zoo du Club Poker. Dans le monde réel, lorsque l'on vous diagnostique un cancer incurable et que l'on daigne vous opérer uniquement pour prolonger vos jours de quelques mois, vous ne remportez pas votre 10e bracelet WSOP 40 ans plus tard.

Dans l'univers de Doyle Brunson, tout est différent. Mais comment pourrait-il en être autrement lorsque l'on vit sur une bobine de film. Texas Dolly traverse les âges et les époques comme un défi au temps : enfance dans un décor en carton-pâte pour un mélo à l'ancienne où tout le monde réfrène un sanglot en lisant The End ; sauf que la sequel est déjà en boîte, un bon vieux western spaghetti tourné dans le Grand Ouest américain, avec son lot de fusillades et de coups durs mais un happy-end assez prévisible ; mais comme pour Retour vers le Futur, le 2e et le 3e opus ont été tournés en même temps, alors le film continue sans susciter trop de lassitude, une espèce de comédie dramatique sans scénario mais pas sans charme.

Gran Torino, voilà peut-être où en est Doyle Brunson aujourd'hui. Jamais seul, mais pourtant condamné à cette forme de solitude que ne connaît que celui qui a survécu à des décennies comme à des siècles, enfermé dans un anachronisme en guise d'existence. Pas de cliffhanger ni de twist-ending à attendre, l'issue est connue : le héros meurt à la fin. Avec quelques larmes mais sans tristesse, car Doyle a eu droit à sept vies ou trois films, sans jamais tomber dans l'écueil du nanard.

Forrest Gump

Doyle Brunson jeune basketteur
Très grand mais aux facultés limitées.
La comparaison avec ArtPlay s'arrête là.

"Deep down, I'm still that kid inside."

 

 

1933. Alors qu'en Allemagne Hitler est proclamé Chancelier et qu'aux Etats-Unis Roosevelt lance le New Deal et met un terme à la Prohibition, une nouvelle unité vient s'ajouter à la petite centaine d'habitants de Longworth, petit village au fin fond du Texas. Doyle Brunson est le premier enfant de la famille qui l'accueille. Deux autres lui succèderont.

Longworth est un petit village particulièrement isolé, géographie locale qui s'avère bien souvent un frein aux ambitions pour ceux qui la subissent. Dans le cas de Doyle, elle s'avèrera salutaire : dépourvu du moindre moyen de transport, le jeune Texan est en effet contraint de se déplacer à la seule force de ses mollets, couvrant quotidiennement en courant la distance séparant Longworth des villages des environs.

Au point que les aller-retours répétés au fil des années en font un athlète prometteur. En marge de son implication dans l'équipe de basketball locale, il parcourt chaque jour environ un mile (1,6 km) afin d'entretenir sa forme. En dépit d'un intérêt plus important pour le basket, il remporte même en 1950 le mile event de l'Etat du Texas, avec un temps de 4 minutes et 43 secondes.

Alors que ses performances lui valent de susciter la convoitise d'écoles renommées, il fait le choix de poursuivre son petit bonhomme de chemin à proximité du domicile familial. Jusqu'à ce que l'intérêt des Minneapolis Lakers (aujourd'hui Los Angeles Lakers) à son égard le séduise et le pousse à revoir sa position. Malheureusement, le sort en décide autrement lorsque, dans le cadre d'un job estival, des plaques de plâtre s'écroulent sur sa jambe et ses espoirs de professionnalisme.

Rounders

Doyle Brunson bien entouré
Et Dieu sait qu'il est parfois difficile de déterminer le meilleur coup.

Condamné à deux ans de plâtre et des séquelles à perpétuité, Doyle se réfugie dans les études et obtient brillamment ses diplômes. Tout le destine alors à une carrière des plus conventionnelles, à l'exception de son goût pour le poker.

Déjà adepte du jeu avant sa blessure, en particulier de 5 Card Draw, il y consacre de plus en plus de temps ensuite, payant même ses études avec les gains obtenus. Alors quand il se force à accepter un job de vendeur qui lui est proposé, c'est pour mieux faire machine arrière un an après, après avoir pris conscience, à la faveur de ses déplacements professionnels et d'autant d'occasions de gambler, qu'il pouvait gagner en 3h l'équivalent d'un mois de salaire.

Doyle décide donc à 23 ans de devenir joueur professionnel, un statut particulièrement en décalage avec l'époque et qui suscite alors souvent plus de mépris que d'admiration. Car un tel choix de carrière passe nécessairement par les parties illégales (il n'en existe pas vraiment d'autres), à Fort Worth d'abord puis en arpentant les routes texanes avec un ami. Son Etat natal devient même vite trop étroit pour ses aspirations et leur voiture écume bientôt les sentiers d'Oklahoma et de Louisiane.

C'est à cette époque qu'il se forge en bon autodidacte ses premières réflexions théoriques. Faute de trackers, ou même de simples ordinateurs, il se distribue ainsi chaque soir, en rentrant à l'hôtel, des centaines de mains afin d'analyser un maximum de situations et de déterminer pour chacune d'elle le meilleur coup.

Le Bon, la Brute et le Truand : ils ont pris exemple sur Doyle Brunson

Doyle Brunson revolver
"Tu veux toujours qu'on s'enc... Slainte ?"

Au fil des mois puis des années, les enjeux des parties se font de plus en plus élevés et son parcours croise régulièrement celui d'autres futures légendes, au premier rang desquels Amarillo Slim ou encore Sailor Roberts. Tous se sont forgée leur expérience de joueur dans des parties mises en place par le crime organisé, autour de règles pas toujours respectées et, si possible, avec un revolver en poche. Dans ses livres et ses interviews récentes, Doyle a d'ailleurs eu l'occasion de dévoiler quelques anecdotes représentatives de l'ambiance de l'époque, qu'il s'agisse de vols, de passages à tabac ou de heads up ponctués d'un pistolet sur la tempe (il affirme avoir vu trois personnes mourir à la table : la première d'une balle dans la tête, les deux autres d'une crise cardiaque devant La Maison du Bluff). Des exactions qui laissaient peu de place à la contestation, en vertu d'un adage latin bien connu des juristes : Nemo auditur propriam turpitudinem allegans, soit "Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude". Ou quand l'illégalité des parties profite à ceux qui en méprisent les règles...

Bref, à cette époque, éviter de se faire braquer ou au contraire arrêter par la police étaient les premières qualités d'un bon joueur de poker, bien avant de se poser la question de relancer, de suivre ou de se coucher. Reste que toutes les petites mésaventures romanesques qui ont jalonné le parcours du Godfather of Poker contribuent à en faire un personnage universellement respecté des observateurs de la planète poker. Sa seule présence dans une salle de tournoi suffit d'ailleurs souvent à insuffler une atmosphère de respect et de déférence parmi ses adversaires. Plutôt rare, dans ces conditions, que quiconque se permette la moindre familiarité à son égard...

Love Actually

Todd Brunson et son père
"Kikoo papounet, j'ai encore bust. T'aurais pas 10 000 pour que je me refasse ? Mon copain LocSta m'a dit que fungi21 était assis à une table de cash. Et même qu'il le dérouille mon copain LocSta !"

En 1960, à 27 ans, Doyle rencontre Louise. Il l'épouse à peine deux ans plus tard, juste avant qu'elle ne tombe enceinte. Un tableau parfait avant que le Texan ne se voit diagnostiquer une tumeur dans la nuque. L'avis des médecins est alors formel : le cancer est incurable et une éventuelle opération n'aura pour effet que de prolonger sa vie de quelques mois.

La famille se réfugie donc dans la prière alors que Doyle se résout à passer sous le bistouri. A son réveil, les examens médicaux concluent à une guérison miraculeuse : la tumeur a totalement disparu. L'histoire apparaît d'autant plus troublante lorsque l'on y ajoute que Louise connaît la même mésaventure plusieurs mois plus tard, avec la même issue positive. Ces phénomènes sont du reste directement à l'origine de la foi exacerbée de Brunson et de sa conversion subséquente au christianisme.

Après sa guérison miraculeuse s'amorce une nouvelle phase de sa vie avec la formation des "Texas Rounders", une bande de joueurs réunis autour de Doyle pour voyager ensemble et parier sur à peu près tout. Les gains et pertes sont alors partagés et ce pool gambling leur permet, au terme de six années de vadrouille, de prendre la route de Vegas pleins d'espoir.

L'accord de partage de la bankroll, à la différence des liens d'amitié, ne résiste toutefois pas à la perte à six chiffres par laquelle se solde l'escapade dans le Nevada. Une mésaventure qui ne refroidit pas Doyle puisqu'il décide de s'installer de manière plus ou moins définitive à Vegas. C'est le début d'une longue histoire d'amour avec les World Series Of Poker, inaugurés en 1970. C'est également à cette époque que Mme Brunson met au monde Todd. 36 ans plus tard, ce dernier permettra à Doyle d'être à l'origine du premier duo père-fils à avoir remporté un bracelet WSOP. Les succès épisodiques de Todd au poker ne l'empêcheront toutefois pas, contrairement à son père, de se retrouver régulièrement en difficulté financière.

Over the Top

Doyle Brunson WSOP années 70
Doyle Brunson, au centre. Tout à gauche, le papa d'Ali Tekintamgac.

Après une première édition des World Series qui voit l'élection de Johnny Moss au rang de vainqueur par ses pairs, le Texan atteint les années suivantes plusieurs tables finales, à la faveur d'un field ne dépassant jamais la vingtaine de joueurs. Cependant ces performances ne seront jamais comptabilisées officiellement, les tournois reposant alors sur le principe du Winner takes all.

C'est également à cette période qu'il connaît la période la plus faste de toute sa carrière en cash game, dans un contexte où les tables gérées par la pègre cèdent peu à peu leur place à des parties plus réglementées, notamment dans les arrière-salles des casinos. Les patrons des établissements de jeux ou, parfois, les industriels de la drogue, s'y délestent ainsi de centaines de milliers de dollars sans sourciller.

Heureux au jeu, Doyle ne peut pas en dire autant dans sa vie privée quand, en 1975, sa première fille est atteinte d'une vilaine scoliose. L'histoire semble cependant se répéter et confirmer qu'une bonne fée veille sur la famille Brunson lorsque l'aînée se rétablit subitement. Comme à une table de poker, l'excès de confiance ne pardonne malheureusement pas : quelques années plus tard, alors qu'elle viendra de fêter ses 18 ans, la jeune femme absorbera une quantité excessive de potassium en réponse à un problème cardiaque et décèdera peu après.

En 1976, Doyle grave enfin son nom au palmarès des Word Series. Les six éditions précédentes avaient mis à l'honneur à plusieurs reprises Johnny Moss, Amarillo Slim, Puggy Pearson ou encore Sailor Roberts, sans que lui-même ne foule de son pied boiteux le chemin de la réussite. En 1976, c'est pourtant bien le nom de Brunson s'ajoute à la liste.

Jusque là joueur reconnu mais pas couronné, il entre dans la cour des grands en dominant 21 adversaires. Le dernier d'entre eux, Jesse Alto, succombe à un runner runner full house complété avec un T et un 2 en mains. Cette victoire dans le main event lui permet de remporter 230 000 dollars et son 2e bracelet, le premier ayant été glané quelques jours plus tôt dans le 5 000 $ Deuce to Seven Draw (pour 80 250 dollars).

Slumdoyle Millionaire

Adam Lounis soirée mousse
Adam n'a pas lu Super System. En revanche, il utilise le gel douche Timotei Natural Style.
Timotei Natural Style, parce que ne pas connaître les bases du poker n'interdit pas d'avoir la peau douce.

L'année suivante, le Texan récidive en triomphant pour la 2e fois consécutive lors du main event, pour 340 000 dollars cette fois, avec T2 constituant encore une fois un full sur la river. Il est le premier joueur à réaliser cet exploit (remporter deux fois de suite le main event, pas chatter un full avec une main de merde). Presque 35 ans plus tard, ils ne sont que 3 à avoir fait de même, et il y a fort à parier que personne d'autre ne viendra s'ajouter à la liste.

L'Histoire est en marche et T2 entre dans la légende main dans la main avec celui qui l'a mise à profit. Il n'est pas une partie aujourd'hui dans laquelle T2 ne soit pas surnommé la "Doyle Brunson". Cerise sur le gâteau, comme 12 mois plus tôt, Doyle réalise en 1977 un doublé en remportant un 2e bracelet dans un side event, en l'occurrence un 1 000 $ 7-Card Stud Split (pour 62 500 dollars). En moins de temps qu'il n'en faut à Moundir pour passer en mode destruction massive, Brunson est déjà à la tête de 4 bracelets WSOP.

Ces succès mettent Big Papa sur le devant de la scène. Il se voit alors proposer de coucher (non, ce n'est pas ce que vous croyez derrière vos yeux lubriques) sur papier les clés de sa réussite, ce qu'il accepte volontiers. L'ouvrage qui en ressort, dans un premier temps dénommé How I Made Over $1,000,000 Playing Poker (il est le premier joueur à avoir atteint un million de dollars de gains en tournois), compile les contributions de plusieurs joueurs de l'époque au sujet des principales variantes alors disputées. La partie consacrée au No Limit Hold'em est naturellement rédigée par Doyle.

Au fil des années, Super System deviendra la bible de tous les joueurs de poker en herbe. A tel point qu'on prête à cet ouvrage, le premier du genre, d'avoir littéralement révolutionné la vision du poker, voire d'avoir tout simplement poli les facettes du poker moderne. Doyle lui-même pense d'ailleurs avoir perdu plus d'argent qu'il n'en a gagné en publiant cet ouvrage, rien que par la hausse générale du niveau de jeu qui s'en est suivie.

La Couleur de l'Argent

Doyle Brunson bracelet
Échange bracelet bling-bling contre cure de jouvence

A une époque où le circuit international du poker se borne presque exclusivement à l'intérieur des frontières du Nevada, et en particulier à Las Vegas pour la grand-messe annuelle, Doyle réalise l'exploit de s'illustrer quasiment chaque année. Vainqueur du 5 000 $ 7-Card Stud en 1978 (pour 68 000 $), il s'impose l'année suivante en duo avec l'inoubliable Starla Brodie dans le 600 $ Mixed Doubles. Une victoire pour 4 500 dollars plutôt anecdotique en soi, mais qui s'accompagne d'un 6e bracelet et, surtout, lui permet 30 ans plus tard d'afficher un total de 10 bracelets remportés en carrière.

En 1980, Texas Dolly (un surnom qu'il doit à une erreur du commentateur Jimmy Snyder, qui commit une erreur de lecture sur son prénom) passe tout près d'un exploit alors inédit : une 3e victoire dans le main event des World Series. Le field de 73 participants accouche finalement du couronnement de Stu Ungar, qui lui ne manquera pas l'occasion, 17 ans plus tard, de signer un 3e succès dans l'épreuve reine. Doyle se classe quant à lui runner up au terme d'un heads up de légende. L'Histoire aurait peut-être été différente si le croupier lui avait distribué un T et un 2 avant la fin du duel...

Trois vies et une seule mort

Doyle Brunson au téléphone
"Heu fais bien que hous homprenez rien, hai pas mis mon hentier".

En 1982 puis 1983, la belle histoire de Doyle avec le main event se poursuit, avec respectivement une 4e et une 3e places, les deux fois au sein d'un field dépassant à peine la centaine de joueurs. Ses multiples succès, il se les explique par ses théories avancées dans Super System, mais aussi et surtout par sa faculté à lire les visages de ses adversaires et, subséquemment, à en tirer avantage quelles que soient les cartes dont il dispose.

Si l'expansion exponentielle des fields va lui être relativement préjudiciable pour réitérer ses performances au même rythme effréné que dans les années 70, notamment lors des World Series, Doyle va traverser le reste des années 80 en continuant à réaliser des performances régulières en tournoi. Mais surtout, il amasse des fortunes dans des parties de cash games de plus en plus lucratives. De la première heure à aujourd'hui, le Texan est notamment connu pour être l'un des principaux habitués du Big Game du Bellagio. Tant d'arguments qui en font un candidat naturel au Poker Hall of Fame, qu'il est le 16e joueur à intégrer en 1988.

Les innombrables anecdotes auxquelles il a l'occasion d'assister aux tables le poussent par ailleurs à revenir à l'écriture, et ce dans un registre différent de son précédent opus. Dans Wisdom of a Champion, paru en 1984, Doyle met sur papier les histoires les plus intéressantes et farfelues qui ont jalonné sa carrière de joueur. L'ouvrage révèle le talent de conteur du Texan, à la manière d'un Pierre Bellemare des grands jours. Talent qui ne se démentira pas au fil des années et des publications, tant en librairie que sur son blog. Doyle Brunson fait partie des personnages du circuit les plus plaisants à lire et à écouter. Du moins jusqu'à ces toutes dernières années...

De l'or pour les braves

Doyle Brunson et Chris Ferguson
"Moi qui pensais qu'il suffisait de porter un chapeau de cowboy pour être bon en HORSE".

Il faut attendre 1991 pour voir Doyle briller à nouveau dans l'enceinte du Binion's. Il glane son 7e bracelet dans un 2 500 $ NLHE et empoche 208 000 dollars. En 1995, il échoue de peu en atteignant deux podiums dans des side events, dont une 2e place dans un 5 000 $ Chinese Poker (les deux seuls events dans cette variante ont été disputés en 1995 et 1996). Finalement, après une 16e place lors du main event de Stu Ungar en 1997, le gain du 8e bracelet intervient en 1998 dans un 1 500 $ 7-Card Razz (pour 93 000 dollars).

En 2003, Doyle manque de remporter son premier titre sur le World Poker Tour. Finalement 4e du premier 25 000 $ WPT Championship au Bellagio (pour près de 160 000 dollars), il marque l'Histoire de son empreinte l'année suivante en s'imposant lors du WPT Legends of Poker. Au-delà du gain d'1,2 million de dollars, il devient le premier joueur à réaliser le doublé main event des WSOP / WPT (exploit qu'ils ne sont aujourd'hui que 5 à avoir réalisé). Entre temps, il avait déjà confirmé son incroyable longévité (il est le seul des Texas Rounders à gagner plus vite les bracelets qu'il ne perd ses dents) en portant son total de bracelets à 9, en 2003, avec une victoire dans un 2 000 $ HORSE.

Godfather Doyle Brunson

Doyle Brunson et le floor
- Mais enfin monsieur Brunson, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Un mauvais cassoulet, docteur.

Unanimement respecté par ses pairs, The Godfather of Poker peut presque se targuer d'avoir mené une carrière sans zone d'ombre. Presque, car certaines de ses actions hors des tables ont occasionnellement pu le placer en fâcheuse posture.

L'exemple le plus évident remonte à juillet 2005, lorsque Doyle a entrepris de racheter la WPT Enterprises Inc, responsable du World Poker Tour. Sans négociation préalable, Big Papa a ainsi émis une offre d'environ 700 millions de dollars, nettement supérieure à la valeur de l'action, et fait son possible pour que l'information soit relayée massivement.

L'action WPT a alors logiquement vu sa valeur doubler en moins d'une journée. C'était avant que, peu après, Doyle ne retire son offre sans donner la moindre explication. L'action WPT chutait dans la foulée et la Securities and Exchange Commission, organisme de contrôle de la bourse américaine, demandait une investigation approfondie sur la question.

Si cette action n'a depuis pas abouti à des conclusions tranchées quant à un délit d'initié avéré, l'image de Doyle en sortit légèrement écornée. Aux tables de poker, en revanche, la conduite du vieux Texan n'a jamais été émaillée du moindre écart de conduite, ni du moindre accident malheureux.

Le Milliardaire

Doyle Brunson et son 9e bracelet
Quand 10e bracelet rime avec sénilité...

Fort d'une popularité si élevée que même Gloub94 ne fera plus tard qu'en tutoyer les cîmes, Doyle capitalise sur l'image de son personnages à l'heure de l'avènement du poker en ligne et de l'explosion médiatique du jeu. Tous les shows TV d'importance consacrés au poker lui font par exemple la part belle et placent dans la lumière celui qui a été habitué à jouer dans l'ombre pendant tant d'années.

En 2004, il dépoussière Super System, dont certains chapitres étaient devenus plus obsolètes que lui-même ne le sera jamais, et publie Super System II. Cette même année (chargée), il se hisse au 53e rang du main event et, surtout, fonde Doyle's Room, sa propre salle de poker en ligne. Contrairement à beaucoup de joueurs de sa génération, et même de la suivante, Doyle ne s'est jamais montré récalcitrant envers l'expansion du poker en ligne ou, de façon plus générale, les outils du web. Son twitter est ainsi l'un des plus suivis parmi les joueurs de poker et il a régulièrement l'occasion d'y démontrer un humour plus universel que son âge avancé ne pourrait le laisser penser. Peut-être même l'un des plus corrosifs du circuit.

En 2005, Texas Dolly remporte son 10e bracelet, moins d'une semaine après que Johnny Chan ait lui-même porté le record à dix unités. C'est également l'une de ses victoires les plus méritoires aux WSOP, tant le 5 000 $ NLHE Shorthanded attire chaque année un field dense et prestigieux. A la faveur de ce nouveau succès, Brunson ajoute 367 800 $ à un compte en banque qui n'en demandait probablement pas tant.

No Country for Old Men, except for Doyle Brunson

Doyle Brunson et John Juanda
- Et je l'adresse à qui cet autographe ?
- Mettez "à Dolly", monsieur Juanda.

Six mois après son 10e bracelet, Doyle termine à la 3e place du 15 000 $ WPT 4th Annual Five Diamond World Poker Classic pour 563 000 $. L'année suivante, il réalise sa dernière performance de prestige (en date !) en atteignant la table finale de l'event H.O.R.S.E. des World Series. Il se classe finalement 8e pour 274 000 $. Depuis 2006, il a réalisé trois résultats à plus de 100 000 $ de gains.

En carrière, le vieux Texan totalise plus de six millions de dollars de gains en tournois (et bien plus en cash game), dont la moitié lors des World Series of Poker. Il est probablement le seul joueur encore présent sur le circuit à pouvoir se targuer de 50 ans de pratique professionnelle du poker. Demandez-lui quel est le meilleur joueur qu'il ait rencontré et il répondra que Johnny Moss était celui qui, à 50 ans, dominait le plus sa génération. Mais il ajoutera aussi que dix ans plus tard, Moss était devenu un joueur perdant. Doyle, au contraire, a toujours su s'adapter profitablement à l'évolution des fields et styles de jeu. C'est sans doute là que réside le plus grand talent d'un joueur de poker.

Difficile, dans ces conditions, de l'imaginer sombrer dans l'oubli d'ici quelques années.

Rencontre avec Joe Black

Doyle Brunson en fauteuil
And you don't stop rolling because you get old,
you get old because you stop rolling.

Au-delà de ses résultats, Doyle constitue par sa longévité sur le circuit et sa personnalité atypique une véritable icône. Son impact sur la planète poker est bien plus profond que ce que d'aucuns pourraient imaginer. Il est celui qui, le premier, a contribué à la transition de l'image du joueur de poker, du voyou sans morale au gentleman gambler au mode de vie finalement plutôt sain (en dehors d'une réelle addiction aux paris sportifs). Beaucoup de jeunes joueurs emploient également aujourd'hui des expressions répandues, sans imaginer un instant que Big Papa puisse en être à l'origine. Ainsi en va-t-il des "That's poker", "Boom !" (au moment où le croupier dévoile les cartes) ou encore "It's always good to win the first one" (à l'occasion d'un Run It Twice).

Mais surtout, alors que le poker dérive parfois de son port d'origine, à l'heure où les chaînes de télévision rivalisent d'ingéniosité pour proposer le programme le plus en inadéquation possible avec l'esprit de ce jeu, à une époque où l'image a pris le pas sur le palmarès et où les joueurs capables d'apporter au poker plus qu'il ne leur donne en retour se comptent sur les doigts de la main, il est bon, sain et essentiel que des personnages comme Doyle Brunson s'asseoient encore de temps en temps aux tables (quitte à ce qu'accidentellement il puisse parfois en arriver à s'y soulager la vessie).

Voir jouer Brunson, c'est un peu passer la tête par une fenêtre donnant sur un autre temps : celui des légendes. Et sauf à se tenir trop près de lui, l'écouter narrer les truculents épisodes de son existence sonne comme une bouffée d'air frais. Alors au moment de tourner la page de ce dernier chapitre, et avant qu'il n'en écrive vraisemblablement de nouveaux, rien ne peut sans doute mieux conclure ce portrait que l'épitaphe que le vieux boiteux s'est lui-même attribué : "you don't stop playing because you get old, you get old because you stop playing".

Fin alternative

"I still think young. I don't think old. When I saw those pictures of me at the poker tournament, I couldn't believe how old I looked. I still have the mentality of a 9-year-old mind. It's funny the way you look at yourself. I had this certain image of myself that was different than the way other people probably see me. I mean, I never had an image of myself as a fat person. While I knew I was fat, I didn't see myself that way. My mental image of myself was of the boy who grew up in Texas and set the record for running the mile. Deep down, i'm still that kid inside". Doyle Brunson

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En marge des World Series 2009, une rumeur se répand comme une traînée de poudre. Très vite, elle contamine le web, toujours friand d'anecdotes rocambolesques. Au cœur de cette histoire dont tout le monde se demande si elle est réelle : Phil Ivey.

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Daniel Negreanu : panorama

1996. Daniel Negreanu a 22 ans. Assis devant une des machines à sous de l'aéroport de Las Vegas, il glisse mécaniquement dans la fente les quelques pièces qui lui restent. Bientôt, une hôtesse annoncera l'embarquement des passagers pour le vol à destination de Toronto.

Comme d'habitude, c'est allégé de plusieurs milliers de dollars qu'il s'apprête à quitter le Nevada. Cette scène, qu'il ne connaît que trop bien, il se dit que c'est la dernière fois qu'il la vit. Sans savoir si c'est parce qu'il ne reviendra plus, ou au contraire parce que le sort lui sera plus clément la prochaine fois.

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La vie rêvée de Teddy KGB

Teddy KGB à la table

Bien avant d'avoir entendu parler de Phil Ivey, Tom Dwan ou Daniel Negreanu, les amateurs de poker se sont passionnés pour le jeu d'un Russe, organisateur de parties illégales. De lui, on ne sait presque rien, si ce n'est qu'on ne risque pas de trouver son établissement dans les pages jaunes.

Son surnom mémorable ne pouvait demeurer plus longtemps sans vie. Voici donc le récit (presque véritable) du parcours de cet homme resté dans l'ombre de l'Histoire du poker : Teddy KGB.

24 heures avec Tom Dwan

Tom Dwan

Tom Dwan, c'est à seulement 24 ans plusieurs de millions de dollars de gains engrangés aux tables de cash-game offrant les plus hauts enjeux. Celui qui a rejoint la team FullTilt en novembre 2009 a franchi les échelons de novice à légende plus vite que n'importe quel autre joueur. En juin dernier, l'Américain se payait même le luxe de faire trembler les fondements de la planète poker en pariant des millions sur sa conquête d'un bracelet WSOP, exploit finalement raté d'un cheveu.

Doyle Brunson, la force tranquille

Doyle Brunson 4 en 1

Ce n'est pas Jacques Séguéla qui a conseillé ce titre à SuperCaddy (qui ne possède même pas de Rolex), mais il n'est de plus juste formule qui décrive Doyle Brunson. Géant du poker, légende vivante, millionnaire, le seul joueur qu'on applaudit lorsqu'il est éliminé du main Event des WSOP a toujours le sourire aux lèvres. Récit d'un homme au parcours rocambolesque.

Perry Green, celui qu'ils ont oublié

Perry Green (old)

Finaliste malheureux du Main Event des World Series en 1981 face à Stu Ungar, Perry Green repense parfois aux circonstances du duel : "Je l'ai poussé à tapis à trois reprises. Il a gagné les trois coups et a décroché le titre. Moi, je suis celui qu'ils ont oublié." Le septuagénaire n'a pourtant jamais raccroché les gants. En 2013, il s'est même hissé en table finale d'un event.

Gus Hansen, le pionnier des degens scandinaves

Gus Hansen

Gus Hansen fait partie de ces joueurs qui, lors de chacun de leurs tournois, creusent un peu plus le clivage entre leurs admirateurs et leurs détracteurs. Son style peu académique, basé sur un éventail de mains très large, a parfois tendance à énerver ses adversaires.

Tony G, la grande gueule

Tony G

Le tennis avait John McEnroe, le poker a Tony G. Loin de l'image calme et posée que véhiculent souvent les joueurs, les principaux atouts de ce Lituanien sont la gouaille et la provocation.

Phil Laak, du panache et des paillettes

Phil Laak

Épicurien dans l'âme, homme de défis, Phil Laak fait partie de ces joueurs qui doivent leur statut de star davantage à leurs facéties aux tables - et en dehors - qu'aux succès qu'ils y ont obtenus.

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EXCLU
Jamie Gold : interview d'un champion clivant

En 2006, Jamie Gold remportait le Main Event des World Series Of Poker et mettait la main sur un magot de douze millions de dollars. Mais d'emblée, son style de jeu et son attitude à la table en faisaient un champion controversé. Onze ans après les faits, Gaëlle revient avec lui sur la façon dont il a vécu la situation, mais aussi sur son parcours loin des tables et ses nouveaux projets.

jeudi 2 novembre 2017 à 14:00
Télex

Tapis_volant et son compère Théo Sastre lancent un podcast dédié aux personnes qui se sont lancées dans une nouvelle vie. Les invités de leurs deux premiers épisodes sont d'anciens joueurs de poker : Lucille Cailly d'abord, reconvertie dans le stand-up, puis Édouard Katz et Tristan Clémençon dont le food-truck La Brigade cartonne toujours autant. À consommer sans modération !

jeudi 19 octobre 2017 à 8:47
Télex

Il y a deux semaines, Miikka Anttonen se fixait comme objectif de transformer une bankroll de 500 € en un capital de 10 000 € en l'espace de quatre mois, le tout en ne disputant que des tournois. Le degen finlandais indique aujourd'hui sur Twitter avoir atteint le cap des 2 000 €. S'il confesse au passage être très fatigué, ce démarrage canon incite plutôt à l'optimisme pour la suite de sa carrière.

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