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Lexique du poker : si un terme vous est inconnu, ou si vous doutez de son sens, n'hésitez pas à consulter le lexiqueRappelons ce qu'est un continuation bet : c'est une mise que l'on fait au flop, alors qu'on a relancé preflop. On continue ainsi de miser, d'où le nom. Au début des années 80, c'était une arme extrêmement efficace pour s'adjuger le pot. Aujourd'hui, tous les joueurs un minimum avertis la connaissent et en usent, mais parfois à mauvais escient. C'est pourquoi Maxtamines propose une discussion approfondie de ce concept.
L'objectif de cet article est de réfléchir aux ranges de continuation bet en fonction des différentes catégories de flop. Je vais dans un premier temps donner les paramètres qui interviennent dans notre décision. Le corps de l'article constituera en une réflexion autour des ranges de continuation bet sur des flops représentatifs des différentes catégories de flops. J'essayerai ensuite de tirer des conseils plus généraux à partir de ces cas particuliers.
Je pense que cet article pourra intéresser les joueurs cash-game jusqu'à la NL100 (blinds 0,50 € / 1 €). Je pense également que les joueurs jouant au-dessus maîtrisent bien le concept du continuation bet. Ils pourraient néanmoins trouver des pistes de réflexions sur des flops particuliers. Les joueurs de tournois y trouveront des pistes de réflexions intéressantes mais ne doivent pas appliquer tel quel les conseils car la spécificité des tournois les rend obsolètes (conservation du stack qui amène à globalement moins cbet quand on est deep ; ranges adverses complétement différentes quand on joue avec moins de 40BB, ce qui amène souvent à faire plus de cbet à faible profondeur).
Le jeu au flop est, pour moi, la charnière de notre jeu. Il doit conditionner nos actions au turn, à la river et notre sélection de mains preflop. Notre jeu au flop va donc fortement influencer notre winrate, mais d'une manière moins visible que notre jeu à la turn et surtout que notre jeu à la river. Si on fait des erreurs à la river, on le saura très vite et avec l'expérience on va apprendre à prendre les bonnes décisions river. Savoir a posteriori si on a fait des erreurs au flop est compliqué. Notre cerveau va avoir du mal à analyser la pertinence de nos actions entreprises au flop en fonction des résultats obtenus.
Vous avez fait 5 continuation bet en HU au flop, sur une table ou l'on joue en shorthanded, avec 
sur un board 

en étant hors de position (OOP). Vous avez été suivi 4 fois ; vous êtes allé à l'abattage une fois contre 
, une fois contre 
, et les deux autres fois vous avez check/fold le turn.
Votre cerveau ne peut pas se rendre compte quand vous jouez que ces mains distinctes doivent vous amener à la conclusion suivante : ce n'est peut-être pas correct de faire un continuation bet avec 
OOP sur un flop 

. La seule solution que vous avez, c'est de réfléchir à la pertinence de cette action à froid en étudiant les hand ranges adverses.
Je trouve que le jeu au flop est rarement bien discuté de manière générale sur les forums. Les conseils donnés y sont généraux, du type : "En basse limite, faites beaucoup de continuation bet parce que ca marche souvent", "Quand vous monter de limite, faites un peu moins de continuation bet mais faites plus de second barrel car ca float souvent". Hors, selon moi, on doit absolument tenir compte des caractéristiques du flop (autrement dit de la texture du flop) et de notre position pour prendre notre décision de cbet. Or les commentaires sus-dmentionnés ne tiennent compte que de vagues hand ranges adverses.
Le jeu au flop ne se réduit pas au jeu en tant que relanceur preflop, il comporte aussi le cas où on est le suiveur preflop ; mais ceci ne sera pas le cadre de cet article. Néanmoins, je voudrais mentionner que le jeu en tant que suiveur preflop a aussi une importance non négligeable sur le winrate et que la majorité des joueurs sont perdants dans cette configuration, notamment à cause d'une passivité trop importante.

Selon ma base de données de mains jouées, j'ai dû prendre une décision au flop 10 % des fois où une main m'a été distribuée. Sur ces 10 %, 44 % du temps en tant que le relancuer preflop (OR, original raiser).
J'ai gagné un peu plus du triple de BB dans les configurations ou je suis l'OR que dans celle où je ne suis pas l'OR. Le nombre de BB gagnées quand j'ai dû prendre une décision au flop est environ 50 % plus important que le nombre de BB que j'ai gagnées au total (c'est-à-dire que le jeu preflop ne compense pas complétement l'argent perdu par les fois où j'ai posé ma blind et que j'ai foldé preflop).
Ces chiffres permettent d'illustrer l'importance du jeu au flop et particulièrement du cas ou je suis l'OR.

Il n'y a pas vraiment de paramètres plus importants que les autres de manière générale, mais je vais les classer en deux catégories : les primaires (ceux qui entrent toujours en compte) et les secondaires (qui n'entrent pas toujours en compte, mais qui sont très importants quand ils entrent en compte).
Les paramètres primaires (ceux que vous devez toujours prendre en compte) :


. Il n'y a que des tirages backdoor. Un exemple de flop ultra drawy : 

.
sur 

ou sur 

, les ranges de call adverses (c'est-à-dire l'éventail de main avec lesquelles votre adversaire va suivre votre mise) vont être différentes et vos possibilités de 2nd barrel seront différentes.Les paramètres secondaires (ceux à ne pas toujours prendre en compte, mais qui sont tout de même très importants lorsqu'on doit les prendre en compte) :


arc-en-ciel, votre adversaire va beaucoup moins souvent vous voir avec 2 overcards si vous êtes UTG que si vous êtes au bouton ; si vous êtes UTG, il va souvent s'abstenir de suivre dans l'optique de float. Cette notion n'est pas vraiment secondaire, mais elle dépend en fait du type de joueurs contre lequel vous jouez : meilleur le joueur est, plus il est censé tenir compte de votre range perçue, plus le paramètre est important. Plus le joueur est faible (dans le sens où il ne joue que ses cartes), moins le paramètre est important.Je vais essayer d'être exhaustif dans ce premier cas étudié, et je soulignerai surtout les différences d'un cas à l'autre par la suite.
De manière générale, selon moi, la première chose à essayer d'estimer est la range de vilain qui ne vas pas folder sur ce flop.
Si on connaît cette range, on peut estimer notre FE, la partie de sa range qui va folder sur un continuation bet. Une fois que l'on a estimé cette FE et que l'on a choisit la taille de notre mise, on peut savoir si la décision de faire un continuation bet est EV+ ou pas (pour un rappel sur les calcul d'équité, voir ici).
Considérons le cas ou nous avons choisi de miser 66% du pot, et considérons qu'on va toujours abandonner le coup avec notre main si notre adversaire ne folde pas, on a besoin d'une FE de :
FE * pot + (1 - FE) * ( - 0.66 * pot)=FE * 1.66 * pot - 0.66 * pot > 0
si
FE > 40 %
Cela signifie qu'on a besoin de 40 % de fold equity pour que notre continuation bet soit rentable.


On dit que le flop est sec car il n'y a quasiment aucun tirage sur ce flop. Pour être précis, il y a seulement 48 combinaisons qui ont une ventrale (
, 
et
), soit 4 outs. La hauteur est la force de la meilleur carte du flop, ici l'
. Le fait que la hauteur soit importante (ici la meilleure possible) implique que l'on a rarement une bonne carte au turn pour faire un deuxième barrel. Une bonne carte pour faire un 2nd barrel est soit une carte qui va faire folder une bonne partie de sa range, soit une carte qui nous donne un tirage, par exemple
sur ce flop si on a 
.
-X, 
, 
et 
, soit 147 combinaisons sur 1176 possibles (12,5 %) si tous les
sont dans sa range. Mais généralement, certains
seront rarement dans sa range. Donnons-lui une range fantaisiste de call preflop de {n'importe quelle paire, 
o, 
o, 
s-
s, 
s-
s,
,
-Txs} est-ce EV+ (rentable) de faire un continuation bet, en admettant que la range mentionnée plus haut est exactement l'ensemble des mains qu'il ne couchera pas. Cette range de call preflop contient 137 combinaisons et la range qui ne folde pas au flop (soit 
, 
, 
, 
o-
o, 
s-
s) contient 61 combinaisons. On a donc une fold equity égale à 55,5 % et le continuation bet est EV+ avec toute notre range (puisqu'on n'avait besoin que de 40 % de fold equity pour que le continuation bet soit rentable).
s et 
s seront les mains de la range de Villain qui comporteront un
. Ce bon reg va, par contre, sûrement surrelancer preflop quelques
assortis avec faible kicker (
, par exemple) ainsi que {
, 
, 
et 
}. Ces mains en moins dans sa range de call preflop, et donc dans sa range de call au flop, vont compenser les mains en plus (
, 
, 
x, 
s et rarement 
, 
, 
et 
pour un reg) par rapport au calcul du paragraphe précédent ; ainsi, le continuation bet restera EV+.
dans notre situation, cela signifie que sa range comporte des
, et donc beaucoup d'autres choses et sa range sera sans doute assez large pour que vous ayez la FE nécessaire pour faire un CB. C'est seulement dans de rares cas, où votre adversaire a une range de défense de blinds de type {
-X, n'importe quelle paire, connecteurs assortis}, que vous devrez réfléchir à la pertinence du CB et penser au nombre de cartes qui rendront un deuxième barrel efficace.
-X où votre kicker est faible, 
, 
et que vous pensez que votre adversaire ne va call votre CB qu'avec
-X, faire un continuation bet n'est pas la meilleure solution. Quand vous êtes hors position, la réponse est moins évidente mais la décision de faire le continuation bet ne doit pas être le standard.
, ou même une seule des deux cartes. On pourrait par contre avoir envie de check behind toutes les mains ayant deux cartes au-dessus du
.
et couche avec
, de la décision que vous prendrez s'il relance en semi-bluff avec
et
.
-X, il pouvait y avoir des paires et quelques
-X. Ici, la probabilité qu'il suive un CB avec une paire décroît nettement, mais la probabilité qu'il suive avec
-X est largement supérieure à celle qu'il suive avec
-X dans le cas précédent. Il y a globalement plus de
-X que de
-X dans une range de call. De plus,l'équité de
-X est meilleure que celle de
-X.
-X que de paires et de
-X dans la range de call preflop de notre adversaire. Donc, il est plus rentable de CB notre air que de le checker. Globalement aussi, notre range qui n'a pas touché ce flop aura une showdown value plus faible car on n'a plus aucune main ayant 2 cartes supérieures à la 2e carte du flop. Le standard sera donc de CB 100 % de sa range, OOP et IP. L'exception restant peut-être 
et
avec un kicker faible.



Le flop contient un peu plus de tirages, avec quelques tirages quinte par les deux bouts (
et 
), un double bellybuster (
) qui se rajoutent aux ventrales (
, 
, 
, 
et 
). Vu sa hauteur faible, c'est un flop qui permet beaucoup de possibilités de 2nd barrel profitablement. Ce type de flop est pour moi le premier ou la majorité des joueurs vont faire une erreur. Pas nécessairement au flop mais en ayant une action au turn ou à la river qui n'est pas en accord avec leur action au flop.
-X, les tirages car ils estiment avoir des cotes implicites sur notre range perçue (une overpair). La probabilité qu'il suive notre CB dépend donc pas mal de sa range de call preflop. J'ai tendance à de plus en plus souvent miser 100 % de ma range sur ce type de flop, dès que j'estime que mon adversaire va suffisamment souvent coucher au tournant. Mon plan est de faire un 2nd barrel sur toutes les cartes supérieures au
, ou au
en fonction de mon adversaire. Je ne vais pas faire de différence quant à ma position (IP ou OOP) avec la range qui a la plus grosse showdown value (les broadways). Avec la partie la plus faible de ma range, c'est dfférent. La différence entre le fait d'être OOP et IP est que IP, si je ne touche pas une bonne carte pour 2nd barrel au tournant, je suis sûr de voir la rivière si je check le tournant, ce qui n'est pas le cas OOP. On va donc avoir plus de possibilité de bluff IP que OOP. C'est pourquoi j'ai tendance à plus CB mes mains à faibles showdown value IP.



Changement de décor ici avec un flop à tirages. Il y a des tirages quinte, et les broadways ont touché ce flop. Comme pour le précédent, ce type de flop est un de ceux où la majorité des joueurs font une erreur, et ont tendance à faire un CB avec des petites paires avec le raisonnement suivant : "je n'ai aucune showdown value, je CB en bluff car je fais passer des petites paires meilleures que la mienne", sans faire attention au fait que la range qu'ils font coucher est trop faible pour rendre le CB bon.
Considérons que l'on mise 75% du pot. Il nous faut donc une FE de :
FE * pot + ( 1 - FE ) * ( -0,75 * pot ) = FE * 1,75 * pot - 0,75 * pot > 0
si FE > 43 %
L'augmentation de FE requise (40 -> 43 %) avec l'augmentation de notre mise (66 % -> 75 %) est faible mais la combinaison "FE demandée plus importante et moins de FE obtenue" rend souvent le CB EV- avec nos mains sans showdown value.

. Cette range n'est pas faible : 
-
, 
-
, 
-
, 
, 
et 
, soit 14 % des mains distribuées preflop, rentrent dans cette catégorie. Si vous relancez 30 % des mains au cut-off, cela représente la moitié de votre range. Au bouton, vous relancerez plus, mais vous allez souvent ajouter des mains qui touchent aussi ce flop. Bref, votre range avec une bonne showdown value devrait représenter, au pire, presque 50 % de votre range, et plus vous serez proche d'UTG, plus votre range contiendra souvent des broadways.



Il y a des tirages couleur qui s'ajoutent aux tirages quinte par les deux bouts et aux tirages quinte ventrale du cas 3. Le flop est donc à tirages, mais la texture reste différente de celle du cas précédent. La range de call va donc contenir des tirages couleur qu'elle ne contenait pas dans le cas 3. Cela change-t-il notre range de CB par rapport au cas 3 ? La réponse dépend notamment du type de jeu de notre adversaire.




Comme dit plus haut, c'est sans doute le type de flop qui contienne les plus de tirages. Il y a des tirages couleur qui s'ajoutent au cas 4, qui était pourtant un flop à tirages.
Selon moi, c'est le type de flop où on a le moins de FE au flop, parce que la range adverse contient, entre autres,
-X,
-X,
-X,
-X, voire
-X. On continue donc d'oublier les CB avec air, mais il faut même réfléchir à CB ou non avec la partie de notre range qui a une faible showdown value, comme
-X, 
ou
-X.

La range de call adverse contient maintenant des tirages couleur, en plus des
-X et des
-X. Comme pour les autres flops à tirages, CB avec les mains à showdown value très faible sera rarement bon.
-X,
-X avec kicker faible, et 
? Le choix de CB ou pas est plus compliqué ici, car CB permet également de value bet et de se protéger contre les tirages couleur. Plus un joueur va jouer ses tirages couleur passivement, plus il est intéressant de CB. Plus il est agressif, plus le check risque d'être meilleur que le CB.
Essayons maintenant de déterminer un processus de réflexion général à tous les flops.
Premièrement, on regarde le flop afin d'estimer la probabilité que notre adversaire suive notre mise sur ce flop. Cela nous permet d'estimer notre FE. On peut dès lors estimer si le continuation bet est EV+ uniquement grace à la FE.
Ensuite, il est intéressant d'estimer l'équité (ou la showdown value) de notre main : pas de showdown value, faible showdown value, showdown value moyenne ou forte showdown value. Ou encore, les mains où votre seule chance est la FE, les mains où vous avez besoin de bcp de FE mais où vous avez une ventrale ou des backdoors, les mains à tirage et les mains faites ou les mains où vous êtes prêt à partir all-in sur le flop.
Si on n'a pas de showdown value, notre calcul de profitabilité du CB nous donne la décision à prendre. Si on a une faible showdown value, la position peut être déterminante pour décider si on CB ou pas. Si on a une showdown value moyenne, il faut tenir compte de l'agressivité de notre vilain. Si la range de call est trop faible, on ne réalisera pas assez souvent notre équité pour rendre le CB correct.
Le but de cet article est de vous amener à réfléchir sur la profitabilité du continuation bet en fonction de votre main et du flop et de vous donner les autres ingrédients entrant en compte dans votre décision.
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