Tortue romaine

Défendre ses blinds est inutile pour être un joueur gagnant en petites limites. Cet article s'adresse plus aux bons joueurs de NL100 et de NL200. Pour tout dire, il s'adresse surtout aux joueurs de NL200 qui ont des difficultés pour passer en NL400.

Préambule à la défense de blind

La première chose à dire sur "défendre ses blinds" est que cela n'est pas si important. Avec une bonne sélection de table et sans savoir défendre ses blinds, on peut être gagnant jusqu'en NL1000. Au-delà, je ne sais pas, j'ai jamais joué plus haut, mais j'imagine que cela doit être plus dur. La deuxième chose à dire est que l'ensemble de cet article concerne une situation où le joueur qui vole est aussi un regular : on ne défend pas ses blinds contre un fish ! Cela ne sert à rien. On a de toute façon la position sur lui assez souvent. Votre but est de gagner de l'argent contre lui quand il est oop, pas quand vous êtes oop. En outre, la logique de la défense des blinds est une logique de métagame : elle ne joue que contre un adversaire face auquel on va jouer régulièrement ! La troisième chose à dire c'est que défendre ses blinds n'est certes pas nécessaire, mais cela aide fortement à avoir un bon winrate.

Qu'entend-on par "la défense des blinds" ? Le problème est simple : si SB et BB se couchent trop souvent face à un vol, alors le bouton peut open raise n'importe quelle main profitablement. Il faut donc être capable de réagir lorsqu'on est en blind, soit en suivant, soit en surrelançant suffisamment souvent. D'un point de vue mathématique, l'équation est assez simple : si le bouton réussit son vol dans au moins 66% des cas en relançant à 3BB, alors il est rentable pour lui de relancer n'importe quelle main. Cela veut donc dire que chacune des blinds doit réagir dans plus de 18% des cas en moyenne. Rendre cette relance non-profitable est clairement un travail d'équipe entre SB et BB : il est donc nécessaire de faire sa part du travail en réagissant face à une relance dans plus de 18% des cas (et idéalement dans plus de 25% des cas).

Notre but est donc de construire une stratégie de jeu qui nous permette de suivre ou de surrelancer suffisamment souvent pour que la relance par le cut-off/bouton preflop d'une range très large (40%+) ne soit plus rentable. Cela nécessite pas mal de travail, à la fois sur des ranges preflops adaptées ET sur le jeu postflop.

Il y a deux façons de défendre ses blinds : en suivant ou en surrelançant . Dans cet article je vais donc juste m'intéresser au cas où on suit. C'est de loin le cas le plus complexe parce que c'est une situation où on joue vraiment au poker : nos ranges de call doivent être fonction non seulement de stats mais surtout de l'historique récent avec le joueur qui vole. On sort du simple "je regarde les stats HM/PT3 et je sais ce que je dois faire". Il faut comprendre ce que le joueur veut faire, par exemple, comment il va réagir sur le flop avec une main forte mais pas top (top pair good kicker) et savoir s'adapter en fonction de ces paramètres. Le but est de vous faire comprendre pourquoi il est parfois correct de pousser 150 bb deep sur le flop Carte Dame de pique Carte 7 de trèfle Carte 3 de carreau avec Carte 9 de coeur Carte 9 de pique contre un bon joueur.

Comme je suis un pur produit de la formation française je vais vous faire un plan en 3 parties : 1) Les ranges de call preflop, ou ne pas surestimer ses implied odds ; 2) Jouer sur le flop 3) On s'ajuste. Le but de cet article est de montrer comment, en partant d'un range de call assez restreinte mais en étant très agressif sur le flop, amener votre adversaire à réagir et donc vous permettre de caller avec plus de mains et/ou avec d'autres mains que celles de la range de départ. Nous allons nous servir de l'historique pour améliorer nos implied odds preflop avec certaines mains.

I. Les ranges de call preflop, ou ne pas surestimer ses cotes implicites hors de position

I.1. Dans l'absolu, face à un joueur compétent, le set mining est inefficace

J'adore faire du set mining. Il n'y a rien qui m'énerve plus que de devoir folder Carte 2 Carte 2 en BB face à un open raise d'un joueur au bouton qui a 40% de vol, surtout lorsque je clos l'action. Mais il faut bien s'y résoudre : sans historique particulier avec ce joueur, suivre avec Carte 2 Carte 2 est clairement EV-. Dans la plupart des cas on aura rien, on sera obligé de check/fold le flop. Quand on touchera notre set, trop souvent notre adversaire n'aura rien et donc on gagnera en moyenne un continuation bet (parfois beaucoup plus, mais parfois aussi Villain ne va pas cbet ou on perdra le pot à la fin face à une meilleure main). La seule façon de s'en sortir sera donc d'utiliser le fait que quelqu'un dont la fréquence de vol est élevée n'aura en moyenne rien sur le flop. Il faudra donc réussir à gagner des pots de temps en temps sans avoir un set. Bien sûr, parfois, on aura la chance d'aller à l'abattage et de gagner sans avoir à caller une mise postflop avec une main marginale. Cependant, cette situation étant trop rare, il va aussi falloir lui faire coucher la meilleure main de temps en temps afin d'être efficace, c'est-à-dire le bluffer. On va donc devoir le check/raise sur le flop, ou encore faire un donkbet assez souvent dans le but de gagner le pot.

Le problème est que, dans l'absolu, Carte 2 Carte 2 n'est pas vraiment la meilleure main pour partir sur un plan du type "je suit le vol pour ensuite check/raise le continuation bet de mon adversaire sur des tableaux favorables". Au final, c'est une opération qui va coûter assez cher : face à une relance à 3BB du bouton alors qu'on est de petite blind et face à un continuation bet de 5BB que l'on relance à 15BB, on va au total investir 2BB +15BB pour gain net de 1.5+3+5=8.5BB. Pour faire une analyse mathématique plus poussée on peut faire des hypothèses :

  • on gagne en moyenne 10BB quand on touche notre set.
  • on néglige les cas trop rares où on va aller à l'abattage et où on va gagner sans avoir amélioré notre main.

La question est donc : quelle est la fréquence de check/raise qu'il faut avoir quand on n'a pas de set pour rendre l'opération EV+ en comptant une grosse fold equity (70%) mais une equity assez faible quand on est suivi, disons 5% ?

Mathématiquement, la résolution du problème est assez simple. On doit résoudre l'équation suivante : -2 +12% x 10 (on gagne 10BB en touchant notre set) + 88% x fréquence (check/raise) x Ev(check/raise) (on ne touche pas notre set et on check/raise) > 0

avec Ev (c/r) = 0.7 x 26.5 (Villain couche et on gagne le coup au flop) + 0.25 x 0.05 x 36.5 (Villain suit et on gagne) -15 = 5.7875 = 4

On obtient donc 88 % x 4 x fréquence > 2 - 1.2 donc fréquence > 0.8 / 4, soit une fréquence supérieure à 20%. Comme on ne veut pas être lisible en check/raisant avec bottom pair et en check/callant avec set ou mieux, cela veut dire qu'on va vouloir check/raise dans environ 30% des cas (0.88 * 0.2 + 0.12) . Le problème, si on fait cela, c'est qu'on va avoir une main complètement injouable dans 60 % des cas lorsqu'on fait un check/raise. Grosso modo, on va jouer, contre un adversaire qui a la position et une range vague, un pot assez gros avec une range très polarisée et contenant énormément de bluffs. C'est rarement une bonne idée.

Il faut donc folder Carte 2 Carte 2 preflop. Pour les mêmes raisons, il faut folder Carte 3 Carte 3, Carte 4 Carte 4, Carte 5 Carte 5 et Carte 6 Carte 6. Pour Carte 7 Carte 7, Carte 8 Carte 8 et Carte 9 Carte 9, cela se discute. Avec une meilleure paire en main, on est tellement devant sa range qu'il vaut mieux surrelancer. En bred, le set mining ne paraît pas une bonne technique même lorsqu'on essaye de compenser les faibles cotes implicites preflop par une fréquence de bluff élevée.

Pour que le set mining soit efficace, il faut réussir à limiter notre fold equity sur le flop quand on a un set et à construire des ranges de call preflop qui permettent de check/raise le flop en bluff ou en semi-bluff beaucoup plus souvent et avec une meilleure equity que celle offerte par une paire qui n'a pas touché le flop. Pour pouvoir set miner dans cette situation, il faut amener l'adversaire à se poser des questions lorsque il a Carte As de trèfle Carte Valet de carreau ou Carte 8 de carreau Carte 7 de carreau sur Carte 9 de pique Carte 7 de pique Carte 2 de carreau. C'est dans cet esprit qu'il faut construire nos ranges de call preflop et notre stratégie sur le flop.

I.2. Un exemple de range de call preflop

Défense de blind - range de call
En jaune, un exemple de début range de call en défense de blind.

On va donc construire une range qui nous permette de très souvent faire un check/raise sur le flop avec une equité correcte face à la range de notre adversaire. Cela va nous permettre d'avoir une image plus agressive, et cela va nous permettre, face à cet adversaire, de pouvoir jouer plus de mains.

Si on reprend l'équation de tout à l'heure sur l'espérance de gain du check/raise, on se rend compte qu'on a la possibilité de gagner beaucoup en jouant des mains qui vont assez souvent avoir une equité correcte sur le flop lorsque le check/raise est suivi. En passant juste de 5% d'equity à 30 % d'equité on obtient :

Ev (c/r) = 0.7 x 26.5 (Villain se couche et on gagne le pot au flop) + 0.25 x 0.3 x 36.5 -15 = 5.7875 = 6.2

Cela signifie qu'avec une main qui a seulement 30 % d'equité face à la range de call d'un check/raise de notre adversaire, on a juste besoin de check/raise en semi-bluff 1 fois sur 4 pour pouvoir défendre rentablement nos blinds face à une relance preflop à 3bb : on investit 2BB preflop et on en gagne en moyenne 6 sur un check/raise. Si j'en crois flopzilla, avec une main comme Carte 10 de pique Carte 8 de pique obtient 2 paires ou mieux ou un Flush Draw ou un tirage quinte ventral ou un tirage quinte bilatéral ou flush draw + paire ou tirage quinte bilatéral + paire ou tirage quinte ventral + flush draw ou tirage quinte ventral + paires dans 35.3% des cas. En outre, on va assez souvent avoir un tirage avec au moins 33 % d'equité contre top pair top kicker ou mieux, pour ne pas lui donner une trop grande fold equity lorsqu'il va tenter de nous re-bluffer. Or, avec des mains de ce type, on obtient mieux que 30 % d'equity contre la range de call du check/raise de notre adversaire (ou alors on check/raise plus souvent, ou il nous accorde plus de fold equity que 70 %). C'est donc un candidat parfait pour suivre la ligne "je suis le vol en vue de check/raise le continuation bet de mon adversaire sur des tableaux favorables" et ce, avec une fréquence générale de check/raise d'environ 33 %. Il faut bien comprendre qu'une main comme Carte Valet de carreau Carte 8 de carreau ou Carte 6 de carreau Carte 5 de carreau a une très bonne equity sur le flop Carte 9 de pique Carte 7 de pique Carte 2 de carreau même face à Carte As Carte As (22.8%).

La première partie de notre range va essentiellement être composée de connecteurs assortis et de one gaper/two gapers assortis.

Mais cela ne suffit pas : on cherche à "combattre" le continuation bet de notre adversaire en étant capable de le check/raise sur pas mal de flops. Il faut donc aussi avoir des mains capables de jouer de temps en temps sur des boards ace-high ou king-high sans avoir une range uniquement composée de draws et d'une très faible proportion de sets/trips/doubles paires. Il faut éviter sur un flop Carte Roi de coeur Carte Valet de coeur Carte 3 de pique d'avoir une range de check/raise uniquement composée de Carte 3 Carte 3 et de faibles tirages couleur. Pour éviter ce scénario, il faut ajouter des broadways dans notre range, afin d'avoir aussi top pair dans notre range sur un board ace-high, king-high ou Queen-high. Pour leur capacité à nous donner des mains très fortes sur le flop, les broadways assortis sont de très bonnes mains. On peut entre autre garder Carte As Carte Dame s+ parce que cela fait aussi du bien de pouvoir check/raise un flop Carte As de carreau Carte 8 de pique Carte 3 de coeur en sachant que Carte As Carte Valet o ne foldera pas parce que "on n'a jamais mieux que Carte As Carte Valet o à part 88 et parfois 33 dans cette situation".

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On en arrive donc à une range qui pourrait être : ATs+,KTs+,Q9s+,J8s+,T7s+,96s+,86s+,75s+,64s+,54s soit 7.8% de call.

Ce n'est pas beaucoup, et même pas assez, en comptant 10% de surrelance preflop mais, d'une part on va rajouter 2-3% de call supplémentaire dans la section suivante, et d'autre part nous allons ainsi construire une image qui va ensuite nous permettre de jouer profitablement d'autres mains et ainsi d'étendre notre range de call preflop.

I.3. Le lien entre range de surrelance et range de call

Il existe des mains qui ont beaucoup trop de valeur preflop pour être foldées preflop, mais avec lesquelles on a pas nécessairement envie de surrelancer parce qu'on n'est pas dans une dynamique de 3bet/5bet (cela nous empêchant de les jouer profitablement en allant à tapis preflop ) ou parce que, lorsqu'on sera suivi, elles seront difficiles à jouer. Je pense en particulier à des mains comme Carte 7 Carte 7, Carte 8 Carte 8 et Carte 9 Carte 9, qui vont rarement donner une overpair ou un set. Carte As Carte Valeto est dans le même genre : pas forcément très agréable à jouer si notre adversaire couche Carte As Carte 10o- après une surrelance et suit uniquement avec Carte As Carte Dameo et Carte As Carte 10 s / Carte As Carte Valet s. Elle est particulièrement dure à jouer sur flop ace-high, hors de position a fortiori. Carte 10 Carte 10 est un cas à part, parce que c'est une main très forte. Carte As Carte Dame est également un cas à part, surtout face à un adversaire qui va toujours 4bet (sur-surrelancer) Carte As Carte Roi , Carte Dame Carte Dame, Carte Roi Carte Roi et Carte As Carte As et qui va rarement se coucher suite à une surrelance, et donc garder des mains dominées dans sa range puisque, de facto, Carte As Carte Dame est très simple à jouer sur un tableau ace-high ou queen-high : on veut tout l'argent au milieu.

On va donc garder dans notre range de call ces mains que l'on ne veut pas surrelancer preflop mais qui ont trop d'equité pour être foldées face à une range de vol. On peut donc ajouter à notre range de tout à l'heure Carte 7 Carte 7, Carte 8 Carte 8, Carte 9 Carte 9 et Carte As Carte Valeto par exemple. Cela représente 2.3% de call en plus, ce qui amène à 12.3% de call au total. Carte Roi Carte Dameo peut aussi rentrer dans notre range de call si jamais je n'ai pas réussi à établir une dynamique en pot surrelancé, où je vais pouvoir aller à tapis sans remord sur tableau king-high. Bien sûr, il faudra jouer ces mains sur le flop en les jouant vite sur un tableau favorable : top pair, over pair, paire intermédiaire quand top pair est peu probable sont des mains qu'il faut savoir check/raise pour augmenter la part de mains faites dans notre range générale de check/raise, et ainsi empêcher que notre adversaire puisse profitablement cbet/call avec une paire intermédiaire par exemple.

De façon plus générale, on peut dire qu'il y a des mains qui vont faire le trajet entre la range de call et la range de surrelance de façon assez fréquente. Carte 9 Carte 9 et Carte As Carte Dameo en sont de très bons exemples. Face à une relance d'un bon nit (genre 17/15/4 avec 25% de vol) qui ne va quand même pas trop hésiter à 4bet bluff mais dont je n'ai aucune idée de la fréquence de 4bet pour value ni de la range, je n'ai pas nécessairement envie d'aller à tapis preflop avec Carte 9 Carte 9 ou Carte As Carte Dameo (je dirais même plus : sans dynamique particulière, je n'en ai pas du tout envie). Je vais donc suivre parce que je ne vais certainement pas me coucher. En suivant le même raisonnement, si jamais on est dans une dynamique très agressive avec un 26/22/4 qui vole plus de 45 % au bouton et 4bet bluff très souvent, je vais envoyer mon tapis avec Carte As Carte Dameo ou Carte 9 Carte 9 pour valeur sans trop de problème. Et je vais aussi "retirer" Carte As Carte Roi de piques de ma range de call parce que je sais que j'ai un bon pourcentage de chance de me retrouver à tapis preflop face à une main dominée (Carte As Carte Rois / Carte As Carte Dameo), ou de récupérer un 4bet bluff, ce qui dans les deux cas est un résultat très positif avec Carte As Carte Rois.

Ce trajet de mains entre nos deux ranges va être encore plus violent avec pas mal d'historique mais j'y reviendrai dans la dernière partie.

II. Jouer sur le flop

II.1. Notre principale arme : le check/raise

Notre but est donc :

  • soit de pousser notre adversaire à s'adapter et à sortir de sa routine "je cbet any two cards, je me couche si je me fais check/raise et que je n'ai pas une très bonne main" pour pouvoir commencer à suivre avec des mains qui ont besoin de meilleures cotes implicites preflop.
  • soit, s'il ne s'adapte pas, d'augmenter encore notre fréquence de check/raise ainsi que notre fréquence de call preflop. Si il ne réagit pas à une fréquence de 70% de c/r ce n'est pas très grave, on gagne de l'argent a suivre ses vols avec any two cards.

Sur la taille du check/raise, on ne veut pas en faire un trop gros, pour ne pas avoir besoin de trop de fold equity pour le rendre profitable. Un check/raise "x3" comme dans l'exemple précédent semble correct : il n'offre pas de cotes directes trop bonnes comme le ferait un check/raise moyen et donc garantit une fold equity correcte. En outre, cela laisse de l'espace à notre adversaire pour nous rebluff sans avoir à se marier au pot, même 100BB deep.

Avec la range décrite ci-dessus, on a "naturellement" entre 30 et 35 % de check/raise si on check/raise toutes les fois où on a quelque chose ou presque. Dans certains cas on va préférer check/call surtout lorsque notre adversaire aura compris qu'on c/r très souvent, trop souvent pour tout le temps avoir un set. Notre but est de le faire réagir à nos c/r ou, s'il ne réagit pas, de l'exploiter en le bluffant. Il faut donc, au moins au départ, ne pas hésiter à le check/raise très souvent même quand on n'a rien ou pas grand chose. Tant que notre adversaire ne s'est pas adapté, le critère pour choisir quand check/raise et quand ne pas check/raise doit être sa fréquence de bluff en continuation bet sur ce type de flop et donc notre fold equity plutôt que la valeur réelle de notre main.

Suivant le type d'adversaire il va alors réagir de plusieurs façons possibles :

  • ne jamais s'adapter, c'est probable si il joue douze tables ou plus. Il faut alors continuer à l'exploiter tout en restant prudent quand il suit ou surrelance un check/raise. Souvent il aura une très bonne main, inutile donc de tenter de le rebluffer si on n'a pas touché au tournant ou si on n'a rien.
  • commencer à suivre le check/raise

Dans tous les cas, dès que votre adversaire commence à réagir (et pas avant, en se disant : "il va sans doute réagir"), vous pouvez commencer à ajuster votre range de check/raise en faisant plusieurs choses :

  • merger vos ranges, c'est-à-dire commencer à check/raise avec KJs sur un board jack-high dans le but de miser au tournant et et de pousser rivière, ou de 4bet à tapis le flop
  • appliquer la règle des "il me faut 5 clean outs (des outs certains) ou à peu près pour check/raise". Ne pas oublier qu'un tirage couleur backdoor est un out supplémentaire, donc tirage quinte ventral + tirage couleur backdoor est une bonne main. Tirage quinte ventral + over cards + tirage couleur backdoor ou paire + tirage couleur backdoor, c'est presque la main max

Enfin, je veux développer ici le cas particulier du tirage couleur backdoor (bdfd). C'est très puissant. Si vous voulez check/raise avec Carte 10 Carte 8s sur un flop jack-high arc-en-ciel sans tirage quinte ventral, il vaut quand même mieux le faire avec un bdfd qu'avec air. C'est surtout le cas si votre adversaire se met à réagir en quivant light vos check/raise. Quand il les surrelance c'est beaucoup beaucoup moins intéressant. Un bdfd c'est à peine 1 out de plus en équité, mais si vous êtes sûr de voir le tournant, alors c'est clairement beaucoup plus fort qu'un out, c'est 10 outs vers une très bonne main au tournant. Vous allez savoir si vous avez "touché" ou pas votre bdfd au tournant. Après il faut savoir s'en servir.

II.2. Que faire si Villain suit votre check/raise ?

Souvent, les joueurs qui vont vous voir faire cela et comprendre qu'il se passe un truc (sans nécessairement comprendre exactement quoi) vont avoir tendance à passer en mode continuation bet/call sans nécessairement ajuster correctement leur ranges de continuation bet, call de check/raise et surrelance face à un check/raise. En gros, ils vont continuer à continuation bet trop souvent et ne surrelancer que leurs premiums sur le flop. Dans ce cas particulier je ne peux que difficilement vous aider. Cela dépend malheureusement beaucoup de la dynamique particulière que vous avez instaurée dans cette situation. Toutefois, il faut faire attention à plusieurs choses : je vais donc faire un inventaire à la Prévert.

Tout d'abord, certains joueurs vont se contenter de suivre le check/raise avec any two cards pour voir ce que vous faites au tournant. De mon expérience, c'est le cas le plus fréquent en NL200/400 : il vaut donc mieux, la première fois que vous êtes suivi par un joueur particulier, ne pas trop hésiter à en remettre une couche avec une nouvelle mise. S'il suit encore au tournant, sachez que vous avez alors peu de fold equity rivière (et donc si vous touchez votre tirage quinte ventral, n'hésitez pas à pousser, même si c'est un léger overbet).

Ensuite, il faut prendre garde avec les bdfd qui touchent à ne pas se retrouver commit avec 15 outs face à un tapis adverse au tournant. C'est particulièrement le cas lorsque vous avez de la showdown value. Supposons une main Carte 8 de pique Carte 7 de pique: avec un check/raise sur le tableau Carte 10 de carreau Carte 7 de carreau Carte 3 de pique Carte Dame de pique. Vous avez de la showdown value face à beaucoup de mains (et particulièrement face à un tirage couleur sur le flop) et vos outs sont déguisés. Avec des stacks à 100bb c'est en général mieux de check/call turn (ou de check/raise à tapis) que de bet/call ou bet/fold. Encore une fois, il est impossible d'énoncer une règle générale ici : cela dépend trop de votre adversaire et des tailles de tapis.

Enfin, dès que votre adversaire commence à trop caller vos check/raiseavec des mains moyennes (top pair sans kicker, deuxième paire bon kicker, paire intermédiaire) tout en surrelançant avec des mains fortes, alors il faut savoir modifier sa range preflop pour pouvoir exploiter cette tendance : Il faut réintégrer dans notre range de call preflop un certain nombre de mains tels que Carte Dame Carte Valeto ou Carte As Carte 10o. Il faut ensuite check/raise le flop quand on touche top pair bon kicker et si jamais il suit le check/raise sur le flop, il faut miser le tournant et pousser à la rivière.

II.3. Et le check/call dans tout ça ?

Quand votre adversaire s'adapte en limitant sa range de continuation bet et en élargissant sa range de surrelance sur le flop, alors il devient moins intéressant de faire un check/raise bluff avec une equité faible. La plupart du temps, vous allez devoir vous coucher face à sa surrelance, ou partir à tapis avec une équité moyenne. Le cumul des deux modifications dans le jeu de votre adversaire (moins de continuation bet et plus de surrelances) fait que le pourcentage de surrelance face à un check/raise peut devenir très très élevé, tout en conservant une bonne equité contre votre range de 4bet à tapis avec sa range de call de 4bet à tapis. Cela peut être encore accentué s'il réduit sa range de vol preflop parce qu'il vous donne plus de crédit en défense de blind.

Pour répondre à cette situation où la modification des ranges de continuation bet et de surrelance sur le flop modifie la dynamique et l'espérance de gain d'un check/raise avec une main plus ou moins marginale. Il faut savoir faire deux choses : suivre avec des pocket pairs preflop (le retour du set mining) parce que d'un coup, nous avons gagné énormément encotes implicites preflop ET savoir check/call avec une range bien faite.

Une main comme Carte Roi de carreau Carte Dame de carreau est une très bonne candidate à un check/call sur un flop :Jq Carte 9 de coeur Carte 2 de pique face à ce type d'adversaire, alors qu'il est plus logique de check/raise/push avec Carte Dame de trèfle Carte 10 de trèfle sur ce même flop.Dans le second cas (avec Carte Dame de trèfle Carte 10 de trèfle), le tournant va plus souvent vous faire perdre de l'equité que vous en faire gagner ou vous permettre de semi-bluffer de façon efficace. Dans le premier cas (Carte Roi de carreau Carte Dame de carreau), au tournant, 6 cartes sont d'excellentes cartes à bluffer pour notre adversaire alors qu'en fait elles vous donneront top pair bon kicker, 4 cartes vous donnent les nuts et 9 cartes vous donnent un excellent combo draw bien déguisé. Cela fait 19 cartes qui vous intéressent sur la turn, soit 40 % du deck.

Dans le même esprit, avec Carte As Carte Roi / Carte As Carte Dame non amélioré, un check/call sur un board très favorable (où notre adversaire cbet assez light) peut être très profitable lorsqu'on sait que :

  • notre adversaire va très souvent 2 barrel un as, un roi et une dame au tournant
  • notre adversaire va suivre assez light un check/raise au tournant (en gros avec top pair bon kicker ou over pair sur le flop, ou bien avec top pair au tournant) parce qu'on l'a plusieurs fois fait folder auparavant avec un check/raise au tournant.
  • notre adversaire a une faible fréquence de second barrel bluff contre nous. On aura donc l'opportunité de voir une rivière et éventuellement un abattage lorsqu'on a la meilleure main sur le flop.

Rajoutons bien sûr une main comme Carte As Carte 10s ou Carte Roi Carte Valets sur un flop ten-high ou jack-high lorsqu'on a pas suffisamment d'historique pour qu'un check/raise soit profitable et que l'on ne sait pas trop où on se situe. Cette action est particulièrement puissante si notre adversaire peut second barrel AIR très souvent même si le tournant n'est pas un scary card. Il ne faut cependant pas en abuser, surtout au début : il sera presque toujours plus intéressant de merger sa range de check/raise en y ajoutant des mains du type top pair bon kicker que de contrôler le pot hors de position. C'est particulièrement vrai si vous pensez que la range de surrelance de votre adversaire est du genre AIR/set/tirage ou si vous savez qu'il sait jouer contre pot control (il 3barrel en bluff).

On peut aussi bien sûr ajouter toutes les mains du type paires + bdfd qui ont intérêt à voir le tournant et ne veulent pas prendre une surrelance. Il faut bien sûr que le check/call soit en lui-même profitable.

On peut aussi ajouter des mains très fortes (top pair top kicker ou mieux) quand on pense que sa range de surrelance du check/raise est assez réduite parce que le board ne lui plaira pas pour une surrelance mais qu'il lui a plu pour un continuation bet. Un bon exemple est un board Carte As Carte 7 Carte 2 arce-en-ciel quand jusque là on lui a uniquement donné de l'action sur des flops bas. Néanmoins, il ne faut jamais oublier lorsqu'on sous-joue une main forte telle qu'un set ou top pair bon kicker dans cette situation que l'on réduit drastiquement notre fold equity sur les check/raise à venir. C'est rarement une bonne chose. Il faut donc utiliser le check/call avec modération en prenant en compte que le gain en valeur lié au slowplay est potentiellement moins intéressant que le gain en valeur lié au métagame.

Dans tous les cas ne passez pas du check/raise au check/call par faiblesse, mais uniquement parce que vous avez une bonne raison de le faire.

Avoir une range de check/call assez large sur le flop peut permettre de mettre en place une dynamique de check/raise à tapis au tournant assez efficace. C'est même la raison principale pour laquelle on va check/call sur le flop face à un adversaire qui va bluffer un as ou un roi lorsqu'on a Carte As Carte Roi par exemple. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails, mais si vous faites cela il faut être capable de check/raise à tapis turn avec juste une paire ou un combo draw. Il faut aussi savoir tourner une main faite en bluff.

III. On ajuste

III.1. La taille de la surrelance de Villain sur votre check/raise a de l'importance

Prenons un exemple : le bouton relance à 3.5BB, SB se couche, BB suit, le pot fait 7.5BB (on va dire 7BB sans le rake). BB check, le bouton cbet à 6BB et BB relance à 18BB. Là, si notre adversaire appuie sur le bouton "miser le pot", il va faire une grosse relance à 18x3+7=61BB. S'il se contente de tripler votre relance, ce sera 54BB. En cas de tapis, si nous sommes 100BB deep, il a besoin dans les deux cas d'une equité très faible pour suivre. Comme il justifie sans problème un tapis avec n'importe quel tirage couleur de notre part à cause de la dead money, il se met lui même dans une position où il doit suivre avec 2 over cards face à notre range de push si nous sommes 100bb deep.

Par contre, si jamais il surrelance à 33BB, il garde une possibilité de se coucher. En outre, s'il bluffe, cela ne lui coûte pas cher et il a besoin de peu de fold equity tout en nous obligeant à prendre une décision délicate avec, disons, un simple tirage couleur hauteur 8. En effet, on peut 4bet à tapis en se disant qu'on a encore de la fold equity alors qu'il a juste voulu induire un bluff de notre part. On peut difficilement se contenter de suivre quand on a plus de 30 % d'equité face à sa range de push avec autant de dead money alors qu'on a pas de showdown value. C'est possible parce que, quelque part, il nous donne de bonnes cotes directes, mais on va être obligé de check/fold au tournant si on ne touche pas et qu'il mise de nouveau.

Si cela ne vous rappelle rien, relisez le post sur le 4bet : c'est la même logique (du point de vue de Villain) : ne pas faire un rebluff trop gros pour laisser la possibilité à votre adversaire de tenter un re-rebluff quand vous avez une main forte tout en réduisant pour vous le coût du rebluff et donc en en augmentant la rentabilité. Dans certain cas, il peut être bon de ne pas lui laisser cette possibilité en augmentant la taille de son check/raise sur le flop.

Je ne vais pas rentrer ici dans un long débat pour expliquer quand et comment notre adversaire doit utiliser une taille de relance ou l'autre. Sachez simplement que certains adversaires vont faire exprès de se commit avec Carte As Carte Rois par exemple parce qu'ils pensent avoir de la fold equity et qu'ils pensent qu'il va y avoir énormément de paires et autres tirages contre lesquels Carte As Carte Rois a une très bonne equité dans votre range de 4bet à tapis. L'important est de savoir que les deux tailles existent et d'essayer de comprendre pourquoi votre adversaire décide de faire une grosse ou une petite relance.

III.2. Les reads

Il n'y a pas de recette miracle, il faut jouer au poker, il faut essayer de comprendre la nature de la range de notre adversaire lorsqu'il surrelance notre check/raise et lorsqu'il le suit, ainsi que, idéalement, le lien avec sa range de continuation bet, le tout en faisant le lien avec la texture du flop. Je ne parle pas ici de pourcentage comme pourrait donner un tracker avec les bons filtres. Il faut comprendre la nature de ces ranges : sont-elles polarisées ou sont-elles mergées ?

Il faut savoir que le comportement de votre adversaire va fortement évoluer à chaque abattage. La force de toute bonne stratégie de jeu au poker consiste à amener votre adversaire à jouer des situations auxquelles il n'est pas habitué, mais que vous maîtrisez parce qu'alors il commettra plus d'erreurs que vous. C'est comme cela que l'on devient gagnant face à un autre regular : en l'obligeant à sortir de sa zone de confort, l'amenant ainsi à jouer d'une façon dont il n'a pas l'habitude ou en l'obligeant à avoir un comportement très exploitable (tel que continuer à se couche sur nos check/raise alors qu'on a une fréquence de check/raise de plus de 50 % contre lui).

Pour avoir une maîtrise d'une situation meilleure que celle d'un adversaire, il faut comprendre la logique de métagame de la situation (la part mathématique du poker) tout en développant des reads sur cette situation (la partie psychologique du poker). Là encore, je n'ai pas de recette miracle pour y parvenir. Quelques petits trucs/exemples de read ne faisant pas de mal :

  • savoir comment votre adversaire réagit en terme de fréquence de continuation bet sur un tableau ace-high ou king-high est important. Cela permet entre autres de check/raise avec un simple tirage de quinte ventral de façon rentable s'il cbet 100 % de sa range. Savoir si, ensuite, il va suivre avec ses as sans kicker et surrelancer avec Carte As Carte Dame+ et aussi utile, parce qu'à ce moment -là, vous pouvez tranquillement le value bet au tournant et à la rivière avec Carte As Carte Valet+ ou si votre tirage ventral a touché.
  • comprendre la nature de la range de Villain en cas de surrelance est utile : si c'est une range composée essentiellement de AIR (beaucoup), de top pair top kicker et mieux, et de tirage couleur / tirage quinte bilatéral, alors il faut modifier ses propres ranges en conséquence. Dans ce cas précis, cela consisterait à merger sa range (en allant à tapis avec top pair voire paire intermédiaire ou deuxième paire top kicker) si jamais on a encore pas mal de fold equity parce qu'il y a beaucoup d'air dans sa range et que, en plus, on a une equité correcte contre un tirage. Cela dépend bien sûr de l'historique et de la nature du flop.
  • quand il utilise les deux tailles de surrelance, il est aussi très utile de comprendre comment il répartit ses ranges suivant la taille. A contrario, s'il se met à partir à tapis sur le flop de façon routinière avec ace-high, alors il faut savoir pousser une paire intermédiaire pour valeur sur des flops secs comme dans l'exemple pris précédemment.
  • comme dit plus haut, comprendre à quel moment la probabilité d'une surrelance de notre check/raise est élevée (à cause du flop ou de l'historique récent avec l'adversaire) est très important pour, avec certaines mains, choisir de check/raise plutôt que de check/raise.
  • certains adversaires vont avoir une range de surrelance sur votre check/raise très forte ne vous permettant pas de trop de réagir mais vont par contre suivre assez light le check/raise et les mises au tournant et à la rivière. Ne pas hésiter à les value bet thin au tournant et à la rivière quand il suit le check/raise sur le flop, ne pas aussi hésiter à devenir créatif preflop (cf. l'article suivant).
  • le principal read va être une forme de feeling, en particulier sur une session longue. Il est dur à mettre en place, mais faites un peu confiance à ce feeling. Si vous pensez que cette surrelance de votre check/raise est très souvent un bluff, alors n'hésitez pas à rebluff à tapis, surtout si vous avez un peu d'equité (comme un tirage quinte ventral).
  • la principale difficulté va être de reprendre après une session longue où cette méthode a bien marché contre un adversaire particulier, sur une nouvelle session face au même adversaire deux jours plus tard. On a peu de moyens de savoir si notre adversaire a une très bonne mémoire, s'il a pris des notes ou si au contraire il ne se souvient de rien et reste dans sa dynamique normale.

III.3. Ajuster en conséquence ses ranges preflop

Il n'y a rien qui m'énerve plus que de voir un joueur qui joue 19/16/4 avec 7 % de 3bet, et plus de 10 % en BB vs vol, s'amuser à une relance une relance du bouton avec Carte As Carte As en SB et ensuite check/raise/4bet à tapis sur un flop assez drawy. En général, c'est parce qu'il a vu que cela se faisait en lisant un thread de Aejones contre Krantz où le premier faisait cela au second 200bb deep (en rajoutant un call de 5bet à tapis, il me semble). Ils ne comprennent pas la dynamique particulière du jeu et que, avant de s'amuser à cela, Aejones savait que son adversaire allait accepter d'aller AI sur le flop avec une range contre laquelle AA ne sera pas wa/wb (loin devant/loin derrière). Aejones, avec l'image de notre TAG moyen, ne se pose pas de question : il surrelance Carte As Carte As en NL200 ou en NL400 et, en aucun cas, il va jouer contre un reg de NL200 sans historique comme il le ferait face à Krantz.

Par contre, si nous avons réussi à mettre en place la bonne dynamique dans les pots ou on défend en suivant, il est potentiellement très efficace de suivre avec Carte As Carte As : imaginons un adversaire un peu serré, qui défend ses continuation bet assez light (soit en surrelançant nos check/raise assez souvent sans hésiter à aller à tapis avec tout ce qui a une vague equité contre nous sur le flop, soit en suivant 3streets de value avec une main très marginale) mais qui, à l'inverse, continue à coucher énormément face aux surrelances preflop. Là, suivre preflop avec Carte As Carte As en SB ou en BB est idéal. On tire plus de valeur à le suivre qu'a le surrelancer vu qu'il se couche beaucoup face aux surrelance ET qu'on aura souvent la meilleure main à l'abattage ET que, si on va à l'abattage, on va augmenter sa fréquence de 4bet bluff et/ou de call de surrelance en position.

De façon plus générale, surtout face à un adversaire qui donne de la valeur et est facilement lisible (surrelance ses mains fortes sur le flop, suit avec une range large le check/raise), il est super intéressant de réintégrer des mains comme Carte As Carte 10o ou Carte Roi Carte Valeto dans votre range de call preflop. Elles seront faciles à jouer : si jamais Villain cbet/call et que vous avez top pair top kicker ou top pair second kicker, vous pourrez le value town gentiment. C'est un peu mon truc préféré ça : stacker un nit qui a Carte 10 Carte 9s sur un board ten-high quand j'ai Carte As Carte 10 et que la river est un roi...

Il ne faut pas oublier aussi de modifier sa range de call preflop, quitte à sortir de notre range certaines mains comme les as faibles assortis parce que, par exemple, on ne veut pas avoir à jouer top pair no kicker contre cette adversaire, vu la dynamique à ce moment là (trop de risque de faire une erreur telle que check/call au flop, check/call au tournant et check/fold à la rivière alors qu'il va souvent 3 barrels les tableaux ace-high).

Enfin, quand votre adversaire est bien énervé, c'est souvent le moment de vous remettre à faire du set mining avec Carte 2 Carte 2 ou Carte 6 Carte 6 ! Vous aurez beaucoup beaucoup moins de mal à extraire quand vous toucherez votre set et en plus, si cela vous arrive d'aller à l'abattage avec un set, alors votre adversaire vous redonnera un peu de fold equity pour vos check/raise sur le flop. Après, tout est question d'équilibre. Contre un adversaire compétent il m'est arrivé par le passé lors de sessions particulières de repasser à une range de call preflop de type Sconnecteurs assortis / pocket pairs uniquement. De façon momentanée, et grace à notre historique un poil sauvage, cela a été super efficace.

En un mot, soyez créatif, mais n'oubliez pas que vous devez avoir une raison pour sortir de la ligne classique avec une main donnée preflop et un plan pour la jouer postflop !

Conclusion

En étant assez agressif lorsque vous avez suivi preflop, vous allez établir une dynamique de jeu vous permettant de jouer pour valeur des mains plus marginales et d'augmenter vos icotes implicites preflop avec des mains faibles, qui ont un gros potentiel sur le flop mais qui restent injouables si jamais elles ne touchent pas. Au final, cela va vous permettre de jouer de 25% à 30% (en surrelançant ou en suivant) de vos mains en défense de blind, tout en contraignant votre adversaire à jouer des mains qui ont un vrai potentiel lorsqu'il vol. Il ne faut toutefois pas aller trop vite en besogne et suivre l'évolution de votre adversaire pour savoir à quel moment faire entrer dans votre range de call preflop telle ou telle main. Le but est d'arriver à créer des situations où un call est profitable avec une range assez large. Ce faisant, votre adversaire ne pourra pas voler avec une main très marginale telle que Carte As Carte 4o parce que vous allez suivre ou surrelancer trop souvent preflop, et que vous n'allez pas vous coucher assez souvent sur son continuation bet sur le flop pour que celui-ci soit porofitable. Du coup, les mains aussi marginales que Carte As Carte 4o seront perdantes sur le long terme puisque l'ensemble de l'opération sera EV-. Il ne fera pas assez souvent une main solide postflop avec Carte As Carte 4o, il n'aura pas le loisir d'utiliser trop la position (parce qu'on va réduire le PSR très vite sur le flop avec nos check/raise), il devra, pour "défendre sa relance", jouer trop de situations marginales postflop où il sera au final perdant. Bien entendu, si votre adversaire réduit sa range de vol preflop, il faudra modifier votre range de surrelance et votre range de call en conséquence.

Pour vous donner un ordre d'idée, voici quelques-unes de mes statistiques face à un steal quand je suis de BB et hors de position : vpip 25%, surrelance 12%, check/raise cbet 35%, check/call cbet 15%, donkbet 5%, W$WSD 48%.

Bien entendu un bon adversaire va s'adapter plus ou moins vite suivant son expérience à ce style de jeu. J'ai pris ici le parti de me placer face à un adversaire classique de NL100/200/400. J'ai voulu expliquer comment faire évoluer ses ranges pour le sortir de sa routine. La situation face à un regular de NL400+ est légèrement différente : cette stratégie est peu ou prou ce que font pas mal de joueurs de Middle stakes No Limit dans cette situation (haut % de surrelance vs vol + haut % de check/raise flop vs steal + haut % de check/call flop vs steal). Il y est habitué et vous n'allez pas obtenir d'edge à jouer ainsi.

Enfin, en terme d'image, il faut bien voir que cela va avoir un effet immédiat sur votre % de check/raise flop qui va monter, pour passer de 7-10%, comme la plupart des joueurs de NL100/200, à 15%-25% suivant la façon dont vous jouez les autres situations où vous allez être hors de position sur le flop. En terme d'image, c'est une très bonne chose : il est relativement facile de coucher à un check/raise Carte As Carte Valeto sur un flop Carte Valet Carte 8 Carte 3 bicolore face à un regular avec un pourcentage de check/raise de 7% . C'est beaucoup plus dur de folder la même main si son pourcentage est supérieur à 15%. Comme le pourcentage de check/raise sur le flop est une statistique disponible sur tous les trackers, il est plutôt bon de ne pas tomber dans la catégorie 7% et moins. Cela évite de se poser 25000 questions sur ce que l'on doit faire avec Carte 3 Carte 3 sur Carte Valet de coeur Carte 8 de coeur Carte 3 de trèfle en 3-way lorsque le relanceur preflop est un TAG qui a relancé UTG et que le deuxième larron est un fish et qu'on a suivi en BB. Pouvoir check/raise ce flop même quand le fish s'est couché sans avoir trop de fold equity est une bonne chose.

Quant à comment améliorer cette stratégie, je pense qu'une première réponse peut être de travailler sur les ranges de donkbet / 3bet à tapis sur le flop et de donkbet / fold. Cela rajouterait une arme à notre arsenal et je pense que cela est plus intéressant qu'un simple check/raise dans certains cas. Pour l'instant j'ai tendance à seulement check/raise et j'utilise rarement le donkbet, sauf quand un adversaire check trop souvent en position sur le flop, en particulier quand il check behind lorsqu'il a un peu de showdown value (bottom pair ou ace-high) sur un flop où sa range est assez faible.

Enfin, cet article est un bon exemple de comment "penser poker" au-delà d'une simple analyse de main. Tout est question de fréquence et d'historique. Pour bien jouer au poker, il faut comprendre pourquoi dans certaines situations il va falloir jouer une main d'une façon et non d'une autre. C'est d'autant plus compliqué qu'il faut, par exemple, être capable de comprendre en quoi notre pourcentage de check/raise sur le flop va modifier notre image et donc va modifier nos cotes implicites preflop, et donc va vous permettre de suivre avec des mains de tel ou tel type preflop dans certaines situations.

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