mercredi 16 août 2017 à 14:43
EXCLU

Alexandre Luneau n'est plus un joueur de poker professionnel. Après dix ans d'une irrésistible ascension jusqu'aux plus belles tables de cash game en ligne, le jeune trentenaire a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure. Ses projets, ses envies, les années Winamax, la quête avortée du bracelet WSOP, son regard sur son parcours : Alex nous dit tout dans un long entretien réalisé à Paris il y a dix jours. Une lecture à compléter avec celle de ses adieux au Team Pro.

Alex Luneau WSOP 2017
(photos Winamax)

Salut Alex et merci beaucoup d'accorder à Club Poker ta dernière interview de joueur. Avant d'entrer dans le vif du sujet, prenons quelques minutes pour revenir sur ton actualité des dernières semaines : Las Vegas et la quête du bracelet. Quel bilan dresses-tu de ces World Series Of Poker ?

Le bilan est frustrant, forcément. C'est un risque auquel on s'expose quand on choisit de se donner des objectifs statistiquement difficiles à réaliser. Le meilleur joueur des World Series a peut-être une chance sur trois de décrocher un bracelet. À partir de là, il faut accepter d'être souvent frustré.

Dans mon cas, cette frustration est d'autant plus grande que j'ai réalisé pas mal de deep runs, avec des tables finales ou des fausses tables finales. Parvenir à ce stade et ensuite "run" de façon horrible systématiquement, c'est décevant. Mais c'est la nature même des tournois de poker : tu n'es satisfait que quand tu gagnes et ça n'arrive pas souvent.

 

Tu n'éprouves aucun regret sur la façon dont tu as négocié tes fins de tournois ?

Non, je suis assez satisfait de mon jeu. C'est sans doute l'année où je me suis senti le mieux. Lors des précédentes éditions j'étais au même niveau techniquement, mais peut-être moins bon sur les aspects propres au live. Cette année, j'ai bénéficié grâce à Winamax de séminaires très instructifs. Entre ces moments de réflexion et les échanges que j'ai pu avoir par ailleurs, je me sentais vraiment fort. J'avais confiance dans ma capacité à non seulement ne plus livrer de tells à mes adversaires, mais aussi à en déceler chez des joueurs expérimentés. Alors que les années précédentes je venais en me disant que je pouvais me faire ouvrir là-dessus, cette année j'étais relativement confiant.

Il faut savoir qu'en Limit, c'est beaucoup plus simple de trouver des tells. C'est paradoxal. On pourrait se dire que les émotions y sont moins fortes et donc plus difficilement décelables. Ce n'est pas faux d'ailleurs. Mais la différence, c'est que les joueurs ne se protègent pas : ils jouent très vite et avec une certaine désinvolture, sans se soucier de leur poker face. Ça donne parfois lieu à des situations très avantageuses et dans lesquelles tu obtiens des informations significatives.

Tout ça pour dire que oui, je suis satisfait du jeu produit cet été. Rien ne me garantit bien sûr que je ne sois pas fait "own" à un moment donné. On ne dispose jamais de toutes les informations nécessaires pour en juger. Mais en me basant sur mon ressenti, je pense vraiment n'avoir aucun regret à nourrir.

Un autre élément qui me conforte dans cette analyse, c'est qu'un site comme PokerShares me plaçait systématiquement parmi les favoris des tournois auxquels je participais. Même dans le 50 000 $ Poker Players Championship, un tournoi sujet à toutes sortes de paris et de drafts dans la Bobby's Room, j'étais tout le temps choisi parmi les favoris.

 

L'an dernier, tes World Series s'étaient soldés par un gain global de 150 000 $, les droits d'entrée des tournois étant bien entendu engagés par Winamax. Tu avais ensuite tout remis en jeu sur les tables de la Bobby's Room durant trois jours. Est-ce que tu y es retourné cette année ?

Cette année je n'ai pas gagné autant que l'an dernier. Ça s'est très bien passé en terme d'unités, mais les perfs ont principalement concerné des tournois à 1 500 $. Je n'ai quasiment atteint les places payées d'aucun tournoi à 10 000 $. À l'arrivée, les gains financiers ont donc été limités.

J'aurais certes pu retourner dans la Bobby's Room quand même, et vendre des parts sans difficulté. Mais cette année j'ai voulu me focaliser totalement sur les tournois. J'ai joué tous les jours. L'an dernier, sur la fin, j'en avais assez. Là je m'y suis plongé sans problème jusqu'au bout. J'ai gratté tous les tournois possibles, jusqu'aux derniers 1 500 $ qui traînaient.

L'objectif numéro un c'était le bracelet, quitte à y sacrifier de l'EV et des dollars. En plus la Bobby's Room, c'est surtout intéressant d'y jouer sur une longue période. Y passer quatre jours pour prendre un swing de 300 000 $, ça le fait moins. Les petits shots là-bas peuvent être très frustrants.

 

Tu as suivi la table finale d'Antoine et Benjamin ?

Pour être franc, je ne l'ai pas suivie du tout. Le monde entier est toujours fasciné par le Main Event, mais moi je n'ai jamais regardé la moindre table finale. À mes yeux, un tournoi de 7 000 joueurs relève quasiment de la loterie. Or je tiens autant que possible à associer le poker à la notion de skill, au talent... Sur un tel tournoi, difficile d'affirmer que le gagnant a forcément montré du skill. Un peu bien sûr, mais ça ne représente pas grand chose en comparaison de la variance positive dont il a pu bénéficier.

 

Il faut dire aussi que tu n'es pas non plus un gros consommateur de l'actu poker.

Je n'ai jamais été un spectateur attentif du circuit. Les joueurs de live, je n'en connaissais quasiment aucun il y a deux ans. J'ai du mal à suivre les tournois, les coverages... Ça ne m'amuse pas. Mon site de référence, celui que je consulte régulièrement, c'est HighStakesDB. Et puis je suis aussi les potins du monde des high stakes à travers mes amis et connaissances. Pour le reste, tout ce qui concerne l'actualité main stream, je n'ai jamais suivi en effet.

 

Petite parenthèse puisqu'on parle d'actualité main stream. Nosebleed est un film qui a marqué les esprits. En tant que spectateur, quels joueurs apprécierais-tu de découvrir dans un docu du même type ?

Les premiers noms qui me viennent à l'esprit, c'est probablement impossible de les convaincre. Je pense aux joueurs de grosses parties live, que ce soit à Macao, Barcelone ou dans la Bobby's Room. C'est un univers extraordinaire dans lequel il se passe des choses abracadabrantes. Mais pour tout un tas de raisons, il est impossible de les exposer. Dommage parce que ce serait fascinant. Des grinders online en revanche, ça ne m'intéresserait pas plus que ça. Je préférerais découvrir un univers que je connais un peu moins.

 

Ce que fait Doug Polk sur YouTube, ça te parle ?

Oui, là en effet ça m'arrive de regarder. Il fait vraiment quelque chose de qualité.

 

Tu évoquais HighStakesDB. Tu as longtemps fait partie des joueurs qui ont bloqué la publication de leur courbe de gains lifetime, jusqu'à ce que le site décide récemment de mettre un terme à ces exceptions.

Les informations sont effectivement publiques désormais, même si en ce qui me concerne elles ne sont pas tout à fait précises. Si tu me demandes pourquoi je bloquais auparavant l'information, ma réponse c'est tout simplement : pourquoi aurais-je eu intérêt à la montrer ? C'est sûr que ça ne fait pas forcément une grosse différence, mais même si ça ne me coûte que 1 000 $ ou 10 000 $ d'action dans l'année, autant la bloquer.

Est-ce qu'il vaut mieux pour mon image que j'affiche que je "crush" ? Est-ce que c'est mieux de le cacher ? Tout le monde ne le sait pas forcément. Certains peuvent très bien se dire que je suis break even depuis trois ans.

 

Tu croises encore à tes tables des joueurs qui ne savent rien de ton niveau ?

Bien sûr. Il y a plein de mecs avec un ego énorme, qui entretiennent le doute, qui me trouvent nul ou essaient de s'en convaincre... S'ils découvrent que j'ai gagné plusieurs millions de dollars, ils vont peut-être avoir moins envie de venir me jouer. Je n'ai rien à attendre de positif de la publication de mes courbes de gains.

 

Ça colle aussi avec cette image de discrétion que tu renvoies. Une image qui, couplée à ton profil, a fait que beaucoup ont été surpris à l'annonce de ton arrivée chez Winamax. Est-ce qu'au-delà de toutes les raisons que tu as données à l'époque pour justifier cette décision, il y avait aussi la quête d'une forme de reconnaissance ou d'exposition auprès du grand public ?

Très clairement, non. J'avais plusieurs bonnes raisons de rejoindre Winamax. D'abord il y avait l'aspect financier : pouvoir freeroller les tournois, c'est quand même intéressant. On ne crache jamais sur l'argent. Ensuite j'ai toujours eu l'objectif de gagner un tournoi, et Winamax me proposait l'encadrement parfait pour y parvenir. Enfin, en terme d'expérience, Winamax avait aussi pas mal de choses nouvelles à me faire découvrir : les émissions de télé avec Domenech ou Rothen, le monde amateur à la Villette... J'ai pris beaucoup de plaisir à faire tout ça. Je ne ressens pas l'envie de le refaire, mais j'ai été ravi de découvrir cet univers et de goûter à ces nouvelles expériences.

 

Par rapport à ce que tu imaginais de Winamax, est-ce que tu as été surpris par certaines choses durant ces deux années ? Le travail des équipes, le fonctionnement d'une room... Ce n'est pas l'univers auquel tu étais le plus familier.

En réalité je n'y étais pas totalement étranger. La première fois que je suis arrivé à Londres, par exemple, c'est chez guignol que j'ai squatté. Dès cette époque, j'ai rencontré des membres du staff Winamax et j'ai pu prendre la mesure de leur culture, de leur vision... Bien avant de les rejoindre, je connaissais donc déjà leur style cool, leur efficacité, leur capacité à innover...

Durant ces deux années de collaboration, j'ai retrouvé tout ça. La bonne image que j'avais d'eux a été totalement confirmée. Leur staff est exceptionnel. Je suis vraiment ravi de cette expérience. La seule crainte que j'avais avant de les rejoindre, c'était d'avoir des contraintes fixes et rigides. Ça m'aurait gonflé. Mais je peux dire aujourd'hui que ça n'a pas du tout été le cas. Le curseur a toujours été placé au bon niveau, avec des obligations naturelles mais aussi une forme de souplesse.

 

Ton profil les a peut-être aussi incités à faire preuve de davantage de souplesse à ton égard que vis-à-vis d'autres membres du team.

Sans doute oui. Le rapport a probablement été plus souple avec moi ou Davidi qu'avec d'autres. Mais personnellement en tout cas, j'ai été ravi de la nature de cette collaboration. Dès mon arrivée, j'en avais parlé avec Stéph' (Matheu) : mon rapport aux contraintes, mes attentes... On avait échangé là-dessus et on s'était tout suite mis d'accord. Je n'aurais pas imaginé sacrifier ma liberté pour un contrat.

"Je n'ai quasiment pas joué au poker depuis janvier. Durant ces six derniers mois, je n'ai fait qu'étudier."

Alex Luneau en blanc

Aujourd'hui, et c'est le principal objet de cette interview, tu as décidé de prendre une autre voie.

J'ai toujours eu conscience que ma carrière de joueur de poker allait s'arrêter à un moment donné. C'est une idée que j'ai toujours eue en tête. Je viens d'avoir 30 ans. Ça fait quelque temps que je dis que je joue depuis dix ans, mais cette fois c'est vrai, ça va faire dix ans.

 

30 ans c'est un âge qui marque un tournant pour pas mal de joueurs professionnels.

Oui, c'est un peu débile parce que c'est juste un chiffre, mais je pense qu'on se dit tous en arrivant à cet âge là que si changement il doit y avoir, il sera plus facile à réaliser tout de suite que plus tard. C'est quand même une réalité que l'esprit est plus vif quand on est jeune. Repartir de zéro à 40 ans ce n'est pas tout à fait la même chose.

Ma vision de la vie, ce n'est pas d'être joueur de poker ad vitam æternam. Je suis profondément heureux et satisfait de ma carrière de joueur, mais j'ai aussi le sentiment que ce que j'ai fait n'a pas eu le moindre impact sur la société. Si je me réfère à la pyramide de Maslow, qui représente certes une vision un peu caricaturale des besoins de l'être humain, je peux dire que j'ai eu la chance d'accomplir à peu près toutes les étapes. Ce qui me ferait plaisir aujourd'hui, ce serait d'impacter davantage la vie des gens, d'apporter quelque chose à la société.

 

C'est un sujet que tu abordais dans le podcast de Joe Ingram il y a un an, mais à l'époque tu ne savais pas encore à travers quel projet tu pourrais réaliser cet objectif.

Oui, mon esprit s'est ouvert au fur et à mesure. Le début de l'histoire, c'est Seb (Sabic) qui bossait sur le sujet des paris sportifs. Il essayait de composer un modèle pour battre les bookmakers sur le football. Il m'a montré ce qu'il faisait et j'ai trouvé ça marrant. J'ai voulu l'aider un peu à simuler quelques modèles statistiques, et ça m'a rapidement fait prendre conscience que j'avais tout oublié de mes cours de prépa. J'ai donc passé deux semaines à me remettre à jour, à bosser sur les stats... Et il se trouve que ça m'a procuré beaucoup de plaisir. Apprendre des choses, résoudre des problèmes, me plonger dans quelque chose de neuf... Ça a été un déclic. Plus j'avançais, plus je me disais que j'avais besoin de connaître ceci ou de maîtriser cela. J'ai continué à creuser les stats, j'ai appris à coder... Et puis ensuite mon apprentissage s'est focalisé sur le machine learning.

Bref, quand j'ai vu que tout ça me plaisait autant, j'ai pris la décision de m'y consacrer à 100 %. Les débouchés du domaine sont extraordinaires. Ce n'est pas neuf certes, mais ça reste en pleine explosion. C'est d'ailleurs la première fois que j'ai eu le sentiment qu'une autre porte s'ouvrait vers un domaine que j'apprécie énormément, dans lequel je me sens compétent, et qui m'offrira la possibilité de réaliser mon objectif, à savoir faire quelque chose d'utile.

Durant ces six derniers mois, je n'ai fait qu'étudier. Les stats et le coding c'est allé très vite, mais j'ai ensuite consacré énormément de temps au machine learning. L'objectif final évidemment sera de monter une boîte.

 

D'autres facteurs ont-ils facilité cette prise de décision ?

Oui, il y a eu d'autres facteurs qui ont joué. En 2016 j'ai réalisé ma plus mauvaise année. Ça restait une année correcte puisque j'ai pris un demi-million, mais ça en faisait tout de même ma plus mauvaise année depuis longtemps.

 

En terme de frustration aussi ?

Non, mentalement je me suis toujours senti bien. J'ai toujours pris du plaisir à jouer au poker. Et puis à un moment donné, l'impact des swings sur la bankroll n'est plus vraiment significatif.

En revanche il y a un autre facteur qui est entré en ligne de compte dans ma décision. Dans mes parties aujourd'hui, on a tous une paranoïa des bots et des mecs qui ont recours à des aides en direct. Clairement, on arrive aujourd'hui à un stade où tous les jeux de Limit sont résolus, ce qui signifie que tu peux très bien te retrouver face à un mec qui grâce à un logiciel propose un jeu imbattable. Ça devient frustrant de se dire qu'une partie de l'action peut être gangrenée par tout ça.

 

C'est un phénomène auquel tu as le sentiment d'être confronté de manière régulière ?

Bien sûr. On a identifié un certain nombre de comptes. Ils ont été signalés à PokerStars, ont été exclus puis sont revenus... Heureusement on les connaît, mais le problème existe et il est important. En particulier en high stakes et sur les tables de Limit.

 

En 2014 tu déclarais sur le site Profiterdumonde.com : "Je suis toujours passionné par le poker, donc tant que ça reste comme ça je continuerais à jouer. Après je sais quand même que je ne vais pas faire ça toute ma vie, je sens déjà qu'on touche vers la fin du poker".

J'ai eu une vision erronée à cette époque. Ce qui est vrai en revanche, c'est que d'année en année c'est de plus en plus difficile. Il y a de moins en moins d'argent facile. Quand j'ai prononcé cette phrase en 2014, j'avais déjà six ans de poker derrière moi et j'avais constaté une certaine évolution. Je reconnais néanmoins que ça ne m'a pas empêché de connaître des belles années en 2015 et 2016. Peut-être que je me trompe encore aujourd'hui et qu'il nous reste encore de belles années devant nous. Cette déclaration, je l'ai pensée chaque année et pourtant le poker est toujours là.

 

Dans la continuité de cette phrase, tu abordais la notion de plaisir : "Je ne suis pour le moment pas encore sûr de grand chose pour la suite, mais clairement le plaisir passe avant le fait de gagner quelque dollars de plus dans mes choix". Est-ce que ces derniers temps tu prenais toujours autant de plaisir à jouer ?

Il n'y a jamais eu de problème de ce point de vue là. Je ressens toujours du plaisir à jouer au poker. C'est un jeu fascinant.

 

Du coup de quel type de retraite on parle ? À la Sabic ? À la Holz ?

Sébastien a un peu rejoué certes, mais jamais cher. En ce qui me concerne, je n'ai quasiment pas joué depuis janvier. J'ai juste repris le poker pour Monaco et les World Series avec Winamax.

 

Tu ne prévois donc pas de t'y remettre.

Peut-être ponctuellement, mais je suis quelqu'un d'obsessionnel et c'est aussi ce qui explique mon choix.

 

C'est un trait de caractère que tu soulignes régulièrement. À tes yeux, pour réussir dans un domaine il faut s'y consacrer pleinement.

J'ai un avis un peu biaisé sur ce plan. Ce conseil vaut surtout pour moi et mon mode de fonctionnement. Je ne peux pas à la fois jouer au poker et étudier le machine learning. J'ai besoin que mon cerveau ne pense qu'à un truc à la fois.

En ce moment quand je me réveille je pense à des algorithmes. La nuit je me réveille pour noter des trucs. Je ne fais que ça et je serais incapable d'accorder une partie de mon attention à autre chose. D'autant que quand tu joues en nosebleed, tu ne peux pas non plus te permettre la moindre distraction.

 

Ce côté obsessionnel que tu as s'exprime aussi dans le sport.

Oui mais avec une limite, c'est que mon corps se fatigue. Si ce n'était pas le cas je serais sans doute capable de passer 20h dans les salles. C'est vraiment la fatigue qui tue l'obsession.

 

Ton enthousiasme saute aux yeux quand tu évoques tes nouveaux projets. On sent que cette retraite des tables ne t'inspire ni doute ni regret.

Tout à fait. Pour te dire à quel point je n'en ai aucun doute, il n'y a pas très longtemps il y avait une superbe partie de 1 000 / 2 000 $ qui tournait avec Gus. Mais j'étais tellement occupé avec mon taf que je ne l'ai pas jouée. Aujourd'hui je n'ai plus un centime sur PokerStars. J'ai tout retiré.

C'est un peu bête d'une certaine manière. Si j'étais capable de diviser mon attention entre plusieurs domaines, je pourrais tout à fait dégager une heure ou deux de temps en temps pour jouer des parties ultra softs en high stakes. Mais ce n'est pas le cas. C'est un "petit défaut" parce que ça m'empêche de prendre la "full value" de mes capacités et de continuer à grind un peu, mais c'est un énorme avantage pour apprendre autre chose. J'arrive vraiment à avoir une grosse capacité de travail et à mobiliser pleinement mon cerveau toute la journée sur un sujet.

 

Est-ce que le facteur vie personnelle a également joué dans ta décision ? Tu es marié depuis un an environ. Est-ce qu'à tes yeux les nosebleed étaient par exemple compatibles avec une vie familiale équilibrée ?

Le poker tel que je le pratique, oui, je pense qu'il reste parfaitement conciliable avec une vie de famille. Je ne suis pas un joueur de live qui va faire le tour du monde à la recherche des grosses parties. Je joue chez moi devant mon PC, donc il n'y a rien d'incompatible. Je ne pense pas que ce facteur ait beaucoup joué dans ma décision.

 

Dans d'anciennes interviews, tu déclarais "ne pas être fait pour être dans un moule" ou encore "ne pas t'imaginer vivre une routine métro-boulot-dodo ou avoir un boss et suivre des directives". Est-ce que ça a changé ?

Ça doit être une vieille interview !

 

C'était en 2011 sur Club Poker.

En réalité je le pense toujours. Autant je suis très exigeant avec moi-même, autant je ne supporte pas les directives. Je suis allergique aux ordres. Ça m'agace.

 

Et pourtant tu es connu pour être un très gros bosseur.

Je suis un peu un paradoxe dans ce sens là. Dans mon école d'ingénieur, j'étais connu comme le plus gros branleur de l'histoire de l'établissement. Au lycée c'était pareil, je ne bossais pas. Et aujourd'hui ma réputation c'est tout l'inverse, tout simplement parce que je suis capable de me fixer des objectifs très lourds et de m'y tenir.

"Le heads up face à John Smith c'est mon plus gros regret. Parce que j'ai la certitude que l'issue aurait pu être différente"

Alex Luneau et Daniel Negreanu
Une discussion poker ? Non, machine learning !

L'annonce de ta retraite offre aussi un éclairage nouveau sur la façon dont tu as dû vivre cette édition des World Series. Même si tu es avant tout un joueur de cash game, le bracelet représente beaucoup à tes yeux.

Oui, ça tient un peu à l'ego au final. Si je tenais tant à m'imposer aux World Series, c'est aussi parce que les premières années où je suis allé à Vegas, j'ai croisé la route de joueurs de live très mauvais qui avaient un ego énorme et me prenaient pour un random total. Dans le poker il y a énormément de variance, c'est sûr, mais j'aime l'idée d'un jeu où les meilleurs gagnent. Comme je me sentais meilleur qu'eux, j'avais envie de leur montrer. Et puis un bracelet, ça a quand même de la gueule dans une carrière...

 

Tu ne penses pas participer aux World Series l'an prochain ?

Non, j'ai eu ma dose cette année. Par contre je rejouerai forcément d'autres events à l'avenir. Le 50 000 $ Poker Players Championship par exemple. Mais refaire des sessions comme cette année, avec des tournois non stop pendant un mois et demi, ça non. C'est assez éprouvant.

 

Ton arrivée chez Winamax était principalement motivée par la quête du bracelet. Est-ce que tu as le sentiment de partir sur un échec ?

Oui forcément, c'est un échec par rapport à l'objectif initial. Mais statistiquement ça reste assez compliqué. Pas improbable, surtout sur deux années, mais assez difficile évidemment. Whatever !

 

Est-ce que ces deux dernières années ont contribué à modifier ton regard sur les nuances et les différences entre les univers du cash game et des tournois ?

J'ai clairement une vision plus complexe des tournois aujourd'hui. Je sous-estimais la complexité de l'ICM, du jeu exploitant dans les spots d'ICM etc. C'est quelque chose qui n'est pas simple.

 

Et au niveau des émotions ?

C'est clair que quand tu arrives loin dans un tournoi, les émotions sont extraordinaires. C'est unique. Tu as beau jouer les plus grosses parties du monde, le rush d'une table finale reste incomparable.

 

Que t'a inspiré le retour au premier plan de John Smith cette année ?

C'est incroyable !

 

Est-ce que ça t'a amené à revoir ton jugement sur la façon dont tu avais négocié ce duel l'an dernier ? Tu penses toujours que c'est l'un des plus mauvais heads up de ta vie ?

John a forcément eu un bon run pour atteindre ce niveau deux années de suite, mais ça a quand même l'air d'être un bon joueur. En tout cas il est bien meilleur que ce qu'on pourrait penser en le voyant !

C'est assez rare que je ressente de grosses frustrations au poker. Souvent je joue un jeu assez équilibré qui ne laisse pas vraiment de place aux regrets. Là, il me fallait au contraire adopter un jeu exploitant. Ce qui a rendu les choses difficiles, c'est que John avait un jeu totalement opposé à celui que je pensais pouvoir exploiter. Quand tu vois un vieux, tu t'attends à ce qu'il soit weak, passif etc. Je suis parti dans cette direction là, et c'était tout le contraire. Or si je ne m'en veux pas de m'être trompé dans le profilage, je regrette de n'avoir pas su réagir et m'adapter par la suite. C'est une des rares grosses frustrations que j'ai pu avoir dans ma carrière.

 

La plus grosse ?

Le plus gros regret oui. Parce que j'ai la certitude que l'issue aurait pu être différente.

 

Entre la mésaventure John Smith et le fait que les fields des tournois que tu joues ont des faux airs de Seniors Event, on pourrait presque penser que les vieux sont ta kryptonite.

Clairement ces fields imposent de bien s'adapter, et je commets régulièrement des erreurs d'adaptation. Ce n'est pas face à ces joueurs de Limit là que j'ai mes habitudes. En No Limit c'est différent parce que j'y ai beaucoup joué à mes débuts et face à tous les profils de joueurs. En Limit en revanche j'ai ce petit défaut d'ajustement.

Il est tout à fait possible que d'autres joueurs soient meilleurs que moi dans cet exercice. Pas sur le plan technique, mais bien dans la capacité à exploiter ce type de profils. Je ne peux pas jouer parfaitement contre ces adversaires là. Non seulement les ajustements doivent être monstrueux, mais en plus je les ai très peu affrontés, ce qui fait que je manque de recul. Un mec comme Fabrice Soulier est probablement bien meilleur que moi face à ce type de joueurs. Il les connaît mieux, sait quand ils bluffent, quand ils ne bluffent pas...

 

Tu l'as évoqué brièvement tout à l'heure : tu as pourtant réalisé des progrès durant ces deux années chez Winamax, en particulier en lecture.

Il y a eu plusieurs vecteurs de progression en effet. Je pense en premier lieu aux séminaires organisés par la room. La première année, on avait repris les images des Winamax Live Sessions et on avait analysé tous ensemble nos mouvements, le langage corporel, les potentiels signaux envoyés à nos adversaires... C'est quelque chose qui m'avait un peu aidé, d'autant qu'à la même époque j'avais aussi bossé sur un site qui s'appelle BeyondTells, avec à la clé pas mal de pistes de réflexion intéressantes.

Mais le vrai déclic ça a été cette année puisqu'on a eu la chance d'avoir le concours d'un synergologue. C'est un spécialiste du langage corporel. Le genre de type auquel ont notamment recours les hommes politiques.

 

Ce sont des choses qui t'ont permis à la fois de travailler sur l'identification des tells adverses et sur les propres tells que tu renvoies ?

Exactement. En ce qui me concerne, par exemple, je ne montre quasiment rien mais j'avais quand même un défaut : je mordillais souvent ma lèvre. Mon visage ne montrait rien, mais j'étais trahi par ma bouche. Après avoir corrigé ça, j'avais beaucoup plus confiance en moi et dans ma capacité à ne rien laisser paraître.

Et puis, de manière parfaitement complémentaire, nous avons aussi appris à mieux lire nos adversaires et certains de leurs mouvements. Ce sont vraiment ces séminaires qui m'ont permis de progresser de manière significative là-dessus, même si les échanges et discussions avec les autres joueurs ont aussi dû aider.

 

Justement, que peux-tu dire de l'émulation au sein du groupe ?

Je t'avoue que ma situation était un peu particulière au sein du Team. En dehors des séminaires, il n'y avait qu'à Monaco et Vegas que j'avais l'occasion de les retrouver. Eux sont tous ensemble sur les tournois tout au long de l'année, donc c'est un phénomène qu'ils doivent davantage ressentir. Mais les discussions qu'on a pu avoir ensemble m'ont quand même permis de mieux comprendre leur fonctionnement, leur raisonnement... Quand on a l'ambition d'exploiter des joueurs de tournois, c'est important de comprendre les spécificités de leur mode de pensée. J'ai une meilleure idée aujourd'hui de leur façon de réfléchir sur certains spots, de la manière dont ils abordent le poker... C'est aussi quelque chose qui m'a pas mal aidé.

 

Stéphane Matheu a la réputation d'être un rouage essentiel du dispositif.

Stéphane abat un boulot extraordinaire. J'ai été vraiment impressionné par sa gestion de chaque joueur, ainsi que par sa capacité à trouver un équilibre entre les exigences et la souplesse. Son travail et son implication sont exceptionnels. Selon moi, il fait partie des atouts les plus précieux de Winamax.

Alex Luneau séminaire Winamax
L'un des fameux séminaires de Winamax

On mesure désormais mieux l'impact que cette collaboration avec Winamax a pu avoir sur toi. À l'inverse, qu'as-tu le sentiment de leur avoir apporté ?

C'est marrant, je leur ai justement demandé s'ils avaient des instruments pour mesurer l'impact ou l'apport de leurs joueurs. Ce n'est pas le cas donc je peux dire n'importe quoi, personne ne viendra me contredire !

En ce qui concerne le Team, je pense avoir apporté un peu de sérieux, de rigueur. J'imagine que voir débarquer un high stakeur qui parfois bosse plus, ça ne peut que motiver à bosser aussi. Je pense que j'étais de loin le mec le plus sérieux dans le groupe. Enfin... Moi ça me semble hallucinant, mais j'étais par exemple le seul à arriver à l'heure pour jouer les tournois. Pourtant, être là dès le début c'est maximiser ton EV.

 

Tu es arrivé en avance à notre rendez-vous d'ailleurs.

Je suis ponctuel oui. Je ne manque pas de respect aux gens. Mais c'est vrai qu'un joueur de poker qui arrive à l'heure ce n'est pas si courant !

Je pense aussi avoir apporté une approche du poker beaucoup plus analytique. Ce n'est pas leur domaine de prédilection. Ils se situent davantage dans le registre de l'exploitant et du feeling. Une seconde approche, une autre façon de penser, c'est toujours intéressant.

Au niveau de l'image de Winamax en revanche, je suis incapable d'évaluer ce que j'ai pu apporter. Va savoir, peut-être qu'il y a des mecs qui se sont inscrits sur le site grâce à moi.

 

Le rôle d'ambassadeur, en particulier au niveau médiatique, tu as pris du plaisir à l'assumer ?

Ça m'aurait peut-être saoulé de le refaire cette année, mais je suis ravi d'avoir pu goûter à tout ça. C'est quelque chose d'intéressant. Aller dans les locaux de RMC par exemple, pour moi qui plus jeune écoutais RMC Sport, c'est sympa. Et puis je ne l'ai pas fait tant que ça au final. Si c'était revenu deux fois par semaine, peut-être que j'aurais plus traîné les pieds, mais mon agenda était relativement light.

 

Ces dernières semaines tu as aussi réalisé des vidéos pédagogiques à propos des variantes. D'une manière plus générale, tu as régulièrement essayé de convaincre de l'attractivité des autres formats de jeu.

Oui je pense que la popularisation des variantes serait une bonne chose pour le poker. Je suis surtout convaincu qu'en en essayant certaines, les joueurs prendraient beaucoup de plaisir. C'est agréable de réfléchir différemment, d'être confronté à d'autres types de spots...

 

Malheureusement ces variantes semblent condamnées à la portion congrue.

Ça n'a pas le côté glamour de la télé, c'est moins facile d'accès, ça nécessite un peu plus d'efforts... Et puis le Hold'em reste associé à tous les tournois qui attirent les amateurs.

C'est marrant d'ailleurs, mais à part aux États-Unis où les variantes sont très appréciées des amateurs et récréatifs, sur le plan mondial il n'y a quasiment que des pros qui y jouent. Moi dans mes parties, je ne suis quasiment jamais tombé sur un amateur qui venait flamber.

 

Plus globalement, et même si tu es un peu extérieur au sujet, quel regard portes-tu sur l'évolution du marché français et les perspectives offertes par l'ouverture des liquidités ?

Mon avis de fish, c'est que sur le papier ça a l'air très bien. Très bien pour les tournois, bien entendu, puisque les dotations seront plus importantes. Mais très bien aussi pour le poker en ligne car ça va permettre à Winamax de gagner en influence au-delà de nos frontières. Je n'ai pas le sentiment de tenir un discours commercial en disant ça. J'ai vraiment la conviction que Winamax est un groupe exceptionnel. Ils vont continuer de pousser l'innovation et de tirer le poker vers le haut.

À l'inverse je suis assez critique vis-à-vis de la trajectoire de PokerStars. Quand tu vois qu'en France ils ne se sont même pas engouffrés dans la brèche des variantes...

"J'ai toujours été quelqu'un de très analytique. Je sors du poker pour faire des stats et du coding, donc je reste dans mon domaine de prédilection"

Depuis la fermeture de Full Tilt, PokerStars est justement la room sur laquelle tu as passé le plus de temps. Durant toutes ces années, tu as toujours continué à vendre une partie de ton action quitte à y perdre de l'EV. Ta trajectoire et l'augmentation exponentielle de ta bankroll auraient pourtant pu t'en prémunir.

Il y a tout un ensemble de raisons à ça. La première, c'est que comme je grindais aussi bas que la 100/200 Limit, avoir toute mon action sur une 2000/4000 aurait représenté un problème. Récupérer au plus bas ce que tu as perdu au plus haut, ça prend une éternité et tu perds progressivement de la motivation. Bref, la première idée c'était d'éviter ce coefficient x20 entre deux niveaux de jeu.

La seconde raison, c'est que j'ai obtenu d'excellents deals. Sur les parties que je vendais, j'avais non seulement une bonne marge mais aussi un coaching illimité de la part des meilleurs joueurs du monde en Limit Hold'em.

Enfin, la troisième, c'est tout simplement l'"happiness EV". J'accepte sans problème les swings de 100 ou 200 000 $, mais les swings de 800 000 $ c'est un peu plus lourd.

En cherchant un peu, on peut aussi ajouter d'autres raisons : le fait que la partie peux être truquée, les possibilités de scam... Le partage de l'action représente une sorte de protection, de limitation de la somme que tu peux perdre avant de t'en rendre compte. C'est un argument qui vaut aussi pour les situations où j'ai éventuellement surestimé mon edge.

Je considère aussi qu'au niveau où se situe ma bankroll, je n'ai plus autant à gagner qu'à perdre. L'impact est relativement minime si je gagne 400 ou 500 000 $ de moins, mais si je viens à perdre un million ou plus ce n'est pas tout à fait la même chose.

 

Les histoires de tes premiers gros upswings sont intéressantes.

Le premier souvenir qui me vient c'est après le Black Friday. Comme tout le monde à l'époque, mon argent sur PokerStars se retrouve bloqué. Petite anecdote au passage : un jour je me retrouve à jouer depuis Vegas alors que ce n'est pas autorisé. Je gagne 70 000 $ en quelques jours. PokerStars découvre ça et me prend purement et simplement l'argent. Depuis, je ne l'ai jamais récupéré.

Bref, après mon retour de Vegas, pendant six mois je n'ai pas joué. Puis j'ai récupéré mon compte avec pas grand chose dessus, genre 20 000 $, et là j'ai eu droit au run le plus absurde de ma carrière. J'aurais pu gagner deux tournois de suite avec ce run. C'était vraiment n'importe quoi : je gagnais toutes les mains, je montais des stacks dingues (30 000 $ sur de la Limit 40/80)... Je ne jouais même pas cher, et je me suis retrouvé avec un million en un mois.

 

Sur Winamax c'est pourtant aux downswings que tu as préféré consacrer un article.

En réalité, ce n'est pas très intéressant les upswings. Ça tourne vite au brag. Les dowsnwings au contraire ça plaît à tout le monde. Ça fait toujours plaisir de voir que les autres aussi peuvent en prendre plein la gueule.

 

Tu as aussi écrit un article sur Libratus.

Oui c'est un sujet important. Le logiciel ne joue pas encore GTO et il domine déjà quelques-uns des meilleurs joueurs du monde. En No Limit les arbres de décision sont tellement irréels... C'est impossible pour le cerveau humain de gérer tout ça. Déjà en Limit, si je bosse avec Cepheus, je commets bien 30 erreurs toutes les 100 mains. On parle pourtant d'un jeu où il n'y a que trois choix ! Alors si tu y ajoutes les sizings...

 

En tant que spectateur attentif du match, tu n'as jamais eu le sentiment qu'il y avait la possibilité de faire mieux ?

Le casting était exceptionnel. Pas mal de gens n'en avaient pas conscience, mais ces joueurs étaient tous à leur place. Ils n'étaient pas forcément les quatre meilleurs joueurs du monde, mais ils appartenaient tous au top 20 mondial. Il n'y a aucun débat là-dessus.

 

Faut-il alors regarder cette victoire de Libratus avec un œil pessimiste ?

Il y a deux façons de voir les choses en fait. D'un côté c'est très intéressant de jouer avec des "solvers". C'est quelque chose qui permet de réfléchir d'une façon nouvelle et d'envisager d'autres pistes. Un peu comme les joueurs d'échecs peuvent le faire d'ailleurs. En revanche ça va sans doute contribuer à enlever le côté monétaire du jeu.

 

Tu crois vraiment à la possibilité d'un poker sans argent ?

Tu peux par exemple imaginer de jouer seul sur un solver et de viser le meilleur score possible. Et le champion du monde devient le mec qui commet le moins d'erreur face à la machine. Ce serait intéressant ça. Je peux te dire qu'au No Limit Hold'em, même le mec qui bosse le plus au monde commet plus de 50 erreurs toutes les 100 mains. En plus cette formule enlèverait le facteur variance.

 

Tu pourrais donc prendre du plaisir en jouant au poker sans argent. Est-ce qu'à l'inverse tu arrives à prendre du plaisir à jouer de l'argent autrement qu'au poker ?

Je ne suis pas du tout un gambler non, je n'y prends aucun plaisir.

 

Le projet de Seb sur les paris sportifs, tu a pris plus de plaisir à bosser dessus que tu n'en aurais eu à l'utiliser ?

100 fois, oui. Ce que j'aime c'est résoudre des problèmes. Je tire une énorme satisfaction de la résolution d'un problème de maths ou d'un spot de poker. Jouer un coin flip à tapis par exemple ne me procure pas de plaisir : si je gagne je m'en fous, si je perds ça me tilte.

 

Seb a eu une influence dans ta décision d'arrêter ? Vous en avez parlé j'imagine.

On en a un peu discuté oui. Lui a quelques années de recul désormais. Nous sommes assez différents dans notre mode de fonctionnement : moi je suis très obsessionnel, lui au contraire est un touche-à-tout. C'est assez intéressant pour moi d'ailleurs, parce qu'il a tendance à trouver de bonnes idées dans pas mal de domaines. Moi j'arrive ensuite et je me mets à bosser tel ou tel domaine à fond. Nous sommes complémentaires.

 

Et tes proches, comment ont-ils réagi quand tu leur as fait part de tes nouveaux projets ? Le jour où tu leur avais annoncé que tu arrêtais les études pour le poker, leur réaction n'avait pas été très enthousiaste.

Forcément, cette fois il n'y a pas eu de réaction négative. En revanche il y a énormément de curiosité. Tout le monde m'interroge en détail sur mes nouveaux projets, même si personne n'est vraiment surpris de mes réponses. J'ai toujours été quelqu'un de très analytique. Je sors du poker pour faire des stats et du coding, donc je reste dans mon domaine de prédilection. Je ne me lance pas dans l'ouverture d'une brasserie.

 

À Londres il y aurait de quoi faire pourtant. Il y a trois ans, tu songeais à quitter l'Angleterre pour "une ville au soleil avec une culture européenne". C'est pour quand ?

C'est marrant, j'ai un peu changé d'avis là-dessus. Je me plais de plus en plus à Londres.

 

Qu'est-ce qui te plaît le plus là-bas ?

J'aime bien la mentalité. C'est très droit, très carré... Il y a de nombreux restaurants de qualité, l'art y est mis en avant, les opportunités de business y sont exceptionnelles... Et puis c'est à deux pas de Paris, ce qui est aussi important pour moi.

 

Cette interview arrive à son terme. Une question en forme de bilan : quand tu regardes un peu en arrière, quelle analyse fais-tu de ton parcours ?

Je suis content d'avoir eu le run qu'il fallait au début de ma carrière, et d'être arrivé à la bonne époque. Être au bon endroit au bon moment, appartenir à cette génération pour laquelle il était plus facile de monter très vite très haut. J'ai posé mes cinq dollars et j'ai eu la chance de les faire fructifier rapidement. Si j'avais grillé mes deux premiers dépôts, qui sait ce qu'il serait advenu ?

 

Ta rencontre avec Seb a aussi constitué un déclic.

Mes deux plus gros déclics, ce sont sans doute les Limpers et Seb. Les Limpers, c'était la chance de rencontrer des mecs extrêmement talentueux. Seb c'était la transition vers les mixed games. Un choix à la value incroyable.

 

Alex, il ne me reste plus qu'à te remercier encore une fois pour ta disponibilité.

Je suis très content d'avoir accordé cette dernière interview à Club Poker. Comme tu le sais, c'est là que j'ai commencé. Je me souviens même des mecs de l'époque : Ze Gnome, Drew, Cashane, Sly... J'ai geeké le forum comme un malade à mes débuts. J'y ai passé des heures et des heures. Tous les soirs je lisais tout, et ça a clairement eu un impact sur ma progression. J'ai une vraie valeur émotionnelle attachée au CP.

Alex Luneau souriant
Ciao l'artiste et bonne chance dans ta nouvelle voie !
Vos commentaires sur cette news dans le forum :
Alexandre Luneau : interview d'un jeune retraité des tables de poker
Cette news a suscité 46 commentaires, et seuls les 15 derniers sont affichés.

Interview intéressante d'un homme intelligent qui 10 ans après ses débuts au poker peut regarder derrière lui avec ce sentiment de satisfaction et de réussite personnelle.

Bravo à lui.

Nous avons été si nombreux à rêver d'un parcours similaire et si peu nombreux à oser,à s'investir pleinement par le travail et la réflexion à ce jeu pour lequel nous vouons une passion.

Nos yeux ont brillé par tant de réussites médiatisées(Durrr,Ivey,Hansen...Moneymaker....) le système a bien entretenu nos rêves de gloire,mais la réussite se gagne avant tout par le travail,la réflexion,l'abnégation souvent mêlés au talent et à l'intelligence.

L'âge d'or du poker est derrière nous,nous n'avons pas fait ce qu'il fallait en temps voulu....ce départ de Mr Luneau raisonne pour ma part comme l'évidence qu'il est temps pour nous tous joueurs lambda de revenir à la réalité et d'en finir avec ces rêves de gloire et de réussite.

 

Il y a tout juste 2 ans je suivais ton HU Alexandre en direct contre John Smith et l'analyse qui est la tienne aujourd'hui avait été la mienne et le post que j avais laissé sur ton FB à l'époque.(ma petite satisfaction personnelle de joueur amateur passionné :))

Ton bracelet Alexandre tu l'obtiendras dans les années à venir à un moment où ton obstination pour cet objectif sera moins vive et que ton talent/travail rencontreront une variance positive.

Pour ma part ta médiatisation en tant que pro winamax et ton statut aura contribué à élever à un rang supérieur et entretenir cette flamme pour la team mais aussi de suivre avec enthousiasme vos exploits patriotes au cours de vos différents tournois.GG Winamax  ;)

 

Félicitations pour ton parcours et ta réussite personnelle.

 

JC,un supporter parmi tant d'autres.

 

 

 

 

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Une remarque accessoire mais j'ai toujours trouvé que c'était un paradoxe de voir un profil comme lui faire ce passage chez Wina quand on se souvient du mépris que les dirigeants de Wina ont pu avoir pour les intérêts des grinders pro lors de la création/négociation du .fr, que leur ligne directrice était de "vendre du rêve a des geek" mais bon ç'était clairement une bonne opportunité/expérience dans sa quête de bracelet.


 

Modifié par Amikael

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Laisse un goût d'inachevé toussa

Pouvait se remotiver grâce au live dans un contexte parfait

N'en a fait qu'à sa tête lors des wsop, il s'est épuisé avant de démarrer le 50k. 

Lâche un peu l'affaire sur une loose vu le niveau technique du bonhomme c'est celui qui donnait le plus d'espoirs.

je repense à son bluff contre kitai, et son explication où il prenait un peu Davidi de haut (il devrait pas se level toussa)

Du mal à croire à sa retraite juste après avoir loose aux wsop

M'est d'avis qu'on le reverra, avec moins d'assurance en live et plus de résultats 😊

Encore bravo pour le fold quinte vs full, ça restera son highlight imo

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Je pense qu'il n'en n'a plus rien à battre du poker, parce que maintenant il veux crush des bookmakers avec du machin learning, parce que c'est bien plus scalable que le poker. Ça, ça veut juste dire que si vous avec des actions chez betfair ou autre, faut les vendre.

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les états d'âme de ce mec là me laissent dubitatif !

 

quel luxe de pouvoir se passer d'une source de revenus de 500k min par an, juste par curiosité intellectuelle.

 

je lui souhaite le meilleur pour la suite, mais si il se plante, et qu'il a besoin de revenir au poker un jour pour gagner de la tune, il pourrait regretter sa décision si il s'aperçoit alors qu'il n'a plus le niveau, qu'il n'arrive plus à reprendre d'edge.

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Ne sois pas si inquiet :) Il a du prendre a la louche 10 millions a ce jeu. J'ose penser que tout etre humain qui n'a pas une reelle obsession pour 'toujours plus de fric' est en mesure de vivre quelques decennies avec 10 M comme capital de depart.

Par ailleurs, un mec qui a atteint ce niveau au poker peut etre 100% serein sur sa capacite a revenir a n'importe quel moment et gagner. Bien evidemment pas forcement 1M par an, mais il trouvera toujours un moyen de generer assez pour se nourrir et payer un loyer.

Et c'est meme le cas d'une quantite de joueurs bien moins bons, qui gagnent en 2017 et ont un bout de demi cerveau.

 

Pour en revenir au 'luxe de se passer de 500k par an par curiosite intellectuelle'. Perso je trouve ca tout a fait naturel pour quelqu'un qui a plus ou moins 8 chiffres sur son compte en banque a 30 ans. L'inverse me semblerait meme assez grave et symptomatique du conn**d de base assoiffe de pouvoir et de fric.

Modifié par 1sickstory

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imo il ne se passe de rien. Il estime juste que le machine learning appliqué aux paris a une ev supérieure à celle qu'il peut dégager au poker, en plus de lui permettre de varier les plaisir.

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 Puisque tu m'as l'air aussi borné et obtu que dans toutes les autres sections du forum, je te donne un petit coup de pouce. Un petit indice se cache dans les 7 derniers mots de la citation ci-dessous.

 

"

Ma vision de la vie, ce n'est pas d'être joueur de poker ad vitam æternam. Je suis profondément heureux et satisfait de ma carrière de joueur, mais j'ai aussi le sentiment que ce que j'ai fait n'a pas eu le moindre impact sur la société. Si je me réfère à la pyramide de Maslow, qui représente certes une vision un peu caricaturale des besoins de l'être humain, je peux dire que j'ai eu la chance d'accomplir à peu près toutes les étapes. Ce qui me ferait plaisir aujourd'hui, ce serait d'impacter davantage la vie des gens, d'apporter quelque chose à la société.

"

 

Faut arrêter de voir le fric partout. A moins que ta référence à l'EV ne soit pas une référence à l'argent. Auquel cas tu fais preuve d'une grande subtilité et je m'excuse par avance pour la confusion. ;)

 

edit/ Et du coup tu penses que quand Alex aura développé un modele pour battre les bookmakers, il va s'en mettre plein les poches et ruiner Betfair? A tout hasard, as-tu déjà bossé de près ou de loin dans le domaine du betting en ligne? (tes quelques années de modérateur  dictateur sur un forum de cartes ne comptent pas)

Modifié par 1sickstory

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Il y a 9 heures, JujuElDoud a écrit :

Laisse un goût d'inachevé toussa

Pouvait se remotiver grâce au live dans un contexte parfait

N'en a fait qu'à sa tête lors des wsop, il s'est épuisé avant de démarrer le 50k. 

Lâche un peu l'affaire sur une loose vu le niveau technique du bonhomme c'est celui qui donnait le plus d'espoirs.

je repense à son bluff contre kitai, et son explication où il prenait un peu Davidi de haut (il devrait pas se level toussa)

Du mal à croire à sa retraite juste après avoir loose aux wsop

M'est d'avis qu'on le reverra, avec moins d'assurance en live et plus de résultats 😊

Encore bravo pour le fold quinte vs full, ça restera son highlight imo

lol son highlight hahaha, regarde quelques unes de ses parties online et on reparlera de ses highlights

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Super Job Caddy, on ne le dit pas assez depuis le temps qu'on est habitué à ces pépites.

Emu aussi, quand on suit l'actu poker depuis des années. Luneau c'est une sorte de légende du CP, intouchable, même Artplay ne lui aurait pas sorti de calculs pour lui dire qu'il se trompait lourdement :D Et l'époque Limpers forcément, révolue depuis longtemps celle ci du moins dans sa phase médiatique.

Du reste j'aime bien le bonhomme, il ne nous sert pas de la fausse modestie. Quand il crush, il te le dit. Quand il déclare s'en battre de 500k, c'est certainement le cas. J'aurais quand même apprécié qu'il nous dise qu'il quittait le poker parce que ça devenait peut être psychologiquement insupportable plutôt que de garder la carapace (même si on comprend entre les lignes que la variance dans les xxx MTT de Vegas a pesé lourdement dans la balance)

Bref, bon vent dans tes projets à venir et n'hésites pas à venir post un peu plus régulièrement sur le CP !

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Moi je crois qu'il est vexé d'être passé à côté du bracelet, et que globalement il n'a pas eu le bon état d'esprit ds la team W. Trop sur de lui, il a plus voulu montrer son talent qu'apprendre aux cotés de gros regs de mtt live comme kitai

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