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Loto Québec : mise en place d'action de préventionVotre relation au jeu est-elle saine ? Votre pratique du jeu est-elle modérée, ou êtes-vous sujet à une pratique problématique, voire pathologique, du jeu ? Servane détaille ici des facteurs de vulnérabilité, des moyens de prévention et de traitement du jeu pathologique. Information, auto-évaluation, conditions de jeu, sentiments de déprime, préoccupation excessive sont, entre autres, à observer afin de se prévenir de toute dérive lente mais persistante.
Certains facteurs sont susceptibles d’avoir une influence sur le développement de pratiques de jeu problématiques ou à risques. Ces facteurs sont d’ordre structurels (liés à l’objet d’addiction lui-même), situationnels (liés à l’environnement et au contexte) ou individuels (liés au sujet lui-même) (Expertise collective de l’INSERM, 2009).
Bien que peu d’études à l’heure actuelle aient comparé le potentiel addictif de différents types de jeu, il semble que certaines caractéristiques liées au jeu soient pourtant liées au développement de pratiques addictives, notamment le délai entre la mise et le gain attendu, et la possibilité de rejouer rapidement (Breen et Zimmerman, 2002). Le fait d'empocher un gros gain dans les débuts de la pratique de jeu est également un facteur de vulnérabilité. Le support de jeu (jeu sur Internet ou dans les lieux de jeu) a également une influence importante. Le jeu online procure certains avantages aux joueurs pouvant faciliter le développement de pratiques de jeu à risques (Griffiths, 2003) : l’accessibilité, l’anonymat, le confort, l’accessibilité financière (les mises en ligne peuvent être très faibles), la fuite du quotidien, l’immersion dans le jeu pouvant parfois entraîner une dissociation chez le joueur, l’interactivité, la désinhibition, la fréquence des événements (les sites de jeu en ligne sont accessibles 24h/24, 7 jours/7, contrairement aux lieux de jeux), la possibilité de simulation (jouer de l’argent fictif ou des crédits pour s’entraîner) et l’asociabilité.
Concernant les facteurs situationnels, plusieurs études montrent une corrélation entre les notions de support social et de bas niveau socioculturel et la prévalence du jeu pathologique et à risque.
Au niveau individuel, les facteurs impliqués sont liés au genre, à l’âge et aux antécédents personnels et familiaux. Les hommes semblent plus vulnérables que les femmes en ce qui concerne le jeu excessif. Un âge d’initiation précoce aux jeux d’argent peut également constituer un facteur de risque. Selon certaines études (Vander Bilt et coll., 2004), les personnes âgées constituent également une population à risque pour certains types de jeu (jeux de casinos, type machines à sous, et loterie). La présence d’antécédents familiaux (conduites addictives, troubles mentaux) est également un facteur de vulnérabilité. Enfin, au niveau personnel, certains antécédents peuvent être liés au développement de pratique de jeu à risque : conduites addictives, notamment à l’adolescence, dimensions de personnalité (personnalité antisociale, impulsivité, recherche de sensations) et troubles psychiatriques.


Le fait d'empocher un gros gain dans les débuts de la pratique de jeu est également un facteur de vulnérabilité.
Selon Ladouceur (In. rapport du Sénat, 2006), la prévention vise à consolider chez les joueurs des habitudes de jeu contrôlées et raisonnables, les aider à prendre de bonnes décisions, notamment en fixant eux-mêmes un montant de mise et une durée de jeu adaptée à leur fonctionnement socioprofessionnel, et à leurs ressources. Elle vise donc trois objectifs :
Il est possible de distinguer trois types de prévention (Expertise Collective de l’INSERM, 2009) :
L’information semble un outil de prévention important. Pour la population générale, comme pour les joueurs, il apparaît essentiel de connaître les risques d’une pratique de jeu excessive, mais aussi de savoir en repérer les manifestations et les signes.
Des actions de prévention sont développées par l’État et par les opérateurs de jeu (notamment, mais pas seulement, depuis la loi d’ouverture des jeux en ligne en juin 2010).
Au niveau individuel, certaines actions sont également possibles pour prévenir l’apparition de conduites de jeu excessives :
Quelques signes (liste non exhaustive) peuvent aider à identifier une pratique de jeu à problèmes :
De nombreux modes de traitement peuvent être proposés aux joueurs en difficulté. L’intérêt d’une approche intégrative (impliquant plusieurs types de techniques) est souvent souligné. Plusieurs axes sont ainsi pris en compte : problème de jeu en lui-même, état somatique, état psychologique, relations sociales et familiales, situation légale, emploi et ressources. La psychothérapie peut donc être associée à différentes approches : groupes d’entraide (par exemple, Gamblers anonymous), prise en charge sociale ( par exemple, conseils juridiques, aide au dossier de surendettement..) et traitement pharmacologique (bien qu’il n’existe pas à l’heure actuelle de traitement médicamenteux officiellement reconnu du jeu pathologique, certains médicaments, principalement antidépresseurs ou thymorégulateurs, peuvent avoir un effet positif).
Parmi les psychothérapies, deux approches principales existent (et peuvent être complémentaires) : l’approche psychanalytique et l’approche cognitive (ou cognitivo-comportementale). Leur indication dépend essentiellement de la demande du sujet et de ses motivations. L’approche psychanalytique correspond à une recherche de sens : il s’agit de travailler sur la place que prend le jeu, ainsi que la dépendance, pour le sujet, selon son fonctionnement et son histoire. L’approche cognitive, elle, s’intéresse principalement à la restructuration cognitive et à la prévention des rechutes.
L’objectif de la technique de restructuration cognitive est de restructurer les pensées, et systèmes de pensée, liés au jeu et de changer les croyances et attitudes dysfonctionnelles qui entraînent le joueur à perpétuer son comportement de jeu.
La première étape consiste à identifier les croyances et attitudes qui sous-tendent le comportement de jeu. La seconde étape est d’aider le patient à comprendre la nature erronée de ses croyances, et à en acquérir des nouvelles, plus appropriées à la réalité du jeu. La modification de ces croyances entraîne le sujet à adopter un comportement de jeu plus rationnel, voire à cesser de jouer.
Ladouceur, Sylvain et Boutin (2000) décrivent un protocole de traitement centré sur la restructuration cognitive, qui comprend quatre composantes :
Cependant, les auteurs soulignent la nécessité de ne pas forcer les joueurs à admettre que leurs croyances sont fausses, car il y a alors un risque de stress et de dépression. Le rôle du thérapeute est d’aider le patient à identifier et corriger lui-même les fausses croyances.
Ils concluent à l’efficacité de cette méthode, qui nécessite cependant une réelle adhésion du patient. La restructuration cognitive est une méthode fréquemment utilisée, et qui semble en effet avoir de bons résultats : les recherches montrent chez la plupart des sujets un arrêt ou un meilleur contrôle de leur comportement de jeu (Sylvain et Ladouceur, 1992 ; Grimard et Ladouceur, 2004 ; Ladouceur et al., 2008).
Fournir des informations pertinentes sur le jeu peut être une aide précieuse à la restructuration cognitive. Recevoir des informations concernant le concept de renforcement négatif et positif, l’industrie du jeu, le taux de retour financier pour les différents types de jeu permet au joueur d’avoir une meilleure conscience de son comportement, et de l’environnement dans lequel il l’exerce.
Enfin, l’usage d’exercice (par exemple, en utilisant des dés) permet d’illustrer de manière simple et claire des concepts tels que les probabilités et les chances de gagner. Cette démonstration peut aider les patients à modifier leurs cognitions erronées concernant le jeu. Par exemple, ce type de stratégie est particulièrement utile pour des sujets qui pensent à tort que des événements de jeu indépendants s’influencent. Cette méthode, illustration simple et pratique, est une aide importante à la restructuration cognitive.
Peu de joueurs pathologiques consultent pour traiter ces problèmes de jeu. Comme dans d’autres formes d’addiction, la « guérison spontanée » (ou « maturation naturelle ») est possible : selon Slustke (2006), 33 à 36 % des joueurs pathologiques guériraient sans aucun traitement. Par contre, seulement 7 à 12% des joueurs pathologiques (données nord-américaines) auraient cherché une aide extérieure (professionnels ou associations).
Selon Ladouceur (2009), 90 % des joueurs pathologiques ne demandent pas de traitement. De plus, au sein des prises en charge, le taux d’abandon apparaît très élevé (de 14 à 50 % selon les études). Pour Ladouceur, cela pourrait être du au fait que l’objectif de la thérapie est l’abstinence (arrêt total et définitif de toute pratique de jeu), objectif jugé difficile et peu attractif par les joueurs. Il propose ainsi, tout en démontrant l’efficacité de cette méthode, le jeu contrôlé comme un objectif thérapeutique à la fois attractif, plus flexible et réalisable (sur le court comme sur le long terme) pour les joueurs. Durant le traitement, le thérapeute aide donc le joueur à acquérir le contrôle de sa pratique de jeu. Ce changement à portée quasi idéologique pourrait être bénéfique à certains joueurs en difficulté n’envisageant pas l’abstinence. Ainsi, comme le conclut Ladouceur, ce type de proposition thérapeutique pourrait augmenter le nombre de joueurs pathologiques envisageant un traitement.
- Bevand M. (2007). « Poker : passer pro. »
- Expertise collective de l’INSERM (2009). Jeux de hasard et d’argent. Contextes et addictions. Inserm, Paris.
- Griffiths M. (2003). Internet gambling: issues, concerns and recommendations. Cyberpsychology and behavior, 6 (6), 557-570.
- Vander Bilt J., Dodge G., Hiroko H., Pandav R., Schaffer H., Ganguli M. (2004). Gambling participation and social support among older adults: a longitudinal community survey. Journal of gambling studies, 20(4), 373- 390.
- Rapport du Sénat, 2006
- Venkatraman et al.., 2011
- Powel et al., 1996
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