
Tom Dwan, c'est à seulement 24 ans plusieurs de millions de dollars de gains engrangés aux tables de cash-game offrant les plus hauts enjeux. Celui qui a rejoint la team FullTilt en novembre 2009 a franchi les échelons de novice à légende plus vite que n'importe quel autre joueur. En juin dernier, l'Américain se payait même le luxe de faire trembler les fondements de la planète poker en pariant des millions sur sa conquête d'un bracelet WSOP, exploit finalement raté d'un cheveu.
Quel peut être le quotidien d'un joueur de cette dimension ? Comment digère-t-on une transition si brutale entre une existence plutôt simple et une vie de strass et de paillettes ? C'est dans le but de répondre à de telles questions que l'équipe du Club Poker a rencontré Tom Dwan à Cannes, en marge de sa participation au Partouche Poker Tour.
Si la superstar du circuit, contrainte par un agenda particulièrement chargé, n'a pu répondre à nos questions de façon officielle, elle a néanmoins gentiment proposé que l'un de nos reporters l'accompagne en octobre aux États-Unis pour suivre durant 24h son quotidien et le relater à nos lecteurs. Seule condition imposée : aucun support d'enregistrement vidéo, seuls quelques clichés via iPhone étant tolérés.
Notre reporter a néanmoins dressé un compte-rendu détaillé de sa journée en compagnie de la star, consignant machinalement chaque action ou parole de durrrr. Une bonne occasion d'en apprendre un peu plus sur le quotidien habituellement inaccessible d'une des icônes du circuit.
11h28 : se réveille avec une pensée furtive pour les 400 000 dollars qu'il a perdus la veille au profit de Jungleman. Débute la journée avec sa partie de fléchettes quotidienne.
11h37 : en termine et écrit un SMS à son agent pour obtenir de nouvelles photos grand format de Viktor Blom.
11h46 : lit la presse spécialisée et apprend que Phil Ivey a laisé un pourboire de 60 000 $ à une hôtesse du Bellagio. Réserve une nuit pour le soir même et prépare un chèque de 120 000 $.
11h54 : opère un court passage dans la salle de bains. Au détour d'un coup d'oeil dans le miroir, se rend compte qu'il a omis de rendre à Partouche le Jean-Jacques Ichai gracieusement prêté à l'occasion de son passage à Cannes. Sans se démonter, en profite pour lui demander de préparer son p'tit déj'.
11h57 : prend une minute pour vider dans les toilettes une bouteille de champagne Cristal à moitié remplie d'urine, vestige de sa soirée MTT de la veille. Se demande qui est ce Jacob Delafon dont son agent a obtenu qu'il paraphe en lettres d'or une authentique dédicace sur la cuvette de ses toilettes à 140 000 $.
12h02 : débute sa séance quotidienne d'épluchage de courrier. À la volée : un mail du P.-D.G. de Barrière s'étonnant de sa présence à Cannes, alors qu'il n'avait pourtant daigné se présenter au BPT Trouville, ou encore un spam signé W€bd€sign€r comprenant une douzaine de liens d'affiliation pour Saj00.
12h22 : reçoit déjà le 3e appel du jour de sa maman, à qui il s'est confié sur ses récentes perfs en live. A toutes les peines du monde à la convaincre que non, 5 tournois sans ITM ce n'est pas forcément signe du "début de la fin". Finit par céder à une invitation à manger.
12h39 : dans le taxi, prend 5 minutes pour expérimenter l'application play money de Winamax sur iPhone. Finit up de 300 dollars en argent réel.

14h22 : une fois rentré, s'assoupit dans son canapé en cuir de panda.
15h43 : se réveille en sursaut. Un mauvais rêve lui a remémoré le regard gourmand de Roger Hairabedian vers ses mollets lors du dinner break de la Marrakech Poker Cup.
15h45 : rit de bon cœur en repensant aux indices accréditant la thèse du rêve, comme un login sous le pseudo rirouflush pour railbirder Nori dans le 100K garantis de Full Tilt, puis un high five avec Julien Van Lang suite à la victoire de celui-ci.
15h59 : commande une Lamborghini dernier cri après avoir reçu un SMS d'un de ses informateurs à propos de l'intention de Phil Ivey d'offrir le modèle précédent à Guy Laliberté pour son anniversaire.
16h04 : se rend compte qu'il n'a vu Guy Laliberté que deux fois, mais se dit que ce cadeau fera office de rakeback.
16h11 : se rend dans sa salle des prop bets, une bibliothèque de 600 m2 manifestement inspirée de celle de Poudlard (une panoplie d'Harry Potter est accrochée à un mur) et dans laquelle sont consignés tous ses paris actuels et futurs. Cherche une idée de prop bet susceptible de rendre Mike Matusow plus ridicule qu'il ne l'est déjà. En vain.
16h18 : après avoir entendu parler du challenge manub, parie avec ce dernier qu'il peut transformer 50 $ en 1 500 $ en 10 minutes, avec pour enjeu une coupe de cheveux ridicule pour le perdant.
16h42 : reçoit le coup de fil hebdomadaire durant lequel Patrik Antonius plaisante avec la sincérité du désespoir sur le fait que leur heads up des derniers mois n'était qu'une vaste fumisterie marketing sans le moindre fondement sérieux. Raccroche après que ce dernier ait inévitablement troqué ses ricanements forcés contre des sanglots aux accents suicidaires.
17h01 : reçoit un autre coup de fil, cette fois de son coéquipier français de FullTilt Pascal Perrault. Refuse poliment sa proposition d'intégrer son équipe King 5.
17h06 : demande à son agent de changer son numéro de téléphone après que le Français a insisté en lui faxant une photo de sa team en slip, comme "au bon vieux temps" (en français dans le texte).

17h39 : passe déposer quelques affaires dans sa suite du Bellagio puis se dégourdit exceptionnellement les jambes sur le Strip. Est un peu ému de croiser une longue file de fans mexicains lui tendant des photos de bimbos dénudées. Se montre tout gêné de ne pouvoir glisser à chacun qu'un Benjamin Franklin en contrepartie.
18h03 : sensible à la chaleur, fait une courte pause dans un bar. Alors que le serveur lui pose sur le bar les 3 dollars de monnaie de son cocktail, le relance de 15 bucks, par réflexe pavlovien.
18h41 : de retour à l'hôtel, perd sans sourciller quelques centaines de milliers de dollars de plus au profit de Jungleman dans le challenge qui les oppose. Consulte dans la foulée sa cote auprès des bookmakers mais se ravise et décide d'attendre un retard un peu plus important avant de parier sur sa victoire finale.
18h52 : à la demande de quelques barons du poker online, unanimement inquiets de l'avenir de l'économie des high stakes en cas de banqueroute d'une de ses plus importantes sources de fonds, accepte de jouer quelques mains sur le compte de Gus Hansen.
20h44 : après avoir commandé l'intégralité des places de la salle pour ne pas subir bruits de portable et de pop-corn, rejoint quelques amis pour une séance ciné devant Piranhas 3D. S'inquiète de s'identifier davantage aux poissons qu'aux paires de jambes déchiquetées, mais comprend que son subconscient opère simplement une transposition de son quotidien.

23h10 : est d'abord réticent face aux propositions insistantes de ses amis pour se rendre à une soirée karaoké privée, mais se laisse convaincre après que l'un d'eux a ajouté : "Phil Ivey, lui, aurait accepté."
23h26 : dans un premier temps, ne s'y montre pas particulièrement à son avantage puis, comme touché par la grâce dans un improbable dédoublement de personnalité (également connu sous le terme médical de "thumyclémentité"), enflamme subitement la piste.

1h41 : moment détente de la journée avec Gina, hôtesse de luxe au Bellagio. S'énerve dès qu'elle lui a reproché d'être trop mouuuu.
2h39 : termine la soirée en visionnant une vidéo de tournois commentée par Adam Lounis, que ce dernier lui a glissée à Cannes via un de ses légendaires pistons. Demande à Jean-Jacques Ichai de lui programmer des cours de français pour, à l'avenir, ne plus se contenter de rire des intonations.
3h04 : faute de moutons, s'endort en comptant ses millions.
De temps en temps, ArtPlay délaisse les tables de PokerStars pour goûter aux joies du poker live. Le Partouche Poker Deepstack de Cannes ne lui laissera pourtant pas un souvenir impérissable, comme il s'en explique sur son blog.
Depuis deux ans, Ilan Boujenah collectionne les performances sur les circuits majeurs que sont l'EPT, le WPT et le PPT. Avant de se prêter au jeu de l'interview "Joueur de poker", il prévient : "Ca risque de ressembler à celle d'Hugo car on a les mêmes amis".


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